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10 octobre 2012

Opération antiterroriste à Strasbourg et Cannes: le parcours inquiétant des apprentis jihadistes

Policiers devant le domicile de Jérémy Louis-Sidney, 
le terroriste abattu le 6 octobre à Strasbourg

Plusieurs des personnes arrêtées lors de l'opération antiterroriste à Strasbourg et à Cannes présentent un profil bien connu: celui du petit délinquant d'un quartier difficile converti à l'islam et radicalisé. 

Le démantèlement samedi d'une cellule islamiste radicale, soupçonnée d'une attaque antisémite en septembre, confirme une préoccupation ancienne des policiers et experts : en France, le premier risque terroriste n'est pas importé, mais représenté par des jeunes qui y ont grandi.  

"C'est toute la difficulté... Il ne s'agit pas de réseaux terroristes qui viennent de l'extérieur, il s'agit de réseaux qui sont dans nos quartiers. Il ne s'agit pas d'étrangers, il s'agit de Français convertis, de Français musulmans", a expliqué samedi soir Manuel Valls. 
 "Il y a un antisémitisme qui est né dans nos quartiers, dans nos banlieues", avait mis en garde en juillet le ministre de l'Intérieur, dénonçant ceux qui "considèrent le Juif comme l'ennemi". 

Jérémy Louis-Sydney, un converti de 33 ans, tué l'arme à la main samedi à Strasbourg, est soupçonné d'avoir jeté une grenade défensive dans un supermarché casher de Sarcelles le 19 septembre. Samedi, une liste de lieux israélites en région parisienne a été retrouvée lors des perquisitions. 
Les onze gardés à vue sont Français, plusieurs sont convertis. Comme Louis-Sidney, certains étaient jusqu'alors connus pour des faits de droit commun, un profil de délinquants radicalisés qui rappelle celui de Mohamed Merah.
La dérive de Louis-Sidney semble avoir été plus rapide : quand Merah était dans les fichiers des Renseignements dès 2006 comme frayant avec un groupuscule salafiste toulousain, Louis-Sidney n'était apparu qu'au printemps sur les radars de la DRCI comme possible apprenti jihadiste. 

Cette porosité entre délinquance et islamisme radical est loin d'être nouvelle : au milieu des années 1990, Khaled Kelkal et les membres du Gang de Roubaix, pour la plupart des convertis, présentaient un pedigree semblable.

"100 à 200 en France"

Ancien chef du service Renseignement de sécurité de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), Alain Chouet esquisse le portrait de gens "borderline", "qui ne se sentent pas bien dans leur peau, comme Merah et qui essaient de rationaliser leur mal être", qui "manifestent leur colère en s'en prenant aux Juifs". 

Combien sont-ils susceptibles de verser dans l'action terroriste? Selon Alain Chouet, "cent à deux cents en France". Mais surveiller une personne 24 heures sur 24 nécessite "une quinzaine de policiers". Si la détention peut constituer une étape de radicalisation, c'est moins le cas que dans les années 1990 et 2000, explique M. Chouet, selon qui "ces dernières années le prosélytisme a baissé car l'Administration pénitentiaire a pris des mesures pour sélectionner les imams qui interviennent en prison". 
De plus, sans que ce soit dit, "les prisonniers musulmans sont, autant que faire ce peut, séparés dans les prisons", poursuit Alain Chouet. 

Dans son budget pour 2013, le ministère de la Justice a prévu la création de 15 emplois d'aumôniers musulmans (environ 150 actuellement). S'il n'existe aucune statistique officielle, en 2008 la garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie avait estimé à plus d'une centaine le nombre des détenus en voie de radicalisation islamiste. 

Selon les premiers éléments de l'enquête, Louis-Sidney ne s'est pas forcément radicalisé pendant sa période de détention après sa condamnation dans une affaire de stupéfiants en 2008. 
Son groupe est "une cellule de gens qui communiquent entre eux et qui se sont radicalisés au sein de la mouvance salafiste dans les lieux de prières et sur les forums jihadistes", analyse Jean-Claude Brisart, enquêteur privé et spécialiste du terrorisme islamiste. 
Lors des perquisitions de samedi, a été retrouvé un exemplaire d'Inspire, la revue anglophone d'Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (Aqpa), notamment destinée à inciter au jihad les musulmans occidentaux. 

Loïc Venance, 
L'Express.fr le 7 octobre 2012
Avec AFP

10 décembre 2007

« Aïcha, la bien aimée du Prophète » : Geneviève Chauvel sera mon invitée le 16 décembre



L’invitée de ma prochaine émission sera Geneviève Chauvel, dont j’ai fait la connaissance à Tunis, à l’occasion du colloque de la « Chaire Ben Ali pour le dialogue des civilisations et des religions » (voir infos sur ce colloque sur le lien en libellé). Elle m’avait alors dit : « je finis un nouveau livre qui peut intéresser vos auditeurs ». Ce livre a pour titre « Aïcha, la bien aimée du Prophète » (Editions Télémaque).

Quelques mots de présentation de l’auteur, d’abord. Geneviève Chauvel, a eu une carrière fort riche à la fois de journaliste et d’écrivain. D’abord photographe pour les agences de presse Gamma puis Sygma, elle a travaillé ensuite pour la télévision et pour « Paris Match » et elle a réalisé, notamment, des interviews de plusieurs personnalités célèbres du Moyen Orient. Le Monde arabe semble d’ailleurs l’avoir fascinée, j’ai noté dans sa biographie qu’elle avait passé son enfance en Syrie puis en Algérie, et qu’elle avait déjà consacré un ouvrage à Saladin, le grand rassembleur de l’islam contre les Croisés ; mais c’est aussi une passionnée par l’Histoire, qui a déjà écrit des biographies de personnages féminins comme Lucrèce Borgia ou la reine Eugénie.

Revenons à son dernier livre, qui rentre tout à fait dans la thématique de « Rencontre ». Il raconte, sur un mode romancé, la vie de la seconde épouse de Mahomet ; et c’est son destin singulier qui a permis à Geneviève Chauvel de raconter les racines et la genèse du Monde musulman : de la naissance à la Mecque d’une petite fille dans le foyer d’Abou Bakr, qui fut le premier compagnon du Prophète de l’islam, en passant par la fuite à Meddine, l’Egire, et le triomphe des partisans de Mahomet, jusqu’à après sa mort et les débuts du Califat, au moment où vont se déchirer deux courants de la nouvelle religion et où Aïcha défendra Ali le gendre du Prophète, cet épais roman (400 pages) offre une nouvelle lecture du Coran, grâce à ce livre qui se lit comme un reportage journalistique ; et son écriture est très agréable, les personnages de la mythologie musulmane étant décrits de façon très réaliste, car l’auteur a du certainement rassembler une énorme documentation sur le mode de vie des tribus bédouines en Arabie à l’époque !

Geneviève Chauvel a certainement eu des intentions louables en entreprenant son roman : placer au centre de la naissance de l’islam une femme, « la bien aimée du Prophète », troisième épouse mais toujours la préférée dans un harem qui ne cessera de croître - alors même que le statut d’infériorité des femmes musulmanes est une plaie qui entrave le développement de ces sociétés. Restent un certain nombre de sujets délicats, dont je m’entretiendrai sans langue de bois avec mon invitée : le mariage de cette « femme-enfant » qui n’avait pas dix ans, et qui ne peut que nous choquer dans le monde d’aujourd’hui ; mais surtout, les évocations fort antipathiques des Juifs à divers passages de cette fresque historique, évocations tirées de références historiques (à l’état brut ?) qui sont bien inquiétantes, car elles servent de combustible à l’antisémitisme actuel de la propagande islamiste. J’en ai d’autant plus été choqué que dans son introduction, Djelloul Seddiki - le directeur de l’Institut de Théologie de la Grande Mosquée de Paris, qui a été plusieurs fois mon invité -, a eu des propos fort respectueux pour le Judaïsme, premier des monothéismes ...

J.C

16 décembre 2005

Une histoire belge pas drôle du tout ...


La "une" du journal belge "La Dernière Heure", après l'annonce de la mort de la première kamikaze d'origine européenne.

Muriel Degauque, d'origine belge, s'était convertie à l'islam en épousant un turc. Puis, elle épousa un belgo-marocain qui l'influença au point de devenir totalement intégriste, puis de basculer dans le terrorisme djihadiste. Elle est morte lors d'un attentat suicide raté en Irak, et son mari aurait été tué par les Américains lors d'un autre attentat.

Plusieurs sites « on line » ont publié des analyses suite à cette triste histoire.

Sur l’excellent blog « Politique arabe de la France », trois publications reprenant des articles publiés sur différents journaux : « convertis au terrorisme » sur l’utilisation de plus en plus fréquente de jeunes européens, d’apparence « passe-partout » pour mener des attentats (cliquer ici) ; « sur les convertis à l’islam », à propos de l’influence des salafistes lors des conversions, et d’un rapport des R.G (cliquer ici) ; et encore sur le même sujet, le 9 décembre (cliquer ici).

Le site « Primo europe », déjà cité, publie un article très fort de Jean-Pierre Chemla ("itinéraire d'une enfant gâchée"), cette fois sur le profil psychologique des « convertis-kamikazes » : le parcours de la malheureuse Muriel Degauque est à cet égard exemplaire : ancienne boulangère, ayant eu une adolescence agitée, droguée un moment, elle a trouvé dans la version la plus obscurantiste d’une religion son salut personnel, un moyen à la fois de s’imposer une discipline de vie et d'exprimer sa révolte contre une société où elle n’avait pu trouver une place. Au passage, l’auteur démolit les théories d’Hubert Védrine et consorts qui expliquent le désastre moral des « bombes humaines » uniquement par le conflit palestinien (cliquer ici).

Tout ceci ne doit pas faire oublier, non plus, que l’attirance des plus jeunes et des plus paumés vers le salafisme terroriste ne concerne qu’une minorité des convertis à l’islam, qui recherchent dans cette religion autre chose qu’une violence suicidaire. Pourquoi ces conversions alors ? Pourquoi ce succès d'une religion "venue d'ailleurs", alors que les Eglises se vident et le Judaïsme survit difficilement dans la Diaspora ? Un sujet sur lequel notre émission devra se pencher en 2006 !

J.C

A propos de la « fascination orientale », lire notre article sur le blog (cliquer ici).
A propos de la complaisance de certains articles vis-à-vis des « bombes humaines » et de leur mépris pour les victimes, lire ou relire l’excellent billet d’André Nahum (cliquer ici)