Notre radio

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17 juillet 2011

Blog en vacances ... rendez-vous le 23 août !


Ouf, ça y est ... rassurez-vous (pour le jaloux, s'il y en a) ... je ne partirai pas sur cette plage paradisiaque : qui, pour le coup, ne sera pas proposée en devinette, car il ne s'agit pas d'un pays musulman. En fait, cette photo a été prise en Australie, et je ne crois pas avoir la chance d'aller visiter un jour cet immense pays. En tout cas, cliquez sur la photo pour l'agrandir, c'est vraiment sublime !

Sinon, il était vraiment temps de décrocher un peu : vraies vacances mais moins lointaines dans quelques jours ; nombre de visiteurs en chute, et c'est normal pour la saison ; et puis, besoin de souffler un peu, et de préparer au mieux une rentrée chargée, - et pas seulement sur le blog.
Bonnes vacances à toutes et tous, et rendez-vous le mardi 23 août !

J.C

12 juillet 2011

Pour la responsabilité civile


Depuis la révolution du 14 janvier, la Tunisie est à la croisée des chemins. Maintenant elle est sur le point de choisir la voie qui déterminera son futur. Aussi sommes-nous amenés à alerter l’opinion citoyenne sur les menaces qui risquent de ruiner cet avenir. C’est dans la vie de tous les jours que nous avons été confrontés à des atteintes à la liberté dans tous les domaines. Des fanatiques et des obscurantistes usurpant l’Islam ont visé la liberté de culte en manifestant contre la synagogue de Tunis. Ils ont bafoué la liberté d’être en prenant pour cible les signes de la sécularisation des mœurs  (tenue vestimentaire en ville et sur les plages, mixité dans les lieux publics, interdiction de visite pour des mosquées intégrées au circuit touristique, espaces de loisir qui vont jusqu’aux maisons familiales où la consommation des boissons alcoolisées est pratiquée). Ces militants de l’extrême s’en sont pris à la liberté de création en saccageant une salle de cinéma projetant le film d’une cinéaste qui a le droit d’être iconoclaste. Ils malmènent la liberté d’opinion en menaçant de mort ceux qui portent un regard désenchanté sur la tradition religieuse. Plus grave encore, ces mêmes séditieux nient la nation tunisienne en rejetant le drapeau qui la symbolise pour lui préférer l’étendard qui détourne la profession de foi à des fins idéologiques totalitaires. Bref nous recensons en cette liste de méfaits tous les indices tendant au rétablissement de la hisba, cette police des mœurs dont le retour constituerait une régression funeste pour une Tunisie qui, au-delà de sa modernisation, l’a ignorée depuis des siècles. Nous refusons cette violence qui entame l’intégrité du corps,  le libre  choix de l’individu et la liberté de conscience.  Si nous laissons faire, viendra le moment où sera contesté l’acquis historique des femmes et l’égalité citoyenne qui ne souffre aucune discrimination de genre, d’ethnie ou de croyance.
 
Face à cette situation dégradée et aux incertitudes qu’elle suscite, il est impératif de ne pas perdre de vue les principes de la vie démocratique. Nul doute qu’il revient à la Haute Instance de jouer le rôle d’éveilleur. Or les derniers documents qui en ont émané laissent entrevoir des ambiguïtés qui entravent la voie vers la démocratie. Nous savons que l’un des ressorts de la politique est la négociation qui concilie des points de vue divergents. Mais le compromis est irrecevable s’il aboutit à l’abdication des principes.
 
De telles ambiguïtés qui encouragent les dérives apparaissent dans le Pacte Républicain. Pourquoi ses rédacteurs ont-ils associé aux deux fléaux que sont le despotisme et la corruption, l’alignement sur l’Occident ? Par cette expression nous rendons explicite la notion de tabaiyya.
Telle explicitation montre à quel point cette notion engage un anti-occidentalisme stérile. Car tous les non-Occidentaux savent que leur désir démocratique est inspiré par les Lumières européennes qui n’appartiennent plus à l’Occident mais à l’humanité entière. Ceux qui ne le reconnaissent  pas s’égarent dans le labyrinthe des alibis identitaires. Aussi n’est-il pas étonnant que dans la foulée de cet anti-occidentalisme soit évoquée l’identité du peuple surajoutée à celle de l’État. Cette identité est présentée d’une manière exclusive, unidimensionnelle, enfermée dans une structure close se suffisant à elle-même. Elle abolit la diversité et amoindrit le rapport à l’autre. Les contours d’une telle identité ne peuvent qu’encourager la manipulation. Cette  mention n’a pas sa raison d’être car l’identité du peuple n’a pas à être l’objet d’un texte prescriptif. C’est pourquoi, nous n’en décelons la présence ni dans le Pacte de 1857, ni dans la Constitution de 1959. Sa mention dans le présent document est le signe d’un compromis idéologique qui dévoie le caractère principiel du texte.
 
Et le même fil idéologique est tiré lorsque les rédacteurs du Pacte  recommandent le refus de «la normalisation avec l’entité sioniste» (tatbî‘i). Cette évocation confirme le culte de la pureté identitaire qui mobilise en sa faveur un langage et un lexique inopérants, intempestifs et obsolètes. Cela remet dans notre mémoire le temps où l’idéologie nationaliste arabe a dominé la vision politique au prix des pires défaites. Voilà un des errements qu’apporte la substitution du conjoncturel au principiel. Pour avoir la portée d’un pacte, ce texte devrait se concentrer sur les seuls principes politiques et sociaux essentiels pour notre temps et pour les générations futures. Il n’a pas à s’attacher à l’accidentel s’il ambitionne la pérennité.
 
Ces éléments du Pacte procèdent de la maladie de l’identité et de ses chimères qui figent l’action et voilent le jugement. Elles occultent au nom de l’origine arabo-islamique la diversité de la mémoire nationale qui compte en son sein les apports de la berbérité, de Carthage, de la latinité, de la judéité, de la négritude. Sachez que sur notre territoire veillent ensemble les ombres tutélaires d’Augustin et d’Ibn Khaldûn. 
 
Dans un autre communiqué la Haute Instance renforce aussi les tabous autour de l’adhésion religieuse, elle leur donne un statut sacré, intouchable (muqadassât). De ce fait, elle limite la capacité d’intervention de la nécessaire pensée critique, gage et condition du processus de modernisation et de démocratisation.  
 
Nous savons que durant cette période transitoire nous vivons un moment de fragilité politique et institutionnelle. Néanmoins nous appelons les autorités de l’État à agir pour que notre lendemain ne soit pas compromis. Et nous appelons tous les démocrates à la vigilance citoyenne afin de raffermir la paix sociale.


Abdelwahab Meddeb, Ali Mezghani, Fadhel Jaziri, Hammadi Redissi, Faouzia Charfi, Khadija Cherif, Sophie Bessis, Tahar Bekri, Kalthoum Meziou, Feryel Lakhdar, Farés Ladjimi, Selma Hajri, Fatma Cherif, Kmar Ben Dana, Souhayr Belhassen, Hela Abdeljawad, Simone Othmani, Cherif Ferjani, Abdelhamid Larguèche, Dorra Mahfoudh, Hédia Jrad, Alya Chammeri

11 juillet 2011

Assauts islamistes en Tunisie : réactions en chaîne



Il y a une semaine, lundi 4 juillet, je publiais "à chaud" un texte d'humeur à propos du "Pacte républicain" qui interdisait toute normalisation avec "l'état sioniste". J'ai pu, depuis, en savoir un peu plus sur les limites et les dangers de cette décision, qui n'impose pas de règles précises mais pourrait s'avérer dangereuse en pratique : j'ai écrit à la suite un article beaucoup plus élaboré, publié sur le site du CRIF le jeudi 7 juillet et que vous pourrez lire en lien.

Sur le même site, mon ami Marc Knobel a publié un texte intitulé "Tunisie amie : le chaos", rappelant bien que cette décision n'était que le point d'orgue d'une longue offensive des milieux islamistes - au premier plan du parti "Ennahda", financé par les états du Golfe. Preuve que cette dérive de la "Révolution du jasmin" n'inquiète pas que la communauté juive, le quotidien national "Le Parisien", qui titre si rarement sur des sujets de politique internationale, consacrait sa "une" à ce pays le même jeudi 7 juillet, sous la manchette : "Tunisie : les islamistes gagnent du terrain".

Pouvant dialoguer avec des amis tunisiens grâce au réseau FaceBook, je m'inquiétais de ne pas lire beaucoup de réactions ... J'en ai seulement relevé deux à ce jour, venant - et c'était symptomatique - de deux femmes ; j'ai ainsi découvert que le projet d'établir une censure religieuse avait provoqué une levée boucliers d'artistes et d'intellectuels : on lira leur réaction sur le site "Mille et une Tunisie".

Mais surtout, j'ai reçu en fin de semaine un texte, publié sous la signature d'un collectif de personnalités tunisiennes, et s'élevant avec force contre toutes les décisions du "Pacte républicain" visant à transformer l'identité plurielle du pays, et à le faire régresser vers un modèle régressif arabo-islamique : cet appel, intitulé "Pour la responsabilité civile", sera publié demain sur mon blog.

J.C

10 juillet 2011

Rediffusions de l'été ...



Voici donc revenue la période estivale, avec - pour très bientôt - la mise en sommeil du blog pour quelques semaines, et sur les ondes les traditionnelles rediffusions.
Celles-ci seront plus nombreuses cet été, car il y en aura pour chaque dimanche du mois d'août.
En voici le programme détaillé : il vous suffira d'aller visiter, sur la colonne des liens permanents à droite du blog, la page "Invités et émissions, Année 2011" pour découvrir les présentations de chaque numéro.
Bonne écoute à tous !

Dimanche 17 juillet
"Israéliens et Palestiniens, une haine insurmontable ?"
Invité : Stéphane Amar
Rediffusion de l'émission du 16/01/11

Dimanche 31 juillet
"Juifs et Musulmans, des pistes pour le dialogue"
Invité : Stéphane Amar
Rediffusion de l'émission du 30/01/11

Dimanche 7 août
"La tragédie des chrétiens d'Orient"
Invité : Christian Lochon
Rediffusion de l'émission du 13/02/11

Dimanche 14 août
"L'avenir d'Israël après les révolutions arabes"
Invité : Michel Gurfinkiel
Rediffusion de l'émission du 10/04/11

Dimanche 21 août
"L’Égypte, la révolution et les Frères Musulmans"
Invité : Chérif Amir
Rediffusion de l'émission du 22/05/11

Dimanche 28 août
"Le Maroc, déstabilisation ou démocratisation"
Invité : Louhssain Azergui
Rediffusion de l'émission du 05/06/11

J.C

08 juillet 2011

Des esclaves sexuelles pour lutter contre l’adultère?

Salwa al-Mutairi, une militante politique et ancienne candidate aux élections législatives a demandé la légalisation d’esclaves féminins pour les hommes musulmans du Koweït, explique Kuwait Times. Selon elle, cela permettrait d’éloigner les hommes de l’adultère et de la corruption. 
Elle déclare:
«Nous voulons que nos jeunes soient protégés contre l’adultère.»
Dans une vidéo, Salwa al-Mutairi explique avoir discuté avec des membres du clergé; la plupart des hommes seraient tentés par des comportements déviants avec leurs domestiques. Il est donc nécessaire d’acheter des femmes dans une agence spécialement créée pour fournir de «bonnes esclaves» à des fins sexuelles. Elle imagine le fonctionnement de ces agences de la même façon que celles qui proposent actuellement des femmes de ménage.
Dans le Coran (23:1-6) il est stipulé que les croyants sont exempts de reproches s'ils ont des pratiques sexuelles avec celles qui les ont rejoint dans le mariage ou les captifs. Salwa al-Mutairi précise qu'il ne serait pas possible de rendre captives des femmes du Koweït, il faut donc les chercher à l'extérieur. Elle estime que ces filles pourraient être des «prisonnières de guerre» de pays frappés par la guerre comme la Tchétchénie. Selon elle, ces prisonnières seraient en fait des «concubines».  Ainsi, la femme ne serait pas mariée. En effet, en islam, le mariage avec plusieurs épouses est autorisé, à condition que l’homme se sente capable d’être juste avec chacune d’elle.
Pour étayer ses propos, elle souligne dans la vidéo (ci-dessous en arabe) qu’il n’y a pas d’«interdiction religieuse» (haram) à ce sujet et que l’islam a toujours autorisé des esclaves sexuelles pendant le voyage pour la Mecque. Elle dit aussi avoir vérifié ces informations auprès d’un mufti.  
Elle rappelle aussi que le calife Haroun al-Rashid (cinquième calife 766-809 qui fut gouverneur d’Égypte, de Syrie, d’Arménie et d’Azerbaïdjan) avait plus de 2.000 concubines en sa possession lorsqu’il est mort.
Or, le Koweït est un petit pays, riche, dont l'économie dépend en grande partie du pétrole. Les ONG des droits de l'homme considèrent que ce pays pratique l'esclavage déjà de façon intense, en employant plus de 500.000 femmes étrangères pour les travaux domestiques (principalement en provenance de l'Inde, du Népal, du Sri Lanka, de l'Indonésie ou des Philippines). Certaines de ces femmes sont déjà victimes d'exploitation sexuelle et de prostitution forcée. 

Slate.fr,
le 9 juin 2011

07 juillet 2011

Laïcité : de nouvelles règles pour le service public



Le ministère de l'Intérieur s'apprête à diffuser deux circulaires sur la laïcité, que Le Figaro s'est procurées. Il y rappelle que les cantines n'ont pas l'obligation de satisfaire des demandes de repas confessionnels et que les personnels hospitaliers se doivent d'être neutres.

Prières de rue, maris qui refusent que leur femme soit accouchée par un homme obstétricien, ou encore demandes de nourriture confessionnelle qui rendent la vie difficile en collectivité : pour éviter que ces incidents n'entament le modèle laïque français, une commission interministérielle peaufine depuis le printemps des mesures «pragmatiques». Le Figaro s'est procuré les premières circulaires sur les demandes de repas confessionnels dans la «restauration collective» et sur la «laïcité à l'hôpital». Elles devraient être diffusées la semaine prochaine. Elles reprennent largement les textes existants… Car, bien souvent, ils sont suffisants, mais méconnus des administrations. «Cette fois, tout le monde va en prendre connaissance pour éviter que l'on ferme les yeux ici, ou que l'on surréagisse ailleurs» explique-t-on au ministère de l'Intérieur et des Cultes.

Dans la circulaire sur les cantines, qu'il vient de finaliser, Claude Guéant rappelle le principe de base : «Des demandes particulières, fondées sur des motifs religieux, ne peuvent justifier une adaptation du service public.» Dans l'enseignement public, la restauration est prise en charge par les collectivités locales. Elles «disposent d'une grande liberté dans l'établissement des menus, et le fait de prévoir des menus en raison de pratiques confessionnelles ne constitue ni un droit pour les usagers, ni une obligation pour les collectivités». Une famille musulmane avait porté plainte pour discrimination, arguant que l'on mangeait du poisson le vendredi, selon la tradition catholique, mais refusait de proposer du halal dans une cantine de Marseille. Le tribunal administratif a jugé que «servir du poisson le vendredi sans pour autant prendre en compte les prescriptions alimentaires des autres cultes ne constituait pas une atteinte aux droits fondamentaux». D'autant que la cantine est facultative. En proposant un substitut au porc et un menu maigre le vendredi, la plupart des cantines permettent dans la pratique «le respect des prescriptions ou recommandations des trois principaux cultes présents en France». En clair, elles n'ont pas à servir de halal ni de casher.

Même dans les établissements pénitentiaires, l'administration ne doit pas proposer d'aliments confessionnels mais un choix qui englobe «de facto une prise en compte des croyances religieuses» selon la circulaire.  En 2003, les RG avaient révélé que 10 % des détenus suivaient un régime particulier dans la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) et 25 % en période de ramadan. L'administration pénitentiaire avait alors exclu le porc des cuisines des prisons. Les non-musulmans devant passer spécialement commande de nourriture à base de cochon. La révélation avait provoqué une polémique. Désormais, «les détenus souhaitant se conformer à un régime alimentaire particulièrement contraignant ont la possibilité de le faire en effectuant des achats auprès de la “cantine”», (sorte d'épicerie au sein de la prison), explique le ministre de l'Intérieur et des Cultes. Enfin, dans les hôpitaux, la circulaire regrette que des «cantines parallèles» se soient parfois développées, au mépris des règles sanitaires, et rappelle que les malades peuvent se procurer des repas confessionnels auprès des cafétérias.

Claude Guéant revient également sur la laïcité à l'hôpital dans une circulaire spécifique. Le personnel, qu'il soit agent public ou contractuel se doit d'être neutre, par ses actes et son apparence. Les patients peuvent en revanche se livrer «à l'exercice de leur culte mais sans porter atteinte ni au fonctionnement du service, ni à la qualité des soins, ni aux règles d'hygiène, ni à la tranquillité des autres personnes hospitalisées et de leurs proches». Concrètement, les malades peuvent demander à être soigné par un médecin de sexe féminin ou masculin lorsqu'ils prennent rendez-vous, mais le service «n'est nullement tenu de donner suite si cela nuit au fonctionnement du service ou à la qualité des soins» . Notamment aux urgences. Et si le patient se montre intransigeant, la circulaire rappelle qu'il existe… des cliniques privées !

Cécilia Gabizon
Le Figaro, 6 juillet 2011

05 juillet 2011

Connaissez-vous ce charmant pays (suite) ?


La devinette du mois
- juillet 2011

Nouvelle devinette, dans la série inaugurée il y a maintenant quelques mois : il s'agit de deviner un pays musulman, d'après l'architecture, typique, de sa capitale ou d'une grande ville.

Sur cette photo, on devine une mégalopole à l'urbanisme débridé et à l'architecture éclectique ... Au premier plan, une imposante mosquée, vestige de la splendeur passée ; à l'horizon, les hautes tours de bureaux et d'habitations, dominant des immeubles gris où vivent des millions d'habitants.

Comme d'habitude, e-mails bienvenus à l'adresse du blog : rencontre@noos.fr. Le résultat sera donné avec la prochaine devinette, le mois prochain.

Quand à la devinette précédente, il s'agissait ... du Liban, la photo ayant été prise à Beyrouth, sur la célèbre "Place de l'Etoile", là où se trouve le Parlement. Bravo au lecteur du Brésil, qui m'a écrit rapidement et a été le premier à trouver la réponse ! 


J.C

04 juillet 2011

Le projet de constitution tunisienne prévoie l'interdiction de toute normalisation avec Israël


C'est une nouvelle assez lamentable que nous apprend cette dépêche AFP en lien.

Extrait :
"La presse arabophone a publié le contenu de ce pacte, qui définit la Tunisie comme un pays démocratique et libre, sa langue est l'arabe et sa religion est l'Islam.
C e pacte qui doit servir de socle pour la nouvelle constitution tunisienne refuse catégoriquement "toute forme de normalisation avec l’État sioniste" et soutient la question palestinienne.

Quelques mots de commentaires :

1) On aurait cru que la démocratie aurait permis à toutes les sensibilités de s'exprimer : or avec ce genre de décision, on va diaboliser la minorité de Tunisiens qui souhaitent une normalisation des relations avec Israël. Alors qu'il aurait été possible, sans faire de vagues, de poursuivre la prudente position de la diplomatie du pays - reconnaissance "de facto" d'Israël, dont certains ressortissants pouvaient venir discrètement faire du tourisme ; mais pas de relations officielles avant un accord de paix entre l’État juif et l'ensemble du monde arabe -, les nouveaux dirigeants imposent une ligne très dure, renvoyant à un passé que l'on espérait révolu.

‎2) On n'a jamais vu une constitution stipulant ce que doit être la politique étrangère d'un état : par définition, la diplomatie évolue en fonction des intérêts nationaux et du contexte international : là, on a clairement une position "idéologique",  et qui interdit toute évolution !

3) En lisant l'article, il y a pire encore : Israël n'est même pas appelé par son nom, il est question d'un "état sioniste" ;  la Tunisie, pays moderne à une heure d'avion de la France, s'exprimant comme le Hamas et le Hezbollah ... on ne peut que trouver cela lamentable, et bien décevant pour un pays dont avait tant vanté la révolution "de jasmin" !

‎4) Par cette décision, les Tunisiens infligent également une gifle à tout le peuple juif, à commencer par leurs anciens compatriotes originaires de ce pays, et qui lui sont restés si affectivement attachés : qu'ils sachent que le droit à l'existence d'un état juif au Proche Orient est une "ligne rouge" pour 99 % des Juifs du Monde, quelles que soient nos appréciations sur tel ou tel gouvernement israélien  ;  ils ne pourront avoir à la fois notre amitié, et notre complicité devant une telle décision aussi grave.

5) Enfin, en agissant ainsi, la Tunisie nouvelle se ridiculise face à la communauté internationale : toutes les résolutions (de l'ONU, du Quartet) prévoient la sauvegarde de l'existence de l’État d'Israël, qui est par ailleurs une puissance économique, financière et technologique qui pèse de plus en plus dans le monde. Ce sont les dirigeants tunisiens qui isoleront leur pays alors que l'impact de leur décision sera nul sur Israël, qui continuera d'entretenir des relations avec toutes les grandes nations du Monde.

J.C

03 juillet 2011

Tunisie: des islamistes radicaux tentent d'empêcher la projection d'un film intitulé "Ni Allah, ni maître"



Le désordre et le chaos sont installés en Tunisie. Les Tunisiens vivent  depuis la Révolution du  14 janvier une série d’incidents tout aussi graves les uns que les autres. La liste de ces incidents n’est pas hélas exhaustive.

Une cinquantaine d'islamistes ont tenté  ce dimanche,  26 juin 2011,  d'empêcher par la force la projection à Tunis d'un film de la cinéaste franco-tunisienne Nadia El Fani, intitulé "Ni Allah, ni maître" qui parle de la place de la laïcité en Tunisie. Des manifestants, alliés au mouvement islamiste d’Ennahdha, ont scandé des slogans proclamant: "la Tunisie est un État islamique" ou "le peuple veut criminaliser la laïcité", avant de briser les portes en verre de la salle de cinéma AfricArt en plein centre de Tunis et de pénétrer à l'intérieur.

Le directeur de la salle, Habib Belhedi, a dit avoir été agressé "par deux barbus" qui l'ont saisi et lui ont aspergé le visage du contenu d'une bombe lacrymogène. Des témoins ont rapporté que des hommes armés avec de barres de fer et de bâtons  ont fait irruption dans la salle. La  police Tunisienne, qui  leur a laissé la  chance  d’envahir le lieu,  n’a fait aucune interpellation. Heureusement que la cinéaste n’était pas présente. Elle a dû rester en France,  officiellement pour "des raisons médicales". "Nous ne voulons pas que la Tunisie soit un pays laïque " a crié un militant islamiste avec  une longue barbe, au milieu de la salle du cinéma.
Depuis quelques semaines, les abus d’éléments se réclamant des mouvements islamistes, qu’il s’agisse d’Ennahdha ou du Hizb Ettahrir, à l’idéologie plus radicale, se multiplient et prennent des formes diverses, qui vont des agressions verbales en direction des femmes aux rituels de prière en pleine rue, jusqu’aux agressions physiques à l’encontre de leurs adversaires politiques et à l’occupation tapageuse des espaces publics. Les accusations d'implication du parti  islamique Ennahdha dans les récentes agressions de citoyens - au nom de la religion et de l'application de la Charia islamique - se sont multipliées.

Le silence des dirigeants des partis islamistes, et notamment ceux d’Ennahdha, face à ces dépassements qui deviennent insupportables, et surtout leur peu d’empressement à les dénoncer de manière claire et sans ambiguïté, ont poussé la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH) a monter au créneau pour dénoncer, dans un communiqué publié en avril dernier, les "agressions répétées" mettant en cause les croyances et les opinions des personnes et des groupes "en adoptant un discours religieux". Même si l’organisation de défense des droits de l’homme s’est gardée de nommer les partis dont des éléments incontrôlables sont les auteurs de ces "agressions",  il ne fait aucun doute que ce sont les formations islamistes qui sont ciblées.

Pour avoir osé travailler sur la question laïque et titré son film «"Ni Allah ni maitre", l’artiste  franco-tunisienne Nadia El Fani est devenue la cible de milliers d’obscurantistes qui en appellent sur le web à l’agression physique, voire au meurtre. Une  quinzaine des réalisateurs ont rendu  hommage aujourd’hui à son courage. Son film qui a été  projeté à Cannes le 18 mai dernier  lui vaut une campagne d’insultes et d’intimidations dans son pays. La cinéaste tunisienne Nadia El Fani découvre, comme le reste des tunisiens, la confiscation progressive de la libre parole et de  l'opinion dans  ce contexte post-révolutionnaire.

Les islamistes reprennent et diffusent  impunément aujourd’hui sur Internet des caricatures et des insultes sur  cette courageuse cinéaste franco-tunisienne. "Qu’il y ait des milliers de crachats sur elle ! " tapent frénétiquement les fanatiques qui déforment sa photo et la figurent en diable, en singe, en porc, en cadavre ou le crâne explosé.

La réalisatrice franco-tunisienne  a déjà eu l’occasion de défrayer la chronique en Tunisie. En mai dernier, Nadia El Fani  a déjà provoqué une polémique sans précédent en déclarant publiquement son athéisme sur la chaine  privé "Hannibal TV", au cours de l’émission "Zoom ala thaqafa". Son interview  sur cette chaine a mis le feu aux poudres. Cédant à la panique et à la pression  des islamistes comme si l’intégrisme était roi, Hannibal TV, lâchement, diffuse dans ses programmes un bandeau où la chaine "se désolidarise des propos tenus contre l’Islam par Nadia El Fani". La journaliste qui a réalisé l’interview de la cinéaste est tout simplement licenciée !

Mais le plus douloureux, explique Nadia, "c’est le silence des partis politiques de gauche", alors même qu’ils se proclament les défenseurs de la jeune démocratie tunisienne. Un autre cinéaste, Nouri Bouzid, a déjà été victime d’agressions. Le chanteur de rap « Psyco.M », qui clame sa sympathie pour le mouvement islamiste Ennahda, hurle dans un de ses textes "Attaquons Nouri Bouzid à la kalachnikov !" » ...
Le cas de la cinéaste Nadia El Fani  devient ainsi emblématique. Non seulement de la  Tunisie  est  menacé  par des obscurantistes, mais aussi il y a une banalisation de  la violence  islamique après la révolution du 14 janvier 2011. Des hommes et des femmes libres penseurs, sont aujourd’hui obligé de faire profil bas. La prolifération de l’intégrisme islamique inquiète surtout le monde de la culture.

Quelques heures à peine après l’attaque de  salle de cinéma l’AfricArt, Zied Daoulatli, membre du bureau exécutif du parti  islamiste d’Ennahdha, a déclaré, sur les colonnes du site  Kapitalis, "Nous condamnons fermement cette violence et nous allons publier un communiqué en ce sens". Plus grave encore. Dans le même journal électronique, le dirigeant d’Ennahdha a précisé : «Nous avons des informations selon lesquelles des groupes d’extrémistes, dont beaucoup portent la barbe, préparent des actions comme celles d’aujourd’hui pendant l’été et durant Ramadan».

La tendance dessinée est sombre, très sombre en Tunisie post-révolutionnaire. Le pire reste  donc encore à venir !

Ftouh Souhail ,
Tunis

01 juillet 2011

Le passé juif en terre d'islam


Bien qu’ils n’aient pas subi les persécutions et l’extermination de masse comme en Europe, les Juifs des pays arabo-musulmans ont été contraints à l’exode. Les interprétations divergent sur la nature de leur cohabitation avec les musulmans, mais l’inéluctabilité de leur départ fait l’unanimité.
Pour les tenants d’une vision lénifiante et idyllique, les Juifs des pays arabo-musulmans auraient vécu une sorte de paradis pour minoritaires sous la protection de seigneurs musulmans. S’il est vrai que la vie des Juifs en terre d’islam n’est pas comparable à celle des Juifs d’Europe orientale, cette vision cherche à projeter une image contraire à la réalité. Cette thèse idyllique est d’ailleurs reprise politiquement par les promoteurs de l’Etat binational en Israël. A l’opposé, les tenants d’une vision noire se focalisent sur la notion de dhimmi (protégé). Ce statut juridique de minoritaires en terre d’islam assujettit les Juifs (et les chrétiens) à des contraintes fiscales, vestimentaires et sociales. Il constituerait donc le fondement d’un cadre de vie humiliant et infernal que les Juifs subissent indéfiniment. Dans cette perspective, l’exode des Juifs des pays arabes n’est que l’épilogue logique de plus de mille ans d’humiliations et de persécutions. Cette thèse est exploitée politiquement pour affirmer que la paix entre Juifs et Arabes est impossible.
« Trop longtemps, l’idéologie l’a emporté sur le désir de savoir », regrette Annie Dayan-Rosenman, professeur de littérature à l’Université de Paris VII. « Le conflit israélo-palestinien et la mémoire des Juifs des pays arabes sont pris en permanence dans un système d’écho. Cette mémoire est convoquée dans le cadre d’options politiques, tant celle de la coexistence idyllique que celle de l’enfer de la “dhimmitude”. Par ailleurs, ce qui se joue aujourd’hui entre Israéliens et Palestiniens permet à certains de noircir la mémoire du passé juif en terre d’islam », ajoute-t-elle.
La « dhimmitude » en question
Si tout le monde reconnaît que le statut juridique organisant la protection et la ségrégation des Juifs n’assure en rien l’égalité des droits entre protégés et musulmans, il suscite encore de vives polémiques quant à son application. Pour Michel Abitbol, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, « cette façon de réifier l’histoire en créant des néologismes comme “dhimmitude” semble dangereuse, car elle fausse le débat. L’application de cette catégorie juridique n’est pas figée dans le temps ni dans l’espace. Elle peut être appliquée avec souplesse, voire être inexistante à certaines périodes ou certains endroits, et devenir très rigide et contraignante à d’autres ». Il s’agit d’une histoire mouvante avec ses hauts et ses bas. Ainsi, pendant l’âge d’or andalou au 10e siècle, des généraux juifs ont combattu dans les armées arabes, alors que le statut de dhimmi interdisait aux Juifs de monter à cheval et de porter des armes. « Il ne s’agit pas de nier le mépris exprimé par les musulmans à l’égard des Juifs », assure Lucette Valensi, directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHSS, Paris) et spécialiste des Juifs de Tunisie. « Juifs et musulmans coexistent en fait dans un système de demi- mots, où ils se comprennent silencieusement : on sait comment s’adresser aux uns et aux autres et jusqu’où peut aller la confiance, le partage, l’amitié, etc... ». Et de préciser : « Ils évoluent dans une forme de modus vivendi où l’on sait qui est juif et qui est musulman, quels sont les droits et les devoirs de chacun ».
Les tenants de la version noire lisent l’histoire des Juifs du monde arabo-musulman à travers le prisme du conflit israélo-palestinien. « Il faut au contraire laisser ce conflit de côté pour essayer de voir ce qu’était réellement la vie des Juifs dans le monde arabo-musulman avant 1947 », insiste Georges Bensoussan, rédacteur en chef de la Revue d’histoire de la Shoah. Ce n’était pas l’enfer, ni le paradis. « Ils vivent une situation marquée par la crainte, mais beaucoup plus favorable que celle des Juifs d’Ukraine ou de Pologne. On atteint même des périodes de symbiose judéo-arabe. Sans enjoliver le tableau, les Juifs irakiens ont été de loin les Juifs les plus arabisés, à tel point qu’on estime qu’un tiers des romanciers irakiens étaient juifs dans les années 1930 ».
Tout le monde s’accorde au moins sur un point : cette histoire s’est terminée par l’exode massif des Juifs. Les causes du départ ne peuvent être envisagées de manière unilatérale, sous le seul angle de l’oppression arabe. « Elle a certes joué un rôle, mais il y a d’autres raisons plus profondes », relève Georges Bensoussan.« Ce monde des judaïcités arabo-musulmanes a été dissout et érodé par la modernité. Face à l’archaïsme arabo-musulman, il n’y a plus d’autre perspective que de partir. Pour des Juifs qui étaient de plus en plus gagnés par la modernité occidentale, il devient difficile, voire impossible de rester ».  
Seule issue : le départ
A l’exception de l’Egypte et de l’Irak, les Juifs n’ont pas été chassés. Ils ont été contraints au départ. « Ils sont partis parce qu’ils ne pouvaient pas rester », reconnaît Annie Dayan-Rosenman. « Il se joue dans le monde arabo-musulman ce qu’Albert Memmi appelle “l’hétérophobie” des jeunes nations. La présence de l’Autre devient de moins en moins envisageable pour ces Etats nés de la décolonisation ». Ce phénomène apparaît indépendamment de la création de l’Etat d’Israël et de l’attrait qu’il peut exercer sur les Juifs des pays arabes.
L’affirmation du nationalisme arabe joue effectivement un rôle déterminant dans l’exode des Juifs. « 
Ce nationalisme a une forte tonalité religieuse, même sous ses formes les plus laïques comme le Baas. Il ne laisse aucune place aux minorités non musulmanes », indique Lucette Valensi. « Les chrétiens en sont conscients et s’en vont discrètement. Or, ils n’ont jamais créé d’Etat chrétien. Comme l’islam devient religion d’Etat dans le monde arabe, les minorités religieuses se retrouvent en situation de soumission à une période où partout dans le monde, on affirme les droits de l’homme. Ce qui était acceptable au 17e siècle ne l’est plus au 20e siècle. En raison de la mobilité sociale qu’ils connaissent, les Juifs n’admettent plus d’être traités en citoyens de seconde zone. Par conséquent, la seule issue, c’est le départ », observe-t-elle.
Bien que le passé juif en terre d’islam ait été marqué par la soumission et la précarité, il n’a jamais empêché que des relations conviviales entre Juifs et Arabes se nouent à de nombreux niveaux. « Des relations d’amitié, d’affection et de bon voisinage ont existé. Ce n’était pas la guerre. Il ne faut jamais négliger ce détail qui sépare les Juifs du monde arabo-musulman des Juifs d’Europe orientale : ils parlaient la langue des pays où ils vivaient, l’arabe en l’occurrence. Quand un musulman et un Juif se rencontraient, ils se parlaient et se comprenaient. Ce n’était pas le cas dans le monde juif polonais », conclut Georges Bensoussan. 
Mémoire et nostalgie
Contrairement aux Juifs d’Europe orientale qui n’ont conservé aucune forme de nostalgie ou de désir de lien avec leur pays d’origine, la mémoire des Juifs des pays arabes, et notamment du Maghreb, est emprunte de nostalgie et de tendresse. En réalité, cette mémoire est double, car cette nostalgie n’évacue pas les souvenirs douloureux et les vagues d’antisémitisme. « Selon l’actualité, c’est l’un ou l’autre aspect de la mémoire qui est sollicité. Lorsque Sadate est venu en Israël, beaucoup de Séfarades sont venus l’accueillir. Les Juifs du Maroc, quant à eux, ont conservé un lien très fort avec ce pays et la figure du roi Mohammed V », reconnaît Annie Dayan-Rosenman. « En même temps, ils ont pleinement conscience des circonstances pénibles de leur départ ».
De nombreux observateurs avancent que les raisons de cette nostalgie sont à rechercher à l’intérieur du monde juif. Parmi celles-ci, le télescopage entre l’amertume du départ et la déception face à l’accueil désastreux par Israël des Juifs du Maghreb, particulièrement ceux du Maroc. « Le monde ashkénaze les prenait pour des pestiférés, leur culture d’origine était méprisée et dévalorisée. En réaction, ils ont alors idéalisé le monde dont ils venaient », réagit Georges Bensoussan. « Cette culture millénaire a été réduite à la Mimouna, au thé à la menthe et aux beignets. Des bêtises en fait ».
Le tourisme communautaire a connu un essor considérable au Maroc et en Tunisie. « A ma connaissance, ces voyages n’existent pas du tout en Pologne ou en Allemagne. Les Juifs reviennent au Maroc ou en Tunisie, car l’exode n’a pas blessé mortellement leur mémoire au point de vouloir éradiquer le souvenir de mille ans d’histoire dans ces pays », admet Michel Abitbol. Bien qu’ils n’aient aucune signification politique, ces voyages suscitent un peu d’espoir : des possibilités de convivialité et de dialogue entre Juifs et musulmans existent encore, en dépit du drame qu’a été pour eux le départ.

Véronique Lemberg 
publié le 7 décembre 2010 
sur le site du Centre Communautaire Laïc Juif de Bruxelles