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12 mars 2013

Théologiennes féministes de l'islam (1/2)


Depuis une vingtaine d'années, des bouleversements remarquables ont lieu dans le champ de la théologie et des interprétations de l'islam.

Ces nouveaux courants réformateurs contemporains, progressistes et inclusifs, ont, contrairement au wahhabisme, promu l'égalité des sexes et pris en charge les questions liées à la sexualité, à l'homosexualité et à la transidentité.
Ces nouvelles mobilisations ouvrent la voie à un réformisme contemporain et à une transformation du religieux.
Il s'agit en premier lieu du féminisme islamique, apparu d'abord en Iran, puis comme un mouvement intellectuel d'exégèse religieuse, défendant l'égalité des sexes.
Si ces théologiennes travaillent le Coran, la tradition du Prophète et le droit musulman, elles s'appuient en dernière instance sur l'exégèse critique qu'elles font du Coran.
L'une d'entre elles, Ziba Mir-Hosseini, une sociologue enseignant à Londres, a ainsi rappelé la nécessaire distinction entre la charia (la voie de Dieu révélée au Prophète dans le Coran) et le fiqh (les efforts humains pour traduire ce chemin en dispositions juridiques).
Ce dernier est au fondement des diverses législations dans les pays arabes et musulmans concernant le statut de la personne, à l'exception de la Turquie, qui a adopté, en 1926, un code civil séculier inspiré du code suisse.

Production de la norme religieuse

Ce retour des féministes à la primauté "absolue" du Coran a remis en cause les écoles de droit islamique selon une voie déjà tracée par le réformisme, tel qu'il fut amorcé par Mohamed Abduh, un penseur du tournant du XXe siècle.
Ces nouvelles exégèses ont aussi contesté l'autorité des institutions établies et la question du consensus des savants dans la production de la norme religieuse.
Un des effets de la réislamisation des sociétés depuis les années 1970 a été la prolifération d'autorités productrices de savoirs religieux se livrant à une concurrence vive.
Cette prolifération a favorisé l'émergence de théologiennes féministes qui se sont engagées dans une compétition intellectuelle pour créer de nouveaux points d'appui religieux, et récemment des interprétations gayfriendly du Coran.
Toutes sont dans une démarche d'appropriation des sources de l'islam, qui témoigne d'une individualisation du rapport au religieux, selon l'idée forte : "L'islam, c'est nous."
Loin d'être univoques, les individualités et réseaux féministes islamiques dialoguent par le biais d'Internet sans constituer un mouvement global unifié.
Certaines sont d'abord des femmes pieuses. D'autres sont féministes et croyantes, et d'aucunes agissent au nom de la citoyenneté et de la démocratie. Elles refusent d'être discriminées au sein de leur religion et se réservent le droit de récuser des interprétations inégalitaires de l'islam qui sont au fondement des lois sur le statut personnel.

Transition post-"Printemps arabes" 

C'est la position de la Malaisienne Zainah Anwar, fondatrice d'un groupe pionnier du féminisme islamique, Sisters in Islam, en 1988. Un positionnement qui se diffuse dans les contextes de transition post-"printemps arabes" par le biais de débats sur la manière dont pourraient être utilisées les ressources du féminisme islamique.
Depuis les années 2000, le féminisme islamique est entré dans une seconde phase. D'un côté, cette herméneutique est devenue plus radicale, se fondant sur l'esprit du Coran, des conditions actuelles des relations sociales et des compréhensions contemporaines de la justice et de l'égalité.
Ce qui a conduit Amina Wadud, Afro-Américaine convertie à l'islam, dans son second ouvrage Inside the Gender Jihad: Women's Reform in Islam (Oneworld Publications 2006), à réfuter la polygamie ou la violence de l'homme vis-à-vis de son épouse mentionnées dans le Coran.
De l'autre, ces interprétations se diffusent. Un mouvement transnational visant à disséminer les apports de ces exégèses féministes s'est tissé.
De nouveaux réseaux ont vu le jour, tels que le mouvement global demandant l'égalité des droits au sein de la famille (Musawah), le comité consultatif transnational des intellectuelles et théologiennes (Global Women's Shura Council) ou encore les conférences présentées par l'organisation citoyenne des musulmans espagnols (la Junta islamica) à Barcelone.
De l'intérieur des pays, des féministes islamiques se fraient un chemin au sein d'institutions existantes.
Au Maroc, Asma Lamrabet, qui préside le Groupe international d'étude et de réflexion sur la femme en islam (Gierfi), l'a associé en 2008 à une institution religieuse influente du Maroc, la Rabita Mohammedia des oulémas.
En Turquie, le travail de relecture des hadiths de la théologienne Hidayet Tuksal a été intégré dans un vaste chantier gouvernemental visant à retirer les hadiths [propos attribué au Prophète et non retenu dans le Coran] misogynes des publications du ministère des affaires religieuses, qui supervise les mosquées du pays.
En Indonésie , ce sont des théologiennes, surtout issues de famille d'oulémas qui, depuis vingt ans, se sont engagées dans une relecture féministe des textes religieux.


Stéphanie Latte Abdallah, chercheuse au CNRS ; 
Ludovic Mohamed Lotfi Zahed, doctorant à l'EHESS
Le Monde, 18 février 2013

11 mars 2013

"Islam politique et démocratie" ... une brève intervention lors de la Convention Nationale du CRIF


Akadem fait un travail remarquable, celui de l'enregistrement de conférences, colloques et exposés divers, ce qui a permis la constitution en quelques années de la plus grande "bibliothèque sonore francophone" sur les sujets d'intérêt juif : leur site mérite vraiment le titre de "campus numérique juif".

C'est ainsi que, grâce à ces enregistrements, on peut revoir et réentendre les intervenants à la dernière Convention Nationale du CRIF, le 13 janvier dernier.

Parmi les table-rondes, deux intitulées "une passion antisioniste" - sans grand rapport entre elles, en vérité, si ce n'est qu'elles avaient lieu à la même heure dans deux salles différentes. Celle qui nous intéressera ici se trouve sur la page en lien, elle s'intitulait : "Islam politique et démocratie".


Ont débattu des experts chevronnés sur le Moyen-Orient, Dominique Moïsi, géopoliticien et conseiller spécial à l'Institut Français des Relations Internationales ; Dorothée Schmid, chercheuse également à l'IFRI et grande spécialiste de la Turquie (elle sera prochainement mon invitée) ; et Denis Charbit, politologue israélien. J'ai pu intervenir quelques minutes en tant que "grand témoin", et vous pouvez donc m'entendre sur cette vidéo, à partir de 1h41 ... mais ne ratez pas, bien sûr l'ensemble de la conférence !

J.C

03 mars 2013

Et on s'accorde une petite pause ...


Ouf !

Deux mois de publications quasiment non stop ... et bien des travaux en perspective, avec vraiment un manque de temps ; j'ai donc besoin de souffler un peu, donc, et de laisser ce blog au repos : ce petit bouton blanc n'est-il pas bien tentant ?

Je ne m'éloignerai pas pour longtemps, rassurez-vous ; une petite semaine, pour un retour prévu le lundi 11 mars.

Merci à celles et ceux qui viendront visiter le blog pendant ce temps-là, amitiés à toutes et tous, et rendez-vous lundi prochain !
J.C

Tunisie, impasse politique ou espérance démocratique ? Said Aïdi sera mon invité le 10 mars

Said Aïdi

Nous allons revenir dimanche prochain à l'actualité, une actualité brûlante puisqu'il s'agit de la Tunisie et que dans ce pays, la situation est le moins que l'on puisse dire, instable. Mais ce sera aussi une émission particulière pour deux raisons, d'abord parce que nous aurons notre invité au bout du fil depuis Tunis ; et ensuite en raison de sa qualité exceptionnelle, car c'est un acteur de la politique tunisienne, et une personnalité de l'opposition au gouvernement Ennahda, il s'agit de Said Aïdi. Said Aïdi est né à Tunis en 1961, il a fait ses études supérieures en France, des très brillantes études puisqu'il a intégré l'Ecole Polytechnique en 1982 ; il a eu ensuite eu une carrière dans l'informatique, comme créateur d'entreprise puis comme directeur général ; puis est venue la révolution dans son pays en janvier 2011, et là il a fait partie des cadres de haut niveau qui ont été dans les deux gouvernements de transition, comme Ministre de la Formation professionnelle et de l'Emploi. Puis il y a eu les élections le 23 octobre 2011, la victoire d'Ennahda et de ses deux alliés laïcs, l'opposition a été laminée mais, fidèle à ses convictions il l'a rejointe et, depuis l'année dernière il fait partie du comité exécutif d'une nouvelle formation, "Al Joumhouri", le Parti Républicain. Mes auditeurs fidèles savent les liens qui m'attachent à la Tunisie, mon pays natal, et combien j'ai toujours été convaincu que ce pays avait tous les atouts pour devenir vraiment la première vraie démocratie du monde arabe. Ce que nous voyons depuis plus d'un an, cette violence inconnue dans le pays et dont tout les médias ont parlé avec l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd, tout cela nous bouleverse, c'est pourquoi j'ai intitulé cette émission : "Tunisie, impasse politique ou espérance démocratique ?". Et nous comptons vraiment sur ses analyses pour éclairer la situation.

Parmi les questions que je poserai à Said Aïdi :

-        A propos de l'assassinat de Chokri Belaïd : où en est-on de l'enquête ? La police a arrêté le 25 février un membre du commando qui l'a exécuté par balles à El Menzah, mais le principal tueur serait en fuite. On a dit qu'ils appartenaient à une milice tolérée par le pouvoir, la "Ligue de Protection de la Révolution", qui a déjà assassiné un membre du parti "Nida Tounes" il y a quelques mois ; saura-t-on un jour la vérité, et comment ? Vous-même avez été victime d'une agression violente, à la Casbah de Tunis le 4 décembre, pourriez-vous en parler à notre antenne ?

-        On a eu l'impression que cet assassinat a causé une sorte d'électrochoc dans la société tunisienne, les obsèques de Chokri Belaïd ont été suivies par une foule considérable, et il y a eu une journée de grève générale ce que l'on n'avait pas vu depuis des décennies ; mais, surtout, on a eu l'impression que le parti Ennahda vivait lui aussi une crise, puisque le Premier Ministre Hamadi Jebali a proposé un gouvernement de transition ; son parti n'a pas suivi et résultat, il a démissionné. Pensez-vous vraiment qu'il y a, à l'intérieur d'Ennahda, des modérés qui pourraient rejoindre l'opposition, autrement dit des "islamistes modérés" ; et que pensez-vous du nouveau Premier Ministre désigné, Ali Laârayedh, qui était Ministre de l'Intérieur et de son bilan, en termes de sécurité nationale ?

-        Quelle est actuellement la position des Américains ? Tout le monde a compris que, de Tunis au Caire en passant par Tripoli et demain Damas, finalement les Etats-Unis ont intégré une prise de pouvoir par les "Frères Musulmans", avec le soutien financier des Emirats du Golfe : est-ce que pour la Tunisie, ce basculement dans la violence, ce qu'ils ont subi aussi avec l'attaque de leur ambassade - laissée sans protection policière - par les Salafistes  au mois de septembre, les a fait évoluer ?

-        On a largement analysé les causes de l'échec de l'opposition en octobre 2011, et surtout l'éparpillement des voix avec des dizaines de formations politiques qui ont gaspillé les suffrages. Aujourd'hui, il y a trois "blocs", votre parti, les Républicains d'Al Jamhouri ; le parti Nida Tounes de l'ancien Premier Ministre Beji Caïd Essebsi ; et la gauche modérée du rassemblement "El Massar". Sont-ils arrivés à un accord électoral ? Et à part l'opposition aux Islamistes, pour quel programme ?

-         Il est impossible sur cette antenne de ne pas évoquer les inquiétudes de la petite minorité juive tunisienne, qui se trouve bien plus inquiète que sous Ben Ali : citons, parmi les évènements récents, les cris de "mort aux Juifs" scandés à l'aéroport de Tunis Carthage lors de la visite du Premier Ministre du Hamas en janvier 2012 ; la proposition d'un député Ennahda d'interdire la vente de terrains aux Juifs dans l'île de Djerba ; les propos d'un imam d'une mosquée de Radès demandant à ses fidèles de prier pour que les Juifs soient stériles ; et les images lamentables qui nous parviennent de profanations de cimetières ou de synagogues : est-ce une campagne d'intimidation délibérée, et comment la combattre ?

Il est tout à fait exceptionnel d'avoir un responsable politique d'un pays arabe dans notre série ... c'est pourquoi j'espère que vous serez particulièrement nombreux à l'écoute !

J.C 

01 mars 2013

"Mais où sont les Ben Gourion, les Begin, les Rabin, les Sharon ?", par André Nahum



Un mois après sa très courte victoire, Benyamin Netanyahou n’en finit pas de tenter de former son gouvernement.

Pourtant les choses apparaissent relativement simples. Avec ses trente et un sièges,  il ne peut se passer des voix de Lapid et de Bennett à moins d’accepter de diriger une coalition ultra religieuse et ultra droitière. Or ces deux hommes  incontournables posent des conditions qui à première vue n’ont rien de déraisonnable et paraissent même logiques.

Il  demandent en premier lieu  l‘égalité pour tous face au service militaire.
Lapid qui est laïc et Bennett qui est religieux avec kippa  sont d‘accord sur ce point : Ils n’acceptent pas que tous les étudiants de yeshiva en soient dispensés. Ben Gourion avait fait cette concession aux parts religieux dans les débuts de l’état, à un moment où ces élèves étaient peu nombreux, mais aujourd’hui ils sont des dizaines de milliers à revendiquer cette faveur ...

Pourquoi le Premier Ministre refuse-t-il d’accepter ces demandes de Lapid et Benett ? Craint-il qu’elles ne creusent un fossé encore plus profond entre laïcs et religieux  ou redoute-t-il simplement de perdre une partie de son électorat traditionnel ? Pourtant, est il  moral et juste que les élèves, vrais ou faux, des yechivots,  tout comme d’ailleurs les citoyens arabes, poursuivent tranquillement leurs études ou leurs activités professionnelles alors que les garçons de leur âge donnent trois ans de leur vie à défendre ou à servir l’état ? A partir du moment où le principe d’égalité devant la loi est appliqué, la durée ou les modalités de ce service militaire ou civil  peuvent  d’ailleurs être discutées. 

Aujourd’hui, avec les changements intervenus dans le monde arabe,  la réélection de Barak Obama et le désir de changement d‘une fraction importante de la population israélienne révélé par les urnes et par la rue,  l’immobilisme serait suicidaire.

Les Palestiniens l’ont bien compris, qui à trois semaines de la visite du président américain, font du forcing pour le convaincre d’exercer  de fortes pressions sur Israël afin de satisfaire leurs aspirations. C’est comme cela qu’il faut comprendre l’agitation qui secoue  depuis quelques jours la Cisjordanie où les incidents se multiplient, ou cette  roquette tirée  hier sur Ashqelon à partir de Gaza. Début d’une troisième intifada ou simples manœuvres pour revenir au  devant de la scène  ? On ne peut encore le dire.

Mais il est urgent que les motivations personnelles s’effacent devant l’intérêt du pays. Qu’Israël ait enfin un gouvernement qui soit capable d’affronter cette situation. Il faut un pilote habile et audacieux. Mais où sont les Ben Gourion, les Begin, les  Rabin, les Sharon ? 

André Nahum,

Judaïques FM le 27 février 2013