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01 mai 2018

"Une chasse aux homosexuels" est organisée par l'État tunisien "pour cacher le naufrage économique du pays", dénonce une association


Frédéric Hay, président de l'association Adheos, a dénoncé lundi sur franceinfo l'attitude de plus en plus dure de l'État tunisien à l'égard des homosexuels tunisiens, mais aussi étrangers.
Deux couples binationaux ont dû fuir la Tunisie en raison de leur homosexualité, a rapporté lundi 19 février France Bleu La Rochelle. Christophe et Mehdi, Français et Mauricien, ainsi que Thierry et Yoan, Français et Tunisien, ont quitté précipitamment il y a quelques mois le pays où ils étaient installés, alors qu'ils étaient sur le point d’être arrêtés par la police. Pour Frédéric Hay, président de l'association Adheos (Association d'aide de défense homosexuelle pour l'égalité des orientations sexuelles), invité lundi de franceinfo, ces vagues d'arrestations ont pour but de cacher les grandes difficultés économiques de la Tunisie.

franceinfo : La situation des homosexuels en Tunisie est-elle de plus en plus dangereuse ?

Frédéric Hay : Tout à fait. On savait que c'était une politique gouvernementale dirigée essentiellement contre les gays tunisiens. Il y a déjà eu plus de 21 meurtres et plus de 400 arrestations de gays, et surtout des centaines de violences et d'agressions sur des gays tunisiens. Mais on n'avait pas connaissance de tels agissements sur des ressortissants français ou européens. Il s'avère d'après nos informations que ça change. D'autres couples binationaux avant ces couples rochelais ont été victimes de ces mêmes menaces et de ces mêmes extorsions de fonds, puisqu'ils doivent tout lâcher du jour au lendemain. C'est une véritable chasse organisée par l'État tunisien. C'est une politique qui vise à cacher un peu le naufrage économique de la Tunisie. Demain on peut s'interroger sur la chasse aux laïcs, aux démocrates ou aux femmes.

Quels sont les motifs légaux d'arrestation ?

L'article 230 du code pénal qui criminalise l'homosexualité d'une manière générale, comme dans plus de 70 pays dans le monde. Cette base sert à tous les chantages, il y a une véritable insécurité en Tunisie. La religion pose question aussi puisqu'il y a une radicalisation religieuse en Tunisie, avec des imams qui publiquement incitent, comme Daech, à tuer, lapider et jeter les homosexuels des toits.

Est-ce quelque chose qui est monnaie courante ?

Oui, et ce sont les mêmes imams que nous avons dénoncé aux autorités françaises pour leur interdire le territoire français et l'espace Shengen. J'attends toujours une réponse des autorités françaises, car ce sont des personnes qui ont des visas, qui voyagent tranquillement, certains vont voir leurs filles qui étudient à Paris. On n'a aujourd'hui aucune réponse officielle quand on signale des imams radicalisés qui appellent au meurtre d'homosexuels, ils sont toujours autorisés à venir en France. Et on n'a pas non plus de réponse vis-à-vis de l'accompagnement des victimes de tous ces agissements.

Site de france Info / Radio France
19 février 2018

22 septembre 2016

Qatar. L’homosexualité, une “perversion” de “l’Occident décadent”, pour Al-Jazira



Les grands médias du monde arabe avaient évité les excès verbaux après la fusillade antigay à Orlando. Sur Al-Jazira au Qatar, en revanche, un éditorialiste se lâche. Pour lui, l’homosexualité est un “signe de la décadence occidentale”, voire “la dernière guerre du Diable”.

“Mafia de la déviance : la décadence occidentale et l’occupation de la conscience de l’humanité”, titre le site de la chaîne d’information qatarie Al-Jazira. L’un de ses éditorialistes y revient sur la fusillade d’Orlando aux Etats-Unis, qui a fait 49 morts dans une boîte gay dans la nuit du 11 au 12 juin.   

L’éditorialiste condamne seulement la démarche individuelle d’Omar Mateen, l’auteur de la fusillade, mais pas le fond idéologique de l’acte. Ainsi, il n’hésite pas à utiliser le mot chadh, qui signifie ‘déviant’, voire ‘pervers’en arabe. Ces dernières années, presque tous les grands médias arabes avaient cessé d’utiliser ce terme à forte connotation dépréciative, voire insultante, au profit du mot plus neutre mithli, qui veut dire homosexuel.
“Rien dans l’islam n’autorise un individu musulman à exercer une autorité légale ou exécutive sur des déviants. […] Tuer quelqu’un qui n’est pas armé ni en train de vous agresser est un crime, peu importe qu’il soit atteint par la pathologie de la déviance”, poursuit-il.  

Le choix des mots est en phase avec la dénonciation de “la grande guerre contre le mariage naturel entre l’homme et la femme”, qui serait menée “par des gens agissant au sein de l’institution culturelle et politique occidentale” à travers “des pressions médiatiques et culturelles” afin d’“obliger le monde à accepter” l’homosexualité. Et cette guerre, toujours selon l’éditorialiste, n’est rien d’autre que la “dernière guerre du Diable”.  

“Malheureusement, aux Etats-Unis, les forces de refus moral et religieux dans les églises et dans les médias ont été affaiblies”, déplore-t-il. Aussi faut-il provoquer un sursaut mondial pour faire de la famille “le dernier bastion pour sauver l’humanité” et pour lui assurer “la santé, la descendance, une conduite morale et la stabilité psychologique”.  

Si l’auteur condamne Daech, “qui ne fait qu’alimenter l’islamophobie”, c’est pour mieux plaider la cause du “discours islamique [qui doit] contrer la culture déviante” :
Les religions monothéistes considèrent que la déviance sexuelle est une réalité dans le monde contemporain et qu’il faut faire avec, en tant que comportement criminel et déviant devant être puni ou soigné. Mais elles ne l’ont pas autorisée pour autant. […] Il s’agit d’un des signes de la décadence occidentale extrémiste, utilisée comme moyen de pression politique pour envahir le monde et y répandre une épidémie.”

Courrier International, 27 juin 2016

05 janvier 2014

Les Musulmans et le sexe : Nader Alami sera mon invité le 12 janvier



La première émission de 2014 va nous permettre d'oublier un peu l'actualité, mais nous allons bien rester dans la thématique de la série, avec un sujet original et que nous n'avons jamais encore abordé. Le thème sera en effet "Les Musulmans et le sexe", et pour en parler j'aurai comme invité l'auteur d'un livre qui a exactement ce titre là, Monsieur Nader Alami. Nader Alami est professeur et historien de l'islam ; et surtout le producteur de l'émission de télévision "Lumières d'islam" que l'on peut voir sur la TNT. Je l'ai connu quand nous avions rencontré, au CRIF, une délégation conduite par l'imam Hassen Chalgoumi dont il est proche. Plusieurs choses m'ont plu dans sa personnalité : il est à la fois un enseignant et un homme de médias ; un homme de foi et en même temps un homme moderne, capable d'aborder des sujets de société comme la sexualité, un sujet tabou dans la plupart des religions qui cherchent en même temps à normaliser les comportements. Est-ce uniquement répressif de la part des monothéismes ? Que réclame dans le fond, l'Islam, dont on a une vision plutôt négative dès qu'il s'agit de ces questions ? Son livre "Les Musulmans et le sexe" (Editions Gumus) est bref (130 pages), mais il a une grande densité. Il est construit à propos de questions réelles que lui ont posé ses téléspectateurs ; et, que l'on partage ou non toutes ses analyses, ses réponses sont d'abord celles d'un vrai croyant, qui trouve sur chaque sujet une explication tirée du Coran ou des Hadiths.

Parmi les questions que je poserai à Nader Alami :

-        Ce qui m'a frappé, c'est à la fois la variété des questions posées, et le constat que, vivant en France ou au Maghreb, ce qui tourmente une partie de votre public est largement partagé par beaucoup de nos contemporains. Voici un échantillon des situations vécues : "Je regarde du porno toute la nuit" ; "Je vis une jouissance cérébrale" ; "Je reçois des avances d'une autre femme" : "J'ai des pannes sexuelles" (...). Pourquoi la sexualité, qui était quelque chose d'intime ou de refoulé pour les générations de nos parents, est-elle devenue quelque chose de central dans les pensées des gens ?
-        Votre chapitre 12 est consacré à la fois à un fléau de nos sociétés et en même à un grand classique islamophobe, la pédophilie. Pour ce qui concerne ceux qui voudraient trouver dans le Coran l'autorisation d'avoir des relations avec des petits garçons, vous êtes très clair en démontant l'argumentation. Mais le Prophète Mahomet a eu comme épouse préférée Aïcha, qui avait 9 ans quand il l'a choisie : que répondez-vous à ceux qui parlent dans ce cas de "pédophilie" ?
-        A propos de la polygamie, vous en parlez dans votre chapitre 3, et vous abordez les choses de façon directe et non hypocrite. Les hommes, dites-vous, sont naturellement tentés d'aller "voir ailleurs", or on vit dans des société où les gens vivent beaucoup plus longtemps ; où hommes et femmes travaillent ensemble et ont des occasions de rencontres, donc si la polygamie était tolérée ce serait quelque chose de naturel. Seulement, nous sommes en France et la polygamie y est interdite comme dans tous les pays occidentaux. Vous écrivez page 26 que la polygamie est reconnue dans 84 % des sociétés humaines, lesquelles ? Et dans le fond, que dit à ce sujet le Coran dans la Sourate 4, verset 3 ?
-        A propos de l'Homosexualité; votre livre donne toutes les références montrant que le Coran a repris l'interdit du Judaïsme. C'est le fameux épisode de Sodome et Gomorrhe, relaté dans la Genèse, où l’Éternel a fait détruire par le feu deux cités en raison "de la conduite immorale" des habitants, et vous citez toutes les Sourates qui racontent la même chose. Seulement, votre propos est totalement en décalage avec nos sociétés actuelles, où on légalise le "mariage gay". Vous partez de l'hypothèse qu'au fond ces hommes et ces femmes ont plutôt des penchants bisexuels et qu'ils pourraient en quelque sorte "revenir dans le droit chemin" : mais il y a d'innombrables sexologues, psychologues, sociologues qui ne sont pas d'accord avec votre propos ; que leur répondez-vous ?

Un livre original, un invité ouvert et intéressant ... j'espère que vous serez nombreux à l'écoute dimanche prochain !

J.C