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15 octobre 2016

Les assyro-chaldéens, du génocide à l'exil : Robert Alaux et Nahro Beth-Kinne seront mes invités le 23 octobre



Un sujet inédit pour le prochain numéro de "Rencontre". J'ai en effet intitulé cette émission "Les assyro-chaldéens, du génocide à l'exil", et c'est la première fois que nous allons parler de cette minorité chrétienne en terre d'islam, minorité qui a vécu un génocide oublié et dont les survivants du Moyen-Orient ont pris les routes de l'exil ces dernières années. Pour en parler, tout d'abord Robert Alaux, qui est sans doute un des meilleurs spécialistes de ces populations. Documentariste, il a travaillé sur ces communautés depuis une vingtaine d'année et il est l'auteur de plusieurs films pour des chaines de télévision : "Les derniers assyriens" en 2004, des reportages, et puis surtout "Seyfo, ou l'élimination" en 2006, qui relate le génocide de 1915 où la Turquie a massacré des centaines de milliers d'assyro-chaldéens, en même temps que fut perpétré le génocide arménien. A participé avec lui à la réalisation de ce film Nahro Beth-Kinne : lui est un descendant des exilés qui ont fui leurs terres d'origine ; il vit en Belgique où il est un des leaders d'opinion de cette communauté chrétienne. Alors nous parlerons surtout de l'histoire passée, du génocide et des années qui ont suivi avec Robert Alaux ; et puis, en deuxième partie d'émission, nous aurons Nahro Beth-Kinne au téléphone, et on évoquera les persécutions présentes, surtout depuis les massacres commis par l'Etat Islamique.

Parmi les questions que je poserai à mes invités :

-        A propos de terminologie :  on appelle ces populations "les Assyriens", est-ce pour dire qu'ils sont les descendants des habitants de l'Empire assyrien, mais la plupart des habitants du Proche-Orient le sont aussi ? Ensuite, on les appelle aussi "syriaques", "assyro-chaldéens", "araméens" : quelle différence ? Quelle est leur caractéristique principale qui les distingue des autres populations chrétiennes ayant vécu dans la région ? Est-ce qu'ils relèvent d'une même église chrétienne ou de plusieurs ?
-        Où vivaient-ils, pour les situer sur les territoires qui deviendront plus tard ceux des Etats apparus après la Première Guerre Mondiale ? Pour les comparer par exemple aux Arméniens, ou aux Juifs ou au Chrétiens maronites, est-ce que c'était des communauté nombreuses, avec des élites importantes et vivant dans les grandes villes ? Comment ont-ils vécu, est-ce qu'il y a toujours eu des persécutions et des massacres ?
-         Comment un Empire finalement assez tolérant, celui des Ottomans, qui reconnaissait les communautés, organisées en "Millets", sous l'autorité de leurs Patriarches religieux, va avoir le projet de devenir une nation ethniquement pure, qui va éliminer de façon ignoble les minorités chrétiennes, et le résultat, c'est qu'aujourd'hui, les chrétiens qui représentaient 30% de la population sont aujourd'hui 0,1% en Turquie ? Comment expliquer ce basculement, entre la fin du 19ème siècle et 1915 ?
-        A propos de ce que la mémoire des Assyro-chaldéens a appelé le "Seyfo" ou "élimination", pendant la Première Guerre Mondiale, essentiellement en 1915 mais aussi les années suivantes : qui a réalisé ce génocide, l'armée turque ou des supplétifs locaux ? Où se sont déroulé les massacres au niveau de la Turquie ? Les historiens s'accordent-ils sur un nombre, même approximatif, de victimes ? Pourquoi peut-on utiliser le mot de génocide pour ce qu'a subi cette minorité chrétienne ?
-        Quel a été le sort des Assyro-Chaldéens entre les années 30 et la chute de Saddam Hussein : est-ce que leurs élites ont défendu une identité nationale ? Ou au contraire - comme la majorité des Chrétiens d'Orient - ont-ils soutenu la cause du nationalisme arabes, sous la protection de dictatures sanguinaires ?
-        On a commencé à parler des persécutions des Chrétiens en Irak avant l'apparition de l'Etat islamique, quand fuyaient déjà des dizaines de milliers de civils, suite à des assassinats et des persécutions diverses, avec la complicité de la police irakienne. Quelle est la situation aujourd'hui ? Combien d'Assyro-Chaldéens sont partis, combien ont été tués par l'Etat Islamique ? Combien sont arrivés en Europe, et où vivent-ils ?

Un sujet inédit, qui passionnera je l'espère mes auditeurs fidèles ... soyez nombreux à l'écoute.

J.C

27 septembre 2016

07 septembre 2016

La Turquie après l'échec du coup d'Etat : Dorothée Schmid sera notre invitée le 11 septembre

Après l'échec du putsch, Istanbul le 16 juillet 2016

J'ai choisi pour cette émission de la rentrée que l'on parle à nouveau de la Turquie, cette grande puissance incontournable du Moyen-Orient qui vit une période bien tourmentée : terrorisme de diverses origines qui a fait plus de 300 tués depuis l'été 2015 ; tentative de coup d'Etat le 15 juillet dernier, qui reste bien mystérieuse et qui a entrainé une répression sans précédent ; zig-zag diplomatiques difficiles à interpréter, vis à vis des Etats-Unis, de la Russie, d'Israël et des autres pays de la région ; intervention militaire directe en territoire syrien ; bref il était temps de faire le point, avec un invité qualifié pour en parler, et nous aurons le plaisir d'entendre à nouveau Dorothée Schmid. Nos auditeurs commencent à bien la connaitre, car j'ai eu le plaisir de la recevoir à plusieurs reprises. Pour rappel, elle est un des meilleurs spécialistes français pour les affaires turques, responsable du programme « Turquie contemporaine » à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI). Et, grâce aux colloques qu'elle a organisés, j'ai eu la chance d'assister à plusieurs débats et conférences sur ce pays, que j'évoquerai dans notre entretien.

Parmi les questions que je poserai à Dorothée Schmid :

-        A propos de ce putsch raté, on a vu circuler tout de suite des théories du complot, disant que c'était un coup monté pour permettre au régime la féroce répression qui a suivi. Il y avait en effet plusieurs éléments troublants : qu'en pensez-vous ?
-        L'origine de cette tentative de coup d'Etat a été presque immédiatement désignée par le régime : ce serait la mouvance islamiste rivale de l'AKP, le mouvement "Hizmet" du prédicateur Fetulah Gülen qui vit en exil aux Etats-Unis. Dans une longue tribune libre publiée par le journal "Le Monde" le 11 août dernier, ce dernier proteste vivement contre ces accusations : que pensez-vous de cette accusation ?
-         Dorothée Schmid, quel est à votre avis l'état actuel de l'opinion turque ? Après le choc du coup d'Etat raté, il y a eu, clairement, une union politique de tous les partis qui refusaient le retour à l'époque ancienne où la démocratie était confisquée périodiquement par les militaires : mais cela va-t-il durer, et est-ce qu'on ne risque pas d'avoir, en boomerang, la révolte des victimes de la répression ?
-        Ce coup d'Etat manqué semble aussi avoir eu des conséquences sur la politique extérieure de la Turquie. D'un côté, alors qu'on avait vécu une crise très grave avec la Russie avec l'affaire de l'avion abattu à la frontière syrienne en novembre 2015, le Président Recep Tayyip Erdogan a rencontré Vladimir Poutine. D'un autre côté, il y a un refroidissement avec les États-Unis avec la demande d'extradition de Fetullah Gülen : à votre avis, cela peut-il aller jusqu'à un renversement d'alliance, la Turquie finissant pas quitter l'OTAN ?
-        Quel sera l'impact de ces évènements sur les relations avec l'Union Européenne ? On a lu un peu n'importe quoi l'année dernière, suite à la crise des réfugiés syriens, par exemple que la chancelière allemande Angela Merkel avait monnayé la coopération turque sur ce dossier contre une entrée dans l'Union : où en est-on un an après ?
-        La Turquie vit, depuis plus de cinq ans, avec la guerre civile syrienne à proximité immédiate. Pendant longtemps, on a accusé le régime turc non seulement de soutenir l'opposition au régime Assad mais d'être quasiment complice du Daech. Les choses semblent avoir évolué, surtout depuis les attentats djihadistes en Turquie même, qui ont fait des centaines de morts. Le Président Erdogan a envoyé son armée en territoire syrien, à la fin du mois d'août : mais qui a-t-il dans le collimateur, est-ce vraiment l’État Islamique, ou plutôt les Kurdes qui occupent le terrain sur sa frontière ?
-        Concernant l'accord de normalisation avec Israël, que vient d'approuver le Parlement d'Ankara : qui, d'après vous, a fait le plus de concessions ? Et, vu de Turquie, quel était l'intérêt à se rapprocher d'un pays, contre lequel l'opinion a quand même été très remontée, surtout dans les médias proches de l'AKP ?

Des sujets vraiment d'actualité, et j'espère que vous serez nombreux à l'écoute !

J.C

21 juillet 2016

Après le putsch raté en Turquie



Nous sommes encore tous sous le choc de l'attentat terriblement meurtrier du 14 juillet, sur la Promenade des Anglais à Nice. Mais Il s'est passé aussi, le lendemain, un évènement très grave au Moyen-Orient avec le putsch avorté en Turquie ; très grave, par les suites que nous apprenons tous les jours avec la répression du Président Erdogan qui est terrible.
J'ai donc décidé de vous proposer une série de lectures, pour vous aider à y voir un peu plus clair !

Sur son site, mon ami Jacques Benillouche a rapidement analysé ce qui s'est passé dans la nuit du 15 au 16 juillet, en relevant que ce coup d'Etat des militaires avait été très mal préparé ... lire ici

Ce n'est pas la première fois que l'on parle - Rumeurs ? Vraies tentatives ? Manipulations ? - des tensions entre l'armée turque et le régime des islamistes de l'AKP. "Temps et Contretemps" a ainsi, pour mémoire, republié cet article de 2013 .

Mais cet étrange pusch militaire, qui n'aura duré que quelques heures, a vite intrigué beaucoup de monde. Beaucoup y voient un montage d'Erdogan, qui souhaite casser toute opposition depuis longtemps et donc aurait eu ainsi une occasion trop belle de faire une "purge", à la fois dans l'armée, dans la Justice, chez toutes les élites non ralliées en fait ...Chérif Amir, universitaire égyptien et ancien invité de mon émission, a écrit un article en ce sens : lui croit carrément à une manipulation !

Mes ami(e)s qui me suivent ici savent que je ne suis guère amateur des "théories du complot". Or justement, un article de "L'Obs" démolit les dix arguments avancés pour démontrer une manipulation d'Erdogan : lire ici .

Mais le plus curieux, c'est encore les publications des complotistes, dont je suis ici régulièrement la littérature sur Facebook : pour une fois, ils ne voient pas de manipulation dans ce qui s'est passé dans la nuit du 15 juillet ! Ils ressortent en fait leur grille binaire d'analyse de tout ce qui se passe dans le monde - "gentils = Poutine + Iran + Assad", "Méchants = USA + UE + Israël", et ils racontent que le coup d'Etat manqué était l'oeuvre de la CIA ; le gentil Poutine ayant sauvé Erdogan, paré tout d'un coup de toutes les vertus par les mêmes qui le dénonçaient hier ... chapeau les équilibristes.

Dans tous les cas, ce que l'on a vu dans les rues d'Istanbul après le coup d'Etat manqué fait vraiment peur : des islamistes de l'AKP "en grande tenue", barbes au vent, ont massacré, lynché et égorgé de jeunes soldats qui n'avaient fait qu'obéir aux ordres de leurs supérieurs ... voir cette photo horrible !


 Trois dernières lectures, pour finir cet article. Tout d'abord, on a vu l'U.E - comme les USA - afficher tout de suite leur soutien à Erdogan, ce qui contredit bien sûr les théories fantaisistes évoquées ci-dessous. Pour rappel,  je mettais en lien un article sous ma signature traitant du sujet, mardi dernier sur ce blog.

Enfin,  Erdogan a accusé le mouvement de son rival "islamiste modéré", Fetulah Gülen - qui vit en exil aux USA - d'être derrière le coup d'Etat raté du 15 juillet. La répression est déjà féroce contre leur mouvement "Hizmet" ... y compris en France, où ils sont bien implantés (écoles, centres culturels, entreprises). Il y a déjà eu des menaces et des violences, lire cet article .

Pour être tout à fait complet, à noter que mon amie journaliste Isabelle Kersimon , qui suit de très près l'ensemble des mouvances de l'islam politique, n'a guère de sympathie non plus pour le mouvement Gülen : elle voit dans son conflit avec l'AKP d'Erdogan une rivalité de pouvoir, mais non idéologique.

J.C