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18 mars 2015

Syrie: la sécheresse, un élément à l'origine du conflit, selon une étude



Washington (AFP)

La sécheresse record, peut-être liée au changement climatique, qui a dévasté le secteur agricole de la Syrie de 2007 à 2010, pourrait avoir contribué au déclenchement de l'insurrection dans ce pays en 2011, selon des chercheurs américains lundi.
 Cette sécheresse, la plus sévère dans les annales, a frappé la principale région agricole dans le nord de la Syrie, forçant les agriculteurs et éleveurs ruinés à émigrer vers les villes où la pauvreté, la mauvaise gestion de l’État syrien et d'autres facteurs ont nourri la révolte qui a explosé au printemps 2011, expliquent-ils dans leur recherche publiée lundi dans les comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS).

"Nous ne disons pas que la sécheresse est la cause de la guerre mais qu'elle s'est ajoutée à tous les autres facteurs, contribuant ainsi au conflit", qui a fait au moins 200.000 morts et déplacé des millions de personnes, souligne Richard Seager, un climatologue de l'Université Columbia (État de New York), co-auteur de l'étude.
"Et le réchauffement climatique en cours, résultant des activités humaines, a probablement contribué à la sévérité de la sécheresse dans cette région", selon lui.
Cette sécheresse a frappé le Croissant fertile qui s'étend du nord de la Syrie à certaines parties de la Turquie et de l'Irak, où l'agriculture et l'élevage ont commencé il y a environ 12.000 ans.
Cette région a toujours connu des variations naturelles du climat. Mais ces scientifiques, s'appuyant sur les recherches existantes et leurs travaux, ont montré que depuis 1900 le "croissant fertile" a connu une augmentation de 1 à 1,2°C de la température ainsi qu'une réduction d'environ 10% des précipitations.

Ces tendances correspondent bien à ce que montrent les modèles ordinateurs sur l'influence des activités humaines sur le réchauffement du climat, en l'occurrence les émission de gaz à effet de serre, et ne peuvent pas être attribuées à la variation climatique naturelle, affirment les auteurs de cette recherche.
- Autres facteurs aggravants -
Selon ces climatologues, le réchauffement du climat a deux effets principaux.
Il paraît avoir indirectement affaibli le système des vents qui apportent les pluies de la Méditerranée, réduisant les précipitations pendant la saison humide de novembre à avril.
Ensuite, les températures plus élevées ont accru l'évaporation de l'humidité des sols durant les étés chauds.

La région a connu des sécheresses importantes dans les années 1950, 1980 et 1990, mais celle de 2006-10 a de loin été la pire et la plus longue dans les annales, un phénomène qui ne peut s'expliquer sans le réchauffement climatique, estiment les auteurs.
D'autres recherches avaient déjà en partie attribué au changement climatique cette tendance à long terme d'un assèchement du bassin méditerranéen.

Les chercheurs relèvent que la Syrie était particulièrement vulnérable en raison d'autres facteurs aggravants, dont une explosion de sa population, passée de quatre millions dans les années 1950 à 22 millions récemment.
Les forages illégaux de puits ont également fortement réduit les réserves d'eau souterraines qui auraient pu minimiser les effets de la sécheresse. Celle-ci a fait chuter la production agricole de plus de 30%. Cette activité contribue à un quart du PIB de la Syrie.
Dans les régions les plus durement touchées du nord-est du pays, les troupeaux ont été presque entièrement abattus et les prix des céréales ont doublé, forçant jusqu'à 1,5 million de personnes à quitter les campagnes pour les banlieues des villes déjà envahies par des réfugiés de la guerre en Irak.

Le régime du président Bachar al-Assad a fait très peu pour aider ces personnes forcées à quitter leurs terres pour leur apporter assistance et leur trouver des emplois, expliquent les chercheurs, relevant que l'insurrection a essentiellement commencé dans ces zones.
Marshall Burke, un scientifique, expert de l'environnement à l'Université Stanford en Californie, qui n'a pas participé à ces travaux, note qu'"il se passait beaucoup de choses dans cette région, et dans le monde, durant cette période, comme une augmentation des prix alimentaires mondiaux et le début du printemps arabe, autant d'éléments qui pouvaient accroître la probabilité d'une guerre civile en Syrie".
Mais, estime-t-il, cette étude "met en évidence un grand nombre d'indications statistiques liant le changement climatique avec un conflit".

Jean-Louis Santini



Site France 24, 3 mars 2015

15 septembre 2010

Surexploité par la Jordanie, Israël et la Syrie, le Jourdain devient un filet d'eau saumâtre


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Ceux de mes lecteurs qui aiment Israël et ne supportent pas la désinformation continue subie par ce pays, ont pris en grippe le journal "Le Monde", acteur majeur de cette désinformation auprès des élites. Raison de plus pour être objectif et reconnaître que le soit disant "quotidien de référence", récemment sauvé de la faillite, peut se montrer objectif ; comme dans cet article, consacré à la pollution du Jourdain et pour lequel, pour une fois, les responsabilités de l'ensemble des pays riverains sont épinglées. Un article qui finit, aussi, par l'évocation du nécessaire "destin commun" des peuples de la région : une région où, en effet, tous les peuples doivent avoir un destin, y compris le peuple juif tellement haï par trop de lecteurs du journal !
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sous le pont Allenby, à la frontière israélo-jordanienne, ce n'est plus qu'un ruisseau aux eaux troubles et presque stagnantes, de moins de trois mètres de large. Quelques kilomètres plus au sud, c'est le Qasr el-Yahoub, site présumé du baptême de Jésus par saint Jean-Baptiste, où se rendent chaque année des milliers de pèlerins. A leurs risques et périls : l'association Les Amis de la terre - Proche-Orient a lancé un appel, mercredi 21 juillet, pour demander l'arrêt de ces baptêmes rituels. Pour cause de grave pollution.
Si rien n'est fait, à la fin de 2011, il ne restera du Jourdain qu'un filet d'eau saumâtre. Fleuve biblique dont le nom est associé à celui de Moïse et de Jésus, le Jourdain se meurt, apparemment dans l'indifférence générale, en particulier celle des trois pays - Israël, Jordanie, Syrie - qui l'ont surexploité et pollué, sans souci de l'avenir, c'est-à-dire des risques hydriques, écologiques et stratégiques qu'ils prenaient pour eux-mêmes.
Les Amis de la terre - Proche-Orient ont publié un rapport en mai, avec des recommandations drastiques, trop sans doute pour qu'elles soient suivies d'effets rapides. En mars, à Amman, le ministre jordanien de l'eau et de l'irrigation, Mohammad Najjar, assurait que le partage des eaux du Jourdain, prévu par l'accord de paix israélo-jordanien de 1994, était respecté, le royaume hachémite recevant de l'Etat juif son quota annuel de 20 millions de m3, Israël en conservant autant.
Ces volumes sont rarement atteints. Du mont Hermon (Syrie-Liban), où il prend sa source, jusqu'à la mer Morte, le fleuve s'étend sur 360 kilomètres, mais ce cours est réduit à 217 kilomètres du lac de Tibériade à la mer Morte. C'est du sud du lac, grâce au barrage de Degania, qu'Israël peut en réguler le flux, qui arrose la vallée du Jourdain. Dans les années 1930, avant la mise en place de cet ouvrage et celle des barrages construits par la Syrie et la Jordanie sur le Yarmouk, principal affluent du Jourdain, le débit du fleuve atteignait 1,3 milliard de m3 par an. Il ne dépasse pas 20 à 30 millions de m3 aujourd'hui.
La raison de cet assèchement historique est simple : 98 % du débit du fleuve est accaparé par Israël, la Syrie et la Jordanie, pour leurs besoins domestiques et agricoles, avec des parts de responsabilité inégales : selon le rapport des Amis de la terre, 46,4 % pour Israël, 25,2 % pour la Syrie, 23,2 % pour la Jordanie, et, parent pauvre, 5 % pour les territoires palestiniens, dont la population n'a pas d'accès direct au fleuve.
Cette pénurie hydrique a des conséquences multiples. Ecologiques d'abord, puisque le manque d'eau a bouleversé l'écosystème : la moitié de la biodiversité a disparu avec le fort ralentissement du débit du fleuve et l'augmentation de sa salinité. La présence de loutres n'est qu'un lointain souvenir, et une partie des millions d'oiseaux qui empruntent chaque année le couloir migrateur de la vallée du Jourdain, a déserté la région.
Conséquences environnementales ensuite, car la pollution organique est présente dans des proportions élevées. Quelque 350 000 riverains se débarrassent de leurs eaux usées dans le fleuve. A terme, le problème de la pollution, particulièrement grave dans les eaux du Jourdain inférieur, pourrait être combattu grâce aux nouvelles usines d'épuration des eaux construites par Israël et la Jordanie. Mais le vrai défi est celui de l'assèchement du fleuve, qui contribue à celui de la mer Morte - dont le niveau baisse de 1 mètre par an - et à celui du lac de Tibériade.
L'étude des Amis de la terre souligne que le Jourdain inférieur a un besoin urgent - et c'est un minimum - de 400 millions de m3 supplémentaires par an afin que l'écosystème du fleuve retrouve un certain équilibre.
Reste à trouver comment alimenter le Jourdain. La répartition de l'effort entre les trois pays qui ont multiplié les barrages pour en accaparer le débit est claire : Israël devra contribuer pour 220 millions de m3, la Syrie pour 100 millions et la Jordanie pour 90 millions. De tels chiffres sont théoriques : si Israël devait "rendre" 220 millions de m3 au Jourdain, cela reviendrait à lui octroyer un volume vingt fois supérieur à celui qu'il consacre chaque année pour régénérer l'ensemble de ses cours d'eau ! La solution est connue : sauver le Jourdain signifie déverser de grandes quantités d'eau douce dans son cours inférieur. Le rapport des Amis de la terre assure que, avec une meilleure gestion de l'eau, Israël pourrait économiser quelque 517 millions de m3 d'eau douce chaque année, et la Jordanie 305 millions de m3.
Une approche régionale et une forte volonté politique sont donc indispensables. L'alternative, c'est la poursuite de politiques nationales de pompage de l'eau, qui ressemblent à une fuite en avant. Qu'ils le veuillent ou non, Israël, la Syrie, la Jordanie et la Palestine ont un destin commun, dans le sauvetage d'un fleuve qui est une richesse régionale.
Laurent Zecchini
Le Monde, 24 juillet 2010

18 décembre 2007

Traitement des eaux usées : un partenariat entre Israël, la Jordanie et l’Autorité Palestinienne

Introduction :
C’est avec beaucoup de plaisir que je me permets de reprendre une information publiée dans la lettre d’information de « Technion France » (lien sur le site de l'association). Une occasion pour moi, aussi, de rendre hommage au Technion alors que sont organisées, ce mercredi 19 décembre à l'UNESCO, à la fois une rencontre scientifique franco-israélienne et un concert philharmonique sous le patronage du Président de la République ! Le prestigieux institut universitaire israélien de technologie, qui vient de se voir classé à la 38ème place mondiale par la « Jiao Tong University » de Shanghai, Chine (dépassant tous ses homologues européens à l’exception de deux universités britanniques et d’une suisse), est la principale pépinière du pays en matière de recherche appliquée ; et le problème de l’eau, vital pour des pays semi désertiques comme Israël et ses voisins, fait partie depuis longtemps de ses priorités. Il est donc question, dans l’extrait ci-dessous, d’une recherche conjointe israélo-arabe menée depuis 9 ans malgré l’extrême tension dans la région, et soutenue par des capitaux américains.
J.C


Les résultats de la recherche et les recommandations d'un projet de traitement des eaux usées de pointe parrainé par l'USAID (United States Agency for International Development) ont été présentés à une conférence qui s'est tenue le 6 septembre 2007 à l'Institut "Grand" de recherche sur l'eau du Technion. Les chercheurs israéliens, jordaniens et palestiniens coopérant ont résumé le travail effectué lors des quatre dernières années. Des représentants de l'USAID, de l'UNESCO, du Technion et d'autres scientifiques israéliens intéressés par les problèmes concernant l'eau participaient à la conférence.
Le professeur Uri Shamir, le fondateur de l'Institut "Grand" de Recherche sur l'Eau, qui a initié et accompagné le projet, a présenté un historique du projet. Ce dernier a été lancé il y a près de neuf ans, en coopération avec une Fondation active en Israël, créée à l'origine par la British Technion Society à partir des recettes d'un dîner offert en l'honneur du défunt Roi Hussein de Jordanie, puis a été soutenue par un don de la Fondation Beracha et de manière plus significative par l'USAID. Le professeur Moshé Eizenberg, Vice-président du Technion pour la recherche, a souligné l'importance du projet qui contribue à alléger la pénurie en eau de la région et améliore l'interaction et la coopération scientifique entre Israël et ses voisins. Le Dr Adam Reinhart, le coordinateur de l'USAID pour le projet, a félicité la coopération impressionnante et les aptitudes technologiques et scientifiques dont ont fait preuve l'ensemble des groupes de recherche. Le professeur Josef Hagin de la Faculté d'Ingénierie Civile et Environnementale du Technion, le directeur et coordinateur du projet au nom de l'Institut Grand Water Research, a expliqué que ce projet encourageait une excellente coopération technique et scientifique entre les instituts palestiniens, jordaniens et israéliens.
Le projet est exécuté par des chercheurs de l'Institut Grand Water Research du Technion, de l'université Ben Gourion du Néguev et de l'Institut Volcani, en Israël, par le groupe de recherche palestinien de l'université Al Quds de Jérusalem Est et le National Center for Agricultural Research and Extension du Royaume Hachémite de Jordanie.
Le projet a démontré la faisabilité et la nécessité d'un traitement par membrane tertiaire avancé des eaux usées avant de pouvoir être réutilisées ou libérées dans l'environnement. Plusieurs types de traitement des eaux usées secondaires, incluant des zones humides construites, des étangs de stabilisation et d'oxydation et de vase activée, ont produit des eaux usées traitées pour le système à membrane. Une base technique pour la construction et le fonctionnement d'usines de pointe de traitement des eaux usées basé sur une membrane a été développée. L'eau traitée a été constamment surveillée et évaluée pour son appropriation à l'irrigation dans des expérimentations sur un champ et des serres. Les usines pilotes disposées sur des sites expérimentaux servent de démonstrations aux instances officielles exploitant l'eau et aux agriculteurs, et seront utilisées pour la recherche afin d'améliorer davantage l'efficacité des processus. L'introduction de systèmes à membrane pour la purification des eaux usées à une large échelle améliorera considérablement l'équilibre des eaux d'irrigation et l'environnement de la région.
La recherche s'est poursuivie sans interruption, même lors des périodes de tension dans la région. Des réunions se sont tenues à Haïfa, Chypre, en Grèce et en Turquie.

Source : Technion France

29 septembre 2007

Le Sultanat d’Oman, un acteur discret pour la coopération israélo-arabe

A gauche, le représentant du Sultanat d'Oman
A droite, Tzipi Livni
(photo prise par Shahar Azran à New York, le 24 septembre 2007)

J’ai découvert cette information en surfant dernièrement sur les sites de la presse israélienne, qui tous se sont faits l’écho des contacts de la ministre Tzipi Livni avec ses homologues de divers États arabes, rencontrés à l’occasion de l’Assemblée Générale de l’ONU.

Parmi ces diplomates, donc, Sayyid Bader Bin Hamad Albu Said, Secrétaire Général du Ministère des Affaires Étrangères du Sultanat d’Oman, rencontré le 24 septembre à l’occasion d’un dîner célébrant la coopération régionale ... ou plutôt, hélas, ce qu’il reste des beaux projets de l’après-Oslo, et qui a survécu aux sept ans de malheur qu’a connu le Moyen Orient depuis 2000. Et cela a été l’occasion d’honorer le MEDRC (« Middle East Desalination Research Center »), un institution internationale que j’ignorais et qui fait travailler ensemble Israël et plusieurs pays arabes ! En effet, ce centre basé dans le Sultanat d'Oman accueille depuis dix ans des chercheurs omanais, algériens, marocains, saoudiens, koweïtiens et israéliens partageant des recherches sur le dessalement de l'eau de mer, un enjeu stratégique pour l'avenir des peuples de la région ...

On lira sur le site du Ministère Israélien des Affaires Étrangères en lien l'allocution prononcée par Tzipi Livni le 24 septembre dernier à cette occasion. A noter ses vœux en final, en cette période où les deux religions célèbrent des fêtes en parallèle : "Ramadan Moubarak et Shana Tova !".

J.C