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28 janvier 2018

17 thèses sur l'islamisme, l'anti-islamisme et l'islamophobie

Pierre-André Taguieff

J’ai cru qu’il serait de bonne méthode d’énoncer quelques thèses élémentaires sur l’islam dans ses rapports avec l’islamisme et l’anti-islamisme.

Bien qu'il puisse paraître difficile, compte tenu de l'intensité des affrontements intellectuels et politiques sur ces questions, de se situer "au-dessus de la mêlée", j'ai cru qu'il serait de bonne méthode d'énoncer quelques thèses élémentaires sur l'islam dans ses rapports avec l'islamisme et l'anti-islamisme.
1° L'islam n'est pas l'islamisme, mais ce dernier n'est pas étranger à l'islam. Il en constitue l'un des visages.
2° On ne peut réduire l'islam à ses textes fondateurs, ni les musulmans à des représentants quelconques de la catégorie "islam". Un individu musulman ne se réduit pas au fait d'être musulman, sauf, précisément, s'il est l'adepte d'une forme d'islamisme.
3° Il y a des islams (sunnisme, chiisme, soufisme, etc.) et des islamismes (salafistes ou wahhabites, Frères musulmans, jihadistes de diverses obédiences, etc.). Parler de "l'islam" ou de "l'islamisme" est une commodité de langage, qui donne prise à des interprétations essentialistes naïves ou intéressées. Les islamistes, par-delà leurs différences ou leurs querelles, se réfèrent cependant aux mêmes textes fondateurs et aux mêmes exégèses jurisprudentielles que les musulmans non islamistes, d'où l'effet de légitimité dont ils ont appris à jouer.
4° Un islamisme est le produit d'une politisation d'un islam, dont l'objectif est de bouleverser et de refondre tout ordre social non musulman, "faussement" ou "insuffisamment" musulman.
5° Tout islamisme a pour objectif d'instaurer un ordre politico-religieux supposant l'établissement de la charia, impliquant le traitement des non musulmans comme des êtres inférieurs (à rançonner ou soumettre à un impôt spécial, ségréguer, discriminer, expulser ou combattre), l'obligation du port du "voile" (niqab, burqa, etc.) pour les femmes, la ségrégation des sexes et la normalisation du jihad individuel et collectif, "offensif" et "défensif".
6° Les groupes islamistes visent à établir sur tel ou tel territoire un émirat, une République ou un califat islamique, ce dernier pouvant s'élargir en un empire islamique universel. Certains idéologues islamistes, s'inspirant du léninisme, ont théorisé une stratégie de conquête par étapes, où l'on retrouve ces divers objectifs.
7° Les islamistes mettent en œuvre diverses stratégies et recourent à plusieurs méthodes, violentes ou "douces", pour mener à bien la conquête du monde non musulman ou "l'islamisation" des sociétés non musulmanes : prosélytisme, guerre culturelle et médiatique (campagnes "contre l'islamophobie", instrumentalisations de la "tolérance" ou des idéaux multiculturels, monopolisation de l'antiracisme), refus des lois et des traditions des pays d'accueil, pressions exercées sur les acteurs politiques, intimidations recourant à l'arme juridique, menaces contre des personnalités hostiles à l'islamisme, actions terroristes accompagnées de mises en spectacle conçues comme des actes de propagande.
8° Les islams politiques sont tous producteurs d'hétérophobies ou de formes culturelles de racisme, qu'on peut décrire comme des néo-racismes. Les deux principales, fondamentalement liées, sont l'hespérophobie, ou la haine idéologisée de l'Occident, et la judéophobie, qui mêle antisionisme radical, israélophobie et conspirationnisme antijuif. La judéophobie mondiale contemporaine est principalement alimentée par les islamismes. Il en va de même pour l'anti-occidentalisme inconditionnel, théorisé naguère par Sayyid Qutb.
9° Les politisations de l'islam, qui prennent souvent la forme de "fondamentalismes révolutionnaires", sont incompatibles avec les sociétés démocratiques libérales/pluralistes.
10° Le rejet de l'islamisme dérive à la fois du spectacle répulsif offert par le terrorisme jihadiste, qui fait des victimes quotidiennement partout dans le monde, et du refus de vivre dans des dictatures autoritaires ou totalitaires de type théocratique.
11° L'anti-islamisme n'a rien à voir avec ce qu'on appelle improprement l'"islamophobie", catégorie d'amalgame qui confond la critique intellectuelle des dogmes ou des pratiques d'une religion (l'islam, sous telle ou telle forme), la critique politique et morale de l'islamisme (jihadiste ou non) et l'appel à la haine ou à la violence contre les musulmans en tant que tels.
12° Les islamistes ont intérêt à faire croire que les anti-islamistes sont "islamophobes", qu'ils seraient donc des "racistes" anti-musulmans, et, plus largement, que tout examen critique de l'islam ou du monde musulman exprime une "islamophobie" plus ou moins dissimulée. En règle générale, ceux qui sous-estiment la menace islamiste sont aussi ceux qui dénoncent "l'islamophobie" avec le plus de véhémence.
13° L'anti-islamisme (qu'on pourrait désigner par le néologisme "islamismophobie") est une réaction de défense légitime des sociétés démocratiques/pluralistes.
14° Les musulmans non islamistes, a fortiori ceux qui s'élèvent publiquement contre l'islamisme, sont diabolisés et menacés par les islamistes. Il en va de même pour les musulmans qui ont une attitude critique envers l'islam et appellent à une révision de certains dogmes ou à une libre interprétation des textes de référence.
15° Les musulmans hostiles à l'islamisme sont les alliés naturels des anti-islamistes non musulmans.
16° Les anti-islamistes, musulmans et non musulmans, sont des combattants de la liberté. En France, ils se présentent le plus souvent comme des défenseurs du principe de laïcité. C'est pourquoi ils sont la cible principale des islamistes et de leurs alliés, et font en permanence l'objet de campagnes de diffamation.
17° On peut voir dans ces débats convulsifs et fortement médiatisés fondés sur des questions mal posées l'expression particulière d'une guerre politico-culturelle planétaire, dont le premier caractère est sa structure asymétrique. Celle-ci reproduit, sur le registre symbolique, l'affrontement entre les armées régulières de divers États-nations et des partisans fanatisés montant à l'assaut des vieilles civilisations.

Pierre-André Taguieff

Le Huffington Post, 4 mai 2017

Vient de paraître, L'Islamisme et nous. Penser l'ennemi imprévu, Paris, CNRS Éditions, 2017. En librairie le 20 avril 2017.

01 mars 2016

Taguieff : «Le complotisme fournit des justifications au terrorisme»

Pierre-André Taguieff

INTERVIEW - L'historien des idées Pierre-André Taguieff analyse les rapports qu'entretiennent islamisme et complotisme. Il rappelle que les théories du complot sont un ingrédient de la radicalisation.

LE FIGARO. - Quels sont les liens qu'entretiennent complotisme et islamisme?
PIERRE-ANDRE TAGUIEFF*: Les croyances complotistes constituent une clé pour lire les évènements dans tous les pays musulmans. Le décryptage litanique par le schème du complot prend un caractère rituel, d'une redoutable efficacité symbolique: à force d'être répété, martelé, le message finit par s'imposer. La passion motrice du complotisme islamiste est un fort sentiment d'humiliation, qui produit du ressentiment, c'est-à-dire une haine doublée d'un sentiment d'impuissance contre l'Occident et d'une volonté de vengeance. D'où un discours victimaire et vindicatif très répandu au Proche-Orient, dans les groupes islamistes comme chez les dictateurs, tel Saddam Hussein 1jusqu'en 2003.
L'anti-américanisme, l'anti-occidentalisme et la judéophobie classiques se doublent aujourd'hui d'une «gallophobie»: la France, mélange de laïcité et de chrétienté, est désormais fantasmée comme la pointe avancée du combat contre l'islam.

08 octobre 2008

Ce matin sur Judaïques FM, André Nahum a dénoncé la nouvelle haine antisémite déguisée en « antisionisme »

Introduction :
Mon ami André Nahum a choisi de parler d’un sujet bien angoissant en cette journée veille de Yom Kippour. Il est vrai que l’actualité est peu brillante en la matière, avec en particulier le retour des veilles lunes accusant les Juifs d’être responsables de tous les malheurs passés et récents de l’humanité, donc en particulier du « tsunami » financier que nous sommes en train de vivre. Le Hamas palestinien n’a d’ailleurs même pas pris de gants pour le faire, accusant « les Juifs » et non pas « les Sionistes » d’être les responsables du « krach » de Wall Street.
A noter aussi qu’André Nahum a cité dans son intervention un nouvel acteur particulièrement virulent de cette propagande, le centre Chiite « Zahra » qui vient d’appeler à une manifestation interdite le 27 septembre dernier, et qui « copine » avec deux personnages condamnés par la justice pour incitation à la haine antisémite, Dieudonné et Kemi Seba.
On consultera
sur ce lien la vidéo sur « Youtube » de la conférence de presse dont parle notre chroniqueur - avec en liens une compilation de vidéos de propagande ...

J.C

Bonjour.
Un certain Yahia Gouasmi, se présentant comme président de la Fédération Chiite de France et membre du parti de Dieu - autrement dit, sauf erreur, du Hezbollah - a tenu ces jours-ci une conférence de presse largement diffusée sur Internet. Dans cette vidéo, ce monsieur qui se défend bien sûr de tout antisémitisme, comme le fera également Monsieur Kemi Seba (de la tribu K) qui l’accompagnait, dénonce avec violence la mainmise des « Sionistes » sur la France, son gouvernement et sa presse et il appelle solennellement les Français à s’en débarrasser. « Paris est occupé s’exclame-t-il, il est temps qu’on le libère ». Sous entendu, je pense, comme au temps des nazis !
Dans son excellent ouvrage : "La Judéophobie des modernes"(Editions Odile Jacob) le philosophe et politologue Pierre-André Taguieff s’étend longuement sur cette obsession pathologique de la puissance juive, de la conspiration juive, du complot juif etc. Vieilles antiennes reprises aujourd’hui par la propagande islamiste soutenue par les alter mondialistes et l’ultra-gauche. A une nuance près, c’est que le mot « sioniste » remplace parfois, le mot « juif ». A l’antique mythologie anti-juive, venue du fond des âges, a succédé « une mythologie « anti-sioniste ». Le « sionisme » se voyant affublé de tous les vieux clichés habituels mis au goût du jour et modernisés, en l’accusant de nazisme, racisme, colonialisme, génocide, purification ethnique, apartheid, etc., etc. La totale quoi !
Les propagateurs de ces infamies cherchant habilement leur caution dans les dires et les écrits de personnes d’origine juive, les « idiots utiles » de Lénine, psychopathes ultra religieux des « Netoureï Karta », ou hommes et femmes d’extrême gauche, avides de paraître et aveuglés par la haine de soi, qui ont assis leur carrière sur la dé légitimation et le dénigrement systématique de l’État d’Israël, associé généralement pour faire bonne mesure au rejet des États-Unis.

Ce que Pierre-André Taguieff appelle « l’antisionisme absolu » est le masque de la nouvelle judéophobie, un amalgame entre « Juifs », « Israéliens » et « Sionistes ». Les Juifs, pardon les Sionistes, sont rendus responsables de tous les malheurs de l’humanité de la peste noire du Moyen-âge au Tsunami en passant par les attentats du 11 septembre, et ils poursuivraient leurs complots pour la domination du monde.
Le Hamas y a été de son "coup de pied de l’âne" en accusant hier le "lobby juif" aux Etats-Unis d'être responsable de la crise financière qui secoue le pays et le monde. Cela vous étonne ?
Alors, dans cette situation plutôt difficile, en cette veille du Yom Kippour, j’ai envie de vous raconter cette courte histoire venue du Talmud.
Un officier romain demanda un jour à une célèbre rabbin juif :
- Vous, Juifs, êtes seuls parmi les 70 Nations de la Terre. Comme un agneau au milieu de 70 loups.Elles auraient pu vous dévorer. Pourquoi ne l’ont-elles pas fait ?
- Eh bien répondit le rabbin, c’est peut-être parce que nous avons un excellent berger.
Oui ! Mais, Vigilance quand même !
Bon Yom Kippour à Tous,
A Bientôt,

André Nahum,
Judaïques FM, le 8 octobre 2008