Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Alain Soral. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Alain Soral. Afficher tous les articles

22 février 2017

L'Iran, Dieudonné et l'extrême droite (2/2)




Avril 2010: l'ambassadeur d'Iran rencontre l'extrême droite radicale

Dans ces conditions, comment pourrions-nous nous étonner de ce qui se trame en France? L'information avait été révélée par le blog des droites extrêmes (14.04.2010). Des militants ou des chefs de groupes et groupuscules d'extrême droite rencontrent l'ambassadeur de la République islamique d'Iran. Lors de cette rencontre, Seyed Mehdi Miraboutalebi, dit vouloir "approfondir les relations entre les deux peuples [...] parce que les médias injectent des idées préconçues dans les opinions publiques [sur l'Iran]". Il se prête alors à un jeu de questions réponses dans un bar parisien du Vème arrondissement tenu par un ex-militant du Renouveau français, ex-colistier de la liste antisioniste de Dieudonné, très proche des hooligans du PSG et des ultranationalistes serbes. Et cette étrange causerie est organisée par le journal Flash, bimensuel d'une extrême droite qui se veut altermondialiste et dans lequel écrivent, entre autres, Christian Bouchet, membre du Front national (FN) depuis 2008, l'écrivain, chroniqueur politique Philippe Randa et l'essayiste Alain Soral. Dans la salle se trouvent Marc George, ex-secrétaire général d'Égalité et Réconciliation, association politique fondée en juin 2007 par son président Alain Soral ; Jacques Bordes, un nationaliste-révolutionnaire proche de feu François Duprat, très introduit dans certains cercles du Proche-orient ; Thomas Werlet, le chef du Parti solidaire français, un groupuscule d'extrême-droite; Pierre Panet, un ami de Dieudonné et auteur d'un texte intitulé "Faurisson, un humaniste". A noter que depuis cette date, le Parti Solidaire Français de Thomas Werlet a été reçu avec les honneurs par Mohammad Husseini le ministre de la culture d'Ahmadinejad.
Bref, cette brochette, rassemblée autour de l'ambassadeur d'Iran, révèle la collusion d'idées qui rapproche certains groupes antisémites et/ou d'extrême-droite, apparemment désireux de travailler avec l'ambassade d'Iran. Quant à leur ambassadeur, cela ne lui pose aucun problème. Il scelle ainsi une alliance entre islamistes, antisionistes et antisémites, négationnistes et/ou militants d'extrême droite. Parmi les "personnalités" les plus emblématiques, arrêtons-nous sur une figure qui donne corps à certaines collusions. Dans le sillage de Dieudonné, on voit revenir sans cesse un nom: Yahia Gouasmi. L'homme qui l'a accompagné en Iran et qui préside le Parti antisioniste, le centre Zahra et la Fédération des chiites de France est un proche de Dieudonné M'bala M'bala. Un Gouasmi qui permet à Dieudonné de rencontrer en novembre 2009, le Président de la République islamique d'Iran. Selon le site Internet du parti antisioniste, l'entretien a duré une heure, et a permis d'aborder de nombreux sujets, dont le sionisme...
Depuis cette date, des représentants de l'extrême droite française on fait de nombreux voyages en Iran. Citons parmi ceux-là: Yahia Gouasmi, Dieudonné M'Bala M'Bala, Maria Poumier (universitaire proche de Roger Garaudy) et Ginette Hess-Skandrani ou plus récemment l'écrivain conspirationniste Thierry Meyssan, ainsi que le négationniste Paul-Éric Blanrue (auteur d'un film à la gloire du négationniste Robert Faurisson) et d'une pétition en faveur de la libération de Vincent Reynouard, un (autre) militant négationniste. Ces deux derniers personnages ont fait partie en 2011 des invités officiels du 29e festival du film "Fajr" de Téhéran (festival du film annuel de l'Iran).

Et l'argent des iraniens ?

Le 3 avril 2013, sur le site internet www.agoravox.tv, a été mise en ligne une vidéo, préalablement elle-même mise en ligne sur le site Dailymotion, relatant une interview d'Alain Soral, au cours duquel ce dernier indique que la liste électorale de ce parti dont le coût aurait été de trois millions d'euros, a été financé par l'Iran et qu'à défaut de la réception de ce financement, le parti n'aurait pu présenter de candidats aux élections: "Si on a pu faire la liste antisioniste qui a coûté 3 millions d'Euros, c'est parce qu'on a eu l'argent des iraniens. Il faut le dire, il fait être honnête. Si on ne l'avait pas eu, on n'aurait pas pu le faire, on n'a pas trois millions d'euros. Surtout qu'on les a perdus. Parce que pour être remboursé, il fallait faire 5% au minimum" explique à l'antenne Alain Soral.

Les dernières initiatives

Avant dernière initiative à mentionner, l'organisation d'une conférence sur les théories conspirationnistes qui a rassemblé à Téhéran (27 septembre - 1er octobre 2014), les mêmes personnes: Thierry Meyssan, Thomas Werlet, le caricaturiste antisémite proche d'Alain Soral, Joe Lecorbeau, Maria Poumier, Alain Soral et Dieudonné (MEMRI, 14 octobre 2014).
Dernière initiative à mentionner, la création d'un méga site sur Internet pompeusement intitulé « axe de la résistance » (antisioniste) qui serait l'œuvre des iraniens et qui présentent toute cette mouvance et parle régulièrement de tout ce petit monde. Selon certains spécialistes, ce site serait en lien avec Newscaster. Newscaster? Qu'est-ce donc? Newscaster est une opération de collecte d'informations fermées (cyber-espionnage) dirigée par des iraniens contre des officiers supérieurs de l'armée américaine, des décideurs, des journalistes, des parlementaires américains, israéliens, britanniques et saoudiens. C'est ainsi que plus de 2000 personnes se sont connectées au faux réseau d'information NewsOnAir depuis 2011 et ont été piégées par des charges virales transmises par le site. Une fois les comptes des cibles hackés, des programmes furtifs de collecte et d'exportation de données ont été installés sur leurs machines (Cyberland, 4 juin 2014). A ce petit jeu, un amiral 4 étoiles de la Navy et des personnels d'ambassades font partie des victimes de l'agression.
Bref, nous le voyons ici, s'il est intéressant de s'interroger sur les liens qui unissent la Russie à l'extrême droite, il convient aussi de ne pas ignorer comment et pourquoi Robert Faurisson, Dieudonné M'bala m'bala, Alain Soral ou Thomas Werlet entretiennent une si profonde relation avec le régime des Mollahs. Il s'agit là, à n'en point douter d'une vraie histoire d'amour sur fond d'antisémitisme crasse, et d'un... j'irai cracher sur vos tombes permanent.

Marc Knobel,
Le Huffington Post, 3 novembre 2014

07 septembre 2014

Steven Sotloff, in memoriam

Steven Sotloff

Impossible, comme journaliste sur la fréquence juive de Paris et dont tout le travail est dédié au monde musulman, de ne pas parler sur ce blog de l'assassinat abject de Steven Sotloff, journaliste, juif, et qui fut le deuxième otage américain décapité par les barbares du "Califat islamique".

Soyons d'abord très clair, comme je l'ai déjà écrit sur ma page FaceBook à son sujet et à celui de James Foley, "exécuté" peu avant : je refuse de me faire le complice de la propagande macabre de ces monstres ; jeune et courageux journaliste de 31 ans, Sotloff avait une vie, une personnalité avant d'apparaitre sur la vidéo de l'EIIL, en tenue orange juste avant d'être égorgé ; pensons donc à cela en voyant cette photo, publiée pour lui rendre hommage ; et ne partageons pas les innombrables images, que l'on trouve par exemple grâce à Google Images (voir ici).  Il y a en particulier une photo, horrible, où l'on voit la tête du malheureux posée sur son corps sans vie, elle est publiée ici. Mais j'y reviendrai plus tard, à propos des "théories du complot" au sujet de ce meurtre.

J'ai tenu à publier cet article dans ma série "In memoriam", car comment ne pas me "reconnaitre" en lui ? Steven Sotloff était juif, on ne l'a appris qu'après sa mort, et bien sûr son destin me touche particulièrement. Passionné comme moi par le monde arabe, il avait décidé d'en faire sa spécialité en réalisant des reportages pour la presse internationale au moment du fameux "Printemps", en Libye, en Egypte ... et hélas aussi en Syrie : c'est là, à Alep qu'il fut enlevé par l'EIIL l'année dernière. Je réalise vraiment, avec cette vie si vite brisée, combien j'ai eu de la chance de rester un "orientaliste de salon" pour évoquer cette actualité : les "vrais journalistes", ceux du terrain, risquent leur vie en allant sur place !

L'excellent "Times of Israël" a consacré plusieurs articles à sa carrière, dont voici les liens. On apprend ainsi que ce journaliste américain avait de profondes racines en Israël, dont il avait pris la nationalité ; on y apprend aussi qu'il avait bien entendu masqué ses origines juives lors de ses reportages dans les pays du Moyen-Orient, tellement gangrénés par l'antisémitisme ; et comment une conjuration du silence par ses amis avait permis qu'on ignore son identité juive pendant toute la période de sa captivité (lire cet article).
Alors que la presse française - focalisée ces derniers jours par l'insondable vulgarité du livre assassin de l'ex-compagne de notre Président - a été peu prolixe sur sa mort, rendons hommage à "L'Express" qui a évoqué sa famille, qui a réagi avec calme et dignité après ce crime barbare. Lire l'extrait suivant :

Barak Barfi, spécialiste du monde arabe au think-thank New America Foundation et ami du journaliste américain exécuté par l'Etat islamique en Irak, s'est adressé directement en arabe aux djihadistes, devant la maison des Sotloff à Miami, en Floride. Il a affirmé que "Steve est mort en martyr au nom d'Allah", avant de s'adresser directement à Abou Bakr al-Baghdadi, le "calife" autoproclamé du groupe. "Vous avez dit que le mois de ramadan était le mois de la miséricorde mais où est votre miséricorde?", lui a-t-il lancé. "Je suis prêt à débattre avec vous [...] Je n'ai pas de sabre à la main", a expliqué Barak Barfi, affirmant que le Coran indique le "mépris" d'Allah pour tout "oppresseur".


Hélas, comme pour James Foley, les salauds "complotistes" se relaient déjà pour nier le crime et tenir les propos les plus absurdes. Ainsi voici ce qu'ose écrire sur son brûlot "Panamza", Hicham Hamza : Sotloff aurait été en fait un agent du Mossad. Mais alors on imagine que les ravisseurs l'auraient tué pour cela ? Et bien non, car on n'est pas sûr de sa mort, la vidéo serait douteuse, etc. Bien entendu, "Hicham la science" fait comme si la photo que j'évoquais plus haut n'existait pas ...

Pour rappel, voici ce qu'un autre salaud anti juif, Alain Soral, osait publier à propos de la mort de James Foley : voici l'article.

Steven, James, que votre souvenir soit béni. Que vos bourreaux soient châtiés, et vite ; et que les négationnistes qui vous ont tués une deuxième fois subissent, reçoivent ici l'expression de notre mépris absolu.

Jean Corcos

09 mars 2014

Ultra-droite: des musulmans à la rescousse



Mariage, famille... la bataille des valeurs favorise le rapprochement entre certains catholiques et musulmans. Les réseaux se tissent et s'entremêlent. 

On croise beaucoup de gens au Marco Polo, le restaurant italien situé près du Sénat, qui appartient à Renato Bartolone, le frère de Claude, président de l'Assemblée nationale. Le jeudi 30 janvier, Christine Boutin y déjeune. Elle s'apprête à partir quand elle aperçoit le journaliste Eric Zemmour, qui partage un café avec l'avocat Karim Achoui
L'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy s'invite à leur table et leur offre un deuxième café. "La famille, la patrie, la religion : nous combattons pour les mêmes valeurs", confie Achoui, élu "personnalité de l'année 2013" par le site communautaire musulman aux 6 millions de connexions mensuelles Oumma.com. Il ajoute : "Autour de moi, ceux que je sonde se sentent aujourd'hui plus représentés par Alain Soral que par Jamel Debbouze." Achoui-Boutin, drôle de tandem? Pas tant que ça : nombre de Français musulmans partagent, depuis quelques mois, les mêmes préoccupations que la droite ultra

Additionner les forces

Le 31 janvier, installées dans les moelleuses banquettes de l'hôtel Lutetia, Christine Boutin et Farida Belghoul, qui se sont revues le 19 février, en conviennent : il faut additionner leurs forces. La seconde vient de tétaniser le ministère de l'Education nationale en organisant les "journées de retrait". A coups de tracts et de SMS rédigés en français ou en turc, des enfants ont été retirés de leurs écoles en raison d'un supposé enseignement de la théorie du genre
Dans certains établissements de Seine-Saint-Denis, le taux d'absentéisme a atteint 50%. Ce succès et son fondement intéressent Christine Boutin : des places sur sa liste pour les prochaines européennes, baptisée "Force vie", seront réservées à des membres de l'entourage de Farida Belghoul. "Il y aura des musulmans à mes côtés", promet Boutin. Ils côtoieront Samuel Lafont, une des figures de la Manif pour tous, tête de liste pour la circonscription Sud-Est, présent à Paris le 25 février lors de la présentation de l'équipe. 

L'islam, "religion de droite"

Samuel Lafont a l'habitude de croiser des musulmans : il connaît bien, par exemple, Camel Bechikh. Président de l'association des Fils de France, ce proche du recteur de la mosquée de Bordeaux appartient au comité de direction de la Manif pour tous, à la suite de sa rencontre avec Frigide Barjot dans un café de Montparnasse, en 2012. Le mariage homosexuel n'est pas son seul sujet. 
Le 2 novembre 2013, lors d'une conférence à la mosquée de Moissy, il tente de convaincre un auditoire initialement un peu sceptique : "Il n'y a pas d'antagonisme entre l'identité musulmane et l'identité française. Il peut même y avoir une symbiose." Une symbiose telle que Bechikh a aidé un chrétien, Marc George, à se convertir. Ancien du Front national, ami de Dieudonné depuis 2006 et un temps très proche d'Alain Soral, George dirige le site Média libre et raconte sa transformation religieuse : "J'ai toujours fondamentalement pensé que l'islam était une religion de droite. Il combat la pornographie, la promotion de l'homosexualité et défend la famille traditionnelle. Pour moi, le catholicisme est souvent un peu étriqué, un peu pincé et sociologiquement trop marqué. D'ailleurs, le cardinal André Vingt-Trois a condamné Dieudonné."  
Si beaucoup de militants, catholiques notamment, s'en défendent, l'antisémitisme a favorisé le rapprochement entre des musulmans et les amis de la droite ultra. Lors de la manifestation "Jour de colère", le 26 janvier, le mot "Juifs ! Juifs ! Juifs !" a été scandé par des nervis, donnant l'impression qu'un lynchage se préparait. Pour justifier leurs slogans haineux, les uns et les autres se répètent en boucle le numéro de force de Benyamin Netanyahou, à Toulouse, le 1er novembre 2012. Ce jour-là, sur les lieux de la tuerie de Mohamed Merah, le Premier ministre israélien avait tenu un discours offensif et chanté "Am Israel hai" ("le peuple d'Israël est vivant"), devant François Hollande, qui avait par la suite qualifié cette attitude de "pas correcte". 
Le juif, cet ennemi commun des fondamentalistes de l'islam et des ultras du conservatisme, explique aussi le soutien de pays arabes à des organisations d'extrême droite. La république islamique d'Iran a vu d'un bon oeil la constitution, pour les élections européennes de 2009, d'une liste antisioniste en Ile-de-France, emmenée par Dieudonné et Alain Soral. D'un si bon oeil qu'en mars 2013, à l'occasion d'un déplacement à Nice, Alain Soral déclare : "Si on a pu faire la liste antisioniste, qui a coûté 3 millions d'euros, c'est parce qu'on a eu l'argent des Iraniens. Il faut le dire. Il faut être honnête [...]. Surtout qu'on les a perdus car, pour être remboursé, il fallait faire 5% minimum." A la fin d'août 2013, dans une vidéo postée sur Internet, un excolistier de Soral et de Dieudonné, Ahmed Moualek, exige des explications de la part de ses anciens partenaires. Cherchant à savoir où est passé l'argent, il en appelle au ministre de l'Intérieur pour faire la lumière sur cette affaire. Sur son site Internet, Egalité et réconciliation, Alain Soral adopte une ligne de défense surprenante : "Il faut bien sûr imputer [le chiffre de 3 millions d'euros] à la fatigue et corriger en 300 000." 
En réalité, l'éventualité d'un financement iranien a déjà fait l'objet d'un signalement au parquet de Paris, à l'initiative du Conseil représentatif des institutions juives de France, le 17 mai 2013. La police judiciaire parisienne a alors saisi les relevés de comptes que Dieudonné avait déposés à la Commission nationale des comptes de campagne, qui les avait validés. Ces documents font état de 5 796 euros de dons seulement. Aucune trace de financement par un pays étranger n'ayant été détectée, l'enquête préliminaire vient d'être classée. A l'extrême droite, cette proximité nouvelle bouscule les habitudes et pose quelques problèmes de voisinage. 
La très catho-compatible Action française a retiré son soutien officiel à Jour de colère en apprenant celui de Dieudonné. Un membre du Printemps français dit regretter la mise en avant des musulmans lors des manifestations contre le mariage homosexuel. La croix et le croissant peuvent flirter, pas forcément se marier.  

Tugdual Denis, Libie Cousteau et Eric Pelletier
L'Express, 5 mars 2014

27 janvier 2014

La galaxie Alain Soral : de l'extrême droite néo-traditionaliste catholique aux néo-Frères musulmans

Alain Soral

Le relatif succès d'Alain Soral sur l'Internet est l'un des symptômes d'une crise des idéologies contemporaines, laquelle se traduit par des alliances et des contre-alliances objectives et/ou subjectives inattendues.


Elles se nouent entre différentes factions idéologiques, que tout a priori sépare. Il règne un tel confusionnisme moral et intellectuel, sur fond d'une mondialisation qui suscite un doute protéiforme, que les thèses les moins rationnelles trouvent preneurs. C'est précisément Alain Soral, lui-même passé de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, qui constitue le pôle fixateur de ces thèses, de même que de cet amalgame improbable.


La presse s'épanche beaucoup ces derniers temps sur le geste dit de "la quenelle" et ses significations subversives, tantôt antisémites tantôt trivialement vulgaires, popularisées par Dieudonné, Alain Soral et leurs acolytes. Mais bien peu de cas est fait des transactions collusives entre la galaxie Soral et certains membres de mouvements catholiques néo-traditionnalistes ou intégristes et des membres de l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), à l'instar de Camel Bechikh, président de l'association Fils de France, Albert Ali ou l'imam recteur de Bordeaux, Tareq Oubrou, qui est leur mentor théologique. 


Le dispositif d'Alain Soral est élaboré en matière de communication publique. Il s'inscrit dans ce qu'il est convenu d'appeler en sociologie le média-activisme. Il s'efforce habilement d'associer les contraires, de capitaliser sur les récriminations des uns et des autres, en lénifiant pour ce faire les antagonismes réels, aux fins d'apparaître, en dernier lieu, comme le "Réconciliateur" des Français de toutes origines : ethniques, religieuses et sociales. Il sait ainsi user des fragilités identitaires d'une partie de ses concitoyens, notamment musulmans, et de la force de conviction de ses amis de confession musulmane (C. Bechikh et Albert Ali) pour créer de l’adhésion autour d'un discours à la fois inclusiviste et exclusiviste. Comment procède-t-il ? Il use précisément de registres discursifs composites qui intègrent des éléments de langage profane et scientifique, ainsi qu'une dimension eschatologique et sotériologique opportunément œcuménique, où domine une vision déterministe et manichéenne de l'Histoire, avec, d'un côté, les gentils, et, de l'autre, les méchants.


Par ailleurs, il y ajoute de façon systématique une touche antisémite. Pour ravir la clientèle traditionnelle (habituellement âgée entre 18 et 35 ans) du prédicateur suisse Tariq Ramadan, le président d'Égalité et Réconciliation rappelle à dessein les liens idéologiques et structurels objectifs de ce dernier avec la monarchie autoritaire du Qatar, qu'il interprète cependant à sa façon, en le présentant à cet égard comme "un agent de l'Empire" (sic), faisant "partie du système de domination" (sic), un "membre de l'oligarchie mondialiste", "le musulman au service de l'hyperclasse nomade", etc. Cependant, sur le plan sociétal et de la dénonciation du sionisme, les deux se rejoignent largement, ce qui explique que les publics peuvent être à maints égards interchangeables. Les références doctrinales de C. Bechikh et d'A. Ali sont les mêmes que celles du prédicateur suisse : Hassan al-Banna, Yûsuf al-Qaradhâwî, etc. 


Alain Soral, Camel Bechikh et Albert Ali (disciples pourtant initialement formés par la littérature de T. Ramadan qu'ils ne remettent toutefois jamais en cause) manifestent volontiers leur proximité et sympathie réciproques qui relèvent de la communauté élective et affinitaire. Le premier relaye d'ailleurs fréquemment les interventions des seconds, qu'il loue pour leur "patriotisme" (sic). Qu'est-ce qui peut donc bien lier des individus aux parcours et aux ancrages idéologiques différents, alors même qu'Alain Soral revendique les racines chrétiennes de la France, fait la promotion d'un nationalisme ethniciste, estimant par ailleurs que seul le Front national se distinguerait des partis traditionnels dans son rapport spécifique à l'identité française ?


A cette question plusieurs éléments de réponse qui sont autant d'hypothèses explicatives. Il faut bien comprendre que chacun des groupes d'acteurs poursuit des fins et des moyens qui peuvent quelquefois diverger. Elles convergent néanmoins sur l'essentiel. Pour Alain Soral, revendiquer les racines chrétiennes de notre pays, insister sur l'identité et la souveraineté de la France, dénoncer "l'immigrationisme" (sic) et "le droit-de-l'hommisme" (sic), c'est, de façon stratégique, faire pièce à ce qu'il appelle "le mondialisme", qui aurait intérêt à supprimer les frontières des nations et à faire le jeu du "gouvernement mondial" qui cultiverait le dessein inavoué d'installer sa capitale à Jérusalem (sic). Derrière "mondialisme" et "gouvernement mondial" se cacherait, tel un grand marionnettiste, "une communauté organisée", c'est-à-dire juive et sioniste cosmopolite qui soumettrait les États-nations européens, en particulier la France, de race blanche et de tradition catholique pluriséculaire.


La révolution française de 1789 serait l'œuvre d'une franc-maçonnerie vouant une haine viscérale à l'encontre de la fille aînée de l'Église. Les références d'Alain Soral au prédicateur musulman d'origine indienne, Imran Hosein (1942), auteur de Jérusalem dans le Coran, qui allie eschatologie et histoire, remplit une double fonction : d'une part, elle permet d'attirer à soi un lectorat musulman ou récemment ré islamisé, qui devient alors une clientèle potentielle des réseaux d'Égalité et Réconciliation, et, d'autre part, elle légitime et potentialise théologiquement et politiquement un anti-judaïsme et un anti-sionisme radical. Dans l'ensemble de ce dispositif, le juif fait effectivement souvent office de figure repoussoir et de "causalité diabolique".


Haoues Seniguer,

Le Huffington Post, 22 décembre 2012



Haoues Seniguer est chercheur au Groupe de Recherches et d'Études sur la Méditerranée et le Moyen Orient (GREMMO) et enseignant à l'IEP de Lyon. Il est diplômé d'un 3ème cycle en Histoire de la philosophie et langages et titulaire d'un doctorat de science politique. Il est spécialiste de la question des rapports entre religion et politique, du monde arabe et musulman. Il travaille à la déconstruction des préjugés racialistes et des idéologies exclusivistes, en oeuvrant au dialogue critique des religions et des cultures.