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07 janvier 2018

L’islam en Amérique Latine, mythes et réalités : Sylvie Taussig sera mon invitée le 14 janvier

Sylvie Taussig

Le sujet de dimanche prochain sera vraiment original, puisqu’il s’agit d’un mythe qui se répand de façon inquiétante. Ce mythe ré écrit toute l’Histoire connue des Amériques - et en particulier de l’Amérique Latine -, à partir d’affirmations sans preuves. Selon ce mythe, la découverte du Nouveau Monde ne serait pas le fait de Christophe Colomb mais de voyageurs arabes, ou turcs, ou africains et cela avant la date de 1492. Les populations indigènes auraient donc été au contact de l’islam bien avant l’imposition du Catholicisme par les conquistadors. Pour en parler, j’aurai le plaisir de recevoir Sylvie Taussig. Je la connaissais par le livre co-écrit avec Bernard Godard, « Les musulmans en France » (Editions Robert Laffont) ; nous avions parlé de cet ouvrage, il y a une dizaine d’années avec Bernard Godard. Sylvie Taussig est agrégée de lettres, et ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure. Sa carrière universitaire, très riche, l’a conduite à s’intéresser en particulier à la sociologie des religions, et en particulier aux modes d’affirmation et de représentation de l’islam. Elle est rattachée au Centre Jean Pépin du CNRS, et également associée à l’Institut Français d’Etudes Andines, puisqu’elle vit actuellement au Pérou. Elle m’a fait l’honneur de m’envoyer, avant publication, un article intitulé : « Le mythe de l’islam précolombien. Acteurs, discours et enjeux », article qui servira de trame à notre entretien.

Parmi les questions que je poserai à Sylvie Taussig :

-          Dès les premières lignes de votre article, vous dites que l’islam se définit dès le départ comme « la religion naturelle » de l’Humanité, les autres récits étant vus comme écrits par des « falsificateurs : est-ce que ce mythe particulier objet de votre étude, ne s’appuie pas déjà sur un terrain théologique propice ?
-          Vous donnez une chronologie de la construction de ce mythe d’un islam local ayant précédé Christophe Colomb. Vous dites que, bien avant son développement récent, un universitaire allemand émigré aux Etats-Unis avait émis cette hypothèse dans les années 1920 : est-ce que ce fut un objet de débats à l’époque ? Vous datez de 1996 la reprise de ce mythe : quels étaient les principaux propagateurs de ce discours ? Y avait-il parmi eux de vrais historiens ?
-          Cette « alter histoire » ne recoupe pas du tout la mémoire collective des populations indiennes. Pourtant, elle arrive peu à peu à pénétrer les esprits. Vous citez comme vecteurs de diffusion les pages Internet des communautés islamiques latino-américaines : faut-il comprendre que ce mythe est considéré comme une réalité dans ces communautés ?
-          Vous écrivez que cette alter histoire inventée a deux buts : d’une part, dénoncer l’Histoire telle qu’on l’enseigne à l’école, en la qualifiant « d’officielle » avec l’objectif « de la décoloniser » ; et d’autre part, développer une identité culturelle avec un sentiment d’appartenance commune et très ancienne, entre des musulmans d’origines très diverses. Au final, quel est l’objectif ?
-          Pour les propagateurs de ces théories, ce sont nous qui souffrons de « troubles de la mémoire historique », et il faut « nous guérir ». Comment expliquez-vous la faiblesse de la réponse des Universitaires et Historiens face à ce genre d’attaques ?
-          Sur un plan plus politique, on sait que beaucoup d’États d’Amérique Latine se sont fortement rapprochés des pays musulmans, y compris de l’Iran qui n’est pas arabe, et donc sont violemment hostiles à Israël. Il y a aussi la mémoire négative vis-à-vis des conquérants espagnols, et leurs massacres de masse, conversions forcées, etc. Avez-vous constaté sur place ce sentiment d’identification entre « les damnés de la terre » que seraient les indiens et les musulmans, ou bien est-ce marginal ?
-          Est-ce qu’on n’a pas eu aussi chez les Juifs, la faiblesse d’accepter des « alter histoires » sans preuves réelles, par exemple les dix tribus perdues dont les descendants seraient en Afrique ou en Asie ?

Entre sourire et inquiétude, de tels délires interpellent. Le succès, hélas, d’autres tentatives de ré écriture de l’Histoire comme la négation de la Shoah doit nous inquiéter, et j’espère donc que vous serez nombreux à ce premier rendez-vous de l’année de notre série !

J.C