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17 juin 2016

Bernard Cazeneuve ferme devant les responsables musulmans



Le ministre de l’intérieur et des cultes a partagé un « iftar », repas de rupture du jeûne du Ramadan, mercredi 15 juin au soir, avec le Conseil français du culte musulman. Il a répondu fermement à son président, et au-delà à l’ensemble des responsables musulmans, qui rapprochent terrorisme et actes anti-musulmans.
« Je ne peux cautionner les discours qui font du sentiment d’exclusion que l’on peut avoir une cause légitimant le terrorisme. Rien, dans notre République, ne pourra jamais justifier que l’on s’en prenne à ses enfants ». Invité par le Conseil français du culte musulman à rompre le jeûne du Ramadan mercredi 15 juin au soir dans de prestigieux salons parisiens, le ministre de l’intérieur et des cultes, Bernard Cazeneuve a répondu très fermement à Anouar Kbibech, le président du CFCM qui avait, juste avant lui, choisi de consacrer la deuxième moitié de son discours à « la libération de la parole raciste et xénophobe, notamment contre les musulmans et leurs pratiques religieuses ».
Au président du CFCM qui faisait valoir le souhait « des enfants de la République de confession musulmane que la République les prenne enfin dans ses bras », Bernard Cazeneuve a répondu : « Elle le fait, elle s’emploie à le faire ! »

Ambiance grave

« Ceux qui restent à ses marges, quelle que soit leur religion, ont vocation à être rattrapés par la République, par ses principes, par ses institutions. La République ne peut être autre chose qu’indivisible », a encore rappelé le ministre de l’intérieur. « La République doit être ferme contre ceux qui oublient ses valeurs et ses principes. Si je le dis aussi nettement, c’est parce que je sais que vous partagez cette conviction ».
Alors que ces « iftars » sont généralement synonymes de réjouissances et de convivialité, l’ambiance était grave, lourde même. L’assassinat à l’arme blanche, dans la soirée du lundi 13 juin, à son domicile de Magnanville, d’un couple de policiers par un homme se revendiquant de l’État islamique, était dans tous les esprits.
Le président du CFCM a d’ailleurs choisi de faire précéder son discours d’une minute de silence en mémoire de « toutes les victimes du terrorisme », avant de réaffirmer que « les musulmans de France condamnent avec la plus grande vigueur cet acte qui ne peut se réclamer ni de l’islam ni de cette période du Ramadan ».

Appel solennel aux responsabilités

Très marqué, comme ministre de l’intérieur, par ce meurtre contre des policiers « pourchassés jusque dans leur domicile et assassinés devant leur enfant », Bernard Cazeneuve – comme ministre des cultes – a saisi cette occasion pour en appeler plus solennellement que d’habitude le CFCM à ses responsabilités.
Sortant pour partie de son texte initial, il a choisi de répondre à tous ceux qui, dans leurs communiqués de presse, associent de manière récurrente la condamnation très ferme des actes terroristes à la demande d’une plus grande fermeté de l’État face aux actes anti-musulmans.
Tout en reconnaissant qu’il y a eu, ces dernières années, « trop d’agressions contre des mosquées et des synagogues », le ministre de l’intérieur s’est félicité que les actes antimusulmans aient diminué « de 40 % au cours des quatre premiers mois de l’année » 2016 par rapport à la même période de 2015. « Les actes antireligieux les plus nombreux concernent les chrétiens en France, statistiquement, et cela, aussi, doit être dit », a-t-il relevé au passage.

« Ceux qui trouvent des excuses aux terroristes »

« Si j’entends que la République en fasse toujours davantage, rien ne pourra jamais légitimer la violence terroriste. Vous devez faire preuve de la même intransigeance à l’égard de ceux qui, sans l’approuver, trouvent des excuses aux terroristes, et de tous ceux qui tirent prétexte de la religion pour se soustraire aux règles de la République », a-t-il surtout asséné à l’ensemble des responsables des grandes fédérations musulmanes de France.
Soulignant leur « responsabilité historique », il les a appelés à lutter contre « l’obscurantisme, le fanatisme, le rejet de l’autre », pour « l’égalité entre hommes et femmes qui est au cœur de notre République », insistant sur « les liens de la citoyenneté (qui sont) notre première appartenance ».
Au titre des chantiers engagés avec « l’islam de France », le ministre de l’intérieur a mentionné « le recrutement d’imams dotés d’un haut niveau de connaissances théologiques et parlant notre langue », sans préciser toutefois sa méthode… Et rappelé qu’à compter de janvier 2017, l’ensemble des aumôniers en prison, à l’hôpital ou dans l’armée devront suivre un diplôme universitaire sur la laïcité « pour qu’il n’y ait plus ces prêcheurs de haine, au discours obscurantiste et que l’on voit, sur les réseaux sociaux, tenir des propos choquants sur les femmes ou la musique ».

Parole publique prudente

« Le contre-discours doit venir de ceux qui sont, au cœur du pays, membres de cette communauté », a-t-il encore lancé, tout en appelant la « parole publique » – politique notamment – à se faire « prudente pour éviter de blesser et de diviser davantage ».
« Les policiers qui protègent vos lieux de culte sont dans un incommensurable chagrin », a-t-il conclu. « Ils ont besoin de sentir la République autour d’eux. Plus ils sentiront les Français de confession musulmane exprimer leur amour des institutions, plus ils auront la force de surmonter cette épreuve ».

Anne-Bénédicte Hoffner,
"La Croix", 16 juin 2016

Nota de Jean Corcos :
Ayant personnellement assisté, à l'invitation du CFCM, à cet "iftar", je peux attester du caractère tout à fait exhaustif de ce compte-rendu.