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12 septembre 2013

La Russie est de retour, par André Nahum


Nous sommes le 11 septembre, jour anniversaire d'un des plus grands désastres et d'une des plus grandes humiliations  qu'aient subi les États-Unis. Souvenez vous !

Avec ou sans l'accord du congrès, Obama était décidé ou obligé, comme on voudra, à frapper Bachar Al Assad, à le  punir comme l’avait dit François Hollande, son seul allié en l’occurrence. Le reste de l'Europe et  la Ligue Arabe étaient tout heureux de les laisser faire le sale boulot, mais aucun autre pays ne voulait prendre le risque d'aller au charbon.

D’aucuns sont persuadés qu’en envoyant ses missiles sur la Syrie, Barack Obama ferait la même erreur qu’avait faite Georges W Bush quand il a envahi l’Irak. D’autres se demandent si le président américain ne se trompe pas d’adversaire. Certes, le dictateur syrien s’est mis au ban de l’humanité en bombardant son peuple au gaz sarin, mais il ne faut pas oublier que c’est l’Iran qui met en péril tous les pays de la région et particulièrement Israël,  avec son projet de se doter d’ armes atomiques. L’Iran qui fabrique et livre à ses protégés du Hezbollah et de Syrie, des missiles à longue portée et  qui   leur envoie ses meilleurs techniciens et ses meilleurs combattants.
Bref, si l’on s’accorde pour  reconnaître que Bachar est un monstre,  le patron, le Deus-ex-machina est bien l’Iran avec son maître suprême l’Ayatollah Khameini.

Pourquoi Barack Obama était-il si pressé de punir la Syrie alors que jusqu’à présent et malgré les mises en garde d’Israël, il s’est refusé à  détruire les installations nucléaires iraniennes ? Affaiblir l’Iran, c’est toucher au cœur le Hezbollah et la Syrie. C’est toucher à la tête ce bloc  chiite qu’il constitue avec ses alliés, c’est mettre un terme à l’emprise des Ayatollahs sur l’Irak. Au lieu de cela, il s’est empêtré dans cette affaire syrienne dans laquelle il n’avait rien à gagner.

Et voilà que Vladimir Poutine lui retire une épine du pied en proposant de mettre les armes chimiques dont dispose Assad sous contrôle international, s’imposant ainsi comme un tacticien de haut niveau et le nouveau maître du jeu dans cette région, face à des dirigeants occidentaux médiocres et sans relief.
Prisonnier de ses maladresses,  Barack Obama ne peut que se saisir de la perche que lui tend son homologue russe pour sortir plus ou moins honorablement de la crise, et c’est peu de dire que  par son amateurisme il  a considérablement affaibli l’Amérique, ouvrant un boulevard à la Russie qui  retrouve  une place de choix au Moyen-Orient.
Il aurait pu se souvenir que lors qu’Israël a réalisé que la Syrie construisait un réacteur en vue d’acquérir elle aussi l’arme atomique, il l’a détruit sans faire de discours ni d’agitation  médiatique. Il a fait de même lorsque de lourds convois tentaient de transférer au Hezbollah à partir de la Syrie des missiles fournis par l’Iran.
Obama lui, après avoir fait les gros yeux avec sa « ligne rouge » n’a pas cessé d’hésiter et de tergiverser, ce qui est la dernière chose à faire quand on veut affirmer sa puissance, surtout dans cette région.

Oui, le tsar Wladimir a bien joué. Il a donné un sérieux coup de main à son ami Assad. Il a probablement  permis au  malheureux peuple syrien d’échapper aux bombardements franco-américains qui n’auraient fait qu’ajouter des morts aux morts.
Il a éloigné d’Israël  la menace des missiles syro-hezbollahno-iraniens, et a permis à Obama, et accessoirement à François Hollande, de ne pas trop perdre la face. Bref, un travail d’orfèvre.
Quant  aux armes chimiques, même si l’on obtient un vote contraignant du Conseil de sécurité, comme le souhaitent les USA et la France et que refuse  la Russie,  il sera bien difficile de les localiser, d’en assurer ensuite  le contrôle - par qui et comment ? - pour finalement les détruire . Ce n’est certainement pas pour demain, mais l’essentiel est fait.

On va laisser les Syriens se tuer entre eux et  tout le monde  est soulagé,  tout le monde  est content;

Bon Kippour

André Nahum
Radio Judaiques FM, le 11 septembre 2013

Nota de Jean Corcos
Une pause dans cette "série égyptienne" que j'ai commencé de vous proposer, en revenant le temps d'un article sur la Syrie : le coup de théâtre de l'annonce russe de lundi est venu bousculer le calendrier guerrier prévu, et je ne pouvais ignorer ici cet évènement ; André Nahum a parfaitement résumé dans son éditorial d'hier matin ce qu'implique ce succès diplomatique de Poutine ; et, au delà d'un soulagement naturel que nous partageons tous, avouons que ce n'est guère réjouissant !