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09 décembre 2013

Guerre civile en Syrie : des trésors historiques détruits




On voit, de temps en temps, des reportages à la télévision qui laissent deviner un peu l'étendue des destructions en Syrie ...

Déjà près de trois ans de guerre, quelques 120.000 tués dont une majorité de civils ; et un dictateur qui n'hésite pas, on le sait, à utiliser des bombardements aveugles - aériens ou terrestres - pour terroriser la population et écraser les rebelles.

Le résultat, ce sont aussi des trésors architecturaux, dont certains classés par l'Unesco, déjà largement détruits. Un site - voir sur ce lien - a publié des photos impressionnantes de 5 monuments, avant et après la guerre civile.

Reproduites ci-dessus, des images :
- de la Mosquée Al-Omari, à Deraa ;
- de la Grande Mosquée des Omeyyades à Alep.

J.C

18 novembre 2013

L'Arabie Saoudite exaspérée par l'Amérique



Le roi Abdallah d'Arabie saoudite reçu par Barack Obama le 29 juin 2010 à Washington. 
© Roger L. Wollenberg / Sipa

Le royaume saoudi souhaiterait "prendre ses distances" avec son allié historique, ne supportant pas le réchauffement diplomatique entrepris avec Téhéran. 

La coupe est pleine pour le royaume saoudi. Pourtant habituée à la discrétion sur la scène internationale, l'Arabie saoudite fait désormais publiquement étalage de sa colère à l'encontre des États-Unis. Dans une intervention d'une rare intensité, le chef des services de renseignements saoudiens, le prince Bandar ben Sultan, a indiqué à des diplomates européens que son pays allait prendre ses distances avec son allié indéfectible. "Le prince Bandar a précisé qu'il prévoyait de limiter les échanges avec les États-Unis, cela après que ces derniers se sont montrés incapables de mener une action efficace sur la Syrie et la Palestine", a indiqué à l'agence de presse Reuters une source proche du pouvoir saoudien.
Une déclaration d'autant plus surprenante que le puissant prince, qui a passé 22 ans à Washington en tant qu'ambassadeur, est considéré comme le plus américain des Saoudiens. Mais elle ne fait que confirmer l'exaspération actuelle du royaume. Fait sans précédent, Riyad a refusé vendredi d'entrer au Conseil de sécurité de l'ONU dont il a dénoncé l'"impuissance". "C'était un message en direction des États-Unis, pas des Nations unies", a d'ailleurs expliqué le prince Bandar, selon les diplomates européens, cités par le Wall Street Journal.

Rétropédalage en Syrie

Plus important soutien financier et armé de l'opposition syrienne avec le Qatar, Riyad a été particulièrement échaudé par le rétropédalage de Barack Obama face à Bachar el-Assad, après le massacre chimique de la Goutta. Le président américain, qui avait promis des frappes punitives contre le régime syrien, a finalement trouvé in extremis un accord avec la Russie, qui autorise le démantèlement de l'arsenal de Damas, pendant que la guerre se poursuit.
Sur le processus de paix israélo-palestinien, les négociations sont au point mort. Si les Américains ont fait pression pour que les pourparlers reprennent après trois ans d'interruption, les discussions butent sur les frontières d'un éventuel État palestinien, tandis que la colonisation s'intensifie. "Les dirigeants saoudiens ont besoin de rassurer la rue arabe, qui critique leur passivité et leur complaisance sur ce dossier", souligne le politologue et consultant Karim Sader (1), spécialiste des monarchies du Golfe. 

Changement de ton iranien

Mais au-delà de ces deux dossiers inextricables, il en est un troisième qui cristallise toutes les peurs du royaume saoudi : le nucléaire iranien. Le récent changement de ton opéré par Téhéran a conduit à un réchauffement des relations entre les deux meilleurs ennemis, Washington cherchant à tout prix une issue diplomatique avec Téhéran, à l'heure où les États-Unis se désengagent d'Afghanistan. "Or, la main tendue à l'Iran constitue une ligne rouge pour l'Arabie saoudite", souligne Karim Sader. "L'hypothèse d'un rétablissement des relations entre Téhéran et Washington serait un véritable cauchemar pour Riyad."
C'est que la République islamique chiite est le plus grand rival de la monarchie wahhabite (vision ultra-rigoriste de l'islam, NDLR) dans la région. Le conservateur royaume saoudi voit d'un très mauvais oeil la présence à ses portes des mollahs révolutionnaires chiites (donc hérétiques selon le royaume wahhabite, NDLR), d'autant plus que la province orientale du Hasa, qui recèle les principales réserves de pétrole de l'Arabie saoudite, est majoritairement peuplée de chiites, que Riyad n'hésite pas à réprimer. 

Le spectre du 11 Septembre

Depuis les attentats du 11 Septembre, dont 15 des 17 kamikazes étaient saoudiens, l'Arabie saoudite a vu sa sphère d'influence au Moyen-Orient se réduire comme peau de chagrin. L'intervention américaine de 2001 en Afghanistan a mis fin au régime islamique sunnite des talibans. En 2003, Washington est venu à bout en Irak du régime arabe sunnite laïque de Saddam Hussein. À chaque fois, des pouvoirs profondément hostiles à Téhéran ont été renversés, permettant l'émergence du "croissant chiite" Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth.
"Les interventions américaines ont bouleversé les équilibres de la région en faveur de l'Iran chiite", explique David Rigoulet-Roze (2), chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique (Ifas). L'Arabie saoudite a vécu son plus grand camouflet lors de la révolte de 2011 à Bahreïn. Face à la montée des revendications démocratiques des manifestants de ce pays majoritairement chiite, mais gouverné par une dynastie sunnite, Riyad a réclamé le soutien des États-Unis. Ulcérée à l'idée d'imaginer des manifestants "manipulés par Téhéran" s'emparer d'une place forte saoudienne, l'Arabie saoudite s'est chargée elle-même d'envoyer des troupes mater la rébellion. 

Indépendance énergétique

"Ce n'est pas la première fois que les relations entre Riyad et Washington sont tendues", rappelle Karim Sader. Le spécialiste du Golfe estime toutefois que la "zone de perturbation actuelle" s'explique par la "volonté effective des États-Unis de rééquilibrer sa relation avec l'Iran". "Depuis le 11 Septembre, l'obsession des Américains est la lutte contre les djihadistes", renchérit le chercheur David Rigoulet-Roze. "Or, là-dessus, l'Iran peut être un allié objectif. Au-delà du régime de la République islamique, l'État iranien pourrait redevenir pour les États-Unis un gendarme potentiel du Golfe, comme à l'époque du Shah." Est-ce d'ailleurs un hasard si les Iraniens, qui ont déjà aidé Washington à se débarrasser des talibans en 2001, répètent à l'envi qu'ils souhaitent inclure les dossiers syrien, irakien ou encore bahreïni aux négociations nucléaires avec les États-Unis ?
Jusqu'ici, l'alliance pétrole contre protection entre Washington et Riyad, scellée en 1945 par le pacte de Quincy, garantissait la sécurité du royaume saoudi. Or, celle-ci est désormais remise en cause par les formidables réserves de gaz de schiste exploitées aux États-Unis. D'après l'Agence internationale de l'énergie, les Américains deviendront d'ici quatre ans le premier producteur mondial de pétrole, dépassant leur allié saoudien. Mais, si les Américains paraissent à terme pouvoir amplement se passer du pétrole saoudien, il n'est pas sûr que Riyad, qui continue à acheter des milliards de dollars d'armement américain en raison de la menace iranienne, puisse s'émanciper de la protection américaine.

Armin Arefi,

Le Point 23 octobre 2013

(1) Karim Sader publie en janvier 2014 Géopolitique des États du Golfe (éditions Argos).
(2) David Rigoulet-Roze, auteur de L'Iran pluriel (éditions L'Harmattan) et de Géopolitique de l'Arabie saoudite (éditions Armand Colin).


23 octobre 2013

Les mille et une nuits de Damas pour oublier la guerre



Reportage « Nous dansons pour évacuer notre énergie négative ».
La nuit tombée, quand une partie de Damas est tapie chez elle par peur de la guerre à ses portes, l’autre danse sur le volcan pour oublier que chacun peut être la prochaine victime du feu qu’il crache. Dans une boîte de nuit du quartier de Chaalane, des jeunes dansent sur des rythmes arabes et occidentaux tandis que le barman, avec dextérité, jongle avec des bouteilles d’alcool.
« Je viens ici pour me changer les idées. Ici, c’est la joie. Je veux vivre et ne plus entendre des mauvaises nouvelles », assure, un peu éméché, Mohammad, 25 ans, un vendeur de voitures. Sur la piste, les clients se trémoussent sur un air en vogue chez les partisans du régime, et dont le refrain est : « Ne me demande pas comment et pourquoi, c’est l’armée qui nous protège. Toi et moi nous saluons le général Maher » el-Assad. Le frère du président Bachar el-Assad est en fait colonel et à la tête de la 4e division en charge de Damas et de sa banlieue. 
« Tout le monde va mourir un jour, mais le peuple syrien aime la vie et le plus important, c’est d’être heureux. Si l’Amérique nous attaque, je suis confiant que notre armée nous défendra », assure Moudy al-Arabi, le surnom d’un chanteur de rap, 22 ans, rentré il y deux mois à Damas après un exil de deux ans au Maroc. « Chacun vient ici entre amis ou avec sa petite amie, pour oublier la routine de la semaine », ajoute-t-il. Moudy fait partie d’un groupe de rap dénommé « Damas la capitale ». Il écrit, enregistre et réalise les clips de ses chansons qui ont un parfum de nostalgie sur Damas d’avant la guerre. Dès l’âge de 17 ans, il a participé à des festivals en Syrie, maintenant il se produit dans des concerts privés une fois tous les quinze jours devant un public de 14 à 21 ans car, dit-il, c’est dur d’obtenir des autorisations des services de sécurité.

Évacuer l’énergie négative

« Nous restons ouverts jusqu’à deux heures du matin. Ça marche bien. Mais ne mentionnez pas le nom de ma discothèque car j’ai peur qu’on s’en prenne à mon établissement en prétextant qu’il ne faut pas s’amuser quand des gens meurent », implore Bachar, le gérant, 29 ans.

Et il y a une dizaine d’endroits comme celui-ci dans la capitale. « Nous en changeons souvent. Cela dépend où mes amis veulent se retrouver. Il y a même des boîtes où le champagne coule à flots », confie Ahmad, un étudiant de 22 ans.

Malgré le canon qui tonne et les avions qui bombardent, Yara, 22 ans, parcourt 25 km deux fois par semaine afin de se rendre au Centre culturel bulgare, dans le quartier de Malki, en centre-ville, pour y prendre des cours de salsa, merengue, cha-cha-cha et tango. « Ici, je suis différente, je suis heureuse. Nous sommes tous devenus amis », assure cette jeune diplômée en économie.
Une dizaine de couples évoluent sur la piste sous les yeux attentifs des deux professeurs Fadi et Mayss. Le premier travaille le jour à l’ONU et la seconde est assistante du directeur d’une compagnie de télécommunications. « Nous dansons pour évacuer notre énergie négative », assure Fadi, 30 ans. « Avant la guerre, les Syriens n’étaient pas aussi actifs. Maintenant nous avons compris que la vie est courte et qu’il faut en profiter », confie Mayss, 28 ans. Chaque jeudi soir, veille de week-end en Syrie, ils retrouvent leurs 200 élèves dans un hôtel de Damas pour danser ensemble au rythme de la musique cubaine.

Autre ambiance dans le vieux Damas. À l’hôtel Baik Bash, dans la salle de karaoké, c’est le paradis des amoureux de la musique arabe et surtout syrienne. Pendant que Racha Tabba chante Je suis dans un tel état, de l’Alépin Sabah Fakhri, ses amis font la danse du ventre. « La situation est mauvaise et nous venons ici pour nous changer les idées. J’aime bien chanter et je pense avoir une jolie voix », affirme cette femme au foyer, la tête recouverte d’un foulard blanc et qui n’hésite pas, elle non plus, à se déhancher pour danser. La propriétaire, Arwa, est la mère de Mohammad Bash, parvenu en demi-finale de la Star Academy en arabe et qui, selon elle, « adore venir ici pour pousser la chansonnette avec ses copains ».

L'Orient le Jour / AFP, le 18 septembre 2013