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10 juin 2013

40% des jeunes trouvent l’islam sectaire et les juifs communautaristes



Un tiers des 18-24 ans ressent de l’antipathie pour les musulmans et pour la moitié, les juifs sont plus proches d’Israël que de la France selon une étude. L’expert du fait religieux Eric Vinson décrypte cette poussée d’islamophobie et d’antisémitisme chez les jeunes.

Les chiffres sont effarants. D’après une étude Opinion Way,près d’un tiers des 18-24 ans ressentent de l’antipathie pour les musulmans, soit dix fois plus que pour les catholiques et les juifs. Les jeunes seraient ainsi plus virulents que la moyenne générale des 1001 personnes sondées. Ils ne sont que 4% à croire à la tolérance de la religion musulmane et 40% à la trouver sectaire.

L’islam n’est pas le seul à en prendre pour son grade. Ainsi, près de la moitié des 18-24 ans considèrent que les juifs sont «plus proches d’Israël que de la France». Environ 43% les définissent comme un «groupe replié sur lui-même». Enfin, 20% estiment que«leur influence sur la société est trop importante».
Si 2012 a été l’année du bond des actes antisémites et islamophobes,encouragés par l’affaire Merah,la situation pourrait encore se dégrader s’inquiète Eric Vinson, spécialiste du fait religieux et professeur à Sciences Po. Il craint une progression des préjugés parmi des jeunes qui ont grandi dans une société sécularisée et connaissent mal les religions.

Figaro Etudiant - Ces chiffres vous surprennent-ils?

Eric Vinson: Ils reflètent finalement la vision médiatique des religions, qui ne surgissent sur les écrans que lors de drames, comme à Londres, lorsqu’un fou attaque un soldat. On explique pas que l’islam c’est autre chose que cela. Cette méconnaissance des religion pose problème, et va aller en se dégradant avec les jeunes générations. 

Les jeunes se montrent plus hostiles à la religion musulmane que les adultes. Comment l’expliquez-vous ?

Les adultes ont grandi dans une société où la religion était présente. A leur époque, on allait à la messe etc... Les jeunes sont moins familiarisés avec le fait religieux aujourd’hui. Pour eux, chacun peut proscrire des aliments, comme la viande pour des raisons diététiques ou esthétiques. Mais les interdits alimentaires religieux font toujours figure d’intégrisme. Quand certains pratiquent leur religion quotidiennement, ils sont considérés comme sectaires. Dès qu’on parle de communauté, on pense communautarisme puis intégrisme. 

Pourquoi une telle réaction épidermique au religieux ?

74% des gens pensent que l’islam n’est pas compatible avec les valeurs de la République, pourtant les intégristes musulmans ne représentent qu’une minorité des croyants. Derrière cette appelation, je pense que les gens désignent les gens des banlieues. Au lieu de dire “immigré”, on dit “musulman”. C’est plus acceptable car les gens pensent que la religion et la République ne sont pas compatibles
Si les gens déclaraient ressentir de l’antipathie pour les noirs, ce serait du racisme. Quand les jeunes considèrent les juifs comme un groupe replié sur lui-même, qui a trop d’influence et qui plus est, se sent plus proche d’un pays étranger que de la France... C’est purement un préjugé antisémite !

Lucille Quillet, 
La Figaro, 30 mai 2013