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10 janvier 2019

Bonnet trompeur !


Le sourire du mois
- janvier 2019

Plusieurs semaines ont passé, mais nous ne sommes pas près d’oublier l’attentat de Strasbourg. 

On le sait, l’auteur, Chérif Chekatt, était un fichier S, délinquant au lourd passé condamné à de très nombreuses reprises ce qui ne l’a, hélas, pas empêché de commettre ce massacre, visant en particulier le marché de Noël. Nous ne sommes pas près d’oublier non plus la figure de son père, Abdelkrim Chekatt, lui-même fiché S pour radicalisme religieux, et retenu quelques jours en garde à vue comme suspect avant d’être libéré.

« Je savais qu’il voulait combattre pour le Daesh, et je n’étais pas d’accord » … ah le brave homme ! On l’aurais presque trouvé touchant, en tout cas ni ne fut relevé aux journaux télévisés de 20h que sa barbe rousse de salafiste n'était pas un hommage au fameux corsaire ; ni que son bonnet n'était pas un souvenir des maquis du "Che" !

J.C

 

08 janvier 2019

Ci-gisent les 948 livres censurés au festival de littérature du Koweït


Exit 'Les Frères Karamazov', de Fiodor Dostoïevski, 'Cent ans de solitude', de Gabriel Garcia Márquez, ou encore 'Notre-Dame de Paris', de Victor Hugo. Les autorités koweïtiennes ont interdit 948 ouvrages lors du festival international de littérature, qui se tient du 14 au 24 novembre à Koweït City. Pour dénoncer cette mesure, un artiste koweïtien, Mohammad Sharaf, a construit un cimetière où il a symboliquement enterré des dizaines de livres censurés.

Tous les ouvrages exposés à la 43e édition du festival ont été préalablement examinés par une commission de censure, qui relève du ministère de l'Information. Cette commission examine les ouvrages à la lumière de la loi de 2006 sur "la presse et les publications" qui bannit toute publication portant atteinte à l'islam, à la justice et à la sécurité nationale.
Mohammad Sharaf est designer graphique. Il a réalisé cette installation jeudi 22 novembre pour dénoncer l’absurdité de la censure.

"Il n’y a pas de mécanisme clair concernant cette censure"

Je voulais concevoir une œuvre qui soit accessible à tous et non un objet destiné à être enfermé dans une galerie d’art. C’est pour cela que j’ai opté pour une installation en extérieur. J’ai donc fabriqué 200 stèles en bois, et j’ai inscrit dessus les titres de certains livres interdits. Je les ai placées dans un terrain vague non loin du parc des expositions où se tenait le salon du livre.
Les stèles ont été enlevées par des agents de sécurité environ trois heures plus tard, au motif que je n’avais demandé aucune autorisation aux autorités pour utiliser cet espace. Reste que l’initiative a produit ses effets, puisque les images de l’installation ont été relayées sur les réseaux sociaux et ont été reprises par plusieurs médias. Donc, les gens ont beaucoup parlé de l’interdiction des livres au Koweït. 
Personne ne sait vraiment pourquoi ces livres sont interdits. Il n’y a pas de mécanisme clair concernant cette censure. Dans le lot des ouvrages bannis, vous trouvez des œuvres littéraires de renommée mondiale de Gabriel Garcia Márquez ou de Victor Hugo, des romans koweïtiens comme 'Les Souris', de Mama Hessa de Saoud Al-Sanoussi [NDLR : roman d’anticipation décrivant le Koweït de 2020 comme un pays déchiré par les conflits confessionnels], mais également des dictionnaires et des livres pour enfants [NDLR : La Petite Sirène notamment, dont le haut de bikini a été considéré comme provocateur]. 

En cinq ans, plus de 4 000 ouvrages bannis

Depuis 2013, la liste des ouvrages interdits par les autorités koweïtiennes ne cesse de s’allonger. En cinq ans, plus de 4 000 livres ont été bannis par le ministère de l’Information. Un mouvement qui s’explique par une influence grandissante des députés conservateurs au sein du Parlement.
Pour autant, les militants et écrivains ne baissent pas les bras. En septembre dernier, trois manifestations ont été organisées pour protester contre la censure.

Les Observateurs, France 24
23 novembre 2018

06 janvier 2019

La fabrique de l’islamisme : Hakim El Karoui sera notre invité le 13 janvier


Pour la première émission de 2019, j’aurai comme invité Hakim El Karoui. Pour rappel, c’est un conseil en stratégie. Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, il a eu les plus hautes responsabilités dans le secteur public comme dans le privé, ayant été notamment conseiller technique au cabinet du Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin. J’avais déjà eu le plaisir de le recevoir dans notre radio, pour mémoire c’était le 12 février 2017 ; et nous avions parlé du rapport de l’Institut Montaigne qu’il avait publié, « Un islam français est possible » ; il s’agissait d’abord de faire une radiographie des musulmans français, puis de proposer une réforme pour la gestion de leur culte dans notre pays. Nous allons parler cette fois-ci d’un autre rapport, publié au mois de septembre et intitulé « La fabrique de l’islamisme ». On peut le télécharger sur le site de l’Institut Montaigne, c’est une somme impressionnante de 600 pages ce qui donne une idée de l’ampleur du travail : 200 ouvrages et rapports ont été consultés, dans plusieurs langues ; ont été examinés des dizaines de milliers de documents du Ministère des Affaires Etrangères Saoudien, divulgués par les Wikileaks en 2015 ; un travail approfondi de données sur Twitter et Facebook a été aussi effectué, bref ceci donne une idée du sérieux de cette étude, qui tranche avec ce qu’on lit ou entend sur le sujet.
 
Parmi les questions que je poserai à Hakim El Karoui :

-          Y a-t-il « un islamisme » ou plusieurs ? Parce qu’on évoque souvent dans les médias dans une bouillie peu claire « le salafisme », « les Frères Musulmans », « les intégristes », est-ce que ce qui les réunit l’emporte sur leurs différences ? Et ceci étant posé, comment finalement définissez-vous l’islamisme ?
-          Vous écrivez dans votre conclusion « l’islamisme n’est pas le sous-produit d’un Occident imparfait mais une idéologie ». Vous parlez dans votre introduction des interprétations « occidentalo-centrées » de l’islamisme : quelles sont-elles, et comment démontrer qu’elles ne suffisent pas ?
-           Votre rapport consacre un chapitre commun à l’idéologie des Frères Musulmans, mouvement né en Egypte dans les années 1920, et au wahabbisme, doctrine religieuse née au 18ème siècle en Arabie, et associée depuis au pouvoir politique de la famille royale des Al Saoud. D’un point de vue doctrinal, quels sont les principaux points communs et les différences entre les deux ?
-          A propos de l’Arabie Saoudite. Du point de vue matériel et financier ses moyens écrasent ceux de toutes les autres « fabriques de l’islamisme ». Vous dites que le chiffre de 85 milliards de dollars dépensés depuis 1960 est impossible à vérifier, ne trouve-t-on rien sur Wikileaks ? Vous dites aussi que l’Europe n’est pas au centre de l’action prosélyte de l’Arabie ; pourtant vous dites plus loin dans ce rapport que les courants salafistes – qui trouvent leur inspiration chez les prédicateurs saoudiens – se caractérisent par leur prosélytisme : n’est-ce pas contradictoire ?
-          Depuis 2002 la Turquie est le seul pays du Moyen-Orient où un parti islamiste se maintient au pouvoir, vous dites que la ligne idéologique de l’AKP dépasse l’islam politique ; or le régime Erdogan est quand même, avec le Qatar, le grand allié des Frères Musulmans ; vous dites que pour la politique étrangère, on a en fait un « turco-islamisme, » associant le nationalisme et la religion : est-ce à dire que son seul objectif est de maintenir les Diasporas turques sous son influence, et comment ?

Un rapport très riche, traité dans une émission déjà enregistrée, et qui aurait peut-être mérité deux numéros successifs de « Rencontre » : soyez nombreux au rendez-vous !

J.C