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05 février 2017

Un islam français est-il possible ? Hakim El Karoui sera mon invité le 12 février

 Hakim El Karoui

J'aurai le plaisir de recevoir dimanche prochain Hakim El Karoui. Conseil en stratégie, Franco-tunisien par ses origines, c'est un ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, et il a eu les plus hautes responsabilités dans le secteur public comme dans le privé, ayant été notamment conseiller technique au cabinet du Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin. Il a dirigé la rédaction du rapport "Un islam français est possible", publié par la Fondation Montaigne au mois de septembre. Cette publication a eu un très important écho médiatique ; selon les journaux on a eu des recensions alarmistes, d'autres au contraire étaient beaucoup plus nuancées. Son rapport, très riche, fait 130 pages, sans les annexes, et on ne pourra bien sûr tout aborder. En première partie d'émission, nous parlerons de l'enquête sur laquelle s'est appuyée son tableau sociologique des Musulmans de France ; il donnera à nos auditeurs quelques chiffres précis, permettant de balayer certaines idées préconçues ; mais surtout il nous parlera des rapports à la religion et à la France des différentes catégories identifiées dans cette population. En deuxième partie, nous évoquerons l'organisation de l'islam dans notre pays, du bilan du CFCM que son rapport juge sévèrement ; et il donnera à nos auditeurs les principales pistes qu'il préconise pour mettre sur les rails un islam français authentique.

Parmi les questions que je poserai à Hakim El Karoui :

-        Comment a été faite cette enquête : qui l'a réalisée ? Quelle était la méthodologie ? Et quelles étaient les marges d'erreur, pour traiter d'un sujet aussi sensible ?
-        La démographie fait partie des fantasmes agités par les partis populistes, mais il faut dire aussi que dans la communauté juive il est courant d'entendre des affirmations selon lesquelles les Musulmans représenteraient déjà 20% de la population : combien sont-ils ? Et quelle est leur répartition géographique ?
-        Votre rapport fait une analyse détaillée du rapport au religieux de l'échantillon, et il définit 6 catégories, réparties en 3 grands groupes : pouvez-vous présenter les présenter ? Concernant les 28 % qui ont adopté un système de valeurs opposées à celles de la République, qui sont-ils ? Ce pourcentage correspond à près de la moitié des jeunes, comment l'expliquez vous ?
-        Il y a ce que vous appelez des "marqueurs" communs à la grande majorité des Musulmans de France, quels sont-ils ?
-        Votre rapport souligne les échecs du Conseil Français du Culte Musulman comment l'expliquez-vous ? Et comment expliquer que les gouvernements successifs aient favorisé ce qu'on appelle "l'islam consulaire" ?
-        En ce qui concerne les financements actuels de l'islam de France, votre rapport pointe l'opacité des rentrées en provenance de deux pays du Golfe qui pratiquent le "soft power" en diffusant l'islam wahabbite, l'Arabie Saoudite et le Qatar : qu'est-ce qui empêche la transparence ? Est-il vraiment impossible de contrôler ces fonds ?
-        Pour éviter cette opacité, vous proposez une mutualisation des ressources et des budgets, qui relèvent pour le moment de chaque lieu de culte et des grandes fédérations cultuelles. Votre rapport préconise la création, à côté de la Fondation pour l'islam de France qui fixerait le cadre général, d'une "Association musulmane pour un islam de France" : quelle composition et surtout quels objectifs pour ces deux structures ?
-        La mouvance des Frères Musulmans au travers de l'UOIF - Union des Organisations Islamiques de France - s'est largement développée depuis une trentaine d'années. Votre rapport dit que c'est la seule Fédération implantée en profondeur : quel est leur agenda, et ont-ils des chances de réussir ?

Une émission absolument passionnante, et j'espère que vous serez très nombreux à l'écoute !

J.C

Pour rappel, on peut lire et télécharger le rapport de l'Institut Montaigne sur ce lien

03 février 2017

De Téhéran à Jérusalem, Shah Doomad !



Rita est une chanteuse israélienne née à Téhéran en 1962. Connue surtout par des chansons en hébreu, à sonorité orientale ou moderne (comme "Mehake" ou "Hapaam"), on lui doit aussi une interprétation bouleversante de l'hymne national, "Hatikva", chanté lors du 50è anniversaire de l'Etat.

Mais comme beaucoup d'autres artistes "mizrahi" (orientaux), elle est restée marquée par ses origines. Elle a ainsi interprété plusieurs chants populaires en langue farsi ; mais surtout, angoissée par les risques très sérieux de guerre avec l'Iran, elle a milité aussi pour la Paix : Rita a ainsi été nommée "ambassadrice de bonne volonté" pour son rôle dans le rapprochement entre les peuples iranien et israélien, et elle a même chanté à l'ONU !

Plus d'informations sur sa biographie dans ce lien.

"Shah Doomad" est un air très gai, chanté dans les mariages en Iran. J'adore cette vidéo, pas seulement pour la musique mais à cause de la joie exubérante de Rita, des musiciens et de son petit public, clairement des israéliens d'origine perse comme elle-même ...
On ne fait pas la paix avec de la musique, mais il y a une raison d'espérer : malgré la peur, malgré la propagande du régime, Rita est très connue en Iran où on n'hésite pas à copier et enregistrer ses chansons;

J.C

02 février 2017

L'ex-président Rafsandjani est mort



L'un des hommes clés de la République islamique, président de 1989 à 1997, a succombé dimanche à l'âge de 82 ans à Téhéran à un malaise cardiaque.
Il était l'un des piliers de la République islamique. Ce dimanche soir, l'ancien président iranien Akbar Hachémi Rafsandjani est décédé à l'âge de 82 ans à la suite d'un malaise cardiaque. A l'annonce de sa mort, qui a pris de court les Iraniens, la télévision a aussitôt interrompu ses programmes. Dans la foulée, des centaines de personnes se sont rassemblées devant l'hôpital où il s'est éteint, au Nord de Téhéran. Véritable animal politique et habile calculateur, ce religieux enturbanné, proche collaborateur de l'imam Khomeini, fondateur de la République islamique en 1979, incarnait mieux que quiconque l'évolution de la classe politique religieuse iranienne: conservateur à ses premières heures, il avait fini par s'imposer comme l'une des figures influentes des modérés et réformistes. «C'est une perte particulièrement symbolique pour le camp pragmatique», observe Karim Sadjadpour, spécialiste de l'Iran à la Fondation Carnegie pour la paix internationale.

Emprisonné sous le régime du Chah

Né en 1934 dans une famille agricole prospère de la région du Rafsjandjan, d'où il tient son patronyme, Akar Rafsandjani quitte le foyer familial dès l'âge de 14 ans pour mettre le cap sur Qom. La ville sainte est au chiisme ce que le Vatican est au christianisme. Le jeune homme y suit des études coraniques sous la houlette de l'ayatollah Rouhollah Khomeini. Son militantisme anti-Chah et son anti-impérialisme prononcé lui vaudront la prison en 1975 pour liens supposés avec l'extrême gauche. En 1979, il joue un rôle clef aux côtés de Khomeini dans le soulèvement qui terrasse la dynastie Pahlavi. Estampillé «conservateur pragmatique», il devient président du pays de 1989 à 1997.
De lui, les Iraniens retiennent la relance économique du pays au sortir de la guerre Iran-Irak (1980-1988) et le rapprochement avec l'Occident. Mais ses détracteurs n'ont pas oublié, non plus, ses pratiques douteuses, notamment en matière de corruption et de violation des droits de l'homme. Un journaliste, Akbar Ganji, s'est retrouvé embastillé au début des années 2000 pour l'avoir, entre autre, décrit comme «l'éminence grise» d'une série d'assassinat d'intellectuels et opposants. A l'époque, les écrits du reporter ont également mis en lumière l'enrichissement de la famille du «parrain» (un des nombreux surnoms de Rafsandjani) pendant ses différents mandats, mais aussi ses responsabilités dans la poursuite du conflit contre l'Irak après la victoire iranienne de Khoramchahr, au prix de centaines de milliers de morts.

Un retour avorté en 2005

Bien qu'impopulaire auprès des jeunes, avides de changement, l'ayatollah Rafsandjani (le plus haut titre religieux, qu'il se serait auto-octroyé disent les mauvaises langues) n'a jamais cessé de rester influent au sein des institutions de l'Etat. Depuis la fin de son deuxième mandat, en 1997, il occupait le poste de président du Conseil de discernement du régime, chargé de conseiller le guide suprême, l'ayatollah Khamenei (successeur de Khomeini, depuis sa mort en 1989) et de trancher les différends entre le parlement et le conseil des gardiens de la constitution. Après des déboires aux élections parlementaires, le «requin» (encore un surnom) tente un retour remarqué lors du scrutin présidentiel de 2005: une campagne à l'américaine, à renfort de posters et de promesses d'ouverture.
Fin manœuvrier, il va jusqu'à mobiliser une équipe de filles et garçons chargés de distribuer tracts et roses rouges en patins à roulettes sur une grande artère du Nord de Téhéran. En vain. Au deuxième tour de l'élection, son rival ultra conservateur, Mahmoud Ahmadinejad l'emporte à la surprise générale. Quatre plus tard, la réélection contestée de ce dernier pousse Rafjsandjani à soutenir la «vague verte» (le fameux mouvement de contestation contre le résultat du scrutin), même s'il affiche, fidèle à ses habituels calculs politiques, une certaine prudence dans ses critiques.

En 2013, l'élection d'un modéré, Hassan Rohani, et l'obtention d'un accord sur le nucléaire iranien, lui permet, enfin, de faire un discret retour sur la scène politique. Et surtout, de militer, dans les coulisses du pouvoir, pour une réforme du système en suggérant de mettre sur pied un conseil de leadership. Autrement dit, de faire disparaître la fonction de Guide suprême, élu à vie par un collège de Religieux, l'Assemblée des Experts (dont il a perdu la présidence en 2011). Des idées qui font grimacer l'ayatollah Ali Khamenei, son véritable rival. Dans un message de condoléances publié à la mort de Rafsandjani par les médias iraniens, ce dernier a rendu hommage à «un compagnon de lutte». Mais il n'a pas manqué, non plus de souligner leurs «différences».

Delphine Minoui

Le Figaro, 9 janvier 2017

01 février 2017

Le décret anti-immigration de Trump suscite confusion et rage parmi les Iraniens



Pour les Iraniens partout dans le monde, la journée de samedi 28 janvier a commencé avec confusion et incompréhension et s’est terminée avec un grand sentiment de colère. 

Vendredi soir, l’heure de Paris, le nouveau président américain Donald Trump a signé un décret interdisant, pendant au moins 90 jours, l’entrée aux Etats-Unis de ressortissants de sept pays musulmans : Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.

Ce texte a d’abord été interprété comme ne concernant que ceux détenant un visa de touriste ou de travail ou un visa d’étudiant. Mais tout au long de la journée de samedi, un document en ligne a été créé dans lequel les Iraniens ayant cherché à voler vers les États-Unis ont mis les informations concernant leurs expériences respectives. La confusion a grandi après que certains attestaient avoir été refoulés, soit avant de prendre leur vol, soit à leur arrivée aux différents aéroports américains, même s’ils étaient munis d’une carte de résident permanent (la Green Card).
Finalement, dans l’après-midi de samedi, le Département de la sécurité intérieure des États-Unis a annoncé que, selon le décret, le cas des citoyens de ces sept pays en possession d’une carte de résident permanent sera jugé un à un par les officiers de l’immigration, ajoutant ainsi à la confusion. Vers la fin de la journée, différents médias ont rapporté que les citoyens de ces sept pays, même en ayant une autre nationalité, ne pourraient pas demander un visa, ni entrer aux États-Unis s’ils en ont déjà un.

Déjà depuis janvier 2016, les Iraniens ayant par exemple une nationalité européenne ne pouvaient plus bénéficier du programme d’exemption de visa, en vigueur entre les Etats-Unis et l’Europe. Ainsi, ces binationaux ont également besoin de demander un visa au préalable aux ambassades américaines avant de voyager aux États-Unis, tout comme leurs compatriotes iraniens.

L’Iranienne Nazanin Zinouri, scientifique des données et vivant depuis sept ans aux Etats-Unis, a ainsi raconté son calvaire sur sa page Facebook. Ayant quitté la Californie, le 20 janvier, elle rendait visite à sa famille en Iran. Angoissée par les rumeurs sur le nouveau décret, la jeune iranienne a écourté son voyage et est retournée à Dubaï où elle devait embarquer dans un vol vers Washington. « J’ai été dans l’avion lorsque deux officiers sont montés et m’ont demandé de quitter l’avion, explique-t-elle sur sa page Facebook. Oui, après sept ans de vie aux Etats-Unis, j’ai été expulsée. Personne ne m’a mise en garde lorsque je m’apprêtais à partir en Iran. Personne ne s’est demandé ce qui allait arriver à mon travail et à ma vie ici. Ils ne le disent pas avec les mots mais par les actes : ma vie n’a pas d’importance. Ce que j’ai fait toutes ces années n’a pas d’importance. » Son post a été partagé 105 000 fois.

(...)

Depuis la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran, en novembre 1979, quelques mois après la révolution islamique, Téhéran et Washington n’ont plus de relation diplomatique. Pourtant, les Iraniens constituent une grande diaspora aux Etats-Unis. Selon les estimations, presqu’un million d’Iraniens vivent aux Etats-Unis, notamment en Californie. Afin d’obtenir un visa américain, les Iraniens sont obligés de se rendre dans un pays tiers, notamment aux Émirats arabes unis, à Dubai, ou en Turquie, à Istanbul. Le consulat américain de cette ville turque a d’ores et déjà annoncé qu’il ne procédait plus au traitement de demandes de visa de la part des Iraniens.
(...)

Blog Nouvelles d'Iran

Le Monde, 29 janvier 2017

Iran : 12 ans d'archives sur le blog




"Iran" est un mot clé que j'ai énormément utilisé en "libellé" : 179 articles ont ainsi été "tagués" de 2005 à fin 2016, ce qui en fait probablement le sujet d'intérêt le plus important.

Soyons précis, cependant, ceci ne veut pas dire qu'il y ait eu autant de publications traitant uniquement de l'Iran. Le lien était en effet soit direct - par exemple quand nous avons évoqué ici, au fil des années, l'angoissant sujet du nucléaire - soit indirect -par exemple à propos du Hezbollah ou de la guerre civile en Syrie, zones où la République Islamique s'est directement et militairement engagée.

Je vous donne ici les liens de ces séries d'articles par année, pour enrichir et compléter les "mois de l'Iran" proposés à partir de cette semaine : bon surf !




J.C