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11 août 2015

Conspirationnisme : Thierry Meyssan, le maître à fausser



Le délire du mois

- juillet 2015 

Avec son livre niant la responsabilité d'Al-Qaïda dans les attentats du 11 septembre 2001, ce Français est devenu une figure clef des complotistes. Depuis, établi en Syrie, il accable "l'Occident et les sionistes" de tous les maux

 
La vérité est ailleurs. Il le proclame à la face du monde: l'actualité internationale et son cortège de drames n'ont rien à voir avec ce qu'en disent les médias occidentaux. La tuerie de Charlie Hebdo, par exemple. Elle "n'a pas de lien avec l'idéologie djihadiste [...]. Ses commanditaires les plus probables sont à Washington". La preuve? "Les assaillants n'étaient pas vêtus à la mode des djihadistes, mais comme des commandos militaires." CQFD. De même, les combattants de Daech (organisation de l'Etat islamique) "ont été formés par les États-Unis [...], mais aussi par des Français, de la Légion étrangère". Rien d'extraordinaire, quand on sait qu'"Al-Qaeda assure la sécurité de l’État d'Israël face à la Syrie"... Ceux qui ne le croient pas sont manipulés par la "propagande impérialiste états-unienne et sioniste"...  
Voilà près de quinze ans que le Français Thierry Meyssan récite son credo: les États-Unis, l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (Otan) et Israël mènent un complot à l'échelle mondiale pour asservir les pays "non alignés" - Syrie, Iran et Venezuela en tête. Pour tenter de le démontrer, tous les moyens sont bons. Plus c'est gros, plus ça passe. En 2002, Thierry Meyssan lance un bobard ahurissant: dans son livre L'Effroyable Imposture, il affirme que les attentats du 11 septembre 2001 sont en réalité une manipulation d'"une faction du complexe militaroindustriel américain". Selon lui, aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone ce jour-là. Cette thèse absurde rencontre aussitôt un écho international. 
Depuis lors, Meyssan, ex-militant de la liberté d'expression, est devenu l'un des chefs de file mondiaux du complotisme. Etabli à Damas, il est aujourd'hui, à 57 ans, à la tête d'une véritable entreprise de désinformation, mise au service de la propagande de régimes autoritaires et de dictatures. Incroyable destin pour cet homme qui a eu plusieurs vies, et autant d'engagements. 

"Il voulait bénéficier de financements étrangers"

Thierry Meyssan est né le 18 mai 1957 à Talence (Gironde), dans une famille bourgeoise catholique. Son père travaille au côté de Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux et Premier ministre (1969-1972). Sa mère dirige les œuvres interdiocésaines en Aquitaine. Le jeune Meyssan entame des études de théologie avant d'opter pour Sciences po, dont il n'obtiendra pas le diplôme. Il appartient aussi au Renouveau charismatique, mouvement catholique qui met en valeur les dons de "guérison" et de "prophétie". A 19 ans, le jeune homme se marie. Mais, dans les années 1980, sa vie prend une autre direction. Meyssan est maintenant libre-penseur et clame son homosexualité. Il obtient du Vatican l'annulation de son mariage religieux, un fait rare. L'homme milite pour les droits des homosexuels, s'investit dans la lutte contre le sida, s'essaie au journalisme. En 1993, le voici secrétaire national du Parti radical de gauche (PRG). "Il était très actif et avait un carnet d'adresses bien rempli. Son ambition était de faire une carrière politique", affirme un de ses anciens compagnons de route. L'année suivante, Thierry Meyssan fonde le Réseau Voltaire pour défendre la liberté d'expression et la laïcité. Des cadres de partis de gauche (Verts, PCF, PRG) et de syndicats siègent au conseil d'administration. Philippe Val y représente... Charlie Hebdo. Au quotidien, le Réseau Voltaire, qui multiplie les révélations sur les filières d'extrême droite, est constitué d'un duo: Thierry Meyssan et son compagnon, Serge M., seul salarié de l'association, à 8000 francs par mois. 
Il quitte la France en 2008 pour échapper à un invraisemblable "contrat" que Nicolas Sarkozy aurait mis sur sa tête 
"Meyssan avait un fond paranoïaque, se souvient Yves Frémion, ancien vice-président du Réseau Voltaire et ex-élu Vert. Régulièrement, il racontait les tentatives d'assassinat auxquelles il avait soi-disant échappé... Ensuite, il a "pété les plombs" par autoritarisme." Son glissement de la gauche vers la mouvance rouge-brun, l'antiaméricanisme et l'antisionisme virulents, prend une tournure publique en septembre 2001. Dès le lendemain des attentats, Thierry Meyssan met en doute leur réalité. Six mois plus tard, il publie L'Effroyable Imposture. Succès immédiat: vendu à 250 000 exemplaires, le livre est traduit en 26 langues. Mais ses élucubrations suscitent aussi un énorme tollé. Les membres du Réseau Voltaire finissent par prendre leurs distances. "Rapidement, Meyssan a été approché par des gens travaillant pour un état du Proche-Orient, relate Yves Frémion. Ils lui ont livré clefs en main des documents censés démontrer que le Pentagone avait été frappé par un missile américain..." L'association explose en février 2005. "Il voulait modifier les statuts pour créer des sociétés et bénéficier du financement de pays étrangers, raconte Gilles Alfonsi, qui représentait alors le Parti communiste au sein du réseau. Le conseil d'administration était noyauté par ses nouvelles connaissances, notamment un pseudo-scientifique qui avait nié l'existence des chambres à gaz lors du procès [du négationniste] Robert Faurisson." 

Il relaie désormais la propagande du régime de Bachar el-Assad

En 2006, Thierry Meyssan effectue un premier voyage au Liban et en Syrie, peu après des attaques israéliennes contre les bases du Hezbollah. Il est l'invité de ce dernier et du régime de Damas. Deux ans plus tard, pour échapper à un invraisemblable "contrat" que Nicolas Sarkozy - "élu grâce à la CIA" - aurait mis sur sa tête, l'amateur de complots s'installe à Damas, dans le quartier des ambassades. Il devient un expert habilité auprès d'une cohorte de médias "antioccidentaux" ou "antisionistes": chaînes télé du Hezbollah et du régime iranien, RT (ex-Russia Today, pro-Kremlin), radios et quotidiens syriens... Le site Internet du Réseau Voltaire international revendique 760 00 visiteurs uniques par mois. Le véritable ordre de grandeur se situe plutôt autour de 20 000 à 30 000. 
Cependant, il est traduit en 16 langues. Ce qui nécessite d'importants moyens financiers et humains. Lesquels? Les indices affleurent. A Damas, Thierry Meyssan forme des cadres du régime au sein de l'institut de recherche politique Syria Al-Ghad (Syrie Demain). Le vice-président du Réseau, Issa el-Ayoubi, est un cadre du Parti social nationaliste syrien, formation d'inspiration nazie créée dans les années 1930. "Thierry Meyssan a choisi de s'allier avec les pires antisémites tout en se gardant de manier lui-même cette rhétorique, poursuit Gilles Alfonsi. Voilà toute la malignité et la perversité de son discours." 
Depuis le déclenchement de la guerre civile syrienne, en 2011, notre "journaliste en exil" assure, en vidéo, le service après-vente de la propagande du régime de Bachar el-Assad. Le message est simple: la Syrie est victime d'un terrible complot mêlant l'Occident, Israël et Daech... Thierry Meyssan n'est jamais à court d'explications, même s'il doit les trouver par-delà les frontières du réel. En revanche, bien que sollicité à plusieurs reprises par courrier électronique, il n'a pas donné suite à nos demandes d'entretien. 

Ses idées discutées chez Soral et Dieudonné

Depuis la tuerie de Charlie Hebdo, il semble de nouveau s'intéresser à la politique française. Le faussaire est apparemment satisfait que ses idées soient discutées au sein du groupuscule Réconciliation nationale, fondé par Dieudonné et Alain Soral, polémiste qui se définit lui-même comme "national-socialiste français". "Cette formation entend réunir des citoyens d'origines politiques différentes, y compris des personnes ayant milité à l'extrême droite antisémite", écrit le Réseau Voltaire. La vérité surgit parfois là où on ne l'attend pas... 

Boris Thiolay

L'Express, 17 avril 2015

09 août 2015

Accord sur le nucléaire iranien : une revue de presse

Le Ministre iranien des Affaires Étrangères, Javad Zarif
 
Le 14 juillet, donc - triste rapprochement de date avec un évènement historique, pour ce que beaucoup présentent comme le "Munich" de notre époque -, le groupe "P5 + 1" des grandes puissances signaient avec la République Islamique d'Iran un accord sur son programme nucléaire, accord censé stopper pendant 10 ans la marche du pays vers l'arme atomique, et ce grâce à des engagements précis et vérifiés par des inspections régulières.
Rappelons-le, j'étais alors en vacances loin de Paris, et dans l'incapacité de lire et analyser les dizaines d'articles publiés à la suite : seules informations, celles des chaînes télé disponibles, informations qui m'ont, avouons-le, fortement déplu par leur tonalité : les journalistes semblaient dans l'ensemble ravis, soit faussement naïfs, soit convaincus, mais en tout cas désireux de ramener l'évènement non pas à sa substance technique - l'accord va-t-il fonctionner ? - mais à sa dimension politique : retour de l'Iran dans le concert des nations ; possible renversement d'alliances au Moyen-Orient ; et, pendant qu'on y est, isolement complet d'Israël, ce qui semblait aussi réjouir les commentateurs. Tout le monde s'accordait à dire que d'immenses marchés commerciaux allaient s'ouvrir, pour la France en particulier ; et on nous diffusait, aussi - en écho et avec le message subliminal que le peuple iranien allait enfin s'affranchir de sanctions dans le fond injustes -, les images des manifestations de joie à Téhéran.

Retourné chez moi il y a seulement une quinzaine de jours, j'avoue n'avoir pas lu tout ce qui a été publié, mais assez cependant pour vous proposer une revue de presse à l'image, je l'espère, de mes publications et émissions : n'allant pas uniquement dans un sens, diverse comme les auteurs d'articles, et vous laissant libres ensuite de vous forger une opinion. Petite précision, aussi, alors que le bras de fer au Congrès américain n'a pas encore eu lieu entre partisans et opposants à cet accord, j'ai préféré à ce stade ne pas mettre des liens sur les échanges, de plus en plus agressifs, entre l'administration américaine et le gouvernement israélien. J'y reviendrai plus tard, tout en étant - pourquoi ne pas l'avouer ? - extrêmement inquiet de cette crise.

Commençons d'abord par la référence principale, le texte de l'accord dans sa version anglaise : le voici en version pdf. Je n'ai pas trouvé le temps, bien sûr, de lire ses 159 pages, mais on pourra y retourner à l'avenir pour analyser tel ou tel détail - et comme le dit l'adage, "le diable est caché dans les détails", surtout avec les Ayatollahs !

Les points principaux de l'accord sont synthétisés dans un article fort optimiste publié sur le très sérieux site "Slate.fr", et qui nous dit que "l'accord du 14 juillet 2015 va bloquer la progression du programme nucléaire iranien pendant une génération." Commencez donc par le lire, avant d'attraper une migraine à la lecture des commentaires négatifs ! J'avoue m'être particulièrement intéressé à ce qui concerne une filière longtemps ignorée par les médias, celle du Plutonium que devait produire le réacteur d'Arak. A ce sujet, il est écrit que " l'Iran a accepté de reconfigurer l'ensemble du réacteur d'Arak, qui produira désormais moins de 1 kg de plutonium par an. L'ancien cœur du réacteur sera expédié en dehors du pays. En outre, l'Iran s'est engagé à ne jamais construire d'usines capables de recycler les crayons combustibles (..)". Les commentateurs négatifs relèvent, eux, que l'ensemble du réacteur ne sera pas démantelé ; et que les Iraniens continueront de produire de l'eau lourde. Pour rappel, aussi, mon article sur la filière oubliée du nucléaire iranien, publiée fin 2013 sur le site "Temps et Contretemps".

"Temps et Contretemps", justement, a publié une série d'articles fort bien documentés sur ces accords. D'abord cet éditorial de mon collègue de Judaïques FM, Gérard Akoun, qui reste équilibré : oui, l'Iran avec la fin des sanctions, va engranger maintenant des sommes considérables qui le feront monter en puissance ; il pourra rapidement passer au statut de puissance atomique passés les 10 ans de l'accord, qui laisseront intactes la plupart de ses installations ; mais Netanyahou, qui fulmine, ne pouvait pas obtenir mieux et certainement pas compter sur la solution militaire dont ne voulait pas Obama ; au final, il lui faut renouer les liens avec les Etats-Unis car il est en position de faiblesse.

Jacques Benillouche, le directeur du site, reprend les mêmes conclusions dans un même article, en insistant sur la solitude de Netanyahou : en effet les Européens - et même la France que l'on disait la plus dure sur ce dossier - ont suivi les Américains au final, et ils n'apprécient pas ses tentatives de saboter l'accord. Dans une autre publication, il relève aussi qu'après le soutien par l'opposition, sur ce dossier du Premier Ministre israélien, l'unanimité s'est vite fissurée, car on lui reproche à juste titre d'avoir échoué.

Jacques Benillouche relève aussi dans d'autres publications les aspects politiques et économiques de cet accord, qui inquiète beaucoup de monde dans la région : l'accord nucléaire bouleverse l'ordre établi au Moyen-Orient, car les Américains comptent sur l'Iran pour une alliance implicite contre le Daesh ; mais cela inquiète naturellement les grandes puissances sunnites - Arabie Saoudite, Egypte, pays du Golfe - qui se retrouvent dans le même camp que ... Israël ! Par ailleurs, et cela a sûrement joué un rôle pour cet accord, l'Occident organise l'assaut économique sur l'Iran.

Bruno Tertrais, expert que mes auditeurs connaissent bien, a publié dès le 15 juillet une tribune libre fort pessimiste dans un journal canadien : pour lui, les Iraniens vont tout faire pour trahir l'esprit de l'accord, et mettre des bâtons dans les roues des inspecteurs de l'ONU - notons à ce sujet que le protocole sur l'inspection des sites militaires n'est toujours pas signé. Les dix ans gagnés passeront rapidement, et il rappelle les illusions de l'accord passé avec la Corée du Nord en 1994, qui n'a pas empêché ce pays de devenir une puissance nucléaire. Surtout, il dénonce la naïveté américaine : "Les espoirs de « réconciliation » (on emploie ce mot comme s’il s’agissait d’une simple querelle de ménage…) entre les États-Unis et l’Iran sont vains. L’accord de Vienne est une transaction limitée, et non le début d’une transformation profonde. Le Guide de la révolution l’a d’ailleurs dit clairement : il ne conçoit de changement dans la relation irano-américaine qu’à la condition que Washington reconnaisse, dans les faits, la domination de Téhéran dans la région. Car l’opposition à l’Occident est l’un des principaux ressorts du régime."

Finissons donc par une note pessimiste avec cet article, dense et angoissant, de l'excellent David Horovitz sur le Times of Israël : il nous donne les 16 raisons pour lesquels cet accord est une victoire de l'Iran et une défaite de l'Occident. Au delà des éléments techniques qui contredisent le point de vue rassurant lu sur Slate.fr et dont je parlais au début, il cite à la fin une série d'éléments qui n'étaient justement pas sur la table des négociations - comme devrait le dire justement à mon micro Bruno Tertrais il y a quelques semaines (lire ici) : la République Islamique continuera à inciter à la haine contre les USA et à appeler à la destruction d'Israël ; elle continuera de violer les droits de l'homme, et d'exécuter massivement ses opposants ; elle continuera de soutenir et armer des groupes terroristes, etc.

Bonne lecture de tout cela !

J.C

07 août 2015

Un Daesh juif ? Un nouvel article publié sur le "Times of Israël"



Un nouvel article publié le 2 août comme bloggeur associé à l'édition du "Times of Israël". Un plaisir certes, car je n'avais pas trouvé le temps d'y revenir ces derniers mois. Mais un plaisir teinté d'amertume, car j'ai traité de l'actualité récente en Israël, actualité qui n'est pas vraiment riante.

Je voulais en effet rebondir sur les dernière violences qui ont choqué l'opinion dans le pays ainsi que beaucoup de monde ailleurs : l'attaque au couteau des participants de la Gay Pride ; et quelques après, l'incendie criminel dans lequel un enfant palestinien de 18 mois est mort brûlé vif.

Ces extrémistes israéliens, qui recourent au terrorisme, peuvent-ils être comparés au Daesh ? Mon titre était provocateur, en tout cas cette publication a été très vite largement partagée sur la Toile.

Vous pourrez lire la totalité de l'article :

Enfin, je rappelle que vous avez accès à tous mes articles publiés sur le "Times of Israël" en allant sur un lien permanent, en colonne de gauche de ce blog.

J.C