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16 janvier 2020

Pourquoi Donald Trump a-t-il mis fin à l’accord sur le nucléaire iranien ?


Toujours dans le même contexte de discours biaisé en faveur du régime iranien, il y a en France une « story telling », presque toujours la même, qui est proposée à propos du fameux accord sur le nucléaire, déchiré par Donald Trump :
-        Cet accord, signé en 2015, était le meilleur possible car il arrêtait la course à la bombe de la République Islamique.
-        Il a toujours été scrupuleusement respecté par l’Iran, comme l’attestent les visites des inspecteurs de l’AIEA.
-        Donald Trump n’avait donc aucune raison de le dénoncer, c’était de la folie et à cause de lui les Ayatollahs vont rapidement devenir une puissance atomique.

Bien entendu, il existe des arguments parfaitement recevables pour critiquer ce virage américain : déstabilisation des relations internationales par non-respect d’un traité multilatéral ; provocation de l’Iran qui, depuis, s’éloigne de plus en plus des obligations du traité ; aucune proposition de rechange, etc. Sauf que … il n’était pas le seul à s’inquiéter des failles de ce traité : dès le jour même de sa signature, le 14 juillet 2015, David Horovitz, rédacteur en chef du « Times of Israël », énumérait les 16 raisons qui faisaient du traité une victoire iranienne et une défaite pour les Occidentaux. Par ailleurs, et quoiqu’on puisse reprocher de manière justifiée à Donald Trump en matière de stratégie erratique et de brutalité, il a proposé à la République Islamique une renégociation ; encore plus intéressant – mais un peu trop compliqué pour être repris à nos J.T de 20 heures – Emmanuel Macron avait tenté, sans succès, de le proposer aussi aux Iraniens.

Est-ce à dire que cette « story telling » n’a connu aucune exception ? Et bien non, et le plus intéressant est que c’était à la fois dans le cadre d’une communication « grand public » - une vidéo didactique – et sur le site d’un journal, « Le Monde », peu suspect de complaisance vis-à-vis de Trump. Cet article a été publié en mai 2018, lorsque les USA ont dénoncé l’accord.

Oui, ce traité avait des « failles » : à découvrir sur ce lien.

J.C

16 mai 2018

Juste au cas où quelqu’un aurait oublié ce qu’est la « Marche du Retour » du Hamas



Introduction :
Comment en serait-il autrement ? Même si ce blog n’est pas un journal commentant l’actualité au fil des jours ; même si la thématique de ce modeste blog et celle de mon émission sont le monde musulman, au sens large, et pas le conflit israélo-palestinien ; il est bien sûr impossible d’ignorer l’actualité, tragique, de ces dernières semaines et particulièrement du lundi 14 mai où une soixantaine de Palestiniens ont été tués par Tsahal, dans les plus durs affrontements depuis la guerre de l’été 2014. La journée commémorative de la « Naqba » hier, nettement plus calme, laisse espérer que cela ne dégénère pas en un nouveau round sanglant. Mais, au-delà des analyses, critiques de la politique d’Israël et reproches que l’on peut aussi adresser à nos grands médias, il faut revenir « aux fondamentaux ». Pourquoi cette fameuse « marche du retour » ? Le rédacteur en chef du Times of Israël l’avait parfaitement expliqué il y un mois et demi, et je reprends donc ici son éditorial.
J.C

Le Hamas ne cache pas ses desseins : il souhaite détruire Israël et, comme les kamikazes, les roquettes et les tunnels n’ont servi à rien, place aux marches massives à la frontière

Juste au cas où quelqu’un l’aurait oublié : Israël s’est retiré unilatéralement de la bande de Gaza aux lignes d’avant 1967 en 2005. L’Etat a expulsé des milliers d’Israéliens de chez eux. Il a démantelé toutes les infrastructures militaires de la zone. Il n’a plus de présence physique là-bas et n’y a aucune revendication territoriale.
Au cas où quelqu’un l’oublierait : le Hamas, une organisation terroriste islamiste qui cherche à détruire Israël, a pris de façon violente le pouvoir à Gaza en 2007 aux forces du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.
Après avoir tenté de déstabiliser Israël avec ses kamikazes lors de la seconde Intifada, le Hamas a, depuis la prise de Gaza, poursuivi ses efforts de terreur en tirant des milliers et des milliers de roquettes.
Sans le système de défense anti-missile « Dôme de fer », une grande partie d’Israël aurait été, comme l’avait espéré le Hamas, réduite en cendres.
Le Hamas a également creusé sans jamais s’arrêter des tunnels d’attaque sous la frontière – une autre méthode de terreur à laquelle Israël semble avoir progressivement mis fin grâce à de nouvelles technologies et des barrières souterraines.

Au cas où quelqu’un l’oublierait, le Hamas a exploité de façon cynique les Gazaouis – dont une grande partie ont voté pour le mouvement lors des élections – en stockant ses roquettes à proximité ou même à l’intérieur des mosquées et des écoles, en en tirant depuis des zones résidentielles et en creusant des tunnels depuis des institutions civiles. Il a mis la main sur tous les matériaux pouvant être utilisés pour la fabrication d’armements – ce qui nécessite un blocus sécuritaire israélien rigoureux dont les principales victimes sont les résidents de Gaza.
Organiser et encourager des manifestations de masse à la frontière – comme cela a été le cas avec la soi-disant « Marche du retour » – pour affronter les troupes israéliennes, tout en en faisant la campagne de manière non-violente et sournoise, n’est que le dernier exemple de l’utilisation cynique des Gazaouis comme boucliers humains.

Au cas où quelqu’un l’oublierait, exiger un « droit de retour » en Israël pour des dizaines de milliers de réfugiés palestiniens et leurs millions de descendants n’est rien de moins qu’un appel à la destruction d’Israël par des moyens démographiques. Aucun gouvernement israélien ne peut accepter cette demande, car cela signifierait la fin d’Israël en tant qu’Etat à majorité juive. La position d’Israël est la suivante : les réfugiés palestiniens et leurs descendants deviendraient citoyens d’un Etat palestinien une fois le processus de paix conclu, tout comme les Juifs qui ont fui ou ont été chassés des pays du Moyen-Orient par des gouvernements hostiles sont devenus citoyens d’Israël.

Au cas où quelqu’un l’oublierait, le Premier ministre Ariel Sharon a supervisé le retrait de Gaza par une volonté déclarée de fixer les frontières permanentes d’Israël, et il l’a fait de façon unilatérale après avoir conclu qu’il ne pourrait pas parvenir à un accord négocié avec les dirigeants palestiniens.
Si Gaza était restée une zone calme et si Sharon était resté en bonne santé, il aurait probablement ordonné un retrait d’une majeure partie de la Cisjordanie – cela ouvrant alors la voie à un Etat palestinien.
L’arrivée du Hamas au pouvoir à Gaza, trois guerres et la prise de conscience qu’Israël se retrouverait isolé et incapable de fonctionner si le Hamas prenait le pouvoir en Cisjordanie – avec tous les points du pays, notamment l’aéroport, qui se retrouveraient à portée de roquettes – ont enterré cet unilatéralisme et ont rendu les Israéliens terrifiés à la perspective d’abandonner le territoire voisin. Ainsi, le Hamas, qui prétend servir l’intérêt palestinien, a condamné la perspective d’une indépendance palestinienne dans un avenir proche.
Mais le Hamas, bien sûr, ne s’intéresse pas à une indépendance palestinienne. Encore une fois, il s’efforce d’éliminer Israël.

Donc, enfin, au cas où quelqu’un oublierait le contexte de cette dernière escalade de violence ce vendredi : écoutez le dirigeant du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, énoncer le but ultime. Comme il l’a déclaré dans un discours aux Gazaouis à la frontière vendredi : « La marche du retour se poursuivra… jusqu’à ce que nous mettions fin à cette frontière transitoire. » Les manifestations « marquent le début d’une nouvelle phase dans la lutte nationale palestinienne sur la route de la libération et du ‘retour’… Notre peuple n’abandonnera pas un pouce de la terre de Palestine. »

David Horovitz
The Times of Israël, 1er avril 2018

10 septembre 2017

Comment Neda Amin est arrivée en Israël



Neda Amin, à gauche, avec David Horovitz, rédacteur en chef du Times of Israël, à l'aéroport international Ben Gurion, le 10 août 2017. (Crédit : Times of Israël)

Craignant d’être expulsée de Turquie vers l’Iran, une bloggeuse du Times of Israël perse a demandé à Israël de la laisser venir. La réponse de notre pays a été admirable

Je connaissais à peine le nom de Neda Amin avant la fin du mois dernier. Journaliste née en Iran, bloggeuse et militante des droits de l’Homme qui critiquait le régime, elle avait quitté l’Iran pour la Turquie en 2014, et avait écrit un seul article, en tant que freelance, pour le Times of Israël depuis ce pays l’année dernière. Je ne l’avais jamais rencontrée. Je ne lui avais jamais parlé.

Mais elle nous a ensuite contactés, et nous a dit que sa vie était en danger. Elle écrivait fréquemment sur son blog du Times of Israël en perse, l’une de nos cinq éditions. Et le fait d’écrire pour un site d’information israélien, ajouté à ses autres écrits, lui avait apparemment rendu la vie en Turquie difficile.
Elle nous a dit, par écrit, et pendant nos très courtes conversations téléphoniques, que sa vie était en danger. Elle avait été interrogée à plusieurs reprises par la police turque, et il lui avait été dit qu’elle risquait d’être expulsée du pays. De plus, si aucun pays n’acceptait qu’elle vienne, il lui avait été dit qu’elle serait renvoyée en Iran, où le pire pourrait arriver.
Elle a dit qu’elle était censée obtenir une protection des Nations unies, mais qu’elle ne pensait pas que cela lui permettrait d’être en sécurité. Elle a arrêté d’écrire contre les autorités en Turquie, mais il lui avait été bien précisé que ses critiques publiques du régime iranien, et le fait qu’elle écrive pour un site israélien, n’étaient pas tolérables.
Elle avait aussi contacté les autorités israéliennes, et a demandé à être autorisée à venir ici.
Neda parle peu l’anglais. C’était suffisant pour me dire, au téléphone, « M. Horovitz, s’il-vous-plait, sauvez-moi. »

Après avoir rassemblé plus d’informations, j’ai contacté quelques personnes, israéliennes et autres, que je pensais capables de pouvoir me conseiller, et d’aider Neda.
Et elles l’ont fait. Leur volonté d’aider a été remarquable. Presque personne ne m’a dit qu’il n’y avait rien à faire.
Elle dit avoir des origines juives, que la mère de son père était juive. Je ne sais pas si cela a été un facteur pour la réponse israélienne, j’ai tendance à penser que non.
Je ne sais pas laquelle des personnes vers qui je me suis tourné a joué un rôle critique. Et je n’ai pas été le seul à agir pour elle : UN Watch a lancé une pétition, et l’Association des journalistes de Jérusalem a écrit directement au ministre de l’Intérieur Aryeh Deri. Ce que je sais, c’est que peu après avoir donné des informations sur le cas de Neda, les autorités israéliennes sont entrées en action. Les vérifications qui devaient être faites ont évidemment été faites. Les décisions qui devaient être prises ont évidemment été prises.
Au consulat israélien d’Istanbul, le consul général, Shai Cohen, et Yaffa Olivitski, chargée des affaires consulaires, ont contacté Neda, et sont allés bien plus loin pour l’aider. Les documents administratifs ont été organisés. Il m’a même été dit que Neda allait être autorisée à venir en Israël, avec un visa approprié.

J’ai eu le sentiment qu’Israël en général, et le Times of Israël en particulier, avait été un facteur dans la mise en danger de sa vie, que nous avions l’obligation de tenter de garantir qu’aucun mal ne lui serait fait. L’Etat d’Israël a à l’évidence pensé la même chose.

Son départ ne s’est pas fait sans heurt. La première fois qu’elle devait prendre l’avion pour Tel Aviv et s’est rendue à l’aéroport, il lui manquait un formulaire qui devait être délivré par la police turque. Elle ne pouvait pas être autorisée à monter dans l’avion sans ce document. Malheureusement, son téléphone portable n’avait plus de batterie, et elle n’a pas pu nous en informer. Elle a disparu des écrans pendant quelques heures, et quelqu’un, quelque part, a additionné deux et deux pour arriver à cinq, et a affirmé aux médias israéliens qu’elle avait été arrêtée.
Ce n’était pas le cas. Et deux jours après, tôt jeudi matin, elle est retournée à l’aéroport, formulaire à la main, et a pu prendre son avion pour Tel Aviv. Avec son chien, devrai-je ajouter, un berger allemand de 27 kilogrammes, Chica, qui est l’amour de sa vie.

J’ai passé une partie de la journée de jeudi avec Neda, à apprendre plus de son histoire.
D’après son récit, la dernière année et demie a été difficile, voire terrifiante. Elle dit avoir été convoquée pas moins de six fois par les autorités turques, elle a été accusée d’être une espionne, il lui a été proposé d’importantes sommes d’argent pour travailler avec elles, elle a été menacée d’être expulsée vers l’Iran.
Pendant une session, elle leur a demandé « est-il illégal d’écrire pour un média israélien ? » Non, lui a-t-on répondu. « Alors pourquoi toutes ces enquêtes ? » Parce que, « nous n’aimons pas travailler avec Israël, et nous n’aimons pas que vous travailliez avec Israël. »
Elle a ajouté que son appartement avait été récemment cambriolé. Elle pense que Chica a effrayé quiconque a tenté d’entrer. Ces dernières semaines, elle ne dormait pas chez elle, trop effrayée pour cela.
Il lui a été dit qu’elle serait expulsée à partir du 5 août, et elle se battait contre cette expulsion devant les tribunaux turcs quand Israël lui a ouvert ses portes.

Je suis certain qu’il y a bien plus encore dans son histoire. Je ne sais pas du tout comment elle se poursuivra maintenant.
Mais en tant que journaliste qui critique fréquemment ce qui se fait ici, qui s’inquiète de nombreux aspects de la direction que prend ce pays, je suis fier de l’Etat d’Israël aujourd’hui.
Nous avons pensé qu’une vie était en danger, et nous avons agi pour garantir que ce danger soit évité. Un petit épisode de la vie de notre nation.
Un bon épisode.

David Horovitz
Times of Israël, 10 août 2017