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19 juin 2012

Alexandre Adler : "l'avenir de l'Occident se joue aussi dans le monde arabe"

Alexandre Adler

De Tunis à Damas, du Caire à Tripoli, le printemps arabe a eu des résultats pour le moins contrastés, avec l'émergence des partis islamistes. Il faut donc que l'Occident ait un regard lucide sur les combats à venir. "L'Islam, observe Alexandre Adler, n'est pas "un empire dans l'empire", mais une partie dolente, vibrante, inventive et originale de notre Humanité toujours plus unifiée, même à son corps défendant. Oui, l'Histoire a recommencé." Rencontre avec l'auteur, qui nous donne des clés essentielles de géopolitique.

Quel est ce fameux jour où l'Histoire a recommencé?

Alexandre Adler - On peut conventionnellement désigner le 17 décembre 2010, quand le malheureux jeune Tunisien Mohamed Bouazizi s'est immolé par le feu, après avoir été maltraité par les autorités de son pays, pour mourir le 4 janvier 2011. C'est à partir de là que, telle une traînée de poudre, a démarré la révolte qui a entraîné le départ du président Ben Ali. Puis ce fut la place al-Tahrir, au Caire, avec les suites que l'on connaît de cette révolution arabe: la chute de Kadhafi en Libye, la guerre civile en Syrie, les troubles yéménites, les réformes survenues au Maroc dans l'organisation politique du pays ainsi que des mouvements plus souterrains mais non moins prégnants en Jordanie, Palestine, Irak, voire en Arabie saoudite. C'est un continent entier, de l'Atlantique au golfe Persique, qui a été frappé d'une seule secousse - essentielle par son ampleur géographique, mais aussi du point de vue de l'espace-temps dans lequel s'inscrivait ce monde.
De fait, après avoir connu une phase d'indépendance révolutionnaire et activiste, il s'était comme soustrait à l'évolution générale de la planète. La vague démocratique qui avait déferlé à partir de la fin des années 1970, avec pour point d'orgue l'effondrement du mur de Berlin, puis de l'Union soviétique en 1991, et qui avait continué à courir jusqu'en Afrique du Sud, ne l'avait nullement atteint. Le monde arabe donnait même l'impression d'être devenu la poche de résistance à la démocratisation et à la mondialisation. Si jamais, comme le dit le slogan imbécile des altermondialistes, «un autre monde est possible», c'est précisément celui-là.
Et voilà que, d'un coup, rattrapage d'une violence extraordinaire, une nouvelle génération sans leader politique ni organisation constituée s'empare de l'espace public, d'abord dans les dictatures «débonnaires», Tunisie et Égypte ; puis en Libye et en Syrie, où le despotisme sanguinaire rend les choses singulièrement plus complexes. Une nouvelle génération émerge avec une aspiration à l'identité bien plus importante que le droit à la différence. Elle veut que l’État rende des comptes, qu'il soit soumis à un ordre constitutionnel, que l'on ne puisse pas voler impunément le bien public, que les dirigeants se soumettent au suffrage populaire, que la liberté d'information soit généralisée. Mais on sait que les saisons passent: au «printemps arabe» a succédé au fil des semaines un hiver prolongé avec, partout, l'émergence des Frères musulmans dont on n'imaginait pas - au contraire de l'Egypte où ils sont implantés depuis 1928 - qu'ils pussent remporter sans coup férir les élections tunisiennes, et même s'imposer comme le premier parti marocain. Il s'agit là d'une confrérie d'une puissance considérable, dont les intentions ne sont rien moins que pacifiques.

Est-ce à dire que le «printemps arabe» pourrait être une ruse de l'Histoire?

On peut certes se demander si, comme Hegel le prétend, tout cela ne serait pas une ruse de l'Histoire, un vaste complot des forces intégristes manipulant des symboles qui nous sont chers de façon à prendre le pouvoir. Eh bien non, comme Aristote l'opposait à Platon, il faut sauver les phénomènes: les apparences existent. Nous n'avons pas eu la berlue, nous avons bien vu une jeunesse libérale, ardente, courageuse, s'opposer en Tunisie et en Égypte à un système de répression qui, peu à peu, allait se déliter.
Pour ce qui est de l’Égypte, le vide créé dans la classe politique a été comblé par la confrérie des Frères musulmans, qui jouit dans ce pays d'une forte implantation sociale et dont on ne se débarrassera pas aisément. Cela étant, après le choc salutaire du retour à une vision plus prosaïque et lucide de la réalité arabe, il est clair que la révolution démocratique n'a pas été une illusion. La preuve? En Égypte, où règne une grande confusion politique, alors que le sabre et le goupillon - militaires et Frères musulmans - allaient s'entendre pour sauvegarder la tradition d'un État centralisé en confisquant l'élection, la situation s'est compliquée. Le succès auprès de la jeunesse d'un candidat tel qu'Aboul Fotouh, dissident des Frères musulmans, n'entrait assurément pas dans les calculs des militaires les plus cyniques, non plus que des dirigeants les plus expérimentés de la confrérie. L'élection sera donc plus difficile que prévu. Cette complexité nous renvoie à ce que nous avons vécu...
Quelles conséquences pour notre monde occidental?
Grande question, mais à prendre par la fin: quel monde occidental? Les événements survenus ont à nouveau divisé l'Occident en deux parts - la première est américaine (avec les Britanniques, comme toujours), la seconde regroupe l'Europe continentale, Russie comprise - pour un combat à fronts renversés. Tout le monde se souvient de la célèbre photo de Jacques Chirac, Gerhard Schröder et Vladimir Poutine qui, tels les trois Horaces, juraient aux Nations unies de s'opposer à la frénésie de conquête de George W. Bush en Irak. Cette vignette d'une Europe pacifiste face à une Amérique belligérante est désormais inversée. Pour une raison n'ayant rien à voir avec une éventuelle sympathie pour les Frères musulmans - encore qu'ils aient une bien plus grande tolérance que nous pour les excentricités religieuses (Mitt Romney, mormon convaincu, compte là-dessus pour sa campagne présidentielle) -, les États-Unis ont décidé de ne plus se mêler de ce qui se passe dans le monde arabe.
Comme me l'a confié un jour avec une désarmante candeur Condoleezza Rice: «Les Américains sont fatigués. Il faut les laisser tranquilles. Ils ne veulent plus entendre parler de cette région.» La conjonction des sympathies musulmanes de Barack Obama et d'un isolationnisme modernisé de l'establishment stratégique conspire donc à la solution actuelle, laquelle est elle-même compatible avec la vieille alliance avec l'Arabie saoudite. Pour les Américains, si les musulmans de la terre veulent faire des États islamistes, c'est leur affaire. On définira un certain nombre de limites à ne pas franchir qui permettront de coexister. C'est l'appeasement à la façon des années 1930, dans une version moderne. Obama l'a pratiqué en 2009 lors de la révolution démocratique en Iran. On a également pu observer l'extrême réticence avec laquelle l'administration américaine est intervenue en Libye.
A l'inverse, parce qu'elles ne sont pas sauvegardées par l'océan d'abstraction que peut représenter l'Atlantique, les sociétés européennes sont conscientes qu'une part de leur avenir se joue dans le monde arabe: si des régimes islamistes sur le modèle d'Ennahda en Tunisie viennent à dominer tout le Maghreb, ce sont nos banlieues qui flambent. Si les Frères musulmans prennent demain d'assaut l’État syrien et décrètent la guerre sainte pour libérer les musulmans opprimés dans les pays voisins - notamment le Caucase -, ce sont les Russes qui se retrouveront avec des guerres ranimées au Daghestan, en Tchétchénie, etc. Quant à la Turquie, nation musulmane la plus liée à l'Allemagne, son évolution est au cœur des réflexions des dirigeants politiques d'outre-Rhin, quoi qu'en dise Angela Merkel. Ainsi l'Europe continentale, qui s'était soustraite avec horreur à l'intervention américaine en Irak, ne peut passer la montée en puissance de l'islamisme politique par profits et pertes. Pas question, bien sûr, de se préparer à une nouvelle croisade, mais il faudra agir avec détermination et considérer la complexité des sociétés musulmanes avec une bien plus grande lucidité que ne le font les Américains.

Concrètement, que peut faire l'Occident ?

D'abord, rien qui puisse nuire - vieille recette hippocratique! On ne peut en vérité qu'essayer de fortifier les acquis de la révolution afin que le jeu démocratique qui a fonctionné en Tunisie et au Maroc, et qui devrait être respecté en Égypte, permette l'alternance. Rien n'est moins sûr, évidemment. Quand bien même certains Frères musulmans seraient capables d'une évolution modérée, on l'a vu avec la scission d'Aboul Fotouh en Égypte, la capacité des mouvements islamistes à évoluer favorablement ne viendra évidemment pas d'eux-mêmes. Si le parti islamiste turc AKP a su jouer le jeu de la démocratie, et même de l'européanisation, c'est bien parce que la société turque n'aurait pas toléré autre chose. De la même façon, si demain l'Ennahda renonce à une partie de son programme, c'est bien parce que les femmes et la jeunesse protestent vivement chaque fois que ressurgissent des dispositions qui les heurtent. La meilleure façon d'aider ces pays est d'agir par le biais de la société civile, en canalisant l'islamisme, en le contraignant à évoluer comme, finalement, la gestion démocratique de la guerre froide a pu modifier les partis communistes en France ou en Italie.

L'action passera-t-elle, par exemple, par internet et les médias ?

Internet et les médias sont une vraie question, on l'a vu avec la prise de contrôle d'al-Jezira par les islamistes égyptiens du cheikh Karadaoui, les militants du Hamas palestinien, et par la présence d'islamistes convaincus dans l'entourage proche de l'émir du Qatar. Dans cette bataille médiatique, les islamistes ont un coup d'avance. Sans faire radio Europe libre ni organiser la guerre froide, nous devons aider à la fois financièrement et techniquement tous ceux qui essaieront de faire vivre une information pluraliste. Tout mouvement comporte ses extrémistes et ses modérés: un certain nombre de gens qui ont exprimé à travers l'islamisme leur opposition au régime qu'ils subissaient peuvent souhaiter aussi une réconciliation avec les valeurs de la démocratie, ils s'y engageront d'autant plus qu'en face existera la contrepartie. C'est là que nous, Européens, devons réfléchir. Autrement dit, ne pas armer Bachar el-Assad à tout prix comme le fait Poutine, mais aussi ne pas couvrir les islamistes de fleurs, comme tant d'idéologues naïfs sont disposés à le faire en France et en Allemagne.

Pourquoi les Russes soutiennent-ils le gouvernement syrien ?

Pour trois raisons - deux mauvaises et une relativement bonne. La première relève du cerveau reptilien: un réflexe de Vladimir Poutine vis-à-vis d'un pays allié à qui la Russie procure l'essentiel de son arsenal militaire. Symétriquement, en territoire syrien, la base navale russe de Tartous n'est sans doute pas essentielle du point de vue stratégique, mais le symbolisme est là. La Syrie demeurant l'un des derniers lieux où flotte encore le drapeau, dirais-je non pas russe, mais soviétique, il n'est pas question pour Poutine de s'en laisser chasser comme un malpropre. A bien des égards, cette crispation d'un pays en perte de prestige fait penser à l'affaire de Suez en 1956, quand la France et l'Angleterre, en passe d'être boutées hors du monde arabe, n'inventèrent rien de mieux que cette utopique et dangereuse expédition pour renverser Nasser, avec le résultat que l'on sait.
La deuxième mauvaise raison qu'a Poutine de soutenir la Syrie est d'espérer encore bâtir un contrepoids antiaméricain un peu partout dans le monde - avec pour le Moyen-Orient, l'Iran et son bastion avancé de Syrie. C'est l'alliance iranienne qui pousse les Russes, à travers leurs amis arméniens, par exemple, à subventionner et soutenir militairement Bachar el-Assad. Cette alliance iranienne est non seulement contraire aux intérêts à long terme des deux pays, mais elle est doublée chez les Russes d'une nostalgie impériale sans issue.
J'en arrive donc à la troisième raison, celle-là relativement bonne: je partage l'analyse russe selon laquelle la Syrie est le modèle même de ce que l'on appelle un no win game, un jeu qui ne peut pas comporter de vainqueur. Malgré bien des séquelles, nous sommes arrivés à une solution optimale en Libye parce que l'entière population souhaitait la chute de Kadhafi, l'intervention occidentale contrecarrant en partie celle des Frères musulmans. Rien de tel en Syrie où les chiites alaouites, les chrétiens ainsi que d'autres minorités, dont les druzes, n'ont cessé de manifester leur hostilité à la révolution dirigée par les Frères musulmans syriens et égyptiens. N'ayons aucune illusion: la victoire du camp révolutionnaire serait celle du sunnisme orthodoxe, avec pour conséquence immédiate une répression des minorités. La stratégie de Bachar el-Assad est à cet égard des plus cyniques: si le patriarche maronite du Liban, qui n'aime guère les Syriens, en est malgré tout arrivé à souhaiter le maintien au pouvoir de la famille Assad, qui fut le bourreau du peuple libanais et de la chrétienté libanaise, c'est assurément pour de solides raisons.
Les alaouites se radicalisent. Certains en Syrie souhaitent une partition du pays, avec des débuts de purification ethnique rappelant la stratégie serbe en Bosnie et en Croatie. Bref, ce vers quoi nous allons est peut-être un éclatement du pays. La vengeance de Dieu, en quelque sorte, car les Syriens n'ont cessé de pratiquer cette politique au Liban avec un certain succès. Or ce sont eux qui, maintenant, sont un vaste Liban. Nous payons là tout l'arriéré de l'histoire du Baas, parti fasciste qui s'était présenté comme capable d'unifier un monde arabe profondément pluraliste. Le résultat a été lamentable: aujourd'hui, en Irak comme en Syrie, le pouvoir des majorités s'impose dans la violence contre les minorités. Tel est l'aboutissement de la folie et de l'aberration baasistes. Ayons au moins la lucidité de comprendre que nous sommes dans une situation éminemment complexe qui ne sera résolue qu'avec des moyens complexes, et non pas avec des condamnations abruptes des uns ou des autres, qui ne nous mèneront rigoureusement nulle part.

En quoi l'alliance entre la Russie et l'Iran est-elle négative pour les deux pays ?

D'abord parce qu'en entraînant l'Iran pour des raisons tactiques dans son plan antiaméricain, les Russes donnent un ballon d'oxygène aux forces les plus archaïques, antimondialistes et antidémocratiques, qui ont maintenu ce pays dans son isolement. Qu'ils aident les Iraniens en catimini n'a aucun aspect positif, à telle enseigne que les personnalités qui étaient plutôt tournées vers Moscou, tels Khatami ou Hossein Moussavi, ont choisi la Révolution verte - la réforme - et ne veulent rien avoir à faire avec ce rapprochement-là.
C'est encore pire pour la Russie. Ses dérisoires manœuvres antioccidentales, issues d'une tradition KGBiste dévoyée, ne font que retarder son européanisation, alors que c'est vers les Européens que devrait aller sa solidarité - à charge pour ces derniers de saisir qu'ils ont eux-mêmes tout à gagner à être beaucoup plus solidaires des Russes. En désaccord avec Medvedev, Poutine a eu la sottise d'affirmer que les Occidentaux étaient à l'origine des manifestations et de la contestation qui ont changé la face de l'élection présidentielle russe. En ce sens, si la politique russe est aberrante, nous avons le devoir de lui en proposer une autre, meilleure.

Reste que Vladimir Poutine est à nouveau au pouvoir pour un troisième mandat présidentiel de six ans...

Si l'on considère qu'il fut autrefois un candidat plutôt libéral face à Evgueni Primakov, il a évolué en mal. Mais qu'il puisse changer en bien demeure une question ouverte. Le pouvoir n'est plus centralisé entre ses seules mains: les conditions tourmentées et en vérité un peu minables de sa réélection ont déjà fragilisé son attitude, surtout lorsque celle-ci était engagée vers le rejet de l'Occident et la stratégie que nous venons d'évoquer.

Le Figaro, 8 juin 2012

18 juin 2012

Une pause toute en couleurs ...

Marrakech, le pavillon de la Menara

Un blog, comme une personne vivante, a parfois besoin de respiration.

Actualité trop lourde, articles parfois trop longs, besoin de prendre de la distance ... que diriez-vous d'un petit voyage, d'un simple regard, pour le Maroc ? 

Je trouve cette photo sublime, avec les chaînes enneigées de l'Atlas en arrière plan. La Menara, à la typique architecture marocaine, date du 19ème siècle, le vaste bassin du 12ème, à l'époque des Almohades. Dynastie certes intégriste et antisémite, mais qui laissa au moins quelque chose de positif ... cet immense bassin, alimenté grâce à un système hydraulique, qui achemine l'eau depuis les montagnes situées à 30 km environ de Marrakech, et permet l'irrigation de l'oliveraie qui s'étend tout autour de ce lieu magique !

J.C

17 juin 2012

Roger Garaudy, mort d'un négationniste


 Roger Garaudy

La mort à un âge très avancé - presque 100 ans ! - de Roger Garaudy a suscité nombre de réactions sur mon propre réseau FaceBook, beaucoup s'en réjouissant ... Je ne les rejoindrai pas, non pas bien sûr que je regrette ce sinistre personnage, mais parce que je pense que la vie est souvent bien injuste, en faisant partir prématurément des "justes" et en laissant vivre si longuement des "méchants": je ne suis donc pas heureux qu'il ait pu en profiter si longtemps.
Un repère, pour illustrer mon propos : Roger Garaudy est né en 1913, soit la même année qu'Albert Camus. Le second s'est tué dans un accident de voiture en janvier 1960, âgé d'à peine 46 ans, et il aurait pu nous laisser tant d'autres chefs d'œuvre si la vie lui avait accordé quelques décennies de plus. Le premier aura vécu si longtemps pour se renier plusieurs fois, abandonnant sa religion protestante de naissance pour le catholicisme, puis pour l'islam, et passant du communisme aux eaux troubles de la mouvance "rouge-brune", dont l'antisionisme et l'antisémitisme sont la marque de fabrique. Surtout, il était déjà un vieillard (en 1995), lorsqu'il publia son fameux ouvrage "Les mythes fondateurs de la politique israélienne", devenu un classique du négationnisme.

Pour qui voudrait aller un peu plus loin que les annonces, finalement assez brèves, publiées dans la presse, ce bon article publié par Wikipedia, dont je publie l'extrait relatif à sa condamnation par les tribunaux :
"Roger Garaudy a été condamné, le 27 février 1998 pour contestation de crimes contre l’humanité, diffamation raciale. Dans ses attendus, le tribunal souligne que « loin de se borner à une critique du sionisme […] Roger Garaudy s’est livré à une contestation virulente et systématique des crimes contre l’humanité commis contre la communauté juive ». Rejetant l’argument selon lequel son livre serait « antisioniste » et non « antisémite », les magistrats expliquent que l'auteur, « bien qu’il s’en défende, présente sous forme d’une critique politique […] d’Israël ce qui n’est qu’une mise en cause de l’ensemble des Juifs ». Ce jugement a été confirmé en appel le 16 décembre 1998, Garaudy étant en outre condamné pour provocation à la haine raciale. Ses pourvois en cassation ont été rejetés par la chambre criminelle le 12 septembre 2000. Son recours devant la Cour européenne des droits de l'homme, fondé sur la violation de l'article 10 (liberté d'expression) de la Convention européenne des droits de l'homme, de l'article 6 (droit à un procès équitable) de la Convention, de l'article 4 du Protocole no 7 (droit de ne pas être jugé ou puni deux fois) et des articles 9 (liberté de pensée, de conscience et de religion) et 14 (interdiction de la discrimination) de la Convention, a été déclaré irrecevable par la Cour".

Félicitons-nous, au moins, que la marque infâme du négationnisme ait été la dominante dans les articles de la presse consacrés à cette disparition, à l'image par exemple de ce qu'on a pu lire dans "Libération" : cela fait du bien, en cette période où, hélas, l'antisémitisme redevient presque partout à la mode ! J'ai particulièrement apprécié, par exemple, la manière de tourner en dérision le négationnisme dans ce dessin de presse. Ou, encore mieux, dans ce pastiche des écrits de Robert Faurisson, sinistre compagnon de la dérive intellectuelle de Roger Garaudy : on lira "Non, Roger Garaudy n'est pas mort", qui est un véritable régal en la matière !

Je ne peux terminer cet article, publié sur un blog consacré au monde musulman, par une autocensure : hélas, hélas, dans un monde arabe si viscéralement opposé à l'existence d'Israël, on n'a voulu retenir que le soutien d'un "illustre intellectuel français" ... Converti à l'islam, antisioniste militant, cela a justifié par exemple le grotesque "Prix Kadhafi des droits de l'homme" : quel bonheur de penser que Garaudy aura vécu assez vieux pour voir, au moins, la fin lamentable de ce dictateur ami ! Mais sa réception triomphale au Caire, où il rencontra même le Prix Nobel Naguib Mahfouz, laisse un goût bien amer - pour rappel, c'était avant la seconde Intifada, et dans un pays qui avait tout de même le premier signé le premier la Paix avec Israël. Amertume, aussi, en pensant au soutien qu'il reçut à l'époque de l'Abbé Pierre, personnalité immensément populaire chez les Français. C'est le site musulman si fréquenté "Oumma.com" qui reflète le mieux la gêne éprouvée par certains face à une telle nouvelle : comme on le lira ici, il est bien fait mention de la condamnation pour négationnisme de Roger Garaudy : mais tout à fait à la fin, et surtout pas en titre !

Hélas, cette gêne, d'autres dans le monde arabe ne l'éprouvent même pas ... ainsi, le parti islamiste Ennahda, au pouvoir en Tunisie, a tenu à saluer la mémoire du célèbre négationniste. Une souillure de plus, pour mon pauvre pays natal qui n'en avait vraiment pas besoin !

Jean Corcos

15 juin 2012

Un Irakien écrit le plus long Coran au monde

Hussein al-Kharsan en train d'écrire des Sourates
(photo AFP)

A genoux, penché sur une longue feuille de papier, à l'aide d'une plume surmontée d'une tige en bois, Hussein al-Kharsan trace d'une écriture gracieuse les sourates du livre saint des musulmans.
Ce jeune homme de 25 ans a choisi une façon singulière de devenir célèbre: écrire le plus long Coran au monde qui doit à terme mesurer 5 à 6.000 mètres de long et entrer ainsi dans le livre des records Guinness.
S'il y réussit, ce sera paradoxal de voir cet ouvrage qui interdit expressément l'alcool faire partie du célèbre recueil conçu par une société de brasseurs de bière.
Il devait mener à bien son défi en 2012 à l'occasion de l'année "Najaf, capitale de la culture islamique", un projet repoussé sine die en raison de soupçons de corruption dans sa préparation.
Ni cet aléa, ni les terribles douleurs au cou et au dos causées par sa position inconfortable durant de longues heures pour tracer lentement et avec minutie chaque verset, n'ont découragé Kharsan, diplômé de l'école des Beaux Arts de Bagdad.
"Au départ, je devais venir à bout de cette gageure en six mois, en écrivant trois pages par jour sur les 503 que compte l'ouvrage sacré. J'ai réussi au début à tenir le rythme. Durant deux semaines, j'ai travaillé 16 heures par jour puis j'ai commencé à ressentir des douleurs", confie l'artiste.
"Le médecin m'a demandé d'arrêter durant un mois, mais j'ai refusé en lui rétorquant que je travaillais avec la bénédiction du Coran. Maintenant je prends des analgésiques et ne travaille que cinq heures par jour. J'aurai besoin d'un an pour finir", assure-t-il.
Kharsan, qui a commencé dès l'âge de neuf ans à participer à des concours de calligraphie arabe, copie le Coran sur des rouleaux de papier qui font 1.500 mètres de long. Depuis qu'il a commencé il y a un mois, il n'a copié pour le moment que 13 pages du Coran.
La calligraphie est l'une des formes les plus achevée de l'art arabe et islamique.
"A Najaf, nous sommes à l'origine de la calligraphie arabe", proclame pour sa part cheikh Ali Merza, directeur de l'école où Kharsan écrit.
"Le style Kufi, qui prend son nom de la ville irakienne Koufa (province de Najaf) en Irak, est très connu. Nous pratiquons cet art depuis si longtemps", explique-t-il.
Il affirme que l'oeuvre de Kharsan sera exposée à Najaf, même si le projet de "l'Année de la culture islamique" n'a pas lieu.
Selon le Guinness, le plus grand livre du Coran mesure deux mètres de haut et 1,52 m de large. Il a été présenté au public en Russie en novembre 2011.
Le format le plus petit mesure 1,7 cm de long, 1,28 cm de large et 571 pages. Il a été imprimé au Caire en 1982 et appartient à un Pakistanais.
Le plus grand livre au monde mesure cinq mètres de haut sur 8,6 m de large et pèse 1.500 kg. Il s'agit d'un ouvrage sur la vie et les réalisations de Mahomet qui a été montré pour la première fois à Dubaï en février 2012.
"C'est très agréable d'écrire le Coran car c'est un travail qui a les faveurs de Dieu. En plus mon nom entrera dans l'histoire car j'espère être récompensé sur le plan international" en entrant dans le Guinness des records, souligne Kharsan.
"Je ne perçois aucun salaire pour mon travail même s'il existe en principe un accord qui prévoit que je toucherai un pourcentage sur le budget alloué à mon projet qui se monte à 100 millions de dinars (80.000 dollars)".
"Je suis très fier de ce que je réalise et ce que je veux c'est laisser ma marque". 

Le Nouvel Observateur,
4 mai 2012

13 juin 2012

Algérie: le tour de passe-passe du FLN

Le Président Abdelaziz Bouteflika

«Où était l'arnaque?», se sont demandés les observateurs au lendemain de la victoire du FLN aux législatives algériennes. La réponse se trouve dans une simple disposition législative de dernière minute...

Mise à jour du 21 mai: 202 membres du comité central de direction du FLN ont signé, samedi 19 mai, un acte de destitution contre le secrétaire général du parti, Abdelaziz Belkhadem. C'est assez de voix pour réunir une session extraordinaire du parti qui pourrait aboutir à sa destitution. Elle devrait avoir lieu avant le 15 juin. 

Après le KO, le réveil dur: beaucoup de partis politiques perdants commencent à crier à la fraude. Mais comment le régime a pu frauder sans bourrer les urnes, sous le regard des observateurs étrangers et avec rien dans les mains et rien dans les poches?
La recette a un nom technique: l'article 85 de la loi organique n°12-01 du 12 janvier 2012 relative au régime électoral et au mode de scrutin.
Traduction pour les profanes: la loi électorale algérienne est généreuse depuis l’avènement du multipartisme en 1990. Elle permet la concurrence entre des partis vieux d’un demi-siècle comme le FLN, et des partis nés il y a à peine six mois dans le cadre des réformes vendues par le régime.
Sauf que cette loi a un «verrou». Personne ne l’a remarqué avant les élections, tout le monde en parle après.
L’article 85 permet en effet d’expliquer «techniquement» pourquoi l’ex-parti unique, le FLN, est redevenu presque parti unique, raflant 220 sièges au nouveau parlement 2012, avec la majorité absolue et une légitimité inattendue.
Dans certaines villes algériennes, le FLN a même réalisé des scores invraisemblables: la totalité des 8 sièges mis en concurrence, dans une wilaya (préfecture) comme sidi Bel-Abbès à l’ouest du pays, mais aussi des scores honorables dans des villes rebelles en Kabylie, cette région qui ne vote pas beaucoup et encore moins pour le FLN.
La technique 85 a donc permis une sorte de fraude par le bas, sans bourrage d’urne, sans gonflement des scores, sans triche grossière. Juste avec un article et le fameux système à la proportionnelle.

Un système qui favorise les partis lourds

Que dit cet article magique qui permet de gagner des élections?
Il «donne lieu à une répartition des sièges proportionnelle au nombre de voix obtenues par chaque liste avec application de la règle du plus fort. Les listes qui n'ont pas obtenu au moins 5% des suffrages exprimés ne sont pas admises à la répartition des sièges», est-il indiqué dans le Journal officiel algérien.
Du coup, tous les partis qui n’ont pas dépassé les 5% des voix, sont éliminés et leurs scores sont «versés» aux concurrents, généralement les partis les plus forts et proches du régime. Le mode de vote favorise abusivement les partis lourds de l’alliance présidentielle et ceux qui sont proches du régime, et lui servent de société-écran.
Un chef de parti perdant analyse ainsi les dernières législatives pour un journal algérien:
«A Béjaïa, sur les 125.000 suffrages exprimés, seuls 37.000 ont été retenus, soit 7% de l'électorat. Plus de 80.000 bulletins ont été éliminés. Ils appartenaient aux listes qui n'ont pas pu dépasser les 5%. C'est également le cas dans plusieurs autres wilayas qui ont vu le Front de libération nationale remporter tous les sièges grâce en partie à la règle des 5% qui a "éliminé" les autres concurrents. Par exemple à Oum El Bouaghi, le FLN a raflé les 8 sièges attribués à la wilaya, alors qu'il n'a récolté que 26.000 voix sur les 196.000 votants.»
La recette a permis d’éliminer les listes indépendantes, mais dans la légalité. Le système de scrutin à la proportionnelle est fait ainsi: il a ses inconvénients et ses avantages, pour certains.

Des candidats FLN eux-mêmes surpris de leur victoire !

Du coup, on comprend mieux pourquoi le régime a accéléré la distribution des agréments pour les nouveaux partis algériens: cela permettait d’émietter les opposants, de rabattre les électeurs pour contrer l’abstention, et de gonfler, par défaut et par magie de la loi 85 le score des partis choyés.
Ainsi, les voix des petits partis allaient automatiquement vers les grands et servaient la confection d’une majorité à l’assemblée, qui reste une minorité au décompte direct des électeurs.
Depuis le déclenchement du printemps arabe, les autorités algériennes ont agréé 40 nouveaux partis, promettant même d’atteindre le chiffre de 100. À comparer avec les explications doctes du ministre de l’Intérieur algérien qui affirmait, avant l’ère Bouazizi, qu’il était impossible de reconfigurer le champ politique algérien en si peu de temps, c'est-à-dire 12 ans. L’interdit avait eut court pendant deux décennies, depuis les années 90. Il sera levé en six mois et, désormais, il suffit d’un mois de procédures pour avoir son sigle.
Il y a à peine six mois, certains opposants avaient des doutes sur cette générosité de l’Administration algérienne. Maintenant, ils disent mieux comprendre. D’ailleurs, dans certaines villes comme Oran, les candidats FLN eux-mêmes s’avoueront surpris par leur victoire!
Le scrutin à la proportionnelle est-il une fraude? 
Non. Il a ses détracteurs et ceux qui y voient une nécessité. Cela permet d’éliminer les partis qui ne sont pas de vraies formations, mais aussi de gonfler abusivement les scores des plus forts.
Le système aboutit même à des absurdités démocratiques: un parti élu par peu d’électeurs directs, refusé trois fois par des électeurs émiettés, peut se retrouver majoritaire dans une assemblée alors qu’il est minoritaire en bas de l’échelle. En Algérie, le régime a su tirer profit de la situation: ce système, ajouté à la peur du chaos, l’absence d’alternative, le discrédit des islamistes, peut un peu expliquer la seconde vie du parti unique, le FLN.

«Où était l’arnaque?»

Frauder signifiait autrefois voler les urnes le soir dans l’obscurité, les bourrer, voter à la place des morts, des vieux et des militaires. Eliminer les voix discordantes, faire pression sur les électeurs et gonfler les statistiques au niveau haut du ministère de l’Intérieur.
Aujourd’hui, c’est plus intelligent. L’intelligence du régime algérien étant reconnue de part le monde, arabe ou pas, on devait s'attendre à une formule de sécurité politique qui ne heurte personne, qui ne peut pas être définie comme une fraude ou une triche et qui a les apparences de la loi mais les fonctions d’une arnaque.
En Algérie, au lendemain de l’annonce des résultats préliminaires des élections législatives, beaucoup, se sont réveillés comme s’ils sortaient d’une salle de spectacle pour magie: «où était l’arnaque?» se demandait-on.
On a bien regardé les mains du pouvoir, ses poches, sous le tapis, dans le chapeau, avec les observateurs étrangers, on a revu les chiffres et les additions. Tout était clean et poussait à croire qu'il n'y avait pas de magie. Il a fallu quelques jours pour commencer à comprendre.
La «clé 85» permet en effet d’ouvrir la première porte. Avec le temps, on en saura peut-être plus. Inutilement d’ailleurs: pétrole, Sahel, Mali, Azawad et gaz ont fait voter l’Occident pour la stabilité du régime plutôt que pour l’incertitude d’un changement ou d’une révolution de plus. On l’a compris.

Kamel Daoud
SlateAfrique.com, le 15 mai 2012

12 juin 2012

L'exécution de la Juive

L'exécution de la Juive, toile de Alfred Dehodencq

Une toile sur la Toile
- juin 2012

Je vous parlais dernièrement de la splendide exposition du Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, "Les Juifs dans l'Orientalisme", et de visite judéo-musulmane que nous y avions organisée. J'évoquais aussi ce tableau, à la fois historique et tragique, retraçant l'exécution de Sol Hatchuel, pour apostasie, dans les années 1830.

On trouvera toute une page consacrée à cet évènement sur le site des Juifs marocains, "Dafina.net", en lien.

Quand à l'artiste auquel ma série rend hommage, il s'agit du peintre français Alfred Dehodencq (1822 - 1882) : un très grand orientaliste, amoureux du Maroc où il fit de fréquents séjours ... lire cet article pour en savoir plus ! A noter que, comme Delacroix, il réalisa de nombreux tableaux ayant pour sujet les Juifs d'Afrique du Nord.

J.C

11 juin 2012

La mémoire des Juifs d'Algérie : Denis Cohen-Tannoudji sera mon invité le 17 juin

La grande synagogue d'Alger

Dimanche prochain, nous allons laisser de côté l'actualité brûlante en France ou dans le monde pour nous tourner à nouveau vers le passé. Ce passé c'est celui d'un pays particulier, l'Algérie, que tant de liens à la fois affectifs et douloureux attachent à la France. Pourquoi l'Algérie ? Et bien, vous l'avez assez lu et entendu, depuis quelques mois on célèbre le cinquantenaire de la fin de cette guerre coloniale, l'indépendance du pays mais aussi, mais surtout pour ceux que l'on a appelé "les rapatriés", on commémore le triste anniversaire du déracinement, en quelques mois de près d'un million de Français. Parmi eux, au début noyés dans la masse de ce que l'on appelait "les Pieds Noirs", les Juifs d'Algérie qui ont mis des décennies à  reconstruire une mémoire singulière, elle-même déchirée, prise en tenaille entre leur terre natale qui fut leur pays, et la France qu'ils avaient rejointe dans leur identité avant même que de la connaitre. Pour en parler, j'aurai le plaisir de recevoir Denis Cohen-Tannoudji. Je serai particulièrement honoré de le recevoir, parce qu'il est une personnalité dont la communauté juive peut vraiment être fière. Il est né en France, en 1965, mais sa famille venait d'Algérie et il nous racontera son parcours. Au départ, mon invité est un scientifique brillant, ancien élève de l’École Normale Supérieure de la rue d'Ulm, agrégé de Physique et il a été chercheur. Mais il a trouvé le temps, ensuite, de devenir historien en se penchant justement sur le passé juif d'Afrique du Nord, et il suffit de taper son nom sur "Google" pour avoir une idée de ses publications et conférences. Parmi elles, un ouvrage imposant de plus de 420 pages, où il retrace l'itinéraire d'une famille particulière, les Cohen-Tannoudji, à partir du dépouillement de documents littéraires et rabbiniques. Alors ce livre, "Les enfants d'Yshmaël", publié aux éditions Hermann, je n'ai pas encore trouvé le temps de le lire, mais ce sera fait, bien sûr, et nous y consacrerons une ou deux émissions plus tard. Mais le 17 juin, nous allons parler de la mémoire des Juifs d'Algérie avec lui, et je suis sûr que cela intéressera de nombreux auditeurs.

Parmi les questions que je poserai à Denis Cohen-Tannoudji :

- Pourquoi cette passion et ce travail gigantesque, pour reconstituer un passé que vous n'avez en fait jamais vécu ?

- Dans son ouvrage consacré à l'histoire contemporaine des Juifs d'Algérie, Benjamin Stora dit que cette communauté a connu en fait trois exils, le premier en restant sur place, mais en étant complètement assimilés à la culture française suite au Décret Crémieux, et cela s'est passé en quelques décennies. Le second exil n'a duré que trois ans mais il a été douloureux, cela a été la perte de la nationalité française sous Vichy. Et enfin, le troisième, le plus terrible, le grand déracinement suite à l'indépendance algérienne. Est-ce que ces pertes de repères successives n'expliquent pas aussi, la difficulté pour cette communauté et pour ses enfants, à revendiquer une identité particulière ?

- Il y a en gros deux attitudes, très contrastées, pour les Juifs originaires d'Algérie : celle de ceux qui ont été traumatisés par la quasi expulsion de la communauté juive, qui rejettent tous les torts sur les Algériens musulmans et qui vont extrapoler et tenir, pour la France d'aujourd'hui un discours à la fois désespéré et hostile à tout dialogue avec l'ensemble des Musulmans français : en gros, leur message c'est que ce qui attend les Juifs, ici comme hier là-bas, c'est "la valise ou le cercueil ". Et puis, il y a une minorité qui est restée très idéaliste, qui se souvient des relations d'amitié qui existaient avant entre les communautés, et qui militent pour le dialogue : je pense à mon ami Emile Moatti, mais aussi au regretté André Chouraqui et à d'autres ... comment vous situez-vous, à titre personnel ?

Denis Cohen-Tannoudji nous parlera aussi, bien sûr, des différentes manifestations de ce cinquantenaire auxquelles il sera associé.

Je vous espère donc nombreux au rendez-vous dimanche prochain, et pas seulement les Juifs originaires du pays !

J.C