Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Abdelaziz Bouteflika. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Abdelaziz Bouteflika. Afficher tous les articles

20 avril 2014

Algérie, Bouteflika réélu ...



Le sourire du mois
- avril 2014 


J'ai trouvé cette illustration sur la page FaceBook d'un ami algérien ... faut-il en rire ou en pleurer ?

Ainsi donc, après des élections sans doutes largement truquées - comme d'habitude - le Président que personne n'avait vu depuis des mois a-t-il été réélu. Comme pour démontrer qu'il était bel et bien vivant et "en état" malgré son AVC, on l'aura exhibé dans un bureau de vote, poussé sur une chaise roulante ... Un spectacle désolant, aussi ubuesque que pitoyable. 

Heureusement que son peuple conserve un humour redoutable, la preuve !

J.C

09 septembre 2012

La grande mosquée d'Alger : les raisons de la colère


La future grande mosquée d'Alger

Les travaux de la grande mosquée d’Alger ont débuté le 16 août. Souhaité par le président Bouteflika, ce monument aux dimensions - et au budget -  titanesques n’est pas du goût de tous les Algériens. Loin de là.
Le plus haut minaret du monde (265 m), un budget pharaonique (1 milliard d'euros)... Si la troisième plus grande mosquée de l'Histoire, derrière celles de La Mecque et Médine, possède des dimensions à donner le vertige, elle doit aussi, selon les autorités, donner un sérieux coup de fouet à l'économie de la capitale algérienne, où les travaux viennent de commencer… À première vue, donc, le projet a de quoi séduire. Le problème, c’est que beaucoup d’Algériens sont loin d’être convaincus, voire franchement hostiles au nouvel édifice, baptisé Djamaâ El Djazaïr. Pourquoi ? Voici leurs principaux arguments.
  • Un coût faramineux
La construction de la grande mosquée, qui doit être livrée au deuxième semestre 2015, représente un investissement considérable. Elle devrait coûter un peu plus d’un milliard d’euros, soit 1,5 milliard de dollars, à l’État algérien. « Le coût du projet est définitif et nous n’ajouterons aucun centime », a récemment tenté de rassurer le ministre des Affaires religieuses, Bouabdallah Ghlamallah. À cela s’ajouteront plusieurs millions d’euros annuels d’entretien et de salaires pour les employés qui y travailleront. Le chiffre a donc du mal à passer chez de nombreux Algériens qui ont du mal à boucler les fins de mois. Dans un pays où les problèmes de logement ou de santé publique sont patents, beaucoup auraient aimé voir cette somme d’argent colossale investie dans des secteurs sociaux, jugés prioritaires.
Dans un pays où les problèmes de logement ou de santé publique sont patents, beaucoup auraient aimé voir cette somme d’argent colossale investie dans des secteurs jugés prioritaires.
  • Des Chinois plutôt que des Algériens
La réalisation de la grande mosquée d'Alger a été confiée à la société chinoise China State Construction Engineering Corporation (CSCEC). Les premières opérations de coulage des fondations en béton ont commencé le 16 août, après une cérémonie de lancement des travaux. Des centaines d’employés chinois étaient disposés en rang d’oignons, applaudissant les discours du ministre Ghlamallah et du directeur général de l’agence nationale de réalisation de la mosquée (Anagerma), Mohamed Lakhdar Alloui. Côté chinois, l’ambassadeur de l’Empire du Milieu à Alger, Liu Yuhe, et le PDG adjoint de CSCEC, Zhou Sheng, étaient également présents.
Comme pour la réalisation de l’autoroute Est-Ouest, des milliers d’ouvriers chinois débarqueront sur le sol algérien pour accomplir les travaux. Au début du projet, Mohammed Lakhdar Alloui avait assuré que la construction de la Grande Mosquée allait « générer 17 000 emplois dont 10 000 pour des Algériens ». Il y a quelques jours, alors que les premiers mètres cubes de béton venaient tout juste d’être coulés, le PDG d’Air Algérie a quelque peu nuancé le tableau en inversant le ratio. D’après Mohamed Salah Boultif, la compagnie aérienne nationale aurait en effet passé un accord avec CSCEC pour transporter 10 000 ouvriers chinois jusqu’à Alger… Pourtant, le taux de chômage dépasse allègrement les 10% en Algérie et un jeune sur quatre « tient les murs », en attendant de trouver un emploi.
  • La menace sismique
La grande mosquée va être érigée dans le quartier Mohammadia, dans la banlieue est d’Alger. Selon des scientifiques algériens, ce terrain est exposé aux risques sismiques et est donc « non-conforme » à la construction d’un tel monument. Comme le rapporte le quotidien El Watan,  Bouadballah Ghlamallah s’est empressé de contrer ces accusations lors de la cérémonie de lancement des travaux. « Des personnes qui ne sont pas habilitées s’expriment sur le choix du terrain alors que nous avons fait appel à des spécialistes issus de pays à forte activité sismique, notamment du Japon et des États-Unis, qui ont tous conclu que la qualité du sol est tout à fait appropriée et sa résistance  formidable », a-t-il déclaré. « Même si un séisme de 9 sur l’échelle de Richter survenait, la construction ne subirait le choc que d’un niveau 3 sur la même échelle, grâce à un système parasismique. Ce système réduit la puissance du séisme de 70% », a-t-il poursuivi.
  • 120 000 places… pour combien de fidèles ?
Djamaâ El Djazaïr sera dotée d’une salle de prière de 120 000 places. Cette capacité d’accueil hors-norme suscite déjà l’ironie de beaucoup d’Algérois. À moins de faire venir des milliers de fidèles par convois spéciaux, la gigantesque salle de prière risque d’être étonnamment vide. Située à Mohammadia, dans l’est de la capitale, la grande mosquée sera à une petite dizaine de km de la place du 1er mai. Quand on connaît les problèmes de circulation dans la Ville Blanche, pas sûr que l’affluence batte des records. Sans compter que les gens ont souvent leurs habitudes dans les nombreuses autres mosquées d’Alger. Il n’y a qu’à observer la faible fréquentation de la mosquée Hassan II à Casablanca, pourtant relativement centrale, pour se faire une idée de celle de sa future cousine algéroise.
  • À la gloire de Bouteflika ?
Pour nombre d’Algériens, pas de doute : Djamaâ El Djazaïr est un caprice du président Abdelaziz Bouteflika.
Pour nombre d’Algériens, pas de doute : Djamaâ El Djazaïr est un caprice du président Abdelaziz Bouteflika. Un peu comme Hassan II avec sa mosquée de Casablanca, il est accusé d’avoir voulu ériger une œuvre monumentale à sa gloire. Pour la petite histoire, les architectes allemands de la future mosquée ont bien pris soin de réaliser un minaret plus haut que celui du frère ennemi marocain (265 mètres contre 210 mètres...).
Avec ce dernier grand chantier, le président Bouteflika voudrait ainsi durablement marquer la capitale de son empreinte. À la tête de l’État algérien depuis 1999, il ne briguera pas de quatrième mandat en 2014. Il n’aura plus qu’à attendre sagement le deuxième semestre 2015, date prévue de la livraison de « sa » grande mosquée.    

Djamaâ El Djazaïr en chiffres
- Coût : 1 milliard d’euros, soit 1,5 milliard de dollars
- Un terrain de 20 hectares, une surface brute de 400 000 m2
- Une capacité d’accueil de 120 000 fidèles
- Le plus haut minaret du monde avec 265 mètres de hauteur
- 12 bâtiments : une « Maison du Coran », un centre culturel islamique, un musée, un centre d’exposition…
- Une bibliothèque de 2000 places dotée d’1 million d’ouvrages
- Un parking de 6000 places

Source : "Jeune Afrique", le 22 août 2012


13 juin 2012

Algérie: le tour de passe-passe du FLN

Le Président Abdelaziz Bouteflika

«Où était l'arnaque?», se sont demandés les observateurs au lendemain de la victoire du FLN aux législatives algériennes. La réponse se trouve dans une simple disposition législative de dernière minute...

Mise à jour du 21 mai: 202 membres du comité central de direction du FLN ont signé, samedi 19 mai, un acte de destitution contre le secrétaire général du parti, Abdelaziz Belkhadem. C'est assez de voix pour réunir une session extraordinaire du parti qui pourrait aboutir à sa destitution. Elle devrait avoir lieu avant le 15 juin. 

Après le KO, le réveil dur: beaucoup de partis politiques perdants commencent à crier à la fraude. Mais comment le régime a pu frauder sans bourrer les urnes, sous le regard des observateurs étrangers et avec rien dans les mains et rien dans les poches?
La recette a un nom technique: l'article 85 de la loi organique n°12-01 du 12 janvier 2012 relative au régime électoral et au mode de scrutin.
Traduction pour les profanes: la loi électorale algérienne est généreuse depuis l’avènement du multipartisme en 1990. Elle permet la concurrence entre des partis vieux d’un demi-siècle comme le FLN, et des partis nés il y a à peine six mois dans le cadre des réformes vendues par le régime.
Sauf que cette loi a un «verrou». Personne ne l’a remarqué avant les élections, tout le monde en parle après.
L’article 85 permet en effet d’expliquer «techniquement» pourquoi l’ex-parti unique, le FLN, est redevenu presque parti unique, raflant 220 sièges au nouveau parlement 2012, avec la majorité absolue et une légitimité inattendue.
Dans certaines villes algériennes, le FLN a même réalisé des scores invraisemblables: la totalité des 8 sièges mis en concurrence, dans une wilaya (préfecture) comme sidi Bel-Abbès à l’ouest du pays, mais aussi des scores honorables dans des villes rebelles en Kabylie, cette région qui ne vote pas beaucoup et encore moins pour le FLN.
La technique 85 a donc permis une sorte de fraude par le bas, sans bourrage d’urne, sans gonflement des scores, sans triche grossière. Juste avec un article et le fameux système à la proportionnelle.

Un système qui favorise les partis lourds

Que dit cet article magique qui permet de gagner des élections?
Il «donne lieu à une répartition des sièges proportionnelle au nombre de voix obtenues par chaque liste avec application de la règle du plus fort. Les listes qui n'ont pas obtenu au moins 5% des suffrages exprimés ne sont pas admises à la répartition des sièges», est-il indiqué dans le Journal officiel algérien.
Du coup, tous les partis qui n’ont pas dépassé les 5% des voix, sont éliminés et leurs scores sont «versés» aux concurrents, généralement les partis les plus forts et proches du régime. Le mode de vote favorise abusivement les partis lourds de l’alliance présidentielle et ceux qui sont proches du régime, et lui servent de société-écran.
Un chef de parti perdant analyse ainsi les dernières législatives pour un journal algérien:
«A Béjaïa, sur les 125.000 suffrages exprimés, seuls 37.000 ont été retenus, soit 7% de l'électorat. Plus de 80.000 bulletins ont été éliminés. Ils appartenaient aux listes qui n'ont pas pu dépasser les 5%. C'est également le cas dans plusieurs autres wilayas qui ont vu le Front de libération nationale remporter tous les sièges grâce en partie à la règle des 5% qui a "éliminé" les autres concurrents. Par exemple à Oum El Bouaghi, le FLN a raflé les 8 sièges attribués à la wilaya, alors qu'il n'a récolté que 26.000 voix sur les 196.000 votants.»
La recette a permis d’éliminer les listes indépendantes, mais dans la légalité. Le système de scrutin à la proportionnelle est fait ainsi: il a ses inconvénients et ses avantages, pour certains.

Des candidats FLN eux-mêmes surpris de leur victoire !

Du coup, on comprend mieux pourquoi le régime a accéléré la distribution des agréments pour les nouveaux partis algériens: cela permettait d’émietter les opposants, de rabattre les électeurs pour contrer l’abstention, et de gonfler, par défaut et par magie de la loi 85 le score des partis choyés.
Ainsi, les voix des petits partis allaient automatiquement vers les grands et servaient la confection d’une majorité à l’assemblée, qui reste une minorité au décompte direct des électeurs.
Depuis le déclenchement du printemps arabe, les autorités algériennes ont agréé 40 nouveaux partis, promettant même d’atteindre le chiffre de 100. À comparer avec les explications doctes du ministre de l’Intérieur algérien qui affirmait, avant l’ère Bouazizi, qu’il était impossible de reconfigurer le champ politique algérien en si peu de temps, c'est-à-dire 12 ans. L’interdit avait eut court pendant deux décennies, depuis les années 90. Il sera levé en six mois et, désormais, il suffit d’un mois de procédures pour avoir son sigle.
Il y a à peine six mois, certains opposants avaient des doutes sur cette générosité de l’Administration algérienne. Maintenant, ils disent mieux comprendre. D’ailleurs, dans certaines villes comme Oran, les candidats FLN eux-mêmes s’avoueront surpris par leur victoire!
Le scrutin à la proportionnelle est-il une fraude? 
Non. Il a ses détracteurs et ceux qui y voient une nécessité. Cela permet d’éliminer les partis qui ne sont pas de vraies formations, mais aussi de gonfler abusivement les scores des plus forts.
Le système aboutit même à des absurdités démocratiques: un parti élu par peu d’électeurs directs, refusé trois fois par des électeurs émiettés, peut se retrouver majoritaire dans une assemblée alors qu’il est minoritaire en bas de l’échelle. En Algérie, le régime a su tirer profit de la situation: ce système, ajouté à la peur du chaos, l’absence d’alternative, le discrédit des islamistes, peut un peu expliquer la seconde vie du parti unique, le FLN.

«Où était l’arnaque?»

Frauder signifiait autrefois voler les urnes le soir dans l’obscurité, les bourrer, voter à la place des morts, des vieux et des militaires. Eliminer les voix discordantes, faire pression sur les électeurs et gonfler les statistiques au niveau haut du ministère de l’Intérieur.
Aujourd’hui, c’est plus intelligent. L’intelligence du régime algérien étant reconnue de part le monde, arabe ou pas, on devait s'attendre à une formule de sécurité politique qui ne heurte personne, qui ne peut pas être définie comme une fraude ou une triche et qui a les apparences de la loi mais les fonctions d’une arnaque.
En Algérie, au lendemain de l’annonce des résultats préliminaires des élections législatives, beaucoup, se sont réveillés comme s’ils sortaient d’une salle de spectacle pour magie: «où était l’arnaque?» se demandait-on.
On a bien regardé les mains du pouvoir, ses poches, sous le tapis, dans le chapeau, avec les observateurs étrangers, on a revu les chiffres et les additions. Tout était clean et poussait à croire qu'il n'y avait pas de magie. Il a fallu quelques jours pour commencer à comprendre.
La «clé 85» permet en effet d’ouvrir la première porte. Avec le temps, on en saura peut-être plus. Inutilement d’ailleurs: pétrole, Sahel, Mali, Azawad et gaz ont fait voter l’Occident pour la stabilité du régime plutôt que pour l’incertitude d’un changement ou d’une révolution de plus. On l’a compris.

Kamel Daoud
SlateAfrique.com, le 15 mai 2012