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21 mai 2017

Les "autres" Palestiniens



  • Près de 3.500 Palestiniens ont été tués en Syrie depuis 2011. Mais parce que ces Palestiniens ont été tués par des Arabes, et non pas des Israéliens, ils ne présentent pas d'intérêt pour les médias grand public, ni pour les forums sur les « droits de l'hommes ».
  • Combien de journalistes occidentaux ont enquêté sur la pénurie d'eau qui a assoiffé les réfugiés Palestiniens du camp de Yarmouk, en Syrie ? Qui sait que ce camp n'a pas eu l'eau courante pendant plus de 720 jours, et qu'il est sans électricité depuis trois ans ? En Juin 2002, 112.000 Palestiniens vivaient à Yarmouk. À la fin de 2014, la population avait diminué de 20.000 personnes.
  • L'alarme n'a pas sonné non plus pour les 12 000 Palestiniens qui croupissent dans les prisons syriennes, y compris 765 enfants et 543 femmes. Selon des sources palestiniennes, 503 prisonniers palestiniens sont morts sous la torture au cours des dernières années, et des détenues ont été violées par les enquêteurs et les gardes.
  • Quand les journalistes occidentaux se passionnent pour les files d'attentes de Palestiniens aux points de contrôle israéliens, et ignorent les bombes larguées par l'armée syrienne sur les zones résidentielles, on peut se demander à quoi ils jouent.
La communauté internationale semble avoir oublié que les Palestiniens existent bien au-delà de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Ces « autres » Palestiniens, vivent dans des pays arabes comme la Syrie, la Jordanie et le Liban, et ont pourtant de sérieuses raisons de se plaindre... Mais curieusement, leurs doléances ne présentent aucun intérêt pour la communauté internationale. Seuls les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, obtiennent l'attention internationale. Pourquoi ? Parce qu'ils sont une arme entre les mains de la communauté internationale contre Israël.
Près de 3.500 Palestiniens ont été tués en Syrie depuis le début de la guerre civile en 2011. Mais parce que ces Palestiniens ont été tués par des Arabes, et non pas des Israéliens, ils ne représentent pas une information pour les médias grand public. Ce chiffre de 3 500 a été révélé la semaine dernière par le Groupe d'action pour les Palestiniens de Syrie (AGPS). Fondé à Londres en 2012, l'AGPS s'est donné pour but de documenter les souffrances des Palestiniens en Syrie et d'établir des listes de victimes, prisonniers et personnes disparues afin de les intégrer aux bases de données des forums sur les droits de l'homme.
Encore faut-il que lesdits forums dédiés aux « droits de l'homme » y prêtent attention tant ils semblent focalisés sur Israël.
En concentrant uniquement leur attention aux Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza, les associations « humanitaires » dressent un acte d'accusation permanent contre Israël pour les actes répréhensibles qu'il commet, tout en ignorant les crimes perpétrés par les Arabes contre leurs frères palestiniens. Cette obsession israélienne qui confine parfois au ridicule, porte un tort certain aux victimes palestiniennes des crimes arabes.
Voyons les chiffres : selon l'AGPS, 85 Palestiniens ont été tués en Syrie en 2011, première année de la guerre civile. L'année suivante, le nombre des morts violentes a atteint 776. L'année 2013 a représenté un sommet : 1015 victimes palestiniennes. En 2014, le nombre de Palestiniens tués en Syrie a été de 724. L'année suivante, 502 Palestiniens ont été tués. Et depuis le début de cette année (jusqu'en Juillet), quelque 200 Palestiniens ont perdu la vie en Syrie.
Comment ces Palestiniens ont-ils été tués ? Le groupe dit qu'ils sont morts sous les bombardements, dans des affrontements armés, la torture dans les prisons, les bombardements, et des suites du siège mené contre leurs camps de réfugiés en Syrie.
C'est peu dire que l'Autorité palestinienne (AP) à Ramallah ne classe pas en tête de ses préoccupations, la situation faite à son peuple en Syrie. La place d'honneur va Israël qui est blâmé pour tous les problèmes que l'Autorité palestinienne a elle-même causé. Pour le président de l'AP, Mahmoud Abbas, et ses hauts fonctionnaires en Cisjordanie, les Palestiniens de Syrie ne comptent pas. Dans une approche politique qui dépasse l'entendement, la direction de l'AP a même cherché à améliorer ses relations avec Assad en Syrie - un régime qui tue, emprisonne et torture des dizaines de Palestiniens sur une base quotidienne.
La récente inauguration d'une nouvelle ambassade de l'Autorité Palestinienne à Damas a ainsi irrité beaucoup de Palestiniens de Syrie. « Ils [les dirigeants de l'AP] ont vendu les Palestiniens de Syrie et se sont réconciliés avec le régime syrien », fait remarquer un Palestinien de Syrie.
Un autre Palestinien a commenté : « Nous savons maintenant pourquoi plusieurs délégations de l'OLP ont visité la Syrie récemment. Ils ont cherché à renouer avec le régime, et pas spécialement dans le but d'assurer la sécurité de nos camps de réfugiés ou de demander la libération des Palestiniens détenus dans les prisons [syriennes] ».
D'autres ont accusé la direction de l'Autorité palestinienne de « sacrifier le sang des Palestiniens ». L'ouverture d'une nouvelle ambassade à Damas aurait été, selon eux, une récompense offerte à l'AP pour s'être désintéressée du sort des Palestiniens de Syrie. Les Palestiniens se plaignent que les diplomates et autres représentants de l'AP à Damas, aient ignoré tous les appels à l'aide depuis le début du conflit.
Les médias internationaux publient article sur article sur la « crise de l'eau » qui sévit dans les villes et villages palestiniens, en particulier en Cisjordanie. Un thème qui revient chaque été, quand certains journalistes étrangers partent en quête d'histoires négatives sur Israël. Quoi de plus confortable que de tenir Israël pour responsable de la « crise de l'eau » en Cisjordanie.
Mais combien de journalistes occidentaux se sont intéressés à l'assoiffement des Palestiniens du camp de réfugiés de Yarmouk en Syrie ? Qui dans la communauté internationale, sait que ce camp a été privé d'eau pendant plus de 720 jours ? Qui s'intéresse au fait que ce camp a passé les trois dernières années sans électricité ?
Yarmouk, situé à seulement huit kilomètres du centre de Damas, est le plus grand camp de réfugiés palestiniens en Syrie. Ou plutôt, il était le plus grand camp. En juin 2002, 112.000 Palestiniens vivaient à Yarmouk. À la fin de 2014, 20.000 palestiniens manquaient à l'appel. Selon des sources médicales, la plupart des résidents du camp souffrent d'une foule de maladies.
 Ces chiffres sont alarmants, mais la direction de l'Autorité Palestinienne, les médias traditionnels et les organisations « droits-de-l'hommiste » en Occident n'en ont cure. Nul ne tire la sonnette d'alarme sur les plus de 12.000 Palestiniens qui croupissent dans les prisons syriennes, privés d'avocat et coupés de tous contacts avec les membres de leur famille. Sur les 12 000 emprisonnés, on compte 765 enfants et 543 femmes. Selon des sources palestiniennes, 503 prisonniers palestiniens seraient morts sous la torture au cours des dernières années.
Certaines sources affirment aussi que des prisonnières palestiniennes ont été violées par leurs interrogateurs et les gardiens. Huda, 19 ans, originaire de Yarmouk, affirme être tombée enceinte après des viols collectifs à répétition dans les deux premières semaines de sa détention. « Parfois, ils venaient me violer plus de 10 fois par jour » dit Huda qui a subi une hémorragie sévère et a perdu conscience. Elle a raconté, une heure durant, comment elle a été enfermée trois semaines dans une cellule peuplée de prisonniers torturés à mort.
Ces histoires atteignent rarement les pages des grands journaux de l'Ouest. Elles ne sont pas non plus discutées dans les conférences des organisations humanitaires, ni aux Nations Unies. Les seuls prisonniers palestiniens dont il est toujours question sont ceux incarcérés en Israël. La direction de l'Autorité palestinienne ne manque jamais une occasion d'appeler à la libération de Palestiniens détenus par Israël, la plupart étant soupçonnés ou reconnus coupables de terrorisme. Face aux milliers de personnes torturées en Syrie, les dirigeants de l'AP, à Ramallah, observent un silence mortel. Par souci de précision, il convient de mentionner que les factions palestiniennes du Fatah et du Hamas ont parfois pris contact avec les autorités syriennes - mais à chaque fois, dans le seul but d'obtenir la libération de certains de leurs militants.
Des rapports en provenance de Syrie affirment que trois camps de réfugiés palestiniens sont actuellement assiégés par l'armée syrienne et divers groupes palestiniens à sa botte. Les camps de Yarmouk et Al-Sabinah sont encerclé depuis plus de 970 jours pour le premier et depuis plus de 820 jours pour le second. Le camp Handarat subit un siège identique depuis plus de 1000 jours. La majorité des habitants de ces camps a fui loin de son foyer. A Yarmouk, 186 Palestiniens sont morts de faim ou faute de soins médicaux. Plus de 70% du camp de Daraa a été complètement détruit à la suite de bombardements répétés de l'armée syrienne et d'autres milices.
Les Palestiniens de Syrie auraient été plus heureux s'ils avaient vécu en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza. La communauté internationale et les médias les auraient remarqués. Quand les journalistes occidentaux se passionnent pour les files d'attentes de Palestiniens aux points de contrôle israéliens, et ignorent les bombes larguées par l'armée syrienne sur les zones résidentielles des camps de réfugiés en Syrie, on peut commencer à se demander à quoi ils jouent.

Khaled Abu Toameh,

journaliste plusieurs fois primé est basé à Jérusalem
Traduction du texte original : The "Other" Palestinians
The Gatestone Institute, 3 septembre 2016

30 avril 2017

Le Miroir de Damas, une Histoire de la Syrie : Jean-Pierre Filiu sera mon invité le 7 mai




Retour à l'Histoire, dimanche prochain, autour d'un livre passionnant : "Le Miroir de Damas", Editions La Découverte, et j'aurai le plaisir de recevoir son auteur, Jean-Pierre Filiu. Les auditeurs fidèles de ma série connaissent bien maintenant cet invité. Pour rappel, c'est un orientaliste réputé, professeur en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po Paris et auteur d'un grand nombre d'ouvrages sur le monde arabo-musulman. On avait déjà parlé ensemble de la Syrie, c'était en 2014 à propos d'un autre livre, poignant, son récit de témoin à Alep encore traversée par une ligne de front. Son dernier ouvrage entraine le lecteur dans un voyage vertigineux à travers les siècles, où sont mis en concordance des temps et au fil des pages  les dirigeants successifs, des Califes à la Dynastie Assad ; les minorités religieuses, instrumentalisées successivement par les uns ou les autres ; les pays voisins, tantôt  dominés depuis la Syrie, tantôt dominants. Ce livre d'Histoire de 270 pages évoque en arrière plan les horreurs des six dernières années. Mais surtout il m'a appris énormément de choses car, je l'avoue, je ne réalisais par à quel point la Syrie, le "pays de Cham" était plus encore que l'Egypte le cœur vivant du monde arabe.

Parmi les questions que je poserai à Jean-Pierre Filiu :

-        Vous évoquez le personnage de Saint Paul, né Saül de Tarse, né dans une famille juive hellénisée de la Diaspora ; tout le monde a entendu parler du récit des Apôtres et de sa fameuse révélation du "Chemin de Damas"; que sait-on précisément de lui ? Est-ce qu'on peut dire que Paul a été le vrai fondateur du Christianisme bien après Jésus et ses disciples ?
-        Vous retracez les destinées sanglantes des premiers Califes, la sécession des partisans d'Ali, lointains précurseurs du Chiisme. Mais ce qui frappe c'est la disparition en quelques décennies de l'Empire Ommeyade, basé à Damas, au profit d'une autre dynastie également sunnite, les Abbassides basés à Bagdad. Et pourtant, dites-vous, et même si ce n'était plus la métropole d'un Empire, et même si le pays a été dominé de l'extérieur ou divisé, l'identité syrienne existe bien : pourquoi ?
-        Vous établissez une concordance des temps saisissante entre les premiers siècles de l'islam, avec ses légendes, ses personnages guerriers, ses discours prophétiques aussi, et l'exploitation politique faite par les forces en guerre dans la Syrie d'aujourd'hui. Par exemple, il y a des récits apocalyptiques écrits au 9è siècle, qui situent la bataille de la fin des temps en un lieu bien précis, les localités d'Amak et de Dabik : or l'Etat islamique y est implanté, et il s'y réfère aussi. Est-ce que les milices chiites soutenues par l'Iran ont recours à la même eschatologie guerrière, autour de lieux saints par exemple ?
-        La capitale syrienne va connaitre en 1840, une sombre rumeur de crime rituel accusant les Juifs, qui passent à côté d'un désastre. Vous rappelez aussi dans plusieurs passages du livre l'antisémitisme des Assad père et fils. Pourriez-vous résumer ce que fut cette affaire de Damas ?
-        A propos des Arméniens, généreusement accueillis après le génocide de 1915 ; pourtant on ne les a pas entendus protester lorsque le régime opprimait ou torturait, pourquoi ? Ensuite les Alaouites ; j'ai regretté que votre livre n'en parle pas plus ; pourquoi cet engagement apparemment massif pour les Assad : solidarité religieuse ? Rattachement même partiel au monde chiite ? Crainte de revivre des massacres passés ?
-        Un chapitre est intitulé "Trois Présidents français en Syrie". Vous êtes sévère successivement envers Charles de Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac : pourriez-vous résumer pourquoi à nos auditeurs ? Et est-ce qu'il ne manque pas, à tout le moins un hommage au Président sortant François Hollande, qui lui était prêt à agir au moment des massacres à l'arme chimique de l'été 2013 ?

Il m'a rarement été aussi difficile de choisir mes questions pour le temps limité de mon émission, tant le livre est riche ! Merci d'être nombreux à l'écoute.

J.C

22 janvier 2017

Une Histoire des Kurdes : Hamit Bozarslan sera mon invité le 29 janvier

Les Kurdes, un peuple entre quatre Etats

Nous allons avoir une émission originale dimanche prochain, puisque je l'ai intitulée : "Une histoire des Kurdes". Originale parce que nous évoquerons bien sûr l'actualité de ce peuple, qui n'est toujours pas indépendant et que la guerre contre l'Etat Islamique a mis sous les projecteurs des médias. Mais nous parlerons surtout d'Histoire, afin d'essayer de comprendre, ensemble, pourquoi cette population, dispersée au sein de plusieurs Empires puis Etats contemporains, n'est toujours pas libre. L'idée de cette émission m'est venue en lisant un très riche dossier, "Les Kurdes, mille ans sans Etat", publié par la revue "L'Histoire" il y a deux mois. Et j'aurai le plaisir d'avoir comme invité Monsieur Hamit Bozarslan. Hamit Bozarslan est Docteur en Histoire, directeur d'études à l'EHESS, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Ses thèmes de recherche sont divers, Histoire de la Turquie contemporaine, question kurde, minorités du Moyen-Orient, et sociologie de la violence dans cette région qui est moins apaisée que jamais. Et, dans un entretien publié dans ce numéro spécial et intitulé "Cent ans de combats nationalistes", il a donné une synthèse qui m'a beaucoup appris

Parmi les questions que je poserai à Hamit Bozarslan :

-      Quels sont les éléments spécifiques de l'identité kurde ? Ce n'est pas la religion, car ils sont en majorité musulmans, sunnites chaféites, mais il y a aussi des chrétiens ou des yézidis qui sont de même ethnie ; ils parlent non pas une, mais principalement deux langues différentes, et qui s'apparentent plutôt au persan.
-        A l'origine, Ces populations étaient-elles nomades comme les bédouins, ou sédentaires ? Comment se fait-il qu'ils n'aient pas été culturellement arabisés ? Et ont-ils vécu séparés, ou en mixité avec d'autres communautés ?
-        Toute personne ayant un minimum de culture historique connait le nom de Saladin, héros du monde arabe car c'est lui qui a repris Jérusalem aux Croisés. Or, c'était un kurde, cela peu de gens le savent et il a joué aussi un rôle politique en fondant un Empire au Proche-Orient. Quelle a été l'histoire de ce héros mythique et de la dynastie qu'il a fondée ?
-        Pour quelles raisons le projet d'Etat kurde, prévu par le traité de Sèvres en 1920 au moment où l'Empire ottoman fut dépecé, fut abandonné ensuite par les grandes puissances ?
-        Les Kurdes d'Iran sont beaucoup moins médiatisés que ceux d'Irak ou de Turquie, pourtant ils ont eu là-bas un éphémère Etat au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Ils ont vécu une effroyable répression au lendemain de la Révolution Islamique. Sont-ils définitivement matés par le pouvoir ?
-        Pourquoi, concernant Israël, les positions radicalement différentes des Kurdes du PKK en Turquie, et de ceux d'Irak ?
-       Les Kurdes de Syrie ont combattu en première ligne l'Etat Islamique, mais ils risquent eux aussi d'être abandonnés par toutes les puissances extérieures - Etats-Unis, Russie - au nom de la "real politique" : ne sont-ils pas les plus menacés ? Et une unité de tous les Kurdistans n'est-elle pas totalement chimérique ?

Nous avons déjà parlé des Kurdes dans mon émission, mais c'est la première fois que nous parlerons de leur Histoire, si mal connue : soyez nombreux à l'écoute !

J.C