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11 décembre 2012

Monde musulman : polygamie, la tradition se perd ?



 Ménage polygame au Tadjikistan

Légale dans la quasi-totalité des pays musulmans mais aussi sous d’autres cieux, la pratique de la polygamie tend cependant à régresser face aux évolutions socioéconomiques modernes. Enquête.

Quel est le point commun entre un mormon de l’Utah, un citoyen gabonais, un Hmong du Laos et un cheikh égyptien ? Tous partagent le privilège léonin de pouvoir disposer de plusieurs épouses. Trop souvent associée à l’islam, la polygamie n’est pourtant pas l’apanage de la communauté musulmane : rien dans la Torah ou dans les Évangiles ne l’interdit, elle est coutumière chez les hindous comme parmi de nombreuses ethnies d’Océanie et reste une marque de prestige dans beaucoup de sociétés africaines.
Trop souvent associée à l'islam, la polygamie n'est pourtant pas l'apanage de la communauté musulmane.

Considérée comme inhérente à la nature humaine par certains anthropologues, cette pratique atavique régresse face aux évolutions socioéconomiques modernes et à leurs conséquences sur les structures familiales. Mais elle reste autorisée dans une cinquantaine d’États d’Asie et d’Afrique et demeure très ancrée chez les musulmans.
Et pour cause : elle a la particularité d’être consacrée et codifiée par le Coran, même si c’est de façon restrictive : « Épousez comme il vous plaira deux, trois ou quatre femmes, mais si vous craignez de n’être pas équitable, prenez une seule femme » (IV, 3). Une restriction renforcée un peu plus loin dans la même sourate : « Vous ne pouvez être parfaitement équitables à l’égard de chacune de vos femmes, même si vous en avez le désir » (IV, 129).

Restrictions
Interprétée par les musulmans comme une prescription divine, universelle et éternelle, la polygamie a été perpétuée par les peuples qui ont embrassé l’islam. Et si sa pratique a reculé dans le monde musulman contemporain, sa remise en question y est encore perçue comme sacrilège, ce qui explique que peu de pays musulmans aient franchi le pas.
En Turquie, la réforme kémaliste l’a abolie en 1926. L’emprise soviétique a entraîné sa prohibition en Asie centrale, et l’Irak baasiste l’a proscrite en 1958 avant que Saddam Hussein ne la rétablisse en 1994.
Aujourd’hui, dans le monde arabe, seule la Tunisie l’a totalement bannie. Promulgué par Habib Bourguiba dès 1956, le code du statut personnel (CSP) déclare dans son article 18 : « La polygamie est interdite. » Mais il a fallu tout le charisme et l’autorité du Combattant suprême pour faire aboutir cette réforme révolutionnaire qu’aucun des vingt et un autres membres de la Ligue arabe n’est encore disposé à envisager. Toutefois, les féministes, les militants des droits de l’homme et l’évolution des sociétés ont amené certains législateurs arabes à en restreindre la pratique.

La réforme de la Moudawana (code de la famille) promulguée par le roi du Maroc en 2004 autorise la polygamie « pour des raisons de force majeure, selon des critères stricts draconiens » qui rendent sa pratique presque impossible. En Algérie, la refonte du code de la famille, en 2005, impose le consentement de la première épouse, et le mari doit désormais prouver sa capacité à « assurer l’équité et les conditions nécessaires à la vie conjugale ». En Jordanie, un rapport datant de 2010 du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU souligne : « La loi autorise la polygamie, qu’elle soumet cependant à des conditions restrictives en vue d’une transformation progressive des mentalités. » En Irak, en 2008, le Parlement régional du Kurdistan a joué un rôle pionnier en votant une loi qui limite la pratique à un second mariage, à la condition que la première épouse souffre d’une maladie sexuellement transmissible ou de stérilité. Auparavant laissé à l’arbitrage du cadi, le mariage est aujourd’hui davantage soumis au contrôle des autorités temporelles. Enfin, si avoir plusieurs épouses était jadis le privilège des riches et des puissants, ceux-ci donnent aujourd’hui l’exemple : une majorité de dirigeants arabes affichent fièrement leur amour pour l’unique.

Mais les progrès réalisés restent fragiles, les adversaires de l’abolitionnisme étant nombreux et le débat passionné. En Tunisie, il ressurgit régulièrement. Le 6 février, le parti islamiste Ennahdha, par la voix de son leader, Rached Ghannouchi, avait déclaré qu’il n’était pas question de revenir sur cet acquis du CSP. Mais ses adversaires lui prêtent un double langage : Ghannouchi serait lui-même bigame, et une vidéo postée sur Facebook le montre plaisantant avec des femmes sur les bienfaits de partager un mari. En juin, le site Investir en Tunisie publiait une citation du porte-parole d’Ennahdha, Samir Dilou : « La polygamie est l’un des principes fondamentaux du programme à venir du mouvement Ennahdha. » Déclaration démentie par l’intéressé, mais confirmée par le journaliste et sa rédaction.

Paradoxe : ces femmes qui défendent la polygamie
Paradoxalement, les meilleurs défenseurs de la polygamie sont parfois des femmes. En Egypte, la journaliste Hayam Darbak a fondé l’association Tayssir (« faciliter ») avec ce slogan : « Une seule épouse ne suffit pas ». En Tunisie, Dalanda Sahbi avait choqué l’opinion en défendant la polygamie au cours d’un colloque organisé par le Parti social libéral à l’occasion de la Journée nationale de la femme, en août 2009. En Turquie, c’est une militante de l’AKP, le parti islamiste au pouvoir, qui a fait scandale en s’y déclarant favorable.

Fermement ancrée dans le socle social, religieux et culturel arabo-musulman, la pratique de la polygamie subsistera encore sans doute longtemps, bien qu’elle régresse et que les conditions matérielles et légales la rendent de plus en plus difficile. Pour nombre de défenseurs de l’identité islamique, la généralisation de la monogamie serait le fruit d’un ethnocentrisme occidental, l’exportation d’une forme de néocolonialisme moral acculturant.

Le prophète Mohammed
Le prophète Mohammed a apporté, il y a plus de mille trois cents ans, une réponse infiniment universelle et humaine à ce reproche, lorsque son gendre, Ali, vint lui demander la permission de prendre une seconde épouse : « Je ne l’autorise pas, non je ne l’autoriserai pas, et non je ne l’autoriserai pas, sauf si Ali Ibn Abu Talib veut divorcer de ma fille [Fatima, NDLR] et se marier avec leur fille, car elle est une partie de moi, et ce qui la trouble me trouble, et ce qui lui fait mal me fait mal » (Boukhari n°5230).

Laurent de Saint Périer,
Jeune Afrique, le 23 septembre 2011

25 octobre 2012

"Disparition" ...



Cette œuvre intitulée "Disparition" est due à l'artiste yéménite Bouchra Almutawakel ...

Une série de photos, où l'on voit donc à la fin le noir s'imposer complètement. Noir, comme la couleur des infâmes burqas qui effacent toute étincelle de vie dans les silhouettes des femmes musulmanes : et cette courageuse Yéménite a vraiment résumé comment on passe ainsi de la lumière à l'obscurité totale !

J.C

22 octobre 2012

Une toile bouleversante de Jean-Léon Gerôme

Femmes d'un harem donnant à manger à des pigeons dans une cour
(toile de Jean-Léon Gérôme)

Une toile sur la Toile 
- octobre 2012 


 J'ai déjà publié ici plusieurs reproductions de toiles de Jean-Léon Gérôme, cet immense orientaliste.

Il nous a laissé plusieurs scènes de harems, bien représentatives de son époque où l'Orient fascinait l'imaginaire européen, par des rêveries aussi romanesques que sensuelles : femmes nues prenant le bain dans des  palais somptueux, ou rêvassant, en apparence heureuses auprès de leurs servantes et des Eunuques qui les gardent ...

Cette scène, au contraire, frappe par sa dureté et sa symbolique évidente : les jeunes femmes de ce harem ne peuvent sortir que voilées à l'extérieur des murs de leur prison dorée ; elles donnent à manger à des pigeons qui, par contraste, virevoltent entre la cour et le ciel, dans une liberté dont sont privées ces malheureuses, captives et esclaves sexuelles livrées au bon vouloir du potentat qui les garde. Cette toile nous interpelle, brutalement, sur la condition de la femme en terre d'Islam : et elle est bien plus contemporaine que d'autres tableaux !

J.C

26 août 2012

Tunisie : la machine à remonter le temps !



Comme je l'ai déjà dit, l'amitié sur FaceBook de nombreux Tunisiens très attachés à la laïcité, et effrayés par l'emprise des islamistes sur leur pays, me permet de découvrir d'innombrables illustrations, photos et montages évoquant leur combat et où l'humour le dispute à l'amère lucidité ...

Le rapprochement de ces deux photos est saisissant : en haut, le Président Habib Bourguiba reçoit des jeunes femmes souriantes et habillées à l'européenne, c'était en 1957 juste un an après l'Indépendance ; en bas, l'actuel Président Moncef Marzouki reçoit, tout sourire, une femme portant une burqa.

No comment !

J.C

31 juillet 2012

L'horreur économique des Jeux olympiques


Introduction :
Daniel Salvatore Schiffer a publié un article au vitriol dans le journal "Le Point" de la semaine dernière, dénonçant l'absence de scrupules éthiques des responsables actuels du CIO, l'idéal olympique dérivant sérieusement en faisant la part belle aux puissances d'argent ! Je ne publie, ci-dessous, que l'extrait relatif à l'acceptation des règles sexistes de la Charia, qui sont imposées dorénavant à des sportives originaires de plusieurs pays musulmans. A noter, enfin, que cet article oublie - et c'est dommage - un autre exemple d'aplatissement devant les pétrodollars : le refus de respecter une minute de silence en mémoire des 11 athlètes israéliens, assassinés aux J.O de Munich il y a 40 ans ...
J.C

Un intolérable apartheid sexiste 

Mais le sommet, dans cette série de scandales, se situe ailleurs, bien plus grave encore sur le plan éthique.
Car ce que ces pétrodollars auront finalement réussi à imposer, à travers ses principaux pourvoyeurs de fonds que sont les théocraties du golfe Persique (l'Iran, le Qatar, l'Arabie saoudite, le Brunei, le Bahrein, les Émirats arabes unis...), au CIO sans que celui-ci bronche, et justifie même au contraire ce genre de décisions au nom du respect des cultures, ce sont les très phallocrates et spécifiques règles de la charia plutôt que les principes les plus sacrés, théoriquement universels depuis deux millénaires, de la charte olympique : raison pour laquelle les femmes en provenance de ces pays seront obligées de porter, y compris lors de leurs différentes compétitions sportives, le voile islamique.
Ainsi ce que cet intolérable apartheid sexiste bafoue et nie même de manière aussi révoltante, par-delà l'ineptie de pareille attitude sportive, c'est l'esprit tout autant que la lettre de la très noble "charte olympique", laquelle dispose, textuellement, que "toute forme de discrimination (y compris du sexe) est incompatible avec l'appartenance au mouvement olympique". Mieux : son article 51 précise, noir sur blanc, qu'"aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n'est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique".
C'est dire si cet assourdissant et coupable silence du CIO, sur cette importante question de société, est en totale contradiction, non seulement avec ses propres valeurs morales, dont l'universalisme est censé être la clé de voûte, mais, de manière encore plus spécifique ici, avec l'engagement envers ce très louable principe d'égalité - entre hommes et femmes, en l'occurrence - telle qu'il se voit inscrit au coeur même de l'olympisme.

Les protestations de la Ligue du droit international des femmes (LDIF)

On comprend dès lors, devant ce prodigieux et funeste retour en arrière, où l'on assiste à l'abdication de toute exigence morale face à l'importance des enjeux économiques, à l'ampleur des intérêts financiers et à la primauté des stratégies géopolitiques, que la Ligue du droit international des femmes (la LDIF, association créée par Simone de Beauvoir) ait organisé ce 25 juillet, en plein centre de Londres, une manifestation lors de laquelle elle s'est employée à jeter symboliquement, dans la Tamise, la charte olympique dès lors que ceux-là mêmes qui ont été élus pour la protéger ont accepté, de manière aussi lâche et inadmissible, qu'elle se voit ainsi foulée aux pieds, niée dans sa raison d'être et bafouée jusque dans son essence même par une loi d'un autre âge : la charia, abominable matrice idéologique de l'obscurantisme religieux en ce qu'il a de plus rétrograde, sinon barbare, au regard de la condition féminine et, donc, au progrès de l'humanité !

Daniel Salvatore Schiffer,
"Le Point", 26 juillet 2012

Daniel Salvatore Shiffer est philosophe, auteur de Critique de la déraison pure - La faillite intellectuelle des nouveaux philosophes et de leurs épigones (Bourin Éditeur), porte-parole du Comité international contre la peine de mort et la lapidation ("One Law For All"), dont le siège est à Londres.