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30 septembre 2012

Dix raisons de croire que les Tunisiens ne vivent pas dans un Etat de droit

En Tunisie, vivons-nous dans un Etat de droit ? C’est la question qui me taraude l’esprit depuis la mise en place d’un gouvernement provisoire dominé par le parti islamiste Ennahdha.



En effet, depuis cette date, chaque semaine apporte son lot de scandales, de comportements hors la loi, souvent d’ailleurs impunis, de dérives sécuritaires graves, de décisions de justice ubuesques, sans oublier, bien entendu, l’installation d’un émirat salafiste quelque part sur le territoire national, véritable Etat dans l’Etat!
Je ne vais pas pouvoir énumérer tous les actes de transgression de la loi qui ont été commis au cours des derniers mois car il me faudrait écrire un livre entier, aussi vais-je me contenter de passer en revue  les 10 situations qui me paraissent les plus graves.

 1- L’occupation de la faculté des lettres de la Manouba par des salafistes

C’est une affaire honteuse qui a pourri la vie, des mois durant, à des milliers d’étudiants et d’enseignants universitaires et dans laquelle se mêlent l’incompétence et la mauvaise foi du gouvernement.
Un certain 28 novembre 2011, deux étudiantes en niqab sont, en toute logique, empêchées de passer des examens. Elles font alors appel à un groupe de salafistes, en majorité étrangers à la faculté, qui occupent l’administration, empêchent le déroulement normal des cours, agressent étudiants, enseignants et même le doyen de la faculté en toute impunité.
Cette affaire, largement relayée par les médias, nationaux et internationaux, a  gravement terni l’image de la Tunisie à travers le monde, au vu et au su du ministre de l’Enseignement supérieur, connu pour son idéologie religieuse fondamentaliste proche de l’extrême droite, qui n’a pas trouvé mieux que d’en imputer la responsabilité au doyen de la faculté !

2- La profanation du drapeau national en toute impunité

Conséquence du pourrissement de l’affaire de la faculté des lettres de la Manouba et de l’étrange passivité du gouvernement face aux agissements des salafistes, l’un des activistes religieux s’est permis d’arracher le drapeau tunisien et de le remplacer par la bannière noire de son groupe fondamentaliste, au grand dam de millions de Tunisiens qui se sont sentis blessés et meurtris dans leur âme par ce geste insensé. Heureusement qu’à cet instant, une jeune fille armée de son courage a su tenir tête à l’énergumène et remettre en place notre drapeau, symbole du sacrifice des martyrs qui ont donné leur vie pour que la Tunisie soit un pays souverain et indépendant.
Le pire dans cette affaire est que le profanateur,  quoique identifié, n’a pas été inquiété outre mesure par les autorités. Il a pu ainsi se pavaner à sa guise pendant des semaines avant de se rendre de son plein gré à la police. Traduit en justice, il n’a écopé que d’une peine de prison de 6 mois avec sursis, qui en dit long sur l’indépendance de la justice.
(Pour information, si la loi avait été correctement appliquée, le profanateur aurait dû être condamné une  peine de 1 an de prison ferme).

3- La parade des prédicateurs ignobles

Durant les mois écoulés, notre pays a vu défiler de nombreux apprentis-prédicateurs d’opérette, le plus célèbre d’entre eux étant le dénommé Wajdi Ghanim, qui s’est rendu tristement célèbre en faisant l’apologie de l’excision des fillettes, coutume barbare datant de la Jahiliya (la période antéislamique). Cet odieux personnage, condamné dans son propre pays, n’a pas trouvé mieux que de profiter de l’hospitalité des Tunisiens pour venir les insulter, et ce avec la bénédiction de certains hauts cadres du parti Ennahdha, de membres de l’Assemblée nationale constituante et même de membres du gouvernement, qui lui ont déroulé le tapis rouge.
Comment un Etat de droit pourrait-il se permettre d’autoriser une personne étrangère à venir lancer sur son sol des appels à la haine et à la discorde?

4- Les milices au service du parti-Etat 

Par une sorte de syndrome de Stockholm, Ennahdha semble suivre le chemin de l’ancien parti au pouvoir, le Rcd, dans bien des domaines, notamment celui des milices, chargées de faire le sale boulot!
Lors de la marche du 9 avril, destinée à commémorer le sacrifice des martyrs, l’auteur ces lignes était aux premières loges pour voir ces milices barbues à l’œuvre, en train de tabasser de simples citoyens venus fêter pacifiquement un évènement cher à leurs yeux.
Comme si le fait de lancer des gaz lacrymogènes était insuffisant, le ministre de l’Intérieur, cherchant visiblement à montrer un semblant d’autorité, a permis à ces milices d’agir en toute impunité et au mépris des lois élémentaires du respect des droits de l’homme ...

5 - La tentative de mainmise sur la télévision nationale

Continuant sur leur lancée et cherchant à «aider» le parti au pouvoir à asseoir sa domination sur les médias et notamment la Télévision nationale et ses deux chaînes Watanya1 et Watanya 2, ces milices ont organisé un sit-in juste en face du siège de l’établissement, offrant, deux mois durant, un spectacle désolant de voyous lançant à travers des mégaphones des slogans orduriers, appris par cœur, et des grossièretés à l’adresse des speakerines et présentatrices du télé-journal. Trois d’entre elles, n’en pouvant plus de voir leur honneur atteint par ces énergumènes, ont préféré démissionner.
Pour pouvoir camper de la sorte deux mois durant, il est clair que ces individus n’ont pas d’autre boulot, ce qui pourrait laisser penser qu’ils sont payés pour le faire, d’autant que certains témoins affirment avoir vu des voitures venir régulièrement apporter de la nourriture (et pourquoi pas autre chose) à ces sit-inneurs décidément très professionnels.

6 - Des Salafistes au dessus des lois :

Il semble que, sous le «règne» d’Ennahdha, les salafistes bénéficient d’une impunité totale et qu’ils peuvent mener des actions violentes sans courir le moindre risque pénal. Il suffit de rappeler les agressions contre des journalistes (notamment des journalistes Zied Krichène et Sofiène Ben Hamida), de l’universitaire et écrivain (Hamadi Redissi), des artistes, des innombrables citoyens (et, surtout, citoyennes) ordinaires, et ce en toute impunité.
Il y a lieu de noter que même les agents de police peuvent être victimes d’agressions de la part de ces salafistes, que le chef d’Ennahdha décrit comme ses «propres fils», qui lui rappellent sa «prime jeunesse»!
Si les forces de police ne sont même pas capables de se protéger elle-mêmes contre ces individus violents, alors comment pourraient-elles protéger les citoyens?

7 - Les appels au meurtre impuni

De nombreux Tunisiens sont scandalisés par cette douloureuse affaire d’appel au meurtre à l’encontre des juifs lancé par des extrémistes lors de l’arrivée de l’ex-Premier ministre palestinien Ismail Haniye. Non seulement cet appel au meurtre est resté impuni mais il s’est répété à plusieurs reprises. Le cas le plus édifiant est celui de l’appel au meurtre lancé publiquement contre l’ancien Premier ministre par un fonctionnaire de l’Etat, un haut cadre du ministère des Affaires religieuses de surcroît, dont le salaire est payé par le contribuable tunisien !

8 - L’affaire Nessma TV

C’est une affaire pour le moins abracadabrante dans laquelle les agresseurs sont innocentés alors que la victime est condamnée!
Quelques semaines avant les élections du 23 octobre 2011, la chaîne privée Nessma TV a eu la malencontreuse idée de diffuser le film ‘‘Persépolis’’. Ce film qui avait été auparavant projeté dans diverses salles de cinéma a été jugé blasphématoire par certaines personnes qui ont réussi à faire une manipulation politique, de sorte que des hordes d’énergumènes excités et endoctrinés se sont attaqués à la personne du directeur de la chaîne ainsi qu’a des membres de sa famille.
La justice a quasiment blanchi les agresseurs. Elle a, en revanche, condamné le directeur de la chaîne à payer une lourde amende.
Il y a lieu de noter que le verdict a été prononcé le jour même de la célébration de la liberté d’expression, ce qui a suscité une vive réaction d’indignation de la part de l’ambassadeur des Etats Unis d’Amérique. Et d’organisations internationales de défense des libertés.

9 - Dédommagement des islamistes ou le hold-up du siècle

Au moment où la situation économique du pays s’aggrave très sensiblement, où le chômage s’amplifie, où l’inflation galopante rogne le pouvoir d’achat du citoyen tunisien, qui trouve toutes les peines du monde à joindre les deux bouts, et où les blessés de la révolution sont livrés à eux-mêmes et traités de façon indigne, les membres du gouvernement islamiste ne trouvent pas mieux que de sortir cette histoire d’indemnisation des victimes de la répression de Ben Ali.
Certaines rumeurs font état d’un montant astronomique (non confirmé) d’une cagnotte de 750 millions de dinars qui serait répartie entre les anciens prisonniers politiques. Ce qui constituerait un véritable hold-up sur les caisses de l’Etat, déjà à moitié vides!
Heureusement que dans notre pays, il reste des hommes et des femmes dignes qui refusent de manger de ce pain, notamment ces militants de gauche qui ont annoncé qu’ils refuserait de percevoir ces indemnités et qu’ils ont milité pour la libération et l’émancipation de leur peuple, et non pour être… rémunérés pour leur combat!

10- L’émirat salafiste du Sejnanistan

C’est sans doute l’affaire la plus grave, qui semble relever du surréalisme !
Divers médias tunisiens et étrangers ont révélé cette histoire gravissime de l’établissement d’un émirat salafiste dans le paisible village de Sejnane (nord-ouest), dont les habitants se trouvent à la merci d’un groupe de fondamentalistes religieux qui fait régner la terreur, à travers des actes de torture sur de paisibles citoyens. Un Etat dans l’Etat!
Le pire est que cette affaire dure depuis des mois sans que le gouvernement provisoire ne lève le petit doigt pour y remédier, se dérobant derrière des dénégations qui ne convainquent personne.
Tout récemment, un groupe d’une centaine d’étudiants, transitant par ce village, se sont fait menacer, insulter et même violenter par des extrémistes salafistes, sans que la police ne daigne intervenir.
Tout ce que notre gouvernement a trouvé comme commentaire, c’est de dire qu’il ne s’agit pas de touristes étrangers, mais d’étudiants tunisiens!
Ceux qui croient encore que la révolution tunisienne est celle de la dignité doivent déchanter!
En définitive, même si nous nous réjouissons du départ du tyran Ben Ali, nous devons nous résoudre à accepter le fait  que le chemin vers l’établissement d’un véritable état de droit en Tunisie est encore long et semé d’embuches !

Moez Ben Salem,
Kapitalis, le  17 mai 2012

Nota de Jean Corcos :

Il m'a paru intéressant de publier, avec quelques mois de retard, cet article de la presse tunisienne qui déjà tirait la sonnette d'alarme ... c'était avant bien d'autres graves dérives où l'islamisation rampante du pouvoir précédait ou accompagnait les violences des extrémistes salafistes ; et bien sûr, avant l'attaque en bandes rangées de l'Ambassade des USA à Tunis, le vendredi 14 septembre ! 

03 juin 2012

Une assemblée en plein travail !

Le sourire du mois
- juin 2012

Ce caricaturiste tunisien a un talent extraordinaire ... chaque personnage est croqué, dans des situations plus coquasses l'une que l'autre ! En le découvrant, j'ai immédiatement pensé à Albert Dubout (1905-1976) grand dessinateur français connu avant guère, et célèbre pour ses miniatures et ses illustrations de livres, dessins de presse et publications innombrables.

Pour en revenir à cette illustration, elle dénonce l'Assemblée constituante tunisienne, dominée par Ennahdha, où les travaux n'avancent guère ... mais qui a déjà distribuée une prime de productivité aux députés.

J.C

02 septembre 2011

Pour qui voteront les Tunisiens ?

Sondage publié sur le site "Tunisia News of Tomorrow"
(cliquer sur l'image pour agrandir)

Pour qui voteront les Tunisiens lors des premières élections réellement libres du pays, prévues à la fin du mois d'octobre ? 

La grande crainte, c'est bien sûr un succès des islamistes, succès qui serait grandement facilité par un trop grand émiettement des partis "laïcs" : hélas, ce condensé des derniers sondages, publié le 2 août sur l'excellent blog "Tunisia News of Tomorrow" en lien permanent, confirme cette tendance. Le mouvement Ennahda arriverait largement en tête, avec environ 21 % des voix. A moins d'un bloc clairement constitué contre lui, il serait donc le pivot d'une future majorité. A suivre, donc.

Voir l'article original  sur ce lien 

J.C

11 mai 2011

Temps troublés en Tunisie, 3 : comment le mode de scrutin va t-il court-circuiter Ennahdha


Après d'innombrables débats enflammés concernant le mode de scrutin pour l'élection de la prochaine assemblée constituante, je me suis rendu compte de la désinformation ambiante concernant la portée et la pertinence du choix de l'Instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution.

Le citoyen lambda semble avoir troqué sa veste de politologue pour celle de bookmaker !

Il donne non seulement gagnant d'avance Ennahdha aux prochaines élections mais il prédit également une domination sans partage de ce parti à l'assemblée constituante vu la très certaine obtention (toujours selon lui) de 25 ou 30% des voix le 24 juillet prochain...

Je dois avouer que l'annonce du choix d'un mode de scrutin proportionnel à plus grands restes m'a conforté dans mon optimisme quant à l'avenir de notre pays. Je vais essayer de vous faire comprendre pourquoi !

Il n'est pas question dans cette note de s'étendre sur les différents modes de scrutin (aucun n'étant théoriquement meilleur que l'autre) mais de faire le plus simple possible en ne traitant que du mode de scrutin pour lequel nos « sages » ont opté.

Le raisonnement qui suit va se dérouler en quatre temps

Il faut tout d'abord comprendre que la « carte » des circonscriptions électorales a été remodelée. Chaque gouvernorat est désormais une circonscription électorale à part entière sauf pour Tunis, Sfax et Nabeul qui du fait de leur grand nombre d'habitants se sont vu tous les trois découpés en deux circonscriptions (les trois comptent ainsi "double")

Après la question du nombre de circonscriptions, il est nécessaire de s'intéresser au nombre d'habitants qu'il va falloir en théorie pour obtenir un siège à l'assemblée constituante.

Il a été décidé qu'un siège à l'assemblée constituante représentera 60 000 habitants (on prend en considération le nombre total d'habitants du pays) mais certaines régions intérieures vont se voir attribuer des sièges supplémentaires.

La difficulté réside dans la troisième étape. En pratique, une liste quelle qu'elle soit ne devra pas nécessairement obtenir 60 000 voix pour obtenir un siège à l'assemblée constituante ! Pourquoi ?!

Je vous propose d'effectuer une simulation.

On va prendre l'exemple d'un gouvernorat qu'on appellera « quelconque »!

Supposons que ce gouvernorat « quelconque » compte 240 000 habitants.

Le gouvernorat va donc bénéficier d'office de 4 sièges à l'assemblée constituante

(240 000 habitants / 60 000 voix pour obtenir un siège = 4 sièges).

Or les 240 000 habitants ne vont pas tous aller voter (c'est la fameuse et dangereuse abstention) et certains votes seront blancs ou nuls !

Ainsi,un nouveau paramètre entre en jeu : le nombre de suffrages exprimés!

Si l'on considère que l'on va avoir 200 000 suffrages exprimés dans ce gouvernorat « quelconque » qui compte 240 000 habitants, combien va t-il falloir obtenir de voix pour qu'une liste obtienne un siège à l'assemblée constituante ?

Et bien ce chiffre (que les juristes appellent quotient électoral) sera donné par la division du nombre de suffrages exprimés dans le gouvernorat (soit 200 000 suffrages) par le nombre de sièges qui lui a été attribué au départ (soit 4 sièges dans notre cas).

Ainsi, il faudra qu'une liste obtienne 200 000 suffrages exprimés / 4 sièges = 50 000 voix pour obtenir un siège à l'assemblée constituante !

En quoi ce système va t-il favoriser les petits partis et les listes indépendantes et donc par la même plomber les « grands partis » ?!

C'est la quatrième étape de notre raisonnement. Nous sommes toujours dans le cadre de notre simulation et de notre gouvernorat « quelconque ».

Nous supposerons que 8 listes ont été mises en concurrence (pour ne pas compliquer les choses ) et que l'on a obtenu les résultats suivants :

- Liste B (comme barbu) : 70 000 voix
- Liste C (comme communistes) : 10 000 voix
- Liste P1 (comme parti progressiste 1) : 30 000 voix
- Liste P2 (comme parti progressiste 2) 27 000 voix
- Liste P3 (comme parti progressiste 3) : 18 000 voix
- Liste I1 (comme indépendante 1) : 23 000 voix
- Liste I2 (comme indépendante 2) : 15000 voix
- Liste 23 (comme parti né la veille des élections du 24 juillet) : 7000 voix

Parmi vous, certains ont la mine déconfite devant le résultat de notre scrutin. Certains pensent déjà à prendre le premier vol pour Paris et d'autres le premier bateau pour Lampedusa !

Pas de panique, faisons les comptes !

Dans l'étape 3, on avait calculé qu'il fallait 50 000 voix pour obtenir un siège à l'assemblée constituante.

Ainsi,l a liste B est la seule à remplir d'office le critère et va donc obtenir le premier siège! Comment répartir les 3 autres sièges dévolus à notre gouvernorat !?

C'est à ce moment précis que l'expression mode de scrutin proportionnel à plus forts restes prend tout son sens!

Combien reste t-il de voix après avoir attribué le premier des 4 sièges à la liste B ?

- Liste B : 50 000 voix ayant permis de prendre le premier siège, il reste donc 20 000 voix
- Liste C : reste 10 000 voix
- Liste P1 : reste 30 000 voix
- Liste P2 : reste 27 000 voix
- Liste P3: reste 18 000 voix
- Liste I1 : reste 23 000 voix
- Liste I2 : reste 15 000 voix
- Liste 23 : reste 7000 voix

Comment va t-on attribuer les 3 sièges restants ? Le mode de scrutin pour lequel on a opté donne les 3 sièges restants en établissant un classement dégressif qui ne prend en considération que les restes! La liste qui en a le plus se voit attribuer un siège à l'assemblée constituante jusqu'à ce que tous les sièges du gouvernorat soient « occupés » !

Ainsi, dans notre simulation, la liste Progressiste 1 bénéficiera du second siège à l'assemblée constituante,la liste Progressiste 2 bénéficiera du troisième siège et la liste Indépendante 1 obtiendra le quatrième et dernier siège du gouvernorat à l'assemblée constituante!

Le constat est saisissant. Dans le cadre de notre gouvernorat, la liste Barbu va obtenir un unique siège à l'assemblée constituante (tout comme les deux premiers partis progressistes et la première liste indépendante) et ce alors même qu'avec 70 000 suffrages exprimés en sa faveur dans le gouvernorat, notre liste barbu a obtenu plus du double des suffrages exprimés en faveur du second et du troisième parti , et même du triple des voix exprimées en faveur de la liste indépendante!

Objectivement, le mode de scrutin choisi manque clairement d'équité mais il garantit cependant une plus grande représentativité de la population. Il donne la possibilité aux petits partis et aux listes indépendantes de se frayer un chemin jusqu'à l'assemblée constituante aux dépens des grands partis.

A mon sens, le choix de ce mode de scrutin est très pertinent dans la mesure ou il va permettre à l'ensemble de la population de participer à la rédaction de notre nouvelle Constitution, nouvelle norme fondamentale pouvant également s'apparenter à un véritable projet de société et contrat social.

On peut rappeler que la Constitution du 1er juin 1959 qui n'est autre que la Constitution de la première République Tunisienne avait été rédigée par une assemblée constituante exclusivement composée de membres du Néo-Destour après le choix « vicieux » d'un mode de scrutin majoritaire à un tour ! (le parti arrivant en tête au premier tour empochant alors la totalité des sièges quelque soit son score)

Outre cette meilleure représentativité, le mode de scrutin va certainement permettre d'éviter toute mauvaise surprise et de combler le « vide politique » devant lequel nous nous trouvons.

J'espère que les plus pessimistes d'entre vous ont été un tant soit peu plus rassurés à la lecture de cette note !

Pour autant, sérénité et optimisme ne doivent pas être synonymes d'immobilisme !

Restons vigilants, mobilisons nous et engageons-nous !

Ce n'est pas en restant les bras croisés que nous construirons ensemble la Tunisie de demain! Sinon, elle se construira certainement sans nous !

Mehfi Khemakhem
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