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08 juin 2016

Attentats à Bruxelles - Une délégation de personnalités musulmanes a déposé des fleurs à la station Maelbeek

La délégation musulmane à la station de métro Maelbeek

Une délégation de personnalités musulmanes a déposé jeudi à 10H00 des gerbes de fleurs au métro Maelbeek en mémoire des attentats du 22 mars dernier, puis à 11H00 au musée juif en hommage aux victimes de l'attaque du 24 mai 2014.
La délégation était composée de Shaikh Abdulla bin Ahmed bin Abdulla Al Khalifa, vice-ministre des Affaires étrangères du royaume de Bahreïn et membre de la famille royale, Hassen Chalghoumi, imam sunnite de Drancy et président de la Conférence des imams de France, et Mohamad Izzat Khatab, homme d'affaires syrien et militant de la paix. Un repas est prévu ensuite avec le grand rabbin de Bruxelles.
 
Hassen Chalghoumi et Mohamad Izzat Khatab ont également rendu visite mardi à l'hôpital à Walter Benjamin, amputé d'une jambe à la suite des explosions à Brussels Airport. Ils étaient accompagnés de Mohamad Ali El-Husseini, imam chiite libanais et secrétaire général du Conseil islamique arabe Ali El-Husseini, et de Hassan, le travailleur de l'aéroport qui a été le premier à lui porter secours. En clôture de la conférence de mercredi matin au Parlement européen "Pluralisme religieux et tolérance: Le modèle du Bahreïn", l'imam Chalghoumi et Joël Rubinfeld, président de la Ligue belge contre l'Antisémitisme (LBCA), ont remis au vice-ministre des Affaires étrangères du royaume de Bahreïn un "Arbre de la Fraternité", qui récompense les promoteurs du vivre ensemble et du dialogue interconfessionnel.

Ces diverses rencontres ont été organisées cette semaine par la LBCA. "Ces messages de paix et de fraternité venus de la communauté musulmane méritent d'être largement entendus", estime Joël Rubinfeld. "Au Bahreïn, la synagogue ne doit pas être protégée par la police. Une nouvelle très grande église est en train d'être construite, alors que plusieurs sont détruites dans les pays voisins. Dans la région, c'est un exemple à suivre. En 2008, la nouvelle ambassadrice du Barheïn aux Etats-Unis est une femme juive, en sachant que la communauté juive du royaume se compose seulement de 37 personnes. Quand on regarde l'histoire des minorités au Barheïn, on voit que cela correspond à une tradition d'accueil et de tolérance."

Source : site Bruzz.be
2 juin 2016

08 avril 2016

Sam Touzani : L'idéologie islamiste est fascisante et elle est à prendre au sérieux



Sam Tou­zani ar­pente la scène belge de­puis 25 ans.

"Mardi, tôt le matin, j'ai reçu des mes­sages concer­nant les évé­ne­ments. J'étais meur­tri. Je vis à proxi­mité de la sta­tion Mael­beek et toute la jour­née, j'ai en­tendu le concert des si­rènes. J'ai ainsi été té­moin des dom­mages col­la­té­raux de ces at­ten­tats is­la­mistes.

Contrai­re­ment à d'autres, j'aime nom­mer cor­rec­te­ment les choses, et c'est pour cela que je parle bien ici d'at­ten­tats is­la­mistes. Je suis beau­coup moins po­li­ti­que­ment cor­rect que d'autres. Je fais par­tie de ceux, mi­no­ri­taires, qui pensent que, mal­heu­reu­se­ment, les mé­ta­stases sont dans les textes co­ra­niques. Cela m'agace tou­jours un peu quand j'en­tends: "At­ten­tion, pas d'amal­game, l'is­lam n'a rien à voir l'is­la­misme." Cela re­vien­drait à dire, selon moi, que l'in­qui­si­tion n'a rien à voir avec le ca­tho­li­cisme. Alors qu'on sait que les deux sont pro­fon­dé­ment liés. Bien sûr, je sais qu'il y a une ma­jo­rité de mu­sul­mans qui as­pirent à vivre leur foi tran­quille­ment. Mais j'ai l'im­pres­sion que les in­tel­lec­tuels de l'is­lam des Lu­mières se ma­ni­festent peu, ou sont en tout cas peu en­ten­dus.

Mon pro­blème est qu'on nie un peu trop la réa­lité au­jour­d'hui. On ne touche pas à l'is­lam. On n'ose pas, même quand on a af­faire à des actes in­nom­mables. On a cultivé une cer­taine forme de com­mu­nau­ta­risme qu'on a en­tre­tenu à des fins élec­to­ra­listes. Com­ment vou­lez-vous qu'on de­mande à une com­mu­nauté de ne pas être com­mu­nau­taire quand nous sommes le pays le plus com­mu­nau­ta­risé au monde? Nous avons, en Bel­gique, le triste re­cord du nombre de jeunes issus de l'im­mi­gra­tion qui partent en Syrie. C'est énorme. Il y a mille et un fac­teurs qui ex­pliquent pour­quoi ces jeunes partent. Ils sont en quête d'iden­tité, mais ce n'est pas suf­fi­sant. Il faut aussi avoir va­che­ment envie de bas­ton­ner et de tuer. J'en ai un peu marre de la so­cio­lo­gie com­pas­sion­nelle. L'idéo­lo­gie is­la­miste est fas­ci­sante et elle est à prendre au sé­rieux. C'est là que j'en veux à nos États dé­mo­cra­tiques qui la cau­tionnent à tra­vers des al­liances contre na­ture avec le Qatar, l'Ara­bie Saou­dite...

Les pro­gres­sistes et les dé­mo­crates sont pris en sand­wich entre, d'un côté, l'ex­trême droite et les po­pu­listes qui ra­tio­na­lisent un dis­cours de haine sur le dos de tous les mu­sul­mans et tous les étran­gers, et, de l'autre côté, une fac­tion qui ne nomme pas les choses sous pré­texte qu'elle va faire le jeu de l'ex­trême-droite. Moi, je de­mande plu­tôt: mais qui va faire le jeu de la dé­mo­cra­tie? Pen­dant trop d'an­nées nous avons re­gardé la so­ciété par le prisme de l'éth­nico-re­li­gieux, et pas assez par le prisme de la ci­toyen­neté. À la di­ver­sité, je pré­fère l'éga­lité. Si on est égaux, on pourra par­ler de nos dif­fé­rences et avoir le cou­rage d'être cri­tique et de rire de son propre sacré sans sor­tir les ka­lach­ni­kovs.

Je n'ai pas de ré­ponse. Je suis juste un ob­ser­va­teur ci­toyen et un ar­tiste. En tant qu'ar­tiste, je suis donc le contraire d'un spé­cia­liste. En re­vanche, je suis ex­pert de ma propre ex­pé­rience. Je suis un laïc convaincu. On fe­rait bien en Bel­gique d'être un vrai état laïc. Et d'uti­li­ser ce mode opé­ra­toire comme un vrai outil dans le pro­ces­sus dé­mo­cra­tique. Je pré­fère un 'libre en­sem­ble' où l'on confronte les idées, plu­tôt qu'un 'vivre en­sem­ble' sans avoir de vrais dé­bats. Nous de­vons confron­ter les idées et pas juste at­tendre que ça pète. Néan­moins, tant que deux êtres hu­mains conti­nue­ront à dia­lo­guer, je ne pour­rai pas com­plè­te­ment déses­pé­rer de notre hu­ma­nité."

Pro­pos re­cueillis par Mé­la­nie Noi­ret
L'Echo (Belgique), 26 mars 2016

Bruxel­lois issu de l'im­mi­gra­tion ma­ro­caine, c'est un ar­tiste de ter­rain sub­ver­sif, laïc et en­gagé pour une ci­toyen­neté ac­tive.

04 avril 2016

Boualem Sansal : « Nommez l’ennemi, nommez le mal, parlez haut et clair »



Si, aujourd’hui, il est un mot à bannir du langage, c’est le mot « résister ».Résister, c’est donner l’avantage à l’ennemi, lui offrir l’honneur de porter le dernier coup, c’est capituler et mourir.

Résister c’est quoi, quand l’ennemi est déjà dans la forteresse et dispose alentour de réserves fraîches qui ne demandent qu’à passer à l’action ? C’est quoi, quand on a si peur de lui qu’on l’appelle ami, qu’on lui trouve toutes les excuses, quand en vérité l’ennemi c’est nous-même ? Il ne faut quand même pas oublier le début de l’histoire  : cet ami qui égorge nos femmes et nos enfants et saccage nos demeures, nous l’avons accueilli, couvé, choyé et même, à tout dire, créé. Ben Laden était le fils de qui, le protégé de quelle compagnie ? Khomeiny habitait où, Bouteflika se soigne où et à l’œil, où Kadhafi a-t-il planté sa tente, etc., etc., etc., etc., etc. ? Ces hommes ne sont-ils pas, n’étaient-ils pas des ennemis de l’humanité, de peuples entiers à tout le moins ?

Résister c’est quoi, quand on travaille à faire taire toute contestation dans le pays et empê cher les citoyens de se mobiliser et de monter au front ? Priver un peuple du combat pour sa vie et son honneur, c’est le tuer et le déshonorer, ses enfants ne le lui pardonneront jamais. C’est un génocide. Ce combat, on le mène soi-même, il ne se délègue pas, ne se reporte pas, le sang du peuple doit couler héroïquement pour que les chants de gloire à venir soient de vrais chants.

Ce n’est pas tout. Contre qui et quoi veut-on résister ? Les Chinois, les Martiens, la fièvre jaune, la pollution ? Qui veut-on éliminer  : des lampistes, des poseurs de bombes occasionnels, la finance internationale, une religion, une organisation secrète, une secte, des émirs ?
Nommez l’ennemi, nommez le mal, parlez haut et clair, tout est là, le reste est détail, il relève de la technique.
Si les autorités manquent de mots, je peux leur prêter les miens  : l’islam radical, l’islam modéré comme son appoint, le salafisme, l’Arabie, le Qatar, les dictatures arabes malfaisantes.
Au stade où en est l’affaire, le seul mot valable est ­ « attaquer ».

Et là se posent deux questions cruciales. La première  : sommes-nous capables de nous battre et de verser notre sang si on ne croit pas à nos valeurs, si on les a déjà trahies mille fois ? La seconde  : quel est ce brillant et courageux chef qui va nous conduire à la victoire ?
Il faut y répondre avant tout ordre de marche, car s’apercevoir en chemin de l’inutilité de son combat et de l’incompétence de son commandant en chef, c’est offrir gratuitement son cou au couteau de l’ennemi.
Quand on sait cela, on sait se battre et on sait aussi être magnanime. La victoire n’est pas tuer mais sauver, aider, accueillir,construire.

« Aux arrrrmes citoyens, formeeeeez vos bataillons… » est-il toujours l’hymne de ce pays ?

Boualem Sansal,
Ecrivain algérien, a reçu le Grand prix du roman de l’Académie française 2015 pour ­2084  : la fin du monde (Gallimard).
Le Monde, 25 mars 2016

Nota de Jean Corcos :
J'avais mis mon blog "au repos" pendant la période où l'Europe a été frappée au cœur, les dizaines de tués et les centaines de blessés des attentats de Bruxelles, le 22 février, venant comme une sinistre réplique de ceux de Paris, le 13 novembre dernier. A nouveau l'essentiel a été trop souvent occulté, détourné, évité dans la plupart des médias : qui nous attaque ? Comment anéantir un ennemi, qui veut nous détruire et qui ne nous donne pas le choix ? Il fallait que quelqu'un "parle haut et clair", merci Boualem Sansal !