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01 juillet 2018

Yahia Hakoum : "Le conflit avec Israël n'est plus un combat identitaire, c'est un combat de droit"


Est-ce qu'il reste une révolution syrienne ? Eddy Caekelberghs a posé la question à Yahia Hakoum. Ce militant syrien, arrivé en Belgique en 2012, était l'invité de l'émission Au bout du Jour ce jeudi. Selon lui, en 2011, "Il y a une défaite militaire de la révolution armée, mais une société civile a émergé et beaucoup de gens qui ont changé leur attitude." Et ce changement d'attitude concerne également la vision du peuple syrien vis-à-vis d'Israël.
Depuis l'intervention russe en 2015, la révolution syrienne s’essouffle. Aujourd'hui, les grands voisins sont occupés à prendre leur place d'influence sur le territoire. La Turquie, l'Iran, mais aussi Israël qui intervient notamment pour diminuer l'influence iranienne. Sans devenir les amis d'Israël, les opposants au régime ciblent leurs priorités, selon Yahia Hakoum. "Aujourd’hui, les premiers ennemis des Syriens sont l'Iran et la Russie. Israël détruit des missiles balistiques et bombarde des bases iraniennes. Ils le font dans l'intérêt israélien, mais ça sert aussi les intérêts syriens."

L'armée dès 6 ans

Yahia Hakoum explique que, dès l'âge de 6 ans, les écoles sont organisées comme des unités militaires baasistes. Le parti Baas étant le parti qui est au pouvoir depuis 1963, et dont l'objectif est d'unifier les différents états arabes en une seule et grande nation. L'école est alors une unité, les classes sont des sous-unités et elles sont chacune divisées en groupes militaires de 9 personnes. "Chaque matin, quand on arrive à l’école, on doit faire le salut de l’entrée devant le drapeau, comme les militaires, et on chante l’hymne national. Et puis on fait un serment. Le serment lors duquel on demande aux enfants de s’engager à se préparer à construire la société arabe unie et de la défendre." Tout cela dès l'âge de 6 ans.

Formatés à être antisémites

Le salut militaire qui est appris aux élèves n'est autre que le salut nazi. "C’est une des premières choses qu’on apprend à l’école. Avant d’apprendre à lire et à écrire. À la fin du serment, on fait le salut nazi. Le bras tendu comme les nazis. On a appris à le faire sans savoir d’où ça venait." Les jeunes syriens seraient donc formés de manière nazie ? "Oui. Il y a une idéalisation de la personnalité du président, une idéalisation de la langue et de la nation arabe qu’on présente toujours comme une nation supérieure aux autres (...). Finalement, on avait toute une instrumentalisation du judaïsme et des juifs, parce que chez nous on mélange le judaïsme comme religion, et le judaïsme comme culture et nation. A l’école, à la mosquée, on considère que les Juifs sont la source du mal. C’est dans la culture."

Un autre regard sur Israël

Un jour il faudra rebâtir la Syrie, notamment du côté des idées. Selon Yahia Hakoum, l'état des esprit des Syriens aura changé. "Aujourd’hui, du côté de l’opposition au régime, le regard sur le conflit israélo-palestinien a un peu changé. On va être contre les massacres israéliens, contre ce qu’il s’est passé par exemple à gaza le 14 mai. Mais, en même temps on comprend que les Palestiniens ne peuvent plus nous considérer comme des traîtres si on parle avec Israël, alors qu’eux sont entrés en dialogue il y a longtemps. Aujourd’hui, ce n’est plus un combat identitaire, c’est un combat de droit. Si Israël revient aux frontières de ’67, le monde arabe fera la paix."

Lucie Hermant
Site de la RTBF (Belgique), le 17 mai 2018