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03 mars 2014

#NotAMartyr : au Liban, la protestation gagne les réseaux sociaux

L’année 2013 a été une année noire pour le Liban. Fin décembre, un nouvel attentat a provoqué la mort d’un jeune adolescent, dont la photo prise juste avant le drame a fait le tour du web. Depuis, les Libanais se mobilisent sur les réseaux sociaux pour dénoncer les conséquences d’un conflit dont ils ne veulent pas faire partie.
Vendredi 27 décembre, un attentat à la voiture piégée a frappé le centre-ville de Beyrouth, la capitale libanaise, provoquant la mort de sept personnes.

Un tragique « selfie »
Parmi les victimes se trouvait Mohammad Chatah, ancien ministre et proche de l’ex-Premier ministre libanais Saad Hariri, opposé au régime syrien. Les médias internationaux ont tous relaté la mort tragique de ce ténor de l’opposition au régime de Bachar al-Assad.
Mais sur les réseaux sociaux, l’attention s’est également portée sur une autre des victimes de l’attaque : un jeune garçon de 16 ans, Mohammad Chaar, qui se trouvait par hasard sur le lieu de l’explosion avec des amis.

La photo prise quelques minutes avant l'attentat à la voiture piégée à Beyrouth, Liban. 



 Mohammad Chaar, en rouge, a succombé à ses blessures quelques temps après.

Quelques minutes avant le drame, l’adolescent posait sur une photo avec ses trois amis, souriant, vêtu d’un pull rouge. Le « selfie », autoportrait réalisé avec un smartphone posté sur Internet, a fait le tour du web.
Une deuxième photo du jeune Mohammad, couché, la tête ensanglantée sur le trottoir, a révélé aux internautes la mort tragique du garçon, qui s’était éloigné quelques instants de son groupe d’amis.

Des victimes oubliées
Dans un article publié le lendemain sur son blog BeirutSpring.com intitulé « La mort de deux Mohammad », le blogueur Mustapha Hamoui écrit qu’« il y a beaucoup de façons d’analyser l’attentat [...] : la politique, les luttes de pouvoir, les guerres régionales ».
« Mais j’ai peur que nous ne devenions un peu trop insensibles », déplore-t-il, « et que nous oubliions vite des personnes comme Mohammad Chaar et Mohammad Chatah dont la vie, dans toute sa richesse et sa splendeur, est piétinée avec tant de désinvolture par cette folie monstrueuse ».
C’est pour lutter à la fois contre cet oubli et cette « folie monstrueuse » que des milliers d’internautes libanais se mobilisent, depuis l’attaque, sur les réseaux sociaux et notamment sur Twitter sous le hashtag #NotAMartyr (#PasUnMartyr).
Dans ce tweet, cette internaute écrit : « Je n’ai pas envie de penser que c’est mieux de ne pas mettre sa ceinture parce qu’en cas d’explosion je pourrais sortir plus facilement de la voiture ».
Messages militants
Une page Facebook « I am NOT a martyr » (« Je ne suis PAS un martyr »), sur laquelle les internautes sont invités à partager des photos et des messages de soutien ou de colère, a même été créée. Près de 6000 personnes ont déjà rejoint la page et des dizaines de Libanais ont publié des « selfies » militants, en hommage au jeune Mohammad.
Les Libanais à l’origine du mouvement « NotAMartyr », lancé le 30 décembre, indiquent sur leur page Facebook qu’ils sont « des victimes, pas des martyrs ». « Nous refusons de devenir des martyrs. Nous refusons de rester des victimes. [...] Nous sommes en colère, tristes, et frustrés à cause de la situation actuelle de notre pays. Mais nous ne sommes pas sans espoir. Et nous avons des rêves pour notre pays », peut-on lire sur le descriptif de la page. « Nous savons que nous ne sommes pas seuls ».
Sur son blog The Lebanese Expatriate, le blogueur libanais écrit que « Mohammad Chaar n’est pas un martyr, il n’a pas choisi de combattre pour un côté contre l’autre. [...] Il n’approuvait pas la violence et n’était pas prêt à sacrifier sa vie pour une cause politique ou religieuse. Mohammad n’est pas un martyr, Mohammad Chaar est une victime ».

Aux grands maux les petits remèdes
Les images postées par les internautes dénoncent pour la plupart les problèmes de sécurité dans le pays et l’utilisation abusive du mot « martyr » par les politiciens et les médias.
Mais le phénomène s’étend maintenant à d’autres maux de la société libanaise, certains critiquant avec ces messages simples et courts la corruption, le sectarisme ou le manque de liberté dans le pays, comme le chanteur libanais homosexuel Hamed Sinno, qui défend ici le droit de « tenir son ami par la main sans avoir peur de la police ».

Anaïs Lefebure,
JOL, 8 janvier 2014

Capture d'écran de la page Facebook I am NOT a martyr. "Vous devez arrêter le sectarisme, et la violence" écrit notamment ce jeune homme.
Capture d'écran Facebook

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