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30 avril 2013

Sortir les réfugiés de la table des négociations, 2/2

 Einat Wilf, ancienne député à la Knesset

La traduction originale
- avril 2013 

"Comme personnalités qui s'impliquent pour la cause de la paix, nous devons nous poser une question très simple: est-ce que les  politiques que nous respectons rendent plus difficile ou plus facile pour les futurs dirigeants la possibilité de faire la paix ?" a demandé devant l'assemblée Einat Wilf, qui est considérée comme se situant sur l'aile gauche du spectre politique israélien. Elle a noté l'écart entre l'acquiescement de l'Occident sur la question des réfugiés, et sa résistance envers les colonies israéliennes en Cisjordanie. Les deux, a-t-elle insisté, sont des obstacles sur la voie d'une solution à deux Etats.

Je m'adresse aux dirigeants européens et je leur dis : votre politique officielle est de soutenir une solution à deux Etats, et c'est pourquoi vous êtes en colère contre les colonies. Je comprends. Votre pensée sur les colonies est que si nous arrêtons leur expansion, nous aidons à réaliser la solution à deux Etats. "Mais si votre politique sur les colonies était le même que votre politique sur les réfugiés palestiniens, cela ressemblerait à quelque chose comme ceci : vous diriez à Israël:« Allez de l'avant et construisez des colonies, à perpétuité, et nous allons contribuer un milliard dollars par an pour cette cause. Ne dites jamais dire aux colons qu'ils finiront par devoir partir. Et quand nous arriverons à négocier une solution, vous devrez le faire de bonne foi et d'une manière que cela assurera un Etat palestinien appropriée ». «Je peux vous assurer que tous les fonctionnaires occidentaux que je rencontre pensent que cela serait fou», a dit Wilf.

«Mais je leur dis:« C'est ce que vous faites avec l'autre enjeu majeur. Vous dites essentiellement aux Palestiniens, "continuez et créez de nouveaux réfugiés à partir d'une guerre lointaine. Continuez à augmenter le nombre à perpétuité. Nous serons heureux de contribuer avec un milliard de dollars de plus pour cette cause. Ne leur dites jamais qu'ils ne vont pas retourner sur des lieux où ils n'ont jamais été, en fait. Ne jamais le leur dire. Et nous sommes sûrs que, le jour venu de négocier un accord de paix fondé sur une solution à deux Etats avec Israël, vous pourrez le faire de bonne foi et d'une manière qui respecte l'idée d'une patrie juive. «Si vous pensiez que la politique décrite avant était folle, s'il vous plaît expliquez-moi pourquoi cette politique là n'est pas folle. Votre politique est de soutenir une solution à deux Etats et vous faites littéralement de votre mieux pour la détruire ».
En réponse à ce qu'ils considèrent comme un défi majeur pour négociations de paix, certains des présentateurs, dirigée par Steve Rosen, vont exhorter le Congrès à adopter une législation qui  spécifiera que les Etats-Unis ne considèreront comme des réfugiés palestiniens "que des personnes qui ont été déplacé personnellement suite aux conflits de 1948 de 1967, et qui ne sont pas fermement réinstallées dans un autre pays ". Le propos est similaire à  celui d'un amendement présenté au Sénat en mai dernier par le sénateur républicain de l'Illinois, Mark Kirk. L'amendement a été approuvé par le Comité des finances du Sénat, mais n'a pas force de loi car le projet de loi, plus vaste, auquel il était attaché a échoué à passer au Sénat.
Toute nouvelle initiative qui vise à s'attaquer à la définition d'un réfugié palestinien se heurtera probablement à une opposition passionnée, a écrit à l'époque Kirk sur l'initiative. Jonathan Schanzer de la "Fondation pour la Défense des Démocraties" dit : "Le narratif sur les réfugiés est sacré dans la culture politique palestinienne. Les dirigeants palestiniens ne vont pas le supprimer parce que le Congrès adopte une nouvelle législation. Au contraire, il y a fort à parier qu'ils vont se mobiliser. Lorsque l'UNRWA a simplement réfléchi à un changement de nom en Juillet 2011, les Palestiniens ont organisé des manifestations et des "sit-ins". Proposer des changements réels à l'UNRWA pourrait même inciter la violence ", écrit-il.
Lara Friedman, directeur des relations politiques et gouvernementales pour l'organisation "Americans for Peace Now", a insisté sur le fait qu'une telle initiative "ne fonctionnera pas, même si on la fait entrer dans la loi. Les Palestiniens qui se considèrent comme des réfugiés ne le font pas tout simplement parce que l'UNRWA, ou quelqu'un d'autre, leur donne la permission de le faire, "a-t-elle écrit en mai. "Ils le font parce que c'est leur expérience personnelle et leur histoire personnelle. Forcer l'ONU à redéfinir des millions d'entre eux à ne plus officiellement se qualifier en tant que réfugiés ne changera pas cette auto définition, et cela ne rendra pas le problème facile à résoudre à l'avenir. "
Alors que des critiques ont suggéré que les Palestiniens allaient voir une telle initiative comme une fin de non recevoir à leurs revendications, certains partisans de l'initiative estiment qu'il est essentiel de réserver le terme «réfugié» pour ceux qui tombent sous les directives du HCR et ont besoin d'une protection immédiate . «Ce que nous ne voulons pas, c'est que l'idée d'un réfugié soit si fortement en divorce avec la philosophie de leur protection, et que cela vienne saper le soutien international pour la notion de réfugié», a dit Grover Joseph Rees, l'ancien conseiller général au service d'immigration et de naturalisation des USA. "Je pense que c'est vraiment ce que nous avons ici." Il a mis en garde contre la réduction des budgets pour le besoin des populations palestiniennes. «Beaucoup [des réfugiés palestiniens] ont encore besoin d'aide, et ils devraient obtenir de l'aide. Nous ne devrions pas aller bon gré mal gré couper le budget de l'UNRWA ". Mais", a-t-il ajouté, "il est valable d'appeler les choses par leur nom. Et nous allons semer la confusion et saper la politique de gestion des réfugiés réels en en faisant quelque chose qui est formel, comme c'est le cas de l'UNRWA, plutôt que descriptif et  relatif aux personnes qui sont vraiment des réfugiés, au sens du HCR qui est d'avoir besoin d'une protection immédiate."
Et, comme  ses partisans continuent de le souligner, leur initiative sera effectivement de rapprocher la paix.
"Rendre clair que la solution au problème des réfugiés palestiniens ne sera pas le "retour en Israël" est faire la paix en partie. Et une incapacité à faire valoir ce point de vue nuit à la paix
", selon Steve Rosen. "Trois présidents américains ont dit que la patrie d'avenir du peuple palestinien serait en Cisjordanie et à Gaza, pas en Israël. Et que les Palestiniens ont le droit de retourner, mais en Palestine, pas en Israël ".
Pourtant, «les États-Unis et de nombreux autres gouvernements ont été réticents à dire aux Palestiniens que le droit au retour [en Israël] n'est pas une demande réaliste», a déploré Rose ; "cela nuit aux perspectives de paix, et il faut dire aux Palestiniens de renoncer à leurs prétentions, aussi pénible que cela soit, si on veut une solution politique entre Israéliens et Palestiniens. "
Les Etats-Unis, a-t-il dit, "doivent montrer la voie. Nous ne pouvons pas attendre que les Palestiniens soient plus francs que nous sommes, en abandonnant une partie de leurs rêves. Ainsi, voir ce problème en face contribue paix. "

Haviv Rettig Gur,
The Times of Israël, 13 mars 2013

Traduction Jean Corcos

29 avril 2013

Sortir les réfugiés de la table des négociations, 1/2


La traduction originale
- avril 2013

Lors d'une petite réunion la semaine dernière au Harvard Club de la ville de New York, l'ancienne députée du parti travailliste et du parti "Indépendance", Dr Einat Wilf, a plaidé contre une politique de «fou» qui a perpétué le conflit israélo-palestinien. L'ambassadeur d'Israël à l'ONU Ron Prosor a approuvé, en disant au rassemblement des anciens fonctionnaires, des diplomates et des lobbyistes - que ce sujet politique était "le principal obstacle à la paix", ajoutant sans ambages que «sans parler de ce problème, il n'y aura pas la paix."
Ils ne parlaient pas les colonies, la question souvent citée comme un obstacle à un processus de paix stagnant. Au contraire, les orateurs, la plupart d'entre eux appartenant à des groupes pro-israéliens, pestait contre l'acceptation tacite de la communauté internationale de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA) pour la définition des "réfugiés palestiniens". Il s'agit d'une question technique, une définition bureaucratique, mais qui a une influence démesurée sur la paix israélo-palestinien, ont insisté les orateurs. La définition de l'UNRWA "renforce le soi-disant« droit au retour »pour des millions de Palestiniens", a déclaré Prosor. «Il n'est pas nécessaire de posséder un diplôme de Harvard au Harvard Club pour réaliser que l'adoption de cette demande entraînerait la destruction d'Israël .... elle perpétue une situation qui nous ramène à une solution à un seul Etat. Il n'y aura pas la paix, si on refuse de parler de ce problème."
L'UNRWA a été créé en 1949 pour fournir des services sociaux et de secours aux quelque 700.000 réfugiés palestiniens déplacés au cours des combats qui ont accompagné la création d'Israël en 1948. Au fil du temps, comme il a travaillé avec chaque nouvelle génération de Palestiniens à Gaza, en Cisjordanie et dans les Etats voisins, l'UNRWA a développé une "définition opérationnelle" d'un réfugié palestinien qui est nettement différente de celle utilisée pour les autres groupes de réfugiés.
Contrairement aux règles du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés - mais tous les réfugiés, sauf les Palestiniens sont de la compétence du HCR - le statut de 'réfugié palestinien' ne peut être révoqué, même quand ils obtiennent la résidence permanente, voire la citoyenneté dans d'autres pays. Les réfugiés de l'UNRWA sont également les seuls réfugiés qui héritent automatiquement de ce statut à perpétuité.
«Il n'y avait jamais eu de débat approfondi sur ce qui est un réfugié palestinien", a expliqué Steve Rosen, un ancien haut fonctionnaire de l'AIPAC maintenant affilié au "Middle East Forum", et un des organisateurs de l'événement avec le promoteur immobilier australien Bob Magid. "Les pratiques de l'UNRWA qui causent le plus de difficulté ont été inventés par la bureaucratie de l'UNRWA lui-même", a déclaré Rosen. «Le mandat de l'ONU pour l'UNRWA était« la réintégration des réfugiés dans la vie normale du Proche-Orient. "Ce fut après la Seconde Guerre mondiale quand il y avait 100 millions de réfugiés à travers le monde, dont les Palestiniens étaient une infime partie, moins de 1%. "Mais tandis que le nombre de réfugiés dans le monde a chuté de plus de 100 millions il ya soixante ans à moins de 30 millions aujourd'hui, alors même que la population mondiale a presque triplé, le chiffre pour les réfugiés palestiniens a gonflé de façon spectaculaire, passant de moins de 700.000 en 1949 à plus de 5 millions aujourd'hui".
Parmi les 5 millions de réfugiés UNRWA inscrits, moins de 50.000, soit 1%, sont des réfugiés d'origine de cette guerre de 1948, et seraient considéré comme réfugiés en vertu des règles du HCR qui régissent d'autres populations de réfugiés. En effet, pas moins de 40% des réfugiés palestiniens reconnus sont des citoyens de la Jordanie, tandis que la plupart des autres sont «fermement réinstallés" - au sens d'avoir une résidence stable et une subsistance permanente - dans divers pays de la région et du monde entier.
Israël a fait valoir que ce statut spécial des réfugiés palestiniens est un message indiquant que l'existence d'Israël en tant qu'Etat juif reste un anathème pour les Palestiniens, et révèle un manque de préparation pour la paix. Comme Prosor l'a dit devant l'assemblée, "de nombreux camps de l'UNRWA sont décorées avec des clés [symbolisant les maisons à partir de laquelle de nombreuses familles de réfugiés ont fui]. Les jeunes Palestiniens sont éduqués avec l'idée  que ces clés seront un jour des portes ouvertes pour eux. Mais en réalité, ces clés les enferment, dans des perceptions du passé et des frustrations pour ce qu'ils ne seront jamais en mesure de réaliser ".
Avec un nouveau gouvernement formé en Israël et qui semble prêt à nommer un ministre, Tzipi Livni, en charge des négociations de paix, et une administration américaine qui dit qu'elle continue de mener des efforts pour une reprise des négociations israélo-palestiniennes, la question des réfugiés doit prendre une place centrale à ce stade des négociations pour qu'elles soient fructueuses - tel est le message de cette nouvelle campagne.

Haviv Rettig Gur,
The Times of Israël, 13 mars 2013

Traduction Jean Corcos

 

28 avril 2013

"Un cœur pour la paix", une coopération médicale israélo-palestinienne : Muriel Haïm sera mon invitée le 5 mai


Nous allons laisser de côté pour la prochaine émission l'actualité brûlante, pour mettre à l'honneur, à nouveau, celles et ceux qui construisent des ponts entre Juifs et Musulmans, ou entre Israéliens et Arabes. Nous parlerons d'un travail remarquable réalisé par une association française, en collaboration avec l'Hôpital Hadassah de Jérusalem, et mon invitée sera le Docteur Muriel Haim. Muriel Haim est la présidente de l'association "Un Cœur pour la Paix". C'est d'abord une œuvre humanitaire puisqu'il s'agit de sauver des vies, et de sauver des enfants, ce qui encore plus magnifique. Mais c'est aussi une œuvre qui rapproche les cœurs, cette fois au sens symbolique du mot, puisque grâce à elle des enfants palestiniens qui souffrent de malformations cardiaques sont opérés en Israël. Pour cela, l'association a établi un réseau de médecins, médecins israéliens mais aussi palestiniens qui travaillent avec eux, et c'est déjà beau de maintenir ces liens, alors que hélas et comme on le sait les fils de la négociation sont coupés depuis longtemps. Nous allons bien sûr parler de façon complète de son travail et des moyens de l' aider, ici en France. Mais Muriel Haïm va aussi nous parler du monde hospitalier en Israël : à l'heure où d'autres associations - celles -là uniquement dédiées à la haine de ce pays, et au désir morbide de le détruire après l'avoir dé légitimé - font une vile propagande en le présentant comme un nouvel état d'apartheid, elle nous dira ce que l'on voit sur place, aussi bien au niveau des patients que du personnel médical. Nous espérons que ses paroles seront largement entendues dans le grand public ; mais ce témoignage, je l'espère, sera écouté aussi par ceux des auditeurs de notre fréquence qui, malheureusement n'ont pas honte de tenir des propos racistes dès qu'il s'agit des Arabes ou des Palestiniens, et cela même s'ils sont probablement les plus bruyants, à défaut d'être les plus nombreux.

Parmi les questions que je poserai à Muriel Haïm :

-     A propos du nombre relativement élevé d'enfants palestiniens qui naissent avec des malformations cardiaques : il y en aurait environ 300 par an, comment cela s'explique-t-il ? Quels genres de troubles résultent de ces malformations ? Risquent-ils vraiment leur vie s'ils ne sont pas opérés, et les opérations sont-elles toujours des succès ?

-     Quand on lance un projet pareil, il est bien sûr impossible de ne pas avoir des soutiens sur place. Premiers soutiens, au niveau médical, est-ce que la direction de l'hôpital Hadassah vous a suivi, comment avez vous géré l'aspect financier ? Ce sont des opérations coûteuses, et les Palestiniens n'ont pas de Sécurité Sociale pour rembourser les frais : pourriez-vous donner des chiffres pour éclairer nos auditeurs, combien coûte une opération ? Et comment arrivez-vous à collecter des sommes en France ?

-        En ce qui concerne la logistique : les choses ne sont pas simples avec la Cisjordanie, on sait qu'il y a la barrière de sécurité, les check-points, donc on imagine que lorsqu'une ambulance va chercher un enfant pour l'amener à Hadassah l'itinéraire doit être parfaitement balisé et préparé. Mais que se passe-t-il lorsqu'on vient chercher un enfant à Gaza, alors que le Territoire est totalement isolé d'Israël, par sécurité, et que l'on a quasiment un état de guerre avec le Hamas ?

-        Votre nouveau logo - qui a été fait par un dessinateur de presse - est très parlant, on y voit un petit personnage tenant un drapeau à chaque main, un drapeau israélien et un drapeau palestinien qui ont été chacun modifiés pour y faire apparaitre un cœur : qu'avez-vous envie de dire à certains dans la communauté juive, qui professent  sur l'Internet ou ailleurs des propos racistes, en mettant des guillemets au mot "palestinien" ou en affirmant, tranquillement, que la seule solution c'est d'expulser tous les habitants des Territoires ? Est-ce que ces gens là vous ont attaquée ?

-        Tout le monde sait que l'image d'Israël s'est énormément dégradée, depuis un long moment, et que cela va largement au delà de la critique - que l'on peut parfaitement accepter - de tel ou tel gouvernement. Alors, il est clair qu'un travail comme le votre doit au contraire recueillir l'appui et l'assentiment de tous. J'ai relevé que vous aviez un comité d'honneur prestigieux : est-ce que, avec cela, vous avez obtenu une bonne couverture médiatique ?

Merci d'être nombreux au rendez-vous, et - je l'espère ! - de soutenir vous aussi "Un cœur pour la paix" !

J.C