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19 avril 2013

Anniversaire et commémoration, par Gérard Akoun



Cette année, coïncidence des calendriers juif et civil, nous  fêtons  dans la même semaine le soixante cinquième anniversaire de la naissance de l’Etat d’ Israël et nous commémorons le soixante dixième anniversaire de la révolte du Ghetto de Varsovie. Le 19 avril 1943, les derniers juifs du ghetto organisent le premier soulèvement dans une ville occupée par les nazis: il ne s’agissait pas pour eux de survivre ou de vaincre, mais de mourir les armes à la main. Ils n’avaient pas de formation militaire, leur armement était dérisoire, ils ont pourtant réussi à résister  pendant près d’un mois à des troupes aguerries et lourdement armées. Ils vont écrire ces jours là une page de gloire. Le14 mai 1948, Chaïm Weismann proclame l’Etat d’Israël. Cinq années seulement séparent ces deux dates, qui nous remplissent de fierté mais l’une est empreinte de tristesse, l’autre d’une joie profonde, car avec la renaissance de l’Etat d’Israël, l’histoire des Juifs ne sera plus une longue litanie d’expulsions et de persécutions. L’histoire juive ne sera plus, comme l’écrivait Haïm Hazaz dans sa nouvelle « le sermon », une suite ininterrompue de persécutions et de Kiddoush Ha-Shem, de sanctification du Nom.

Israël a soixante cinq ans : que de chemin parcouru, depuis sa création, dans un environnement qui demeure  hostile, dans un climat, ponctué par des guerres qu’Israël a gagnées, par un terrorisme qui semble jugulé mais qui n’a pas totalement disparu. Israël a réussi le tour de force d’intégrer des millions d’immigrés en provenance des pays arabes et de l’ex URSS tout en développant la recherche scientifique, la recherche médicale, la High Tech. On le surnomme « la nation start up » : Israël a plus d’entreprises cotées au NASDAQ, la Bourse mondiale des sociétés de haute technologie, que toute l’Europe réunie.  Il fait aussi une très belle percée dans le monde des arts : ses écrivains, ses artistes, ses musiciens  y creusent leurs sillons. Il est devenu aussi une puissance militaire, sans doute la plus importante de la région et certains le lui reprochent. Ils feignent d’oublier que planent toujours sur lui des menaces existentielles, celle du nucléaire iranien, celles de l’extrémisme islamique qui se renforce dans un Moyen Orient de plus en plus instable. Israël est aussi en butte à des tentatives de dé légitimation, qui se font jour en France et en Europe de la part de certaines associations. Elles invoquent  le plus souvent, pour justifier leur action, la défense des Droits de l’Homme, qui en Israël seraient bafoués. Israël ne peut les combattre avec des armes. Il nous revient, à nous, de les dénoncer, de démontrer leur hypocrisie : elles ne se  préoccupent pas ou si peu de ce qui se passe  dans le reste du Moyen Orient, à Gaza, sous la dictature du Hamas, dans les pays arabes où les Chrétiens  sont victimes de persécutions, et bien sur en Syrie où les massacres  continuent.

Les Israéliens, lors des dernières  élections  législatives, ont voté pour le changement. Ils ont permis l’entrée à la Knesset d’une nouvelle génération de députés, des jeunes, dont, pour la plupart, ce sera  le premier mandat. Les grands gagnants de ces élections Lapid et Bennett ont imposé à Benyamin Netanyahou - qui reste néanmoins Premier ministre -, une nouvelle coalition, dont les religieux orthodoxes sont exclus. A l’exception de Tsipi Livni, très minoritaire au sein de cette coalition  et dans une moindre mesure du parti travailliste resté dans l’opposition,  les nouveaux dirigeants  d’Israël n’ont pas évoqué le problème palestinien au cours de leur campagne électorale. Ils se sont focalisés sur les problèmes intérieurs de la société israélienne. On avait pu, déjà, constater cette marginalisation du conflit israélo palestinien  lors des grandes manifestations de juillet 2011. Les organisateurs s’étaient bien gardés de faire le lien entre les difficultés économiques des couches moyennes et la part importante du budget consacré aux implantations et à leur protection. Il semblerait que les Palestiniens aient disparu du champ visuel des israéliens et avec eux, le problème de la cohabitation sur le territoire de la Palestine mandataire. Il n’y a quasiment plus d’attentat, c’est heureux, il ne faudrait pas oublier, quand même, l’importance du rôle joué  par l’Autorité Palestinienne dans leur quasi disparition. Mais ce calme peut être trompeur, on ne répètera pas assez que le statu quo, l’absence de perspectives nationales offertes au peuple palestinien sont dangereux pour Israël, à plus ou moins long terme.

Soixante cinq ans, c’est l’anniversaire d’Israël, tous nos vœux l’accompagnent pour plus de progrès encore et pour que s’accomplisse cette prédiction de Shimon Peres, «  pour son soixante  dixième  anniversaire, Israël sera en paix avec ses voisins. »

Gérard  Akoun   

Judaïques FM, 18 avril 2013