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02 décembre 2009

Israël - Iran : la guerre de l'ombre

Missiles découverts sur le cargo "Francop"
arraisonné par la marine israélienne

Israël mène une guerre secrète contre Téhéran. Faute de pouvoir attaquer directement avec son aviation les installations atomiques iraniennes, l'État hébreu tente par tous les moyens de retarder le programme nucléaire de la république islamique. Le dernier épisode de cette bataille de l'ombre, où tous les coups sont permis, s'est déroulé la semaine dernière au large de Chypre lorsqu'un commando d'élite de la marine israélienne a intercepté un navire parti d'Iran transportant plusieurs dizaines de tonnes d'armes destinées au Hezbollah libanais.
En règle générale, l'affrontement reste beaucoup plus discret, le «dossier» iranien étant géré par Meïr Dagan, le patron du Mossad. À la tête des services secrets, ce partisan de la manière forte privilégie l'action plutôt que l'analyse. Sa mission est on ne peut plus claire : recueillir le maximum de renseignements sur la localisation des sites utilisés pour l'enrichissement de l'uranium afin de pouvoir, si nécessaire, lancer des raids aériens, comme celui qui avait permis à l'État hébreu de détruire la centrale nucléaire irakienne Osirak près de Bagdad en 1981. En attendant l'application éventuelle de ce scénario, Meïr Dagan recourt à une tactique de harcèlement.
Parmi les stratagèmes utilisés figurent, selon des experts en matière de renseignements, la création ou la prise de contrôle d'entreprises en Europe spécialisées dans la fourniture de matériaux «à double emploi», c'est-à-dire pouvant servir à des fins civiles mais aussi pour le programme nucléaire iranien (machines-outils, équipements électroniques, métaux spéciaux). Une fois la confiance créée, le fournisseur envoie à ses clients des équipements défectueux capables de déclencher des dégâts en chaîne, par exemple dans les centrifugeuses utilisées pour enrichir l'uranium. Les agents israéliens sont également experts dans l'art du sabotage des ordinateurs et l'infiltration de virus informatiques dans des réseaux pour provoquer des pannes, effacer des mémoires ou introduire de fausses données.
Satellites et sous-marins
Une autre méthode moins sophistiquée consiste à détruire ou endommager du matériel destiné à l'Iran dans les ports européens ou à utiliser des commandos lorsque la cargaison suspecte se trouve déjà en pleine mer. Plus expéditif encore, le Mossad s'est vu attribuer des éliminations de scientifiques de haut rang liés au programme nucléaire iranien. En 2007, un de ces experts, Ardeshire Hssanjour, a mystérieusement été empoisonné.
Le Mossad déploie aussi une tactique «périphérique» pour frapper les alliés de l'Iran qui pourraient constituer un danger pour Israël en cas de conflit armé avec Téhéran. Le Hezbollah ainsi que la Syrie sont spécialement dans le collimateur. Les services secrets israéliens sont ainsi suspectés d'
un attentat à la voiture piégée à Damas qui a coûté la vie à Imad Mughniyeh, le chef de la branche militaire de la milice chiite libanaise, en février 2008. En septembre 2007, l'aviation israélienne a détruit en Syrie, près de la frontière irakienne, une centrale atomique construite secrètement par la Corée du Nord. À titre d'avertissement, Tsahal n'a pas hésité à frapper jusqu'au Soudan en mars de cette année lorsqu'un convoi de 17 camions transportant des armes iraniennes
- apparemment destinées au Hamas - a été attaqué par des avions ou des drones de nationalité inconnue.
Pour compléter le tableau, Israël a mis sur orbite plusieurs satellites espions qui surveillent constamment l'Iran. Sur le front maritime, l'État hébreu dispose de plusieurs sous-marins fournis par l'Allemagne, qui peuvent, selon des experts étrangers, atteindre les côtes iraniennes pour des missions de surveillance, tout en transportant à leur bord une force de dissuasion : des missiles de croisière à tête nucléaire.
Marc Henry,
« Le Figaro », 10 novembre 2009