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13 décembre 2015

Des dizaines de billets d'André Nahum (z"l) à relire sur le blog



Comme je vous l'avais promis dans l'hommage publié jeudi dernier, voici un article "chapeau" vous permettant d'accéder à de précieuses archives :

- Sur ce lien, vous aurez accès en visitant les différents libellés associés et qui figurent en fin d'article, à tous les billets que j'ai retenus pour publication sur mon blog, pour les années 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011 et 2012, soit un total de 45 publications ;

- Cinq billets pour l'année 2013 figurent sur ce deuxième lien ;

- Un seul billet pour l'année 2014 est donné sur ce troisième lien ; à cette date, en effet, Jacques Benillouche a repris systématiquement les billets d'André Nahum sur son site "Temps et Contretemps".

Une dizaine d'années d'Histoire du Moyen-Orient, en une soixantaine d'articles ; et le talent de notre ami disparu pour expliquer, sur une aussi longue durée, une actualité aussi angoissante que compliquée !

Bon surf,

J.C

11 décembre 2015

Un nouvel article publié sur le "Times of Israël" : huit vidéos obscènes après les attentats


Le délire du mois
- décembre 2015

Un nouvel article publié le 29 novembre dernier, sur le "Times of Israël". Cette fois, je lui associe deux autres libellés que ceux du lien permanent :
- Tout d'abord, et comme sont évoqués les horribles attaques terroristes du mois dernier, cet article est marqué "Attentats du 13 novembre" ;
- Mais comme il sera, à nouveau, fortement question de complotisme, j'associe aussi cet article à la rubrique "Le délire du mois".
Que de délires, hélas, dans les huit vidéos que vous pourrez visionner à partir de cet article ... J’ai essayé de regrouper quelques horreurs, souvent complotistes mais pas que ; parfois débiles, parfois odieuses ; venant de pauvres imbéciles qui auraient du rester dans leur anonymat, et ravi(e)s d’avoir un public ; mais parfois de personnages connus, et qui ont tenu des propos abjects. Ces vidéos sont très suivies, hélas et il faut le savoir ; parfois ce sont des dizaines de milliers de fans qui les visionnent ou les partagent ; ces « fans » s’identifient à ce qu’ils ou elles entendent ; et cela, au delà du terrorisme, fait vraiment peur.

Cet article est intitulé "Huit vidéos obscènes après les attentats".
Vous pourrez le lire :  

Enfin, je rappelle que vous avez accès à tous mes articles publiés sur le "Times of Israël" en allant sur un lien permanent, en colonne de gauche de ce blog.

J.C
 

10 décembre 2015

André Nahum nous a quittés



Il y a des amis que l'on croit - et que l'on voudrait - immortels. André Nahum, que je connaissais depuis si longtemps et qu'il m'arrivait de croiser encore dans nos locaux de Judaïques FM, en faisait partie. Et, quatre jours après son décès, lundi dernier 7 décembre, je n'arrive pas encore à réaliser le vide qu'il va laisser dans le cœur de milliers de gens, tant sa vie et son œuvre furent à la fois riches et variées. Nous pleurons André, et le plus extraordinaire c'est que nous avons des raisons bien différentes de le pleurer, aussi diverses que fut sa vie et tout ce qu'il nous a laissé.

Né à Tunis en 1921, il était l'un des derniers témoins - à la mémoire incroyablement précise -, des décennies qui allaient bouleverser, puis disperser une communauté millénaire. Travailleur forcé dans le camp de Bizerte sous la courte mais brutale occupation nazie, il en fit le récit dans le livre de Jean-Pierre Allali "Les Juifs sous la botte allemande", paru l'année dernière. Venu en France au début des années 1960, il a vu à la fois les quartiers nouveaux de Sarcelles se bâtir, des milliers de familles juives d'Afrique du Nord et en particulier de Tunisie, reconstruire une vie nouvelle malgré toutes les difficultés, faisant de cette cité du Val d'Oise la "petite Jérusalem" de l'Ile de France. Médecin dévoué - et adoré par sa clientèle pendant des décennies - il aura vu défiler dans son cabinet des patients de toutes les origines, parlant l'arabe avec beaucoup d'entre eux, juifs comme musulmans. Cette cité heureuse où cohabitaient pacifiquement des dizaines de communautés aura hélas connu la peur lors d'une manifestation très violente à l'été 2014, où la grande synagogue fut directement menacée et des commerces pillés : mon ami André en fut bien sûr bouleversé ; et comme devait le rapporter le Député Maire François Pupponi lors de son enterrement, il lui avait téléphoné la semaine dernière - alors qu'il était si affaibli - pour convenir d'un rendez-vous, en espérant venir accompagné d'un groupe réunissant des jeunes des deux communautés.

André Nahum a donc été un citoyen engagé, dans sa cité, adjoint au maire pendant quelques années ; mais aussi un des notables principaux de Sarcelles, présent lorsqu'on y inaugura les principales synagogues ; se démenant pour que la ville ait une "rue des Refuzniks", alors même que le droit d'immigrer était refusé aux Juifs de l'URSS de l'époque ; actif dans une des loges du Bn'ai Brith qu'il présida pendant un moment aussi. Son engagement juif ne s'est pas limité à sa ville, puisque il fut aussi un des fondateurs de l'AMIF(Association des médecins israélites de France).

Mais sa notoriété et sa grande popularité dans la communauté juive n'auraient jamais existé s'il n'avait pas su démarrer, aussi et alors que sa vie de médecin allait progressivement s'arrêter, une toute autre carrière : André est devenu le "mémorialiste" des "Tunes", les siens, les nôtres, cette communauté juive de Tunisie qui à l'époque n'était pas connue du grand public - et disons le, caricaturée - par certains films. Son premier livre, "Partir en Kappara" (éditions Piranhas) fut publié en 1978 : son titre étrange évoquait une expression en judéo-arabe, celle accompagnant le sacrifice des poulets à la veille du Yom Kippour, un sacrifice qui fut - symboliquement - celui des siens, déracinés avec lui après l'indépendance de la Tunisie. Puis vinrent "Les contes de Ch'hâ" (même éditeur), un recueil incroyable de proverbes et autres récits qu'il avait, patiemment, collectés au fil des ans et de ses consultations médicales à Sarcelles : j'entends encore nos échanges lors de l'émission où il fut mon invité à propos de ce livre, émission que j'espère notre radio repassera dans le cadre de tous les hommages que nous lui devons. Dans la même veine il publia "le Roi des bricks" (L'Harmattan), et "Humour et sagesse judéo-arabes" (Desclée du Brouwer). Et un album de photos anciennes commentées, "L'Etoile et le Jasmin" (La pensée sauvage), qui sera plus tard le titre de son émission culte. Mais André alla au delà de ces récits folkloriques et agréables à lire. Il sut se lancer dans un genre bien plus difficile et qui demande à la fois des recherches et de la rigueur, le roman historique. Il écrivit d'abord "Le médecin de Kairouan", évocation de Isaac Israeli Ben Salomon, médecin et philosophe qui fut au service du dernier prince aghlabide puis des Fatimides, au 9ème siècle. Il écrivit ensuite une biographie de Young Perez en 2002, rééditée il y a deux ans sous le titre "Young Perez champion. De Tunis à Auschwitz" : André Nahum a ainsi fait connaitre, aux jeunes générations, la carrière étonnante de cet autre enfant du judaïsme tunisien, champion du monde de boxe et qui disparut pendant la Shoah.

J'ai connu André à la fin des années 1970, alors donc qu'il se lançait dans une carrière d'écrivain. Mais il fut, lui aussi, pris du "virus" du journalisme, et les hasards heureux de la vie ont fait que nous nous sommes retrouvés à Judaïques FM, beaucoup plus tard. Disons le, sans fausse modestie, il y apporta une contribution bien plus importante que la mienne car à nouveau il fit preuve d'une géniale polyvalence. Le mercredi matin, c'était le billettiste à la voix chaleureuse, commentant l'actualité nationale et internationale - plus souvent moyen-orientale, disons le - avec à la fois concision et sensibilité ; j'ai repris sur mon propre blog des dizaines de ses billets, et j'en mettrai en ligne tous les liens dans un prochain article ; plus tard, c'est notre ami commun Jacques Benillouche qui en fit la transcription écrite sur le site "Temps et Contretemps", site qui le premier annonça la mort d'André . Mais tous les lundi soir , et recevant souvent deux auteurs différents, il produisait "L'Etoile et le Jasmin", émission littéraire au spectre très large puisqu'on y parlait à la fois de romans, d'Histoire, de politique ou de philosophie : réalisant le travail que me demande chacune des émissions - et qui souvent ne tournent pas autour d'un livre - je me demande comment il arrivait à avoir la force d'assimiler tant de lectures, et l'intelligence de savoir poser des questions si pertinentes aux invités les plus divers !

Nous n'arrivions même pas, en fait, à imaginer la disparition un jour d'André Nahum, doyen et pilier de notre station, et c'est tout naturellement que nous étions toute une délégation de Judaïques FM à son enterrement, hier mercredi à Sarcelles. Étonnant enterrement, à son image, chaleureux et presque joyeux où on a entendu presque se quereller à propos de lui, sa famille, des amis et bien sûr des Rabbins. Où deux musiques bien différentes furent passées, là aussi à l'image du personnage multiple qu'il fut : "Sallemt ana fik ya bledi", une ode à la Tunisie jamais oubliée chantée par Raoul Journo ; et "Le chant des partisans", celui de la lutte contre le nazisme qui faillit l'engloutir quand il avait vingt ans. Nous avons pris connaissance des derniers témoignages de sa vitalité, jusqu'aux dernières heures : présent à un salon du livre la veille de son décès ; nous laissant un dernier billet bouleversant sur nos ondes le 2 décembre, où il disait "à la semaine prochaine, si Dieu veut" ; interviewé une dernière fois il y a deux semaines dans le grand quotidien "Le Parisien", où était évoqué son dernier livre qui venait de sortir, "L'Âne, mon frère de lait".


André est parti le premier jour de Hanouka, après l'allumage de la première et fragile bougie de cette fête millénaire, où l'on rappelle un des miracles de la survie d'Israël : cet enfant juif tellement doué de notre Tunisie perdue, ne pouvait nous quitter sur un plus beau symbole.

Jean Corcos

09 décembre 2015

Réactions musulmanes après les attentats du 13 novembre



Déjà presque quatre semaines depuis les horribles massacres de Paris. Nous avons été inondés, dans la presse écrite ou sur le Web, sur les ondes ou dans les plateaux télévisés, par des articles, reportages, réflexions ou débats. Au delà des réflexions sécuritaires sur le terrorisme ou géopolitiques sur la guerre contre le Daech, c'est l'Islam - en France comme dans le monde - qui a été, à nouveau, sur la sellette. Mais comment ont réagi les premiers concernés, Musulmans de notre pays ou d'ailleurs ?

Impossible d'ignorer le sujet sur ce blog centré sur le monde musulman. Aussi, j'ai décidé de vous proposer une sélection de 12 liens que vous pourrez ouvrir à la suite, avec juste quelques lignes de présentation à chaque fois. Je vais suivre une logique la plus "professionnelle" possible, en publiant à la fois ce qui nous fait plaisir à lire, et ce qui nous horrifie ; parce que la réalité n'est ni noire, ni blanche ; parce qu'il n'y a pas "les Musulmans" et "'les Arabes", un seul bloc qui parle ou pense de telle ou telle manière. Beaucoup sont dans une logique d'affrontement ou de déni ; les partisans du Daech nous ont déclaré la guerre, inutile de se leurrer et il faut simplement lire ce qu'ils pensent de nous ; mais il y a aussi un très grand nombre de réactions de révolte contre ces attentats, avec enfin une prise de conscience que cela ne peut plus durer ; et contrairement à beaucoup trop de rédacteurs de la "blogosphère juive", ces réactions là, je ne veux pas les ignorer non plus !

1. On va commencer avec les réactions "officielles", institutionnelles du culte musulman en France. Notre site de la "Fraternité d'Abraham" a publié, juste après les attentats, les déclarations d'officiels religieux : catholiques avec Mgr Vingt-Trois, juifs avec le Grand Rabbin Haïm Korsia, et musulmans avec les communiqués du CFCM et de la Mosquée de Paris ; comme vous le lirez, pour ces dernières c'était plutôt "un service minimum" ... lire ici .

2. Heureusement, il y a eu beaucoup mieux avec le prêche décidé par le CFCM, et qui devait être lu dans toutes les mosquées relevant de son autorité le vendredi suivant 20 novembre : là encore,   notre site l'a publié dans sa version intégrale , y compris les caractères en arabe. Nécessité de ne pas faire une lecture littérale des textes, de solliciter l'avis de personnes qualifiées pour comprendre les commandements du Coran ; mention des différentes catégories de Jihad ;  et aussi ce rappel fondamental : "Les Versets coraniques et les Hâdîth authentiques sont sans équivoque quant au bannissement de tout acte qui atteinte à la vie des innocents."

3. Réunis par le CFCM, le dimanche 29 novembre, 400 responsables musulmans ont dit d'une voix forte leur condamnation du djihadisme, voir cet article de "L'Express" en lien.

4. On continue maintenant avec des réactions musulmanes, mais non officielles. De nombreux intellectuels en ont eu assez du discours défensif "c'est pas ça l'islam". "Pour les musulmans, s'inquiéter de l'amalgame n'est pas suffisant" nous dit Hakim El Karoui. Ce franco-tunisien, normalien, ancien conseiller technique dans le cabinet de Jean-Pierre Raffarin, énonce des vérités que l'on attendait depuis longtemps : "Nous avons laissé le poison de la salafisation des esprits se répandre. Par ignorance collective des textes sacrés, personne n’a été capable de répondre à leur propagande. Nous n’avons pas assez combattu l’idéologie djihadiste."

5. Encore beaucoup plus cinglant, Mohamed Laroussi, chroniqueur dans "Aujourd'hui le Maroc" dit à propos des terroristes du Daech : "si c'est ça l'Islam, je ne suis pas un musulman" !

6. Fidèle à sa foi musulmane - elle porte toujours un "hijab", foulard sur la tête - la courageuse Latifa Ibn Ziaten a eu un de ses fils assassiné par Mohamed Merah. Depuis, elle s'est engagée de toutes ses forces contre la barbarie qui détruit à la fois les victimes innocentes, comme Imad son fils, et leurs bourreaux, qui se laissent embrigader comme les tueurs de Toulouse ou de Paris. Dans un article publié dans le "Huffington Post", elle dit sa douleur lorsqu'elle a appris les attentats du 13 novembre. Et elle nous prévient : il y a un immense travail de déradicalisation à faire dans les mosquées, cités ou prisons. J'avais repris cet article sur mon propre blog

7. Enfin, et toujours dans la catégorie "réactions positives", le très courageux Kamel Daoud nous dit qu'il nous faut, aussi, nous inquiéter de l'autre Daech , l'Arabie Saoudite dont l'idéologie ressemble tellement à celle des djihadistes !

8. Passons maintenant aux autres réactions. Celle des méchants, des lâches, des menteurs. Je commence par Hani Ramadan, qui n'a pu s'empêcher - mais quelle surprise - de nous redire "à qui profite le crime ?" et d'évoquer à nouveau le Mossad et Israël : un vrai salaud, qui ne surprend jamais en fait.

9. Dans un autre genre, mais tout aussi lamentable, ces propos hallucinants d'un adjoint musulman au Maire d'Ivry, qui a dit : "Daech n’attaque pas nos valeurs, notre culture ou notre goût de la fête. Il attaque la France parce que la France les attaque (sic), et participe à la mort de centaines de milliers de civils. " Le pire, c'est que le Maire communiste a refusé de le sanctionner, malgré les protestations énergiques des élus P.S et de Droite ...

10. Allant le lendemain des attentats au devant de "jeunes" dans les quartiers "Territoires perdus de la République", Alexandra Lavastine a été horrifiée par ce qu'elle a entendu : complotisme, antisémitisme brut de décoffrage etc., lire ici

11. Cela ne se passe pas en France, mais en Algérie : voir sur cette vidéo que m'a envoyée un ami de Kabylie, comment ont réagi aux attentats des habitants haineux de la ville de Batna. Mais est-ce étonnant, dans un pays où la haine de l'ancien colonisateur est ressassée depuis plus de 50 ans ?

12. Mais au fait, comment le Daech a-t-il lui même relaté les attentats ? Comment justifie-t-il cette barbarie, cette haine de la France ? L'Etat Islamique publie sur le Web une "revue", "Dar el Islam", aussi "glamour" dans la forme que moyenâgeuse dans le fond. Voici le lien sur le volumineux numéro 7. Voir en particulier comment ces brutes sanguinaires considèrent notre laïcité, notre Education Nationale et dans le fond toutes nos valeurs. En lisant comment ils nous voient, on ne doit vraiment pas se poser la question de savoir si nous sommes en guerre ou pas : la guerre avait commencé avant le 13 novembre, c'est eux qui nous l'ont déclarée ; et cette guerre il faut la gagner, car ce sera ou eux ou nous !

J.C