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20 février 2014

François Hollande à la Grande Mosquée de Paris



La foule des journalistes lors de la sortie de François Hollande 
de la Grande Mosquée de Paris (photo Jean Corcos)

Introduction :


J'ai eu le plaisir d'assister à cette belle cérémonie, et surtout d'écouter les deux discours d'inauguration. Le CRIF a publié ce 19 mars un petit article à partir des notes que j'avais prises. 
En lien ci-dessous également :




Jean Corcos,  Président délégué de la Commission pour les relations avec les musulmans, a représenté le CRIF à la Grande Mosquée de Paris, le 18 février 2014, à l'occasion de l'inauguration du monument en mémoire des soldats musulmans morts pour la France lors des deux Guerres mondiales. Une cérémonie en présence de personnalités politiques, diplomates, dignitaires religieux, parmi lesquels notamment le Président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone, le Ministre de l'Intérieur Manuel Valls et le Secrétaire d'État aux anciens combattants Kader Arif. La Communauté juive était également représentée, avec la présence de Joël Mergui,  Président du Consistoire, du Grand Rabbin Olivier Kaufmann, Directeur du Séminaire israélite de France, du Grand Rabbin Haïm Korsia, Aumônier général israélite des armées, et du Rabbin Michel Serfaty, Président de l'Amitié Judéo Musulmane de France.

600 000 soldats des troupes coloniales participèrent à la Grande Guerre, de 1914 à 1918 et environ 70 000 musulmans y ont perdu la vie, selon une estimation du Ministère de la Défense. La Grande Mosquée, premier édifice du culte musulman en France, avait d'ailleurs été inaugurée en 1926 pour leur rendre hommage. De 1940 à 1945, plus de 16 000 soldats musulmans d'Afrique du Nord furent tués ou portés disparus, ainsi que des milliers de combattants d'Afrique subsaharienne, comme les tirailleurs sénégalais. La République a rendu hommage à tous ces ex-colonisés qui donnèrent leur vie pour la défendre et dont la plupart, soit volontaires, soit conscrits à partir de 1912 en Algérie, ne bénéficiaient même pas des droits des citoyens français. Comme l’a souligné dans son discours le Recteur Dalil Boubakeur, "tous ces jeunes musulmans engagés, maghrébins ou africains venus de leurs douars ou de leurs montagnes servirent la lointaine métropole sans la connaître, contre un ennemi dont ils ne savaient rien". Le Président de la République s’est exprimé en paroles fortes et claires : "Cet hommage s'adresse à leurs descendants pour qu'ils soient fiers de leurs parents et conscients que la République a une dette à leur égard… À celles et ceux qui s'interrogent sur leur destin, leur place et même parfois sur leur identité, aux descendants de ces soldats, je dis ma gratitude". Évoquant les soldats de l'Armée d'Afrique qui débarquèrent en Provence à l'été 1944, François Hollande a rappelé qu'ils étaient "de toutes les religions : juifs, catholiques, musulmans". Sur le sujet du racisme et des profanations contre des mosquées - la plus récente eut lieu à Blois la semaine dernière – le Président a réitéré : "Jamais personne ne doit être menacé ou agressé pour ses croyances", ajoutant : "La France est grande de sa diversité. Elle est forte de son unité. Une valeur essentielle de notre République permet de faire vivre ces deux exigences : c’est la laïcité."

CRIF, le 19 février 2014

17 février 2014

Galerie d'invités (suite)



Comme vous le savez, j'ai débuté il y a quelques mois la publication du "trombinoscope" des invités de mes plus de 340 émissions, déjà ... Trombinoscope qui ne peut être publié, vu leur nombre, d'un coup ou en une petite série. J'ai donc opté pour une "remise à jour" de cette galerie une fois par mois, aux environs du 15. Pour rappel aussi, ces photos se trouvent à peu près en milieu de la colonne fixe de gauche.

Pas de publication régulière pour le signaler, donc, mais j'ai tenu à le faire cette fois-ci pour les invité(e)s dont les noms commencent par les lettres E et F : dans l'ordre alphabétique, Simon Elbaz, Morad El Hattab, Frédéric Encel, Mohammed Ennaji, Samia Essaaba, Cynthia Fleury, Caroline Fourest ; des personnalités très connues, d'autres nettement moins ; des hommes et des femmes ; des juifs, des musulmans, des chrétiens et des athées convaincus ; bref, toute la diversité de ma série illustrée par ces sept photos !

Pour les visiteurs qui passeraient pas hasard sur ma page, n'oubliez pas de cliquer sur les images : vous aurez le lien sur une des émissions où j'ai eu le plaisir de recevoir ces invités.

J.C

16 février 2014

La spoliation des biens juifs en Algérie sous le régime de Vichy : Jean Laloum sera mon invité le 23 février

Jean Laloum

Retour à l'Histoire avec le prochain numéro de “Rencontre”, retour en Algérie, aussi, pays dont nous n'avons pas parlé depuis un moment. Le sujet sera extrêmement précis, puisque l'émission a trait à : "La spoliation des biens juifs en Algérie sous Vichy". Précis comme tout vrai historien, rigoureux et faisant un travail de recherche et d'enquête pour approfondir des pages du passé largement méconnues, et justement mon invité correspond parfaitement à cette description, puisqu'il s'agira de Jean Laloum. Jean Laloum est né à Sétif, en Algérie. Il est Docteur en Histoire, chargé de cours à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne et chercheur CNRS au sein du laboratoire Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (GSRL, Paris). Le sujet de la Shoah l'intéresse depuis longtemps, puisque dès 1975, il consacrait son mémoire de maîtrise à l’activité du deuxième commissaire général aux Questions juives, Darquier de Pellepoix, étude qui fut publiée quelques années après, en 1979, sous le titre“La France antisémite de Darquier de Pellepoix”. Son doctorat d’histoire consacré à ce même sujet, a fait également l’objet en 1998 d’une publication chez CNRS Editions, “Les Juifs dans la banlieue parisienne des années vingt aux années cinquante”, ouvrage préfacé par le professeur André Kaspi. Il a publié de très nombreux travaux sur la Shoah, portant notamment sur le sort de l'enfance juive sous l'Occupation. C'est d'ailleurs pour cela que nos chemins se sont croisés à deux reprises : d'abord il y a une vingtaine d'années, à l'occasion de la grande exposition “Le Temps des Rafles” que j'avais eu l'honneur de coordonner sous la direction de Serge Klarsfeld, il avait traité de la persécution des Juifs d'Afrique du Nord ; et puis plus récemment, à l'occasion d'une étude historique qu'il avait écrite, reconsidérant certains récits largement complaisants touchant à la protection par la Mosquée de Paris, des Juifs sous l'Occupation. J'avais eu l’occasion de faire référence à son étude en recevant un invité qui avait fait également un travail rigoureux, Mohamed Aissaoui.

Il y a quelques mois, il m'avait informé de ses recherches en cours consacrées à la spoliation des biens juifs sous le régime de Vichy, me suggérant qu’il serait intéressant et opportun que nos auditeurs originaires d’Algérie soient au courant, et en profiter dans le même temps pour lancer un appel à contribution, afin de pouvoir accéder aux archives privées et familiales : c'est donc avec un grand plaisir que j'essaierai de l'aider par le biais de cette émission.


Parmi les questions que je poserai à Jean Laloum :


-        Quel était le statut des Juifs là-bas, par rapport à celui défini pour les Juifs de la Métropole ? Est-ce que le fait que le décret Crémieux ait été aboli pratiquement tout de suite rendait leur situation pire encore en les privant de la nationalité française ?

-        Si on considère les communautés vivant en Algérie pendant la Guerre, il y avait donc la communauté juive, assimilée aux Européens par le Décret Crémieux et par la langue et la culture, il y avait les Pieds-Noirs d'origines diverses, et les Musulmans, qui constituaient la grande majorité de la population : comment les Pieds-Noirs, d'une part, et les Musulmans, d'autre part, ont-ils réagi face à cette dégradation du statut des Juifs ?

-        L'entreprise de confiscation des biens appartenant aux Juifs, dans toute l'Europe pendant la Guerre, est quelque chose qui est restée méconnue pendant des décennies ; et cela se comprend, parce que l'horreur de la Shoah ne pouvait qu'occulter ce qui s'était passé avant. On a eu trop tendance aussi à imaginer que cette spoliation ne concernait que les appartements des familles déportées, qui étaient systématiquement pillés, ou que des biens de personnes très riches et qui ont été volées : en réalité, "l'Aryanisation" a été quelque chose de systématique, codifié de concert par des lois édictées par le gouvernement de Vichy et des ordonnances allemandes : pourriez-vous rappeler en quoi cela a consisté ? Et quelles étaient les fonctions des fameux "administrateurs provisoires" ?

-        Vous écrivez dans un article qu'entre le 23 décembre 1941 et le 26 octobre 1942, soit juste avant le débarquement anglo-américain qui va progressivement libérer la communauté juive, 494 arrêtés de nomination d'administrateurs provisoires sont publiés au "Journal officiel de l'Algérie", arrêtés qui totalisent 2.900 entreprises et biens juifs. Quant au nombre d'administrateurs provisoires, toujours suivant cette même source, ils sont au nombre de 384 : Combien parmi eux de Pieds-Noirs et de Musulmans en proportion ?

-        Dans un article à paraitre, vous rapportez le témoignage très émouvant de José Aboulker. José Aboulker, décédé récemment, était un grand résistant, Compagnon de la Libération, un des artisans de la réussite du débarquement allié en Algérie. Il vous a témoigné : "Alors que les Pieds-Noirs se disputaient les biens juifs saisis et vendus, pas un Arabe n'en a acheté. La consigne en fut donnée dans les Mosquées : les Juifs sont dans le malheur, ils sont nos frères". Vous, vous dites qu’à partir d'une compilation d'archives rapatriées en France, que cette affirmation est à nuancer. En même temps, le nombre d'administrateurs musulmans demeurait très faible : alors pourquoi ?


Un sujet très précis, donc, mais fort original, et qui intéressera je l'espère bien au delà de mes auditeurs originaires d'Algérie !

J.C

13 février 2014

Pour en finir avec la théorie du complot



Coup de colère du site libanais Raseef22 contre la tendance de nombreux Arabes à voir dans l'Histoire une succession de complots dirigés contre eux. Une explication confortable qui dispense de toute autocritique.

Si vous interrogez des Arabes sur la cause de tous leurs malheurs, beaucoup vous répondront par un mot : complot. La théorie du complot est devenue un trait de la mentalité arabe, théorie confortable qui vous dispense de faire l'effort de réfléchir aux causalités comme de faire votre autocritique. Elle permet au contraire de se considérer comme une victime et de croire que tout irait bien sans les manigances de l'ennemi.
Généralement, les adeptes de cette théorie n'ont pas beaucoup de mal à en démontrer la véracité. Les interventions étrangères sont là pour ça, même celles qui celles qui sont motivées par des événements locaux.
Aussi beaucoup d'entre nous continuent-ils de parler avec volubilité des Protocoles des sages de Sion, preuve, selon eux, qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour comprendre que les événements historiques peuvent tous être attribués à une poignée d'êtres maléfiques déterminés à établir leur domination sur les peuples de la terre entière.

L'exemple du 11 septembre 2001

Depuis leur traduction en arabe, nombreux sont ceux qui sont convaincus de leur véracité. Selon eux, ces Protocoles prouvent que les Juifs dirigent un complot international afin de contrôler le monde. Et cela alors qu'on sait aujourd'hui qu'il s'agit d'un faux [rédigé par la police secrète russe en 1901, à l'époque du tsar Nicolas II, et destiné à servir la propagande antisémite].
De grands intellectuels arabes, tels que [l'intellectuel et militant politique égyptien] Abdelwahhab El-Messiri et [l'universitaire et écrivain égyptien]  Youssef Ziedan, ont écrit qu'il s'agissait d'un faux. Ils sont même allés plus loin en expliquant qu'y accorder crédit ne faisait qu'ajouter au désespoir des Arabes et leur valait la réputation d'être racistes.
Or beaucoup persistent à ne pas vouloir se libérer de ce cocon intellectuel qui entrave la liberté de pensée, mais leur permet de se sentir dans le rôle confortable de la victime qui mérite la compassion.
Autre exemple, plus récent : les attentats du 11 septembre 2001. Le moins qu'on puisse dire est qu'ils font l'objet de suspicion. En interrogeant les ressortissants des pays arabes, on serait surpris de voir combien d'entre eux croient que ce sont les Etats-Unis eux-mêmes – ou Israël, leur allié – qui les ont organisés, et ce afin de justifier leur guerre contre le monde arabe et musulman.

Une des assertions qu'on entend souvent est que des milliers de Juifs ne seraient pas allés travailler ce jour-là. Ils auraient été avertis à l'avance des attentats. Ceux qui avancent cette thèse n'expliquent pas comment des milliers de gens auraient pu être suffisamment discrets pour que rien ne filtre d'une information de cette importance.

Des problèmes qui sont les nôtres

Le New York Times a mené l'enquête pour arriver à la conclusion qu'en réalité 15 % des victimes étaient des Juifs. Pour ceux qui voudraient le vérifier, les noms et les photos des victimes sont toujours disponibles. Or ces informations ne semblent pas être parvenues jusqu'aux Arabes. Qui plus est, ceux-ci se montrent inébranlables dans leur conviction qu'il y a eu complot, quand bien même Oussama Ben Laden a reconnu et revendiqué avoir été à l'origine des attentats.

Le dernier exemple en date de théorie du complot répandue dans la presse arabe, c'est le "complot du 'printemps arabe'". Celui-ci découlerait du concept du "chaos créateur" cher à l'administration américaine de George W. Bush, qui voulait provoquer des changements substantiels dans la région grâce à la guerre d'Irak.

La question qu'on peut se poser est la suivante : comment un acteur, quelle que soit sa puissance, pourrait-il détruire toutes les digues et provoquer un déferlement d'événements incontrôlables tout en croyant qu'il arrivera à les maîtriser ? De même, quel intérêt y aurait-il à provoquer la chute de régimes tels que celui de Hosni Moubarak en Egypte et de Zine Al-Abidine Benali en Tunisie, fortement liés à l'Occident, pour parier sur un avenir incertain ?

Oui, l'Otan est intervenu en Libye. Oui, l'Occident est intervenu au Yémen. Oui, tout le monde intervient désormais en Syrie. Mais ces interventions sont-elles le seul élément qui compte dans tout ce qui s'est passé ? Pensons-nous réellement que les peuples arabes sont si inconscients que tout ce qui se passe chez eux ne peut avoir pour origine qu'un complot ourdi à l'étranger ? Nos propres pathologies intellectuelles, sociales et économiques dépassent de loin les capacités d'une quelconque puissance étrangère pour créer les problèmes qui sont les nôtres.

Ali Adeeb, site libanais Raseef22

Traduction "Courrier International", 26 décembre 2013