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09 mars 2014

Ultra-droite: des musulmans à la rescousse



Mariage, famille... la bataille des valeurs favorise le rapprochement entre certains catholiques et musulmans. Les réseaux se tissent et s'entremêlent. 

On croise beaucoup de gens au Marco Polo, le restaurant italien situé près du Sénat, qui appartient à Renato Bartolone, le frère de Claude, président de l'Assemblée nationale. Le jeudi 30 janvier, Christine Boutin y déjeune. Elle s'apprête à partir quand elle aperçoit le journaliste Eric Zemmour, qui partage un café avec l'avocat Karim Achoui. 
L'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy s'invite à leur table et leur offre un deuxième café. "La famille, la patrie, la religion : nous combattons pour les mêmes valeurs", confie Achoui, élu "personnalité de l'année 2013" par le site communautaire musulman aux 6 millions de connexions mensuelles Oumma.com. Il ajoute : "Autour de moi, ceux que je sonde se sentent aujourd'hui plus représentés par Alain Soral que par Jamel Debbouze." Achoui-Boutin, drôle de tandem? Pas tant que ça : nombre de Français musulmans partagent, depuis quelques mois, les mêmes préoccupations que la droite ultra. 

Additionner les forces

Le 31 janvier, installées dans les moelleuses banquettes de l'hôtel Lutetia, Christine Boutin et Farida Belghoul, qui se sont revues le 19 février, en conviennent : il faut additionner leurs forces. La seconde vient de tétaniser le ministère de l'Education nationale en organisant les "journées de retrait". A coups de tracts et de SMS rédigés en français ou en turc, des enfants ont été retirés de leurs écoles en raison d'un supposé enseignement de la théorie du genre. 
Dans certains établissements de Seine-Saint-Denis, le taux d'absentéisme a atteint 50%. Ce succès et son fondement intéressent Christine Boutin : des places sur sa liste pour les prochaines européennes, baptisée "Force vie", seront réservées à des membres de l'entourage de Farida Belghoul. "Il y aura des musulmans à mes côtés", promet Boutin. Ils côtoieront Samuel Lafont, une des figures de la Manif pour tous, tête de liste pour la circonscription Sud-Est, présent à Paris le 25 février lors de la présentation de l'équipe. 

L'islam, "religion de droite"

Samuel Lafont a l'habitude de croiser des musulmans : il connaît bien, par exemple, Camel Bechikh. Président de l'association des Fils de France, ce proche du recteur de la mosquée de Bordeaux appartient au comité de direction de la Manif pour tous, à la suite de sa rencontre avec Frigide Barjot dans un café de Montparnasse, en 2012. Le mariage homosexuel n'est pas son seul sujet. 
Le 2 novembre 2013, lors d'une conférence à la mosquée de Moissy, il tente de convaincre un auditoire initialement un peu sceptique : "Il n'y a pas d'antagonisme entre l'identité musulmane et l'identité française. Il peut même y avoir une symbiose." Une symbiose telle que Bechikh a aidé un chrétien, Marc George, à se convertir. Ancien du Front national, ami de Dieudonné depuis 2006 et un temps très proche d'Alain Soral, George dirige le site Média libre et raconte sa transformation religieuse : "J'ai toujours fondamentalement pensé que l'islam était une religion de droite. Il combat la pornographie, la promotion de l'homosexualité et défend la famille traditionnelle. Pour moi, le catholicisme est souvent un peu étriqué, un peu pincé et sociologiquement trop marqué. D'ailleurs, le cardinal André Vingt-Trois a condamné Dieudonné."  
Si beaucoup de militants, catholiques notamment, s'en défendent, l'antisémitisme a favorisé le rapprochement entre des musulmans et les amis de la droite ultra. Lors de la manifestation "Jour de colère", le 26 janvier, le mot "Juifs ! Juifs ! Juifs !" a été scandé par des nervis, donnant l'impression qu'un lynchage se préparait. Pour justifier leurs slogans haineux, les uns et les autres se répètent en boucle le numéro de force de Benyamin Netanyahou, à Toulouse, le 1er novembre 2012. Ce jour-là, sur les lieux de la tuerie de Mohamed Merah, le Premier ministre israélien avait tenu un discours offensif et chanté "Am Israel hai" ("le peuple d'Israël est vivant"), devant François Hollande, qui avait par la suite qualifié cette attitude de "pas correcte". 
Le juif, cet ennemi commun des fondamentalistes de l'islam et des ultras du conservatisme, explique aussi le soutien de pays arabes à des organisations d'extrême droite. La république islamique d'Iran a vu d'un bon oeil la constitution, pour les élections européennes de 2009, d'une liste antisioniste en Ile-de-France, emmenée par Dieudonné et Alain Soral. D'un si bon oeil qu'en mars 2013, à l'occasion d'un déplacement à Nice, Alain Soral déclare : "Si on a pu faire la liste antisioniste, qui a coûté 3 millions d'euros, c'est parce qu'on a eu l'argent des Iraniens. Il faut le dire. Il faut être honnête [...]. Surtout qu'on les a perdus car, pour être remboursé, il fallait faire 5% minimum." A la fin d'août 2013, dans une vidéo postée sur Internet, un excolistier de Soral et de Dieudonné, Ahmed Moualek, exige des explications de la part de ses anciens partenaires. Cherchant à savoir où est passé l'argent, il en appelle au ministre de l'Intérieur pour faire la lumière sur cette affaire. Sur son site Internet, Egalité et réconciliation, Alain Soral adopte une ligne de défense surprenante : "Il faut bien sûr imputer [le chiffre de 3 millions d'euros] à la fatigue et corriger en 300 000." 
En réalité, l'éventualité d'un financement iranien a déjà fait l'objet d'un signalement au parquet de Paris, à l'initiative du Conseil représentatif des institutions juives de France, le 17 mai 2013. La police judiciaire parisienne a alors saisi les relevés de comptes que Dieudonné avait déposés à la Commission nationale des comptes de campagne, qui les avait validés. Ces documents font état de 5 796 euros de dons seulement. Aucune trace de financement par un pays étranger n'ayant été détectée, l'enquête préliminaire vient d'être classée. A l'extrême droite, cette proximité nouvelle bouscule les habitudes et pose quelques problèmes de voisinage. 
La très catho-compatible Action française a retiré son soutien officiel à Jour de colère en apprenant celui de Dieudonné. Un membre du Printemps français dit regretter la mise en avant des musulmans lors des manifestations contre le mariage homosexuel. La croix et le croissant peuvent flirter, pas forcément se marier.  

Tugdual Denis, Libie Cousteau et Eric Pelletier
L'Express, 5 mars 2014

06 mars 2014

Vive le général Degoul !


Le sourire du mois

- mars 2014


Ce n'est pas un "fake" mais bien la plaque d'une rue ... à Gaza City !

Elle a été nommée ainsi en l'honneur du personnage historique, dont les dirigeants du Hamas n'ont retenu, bien sûr, que la fameuse "politique arabe". Dommage pour l'orthographe. Et dommage pour l'ambassadeur "officieux" de la France auprès des Palestiniens, l'ancien consul général de France à Jérusalem Frédéric Désagneaux, qui participa à son inauguration en 2012.

J.C

03 mars 2014

#NotAMartyr : au Liban, la protestation gagne les réseaux sociaux

L’année 2013 a été une année noire pour le Liban. Fin décembre, un nouvel attentat a provoqué la mort d’un jeune adolescent, dont la photo prise juste avant le drame a fait le tour du web. Depuis, les Libanais se mobilisent sur les réseaux sociaux pour dénoncer les conséquences d’un conflit dont ils ne veulent pas faire partie.
Vendredi 27 décembre, un attentat à la voiture piégée a frappé le centre-ville de Beyrouth, la capitale libanaise, provoquant la mort de sept personnes.

Un tragique « selfie »
Parmi les victimes se trouvait Mohammad Chatah, ancien ministre et proche de l’ex-Premier ministre libanais Saad Hariri, opposé au régime syrien. Les médias internationaux ont tous relaté la mort tragique de ce ténor de l’opposition au régime de Bachar al-Assad.
Mais sur les réseaux sociaux, l’attention s’est également portée sur une autre des victimes de l’attaque : un jeune garçon de 16 ans, Mohammad Chaar, qui se trouvait par hasard sur le lieu de l’explosion avec des amis.

La photo prise quelques minutes avant l'attentat à la voiture piégée à Beyrouth, Liban. 



 Mohammad Chaar, en rouge, a succombé à ses blessures quelques temps après.

Quelques minutes avant le drame, l’adolescent posait sur une photo avec ses trois amis, souriant, vêtu d’un pull rouge. Le « selfie », autoportrait réalisé avec un smartphone posté sur Internet, a fait le tour du web.
Une deuxième photo du jeune Mohammad, couché, la tête ensanglantée sur le trottoir, a révélé aux internautes la mort tragique du garçon, qui s’était éloigné quelques instants de son groupe d’amis.

Des victimes oubliées
Dans un article publié le lendemain sur son blog BeirutSpring.com intitulé « La mort de deux Mohammad », le blogueur Mustapha Hamoui écrit qu’« il y a beaucoup de façons d’analyser l’attentat [...] : la politique, les luttes de pouvoir, les guerres régionales ».
« Mais j’ai peur que nous ne devenions un peu trop insensibles », déplore-t-il, « et que nous oubliions vite des personnes comme Mohammad Chaar et Mohammad Chatah dont la vie, dans toute sa richesse et sa splendeur, est piétinée avec tant de désinvolture par cette folie monstrueuse ».
C’est pour lutter à la fois contre cet oubli et cette « folie monstrueuse » que des milliers d’internautes libanais se mobilisent, depuis l’attaque, sur les réseaux sociaux et notamment sur Twitter sous le hashtag #NotAMartyr (#PasUnMartyr).
Dans ce tweet, cette internaute écrit : « Je n’ai pas envie de penser que c’est mieux de ne pas mettre sa ceinture parce qu’en cas d’explosion je pourrais sortir plus facilement de la voiture ».
Messages militants
Une page Facebook « I am NOT a martyr » (« Je ne suis PAS un martyr »), sur laquelle les internautes sont invités à partager des photos et des messages de soutien ou de colère, a même été créée. Près de 6000 personnes ont déjà rejoint la page et des dizaines de Libanais ont publié des « selfies » militants, en hommage au jeune Mohammad.
Les Libanais à l’origine du mouvement « NotAMartyr », lancé le 30 décembre, indiquent sur leur page Facebook qu’ils sont « des victimes, pas des martyrs ». « Nous refusons de devenir des martyrs. Nous refusons de rester des victimes. [...] Nous sommes en colère, tristes, et frustrés à cause de la situation actuelle de notre pays. Mais nous ne sommes pas sans espoir. Et nous avons des rêves pour notre pays », peut-on lire sur le descriptif de la page. « Nous savons que nous ne sommes pas seuls ».
Sur son blog The Lebanese Expatriate, le blogueur libanais écrit que « Mohammad Chaar n’est pas un martyr, il n’a pas choisi de combattre pour un côté contre l’autre. [...] Il n’approuvait pas la violence et n’était pas prêt à sacrifier sa vie pour une cause politique ou religieuse. Mohammad n’est pas un martyr, Mohammad Chaar est une victime ».

Aux grands maux les petits remèdes
Les images postées par les internautes dénoncent pour la plupart les problèmes de sécurité dans le pays et l’utilisation abusive du mot « martyr » par les politiciens et les médias.
Mais le phénomène s’étend maintenant à d’autres maux de la société libanaise, certains critiquant avec ces messages simples et courts la corruption, le sectarisme ou le manque de liberté dans le pays, comme le chanteur libanais homosexuel Hamed Sinno, qui défend ici le droit de « tenir son ami par la main sans avoir peur de la police ».

Anaïs Lefebure,
JOL, 8 janvier 2014

Capture d'écran de la page Facebook I am NOT a martyr. "Vous devez arrêter le sectarisme, et la violence" écrit notamment ce jeune homme.
Capture d'écran Facebook

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/au-liban-la-rebellion-passe-par-les-selfies_1317186.html#XbZ5IQlYMhGFeMpF.99

02 mars 2014

Marchands de fruits à Alep ...


 
J'ai découvert cette photo sur la page FaceBook "Al Monitor", qui fait partager en arabe, hébreu et anglais des dépêches d'actualité sur le Moyen-Orient. Et je l'ai trouvée tout à fait bouleversante, ce qui m'a donné envie de la partager avec vous.

Il faut dire que cette vision quasi surréaliste de marchands de fruits présentant leurs étals dans une rue bordée de ruines m'a immédiatement fait penser au beau témoignage de Jean-Pierre Filiu, "Je vous écris d'Alep", qui a dernièrement servi de trame à une émission.

La photo a été prise dans la grande métropole syrienne, dans le quartier de Shaar plus précisément, le 16 février 2014. Les forces du régime y ont procédé dernièrement à de violents bombardements.

J.C