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05 mai 2015

Deux photos pour deux rencontres ...



J'ai eu le plaisir, il y a quelques semaines, de faire deux rencontres originales, la première dans un cadre privé, la seconde dans celui de mes activités d'animateur de la Commission du CRIF pour les relations avec les Musulmans. Soyons un peu plus précis : rencontrer des personnalités musulmanes fait partie de mon "scope" d'activités régulières, dans le cadre de différentes institutions ou sur notre radio Judaïques FM ; dans notre triste époque de peur et de repli communautaire, cela semble déjà étrange à beaucoup de membres, actifs ou anonymes, de la communauté juive et c'est bien désolant. Mais comme vous le verres, ces deux rencontres étaient vraiment singulières du moins par rapport aux préjugés que j'avais personnellement !



Première rencontre, privée, en compagnie d'une douzaine de personnes de plusieurs origines et religions, le 13 avril dernier. Sur cette photo, on me reconnait en compagnie d'un dignitaire chiite, à mes côtés sur ma gauche. Il s'agit de Muhammad Ali Al-Husseini, "Zayed" (descendant du Prophète) et personnalité connue sur la scène politique libanaise.
Un personnage étonnant, car bien que chiite il est en opposition officielle contre le Hezbollah, qu'il juge inféodé à l'Iran, donc ennemi des réels intérêts arabes.  Voir par exemple en quels termes il parle des projets iraniens - et de Nasrallah son supplétif dans la guerre civile en Syrie -, dans cette vidéo tournée il y a peu sur un chaine de télévision libanaise (vidéo en arabe, sous-titrée en anglais, trouvée sur Memri TV). Muhammad Ali Al-Husseini croit aussi en la réconciliation entre Juifs et Arabes, comme on le lira sur cet article du "Times of israël".

 

Deuxième rencontre le 15 avril, cette fois au CRIF où nous avons reçu Tarek Oubrou, Recteur et Imam de la Grande Mosquée de Bordeaux, écrivain et personnalité connue de l'Islam de France. Cette fois-ci, il ne s'agissait pas de préjugés vis à vis des Chiites, mais envers un membre éminent de l'UOIF, Union des Organisations Islamiques de France, réputée proche des Frères Musulmans et surtout, ayant pris des positions en flèche vis à vis du conflit israélo-palestinien, notamment lors de la première guerre de Gaza à l'hiver 2008-2009 ce qui avait gelé les relations avec notre institution. Or, par ses prises de position publiques ainsi que dans plusieurs de ses livres, il s'est positionné comme un avocat d'un "islam libéral", ce qui pour beaucoup semble contradictoire avec sa présence au sein de l'UOIF.

Sur ce sujet, comme sur beaucoup d'autres, il s'est expliqué franchement, et j'en ai rendu compte de manière assez complète dans le compte-rendu de cette réunion publié sur la newsletter du CRIF ; on pourra le lire sur ce lien.

J.C

21 novembre 2014

L'UOIF classée «organisation terroriste» par ... les Emirats arabes unis



L'Union française, proche des Frères musulmans, envisage des recours contre cette décision «aussi insultante que ridicule».

L’Union des organisations islamiques de France (UOIF), proche des Frères musulmans, a dit avoir découvert avec «stupeur et colère» sa présence sur une liste d'«organisations terroristes» établie par les Emirats arabes unis. Cette liste publiée samedi par cet Etat participant à la coalition internationale anti-jihadistes menée par Washington recense 83 groupes, basés pour la plupart en Syrie.

Al-Qaeda, l’organisation Etat islamique (EI), la confrérie des Frères musulmans et ses diverses déclinaisons dans le monde y figurent. «C’est avec stupeur et colère que l’UOIF a découvert qu’elle figurait dans une liste d’organisations qualifiées de terroristes par les autorités politiques des Emirats arabes unis», peut-on lire mardi sur le site internet de l’organisation française.

«Plusieurs autres organisations musulmanes occidentales sont également injustement listées», poursuit le communiqué, qui cite le Conseil des relations américano-islamiques (Cair), l’ONG internationale Islamic Relief ou encore la Fédération des organisations islamiques en Europe (FOIE), toutes proches ou issues des Frères musulmans. «Cette qualification, aussi insultante que ridicule, porte atteinte non seulement aux musulmans de France et à leurs institutions représentatives mais aussi à notre pays et à son image dans le monde», estime l’UOIF, qui «étudie toutes les voies et se réserve le droit d’agir afin d’obtenir réparation».

L’UOIF, qui revendique 250 associations membres dont des gestionnaires de mosquées, est l’une des principales organisations structurant le paysage musulman français avec la Grande mosquée de Paris (liée à l’Algérie), le RMF et l’UMF (de sensibilité marocaine) ou encore le CCMTF (Turcs). Si elle ne participe plus aux instances dirigeantes du Conseil français du culte musulman (CFCM), l’instance représentative de la première communauté musulmane d’Europe (4 à 5 millions de membres), l’UOIF organise chaque année au Bourget (Seine-Saint-Denis) un événement présenté comme le plus gros rassemblement musulman du monde occidental, avec plus de 150 000 visiteurs.

Ces dernières semaines, l’organisation française a condamné à plusieurs reprises les agissements du groupe EI, signant un «appel des musulmans de France» à son encontre et fustigeant la «déportation de chrétiens en Irak».

Source : AFP, le 18 novembre 2014

28 avril 2014

Choses entendues lors du 31ème congrès de l'UOIF



FIGAROVOX/TRIBUNE- La démographe Michèle Tribalat a écouté les propos tenus lors du 31ème Congrès de l'Union des Organisations Islamiques en France. L'antisémitisme y occupait une place de choix, et le djihad en Syrie n'a pas été condamné.

L'Union des Organisations Islamiques en France (UOIF) vient de tenir sa 31ème rencontre des musulmans de France au Bourget2. Le sujet du congrès était «Quelles valeurs pour une société en mutation? L'homme, la famille et le vivre-ensemble». Les débats et interventions étaient retransmises en direct sur UOIF-tv. J'ai donc pu suivre quelques heures de ce congrès. Il y a été beaucoup question de la famille, de l'école et des moyens de maintenir une communauté de musulmans soudée. On a parlé de la conduite exemplaire que devaient avoir les adultes, et notamment les parents pour imprégner les enfants des bons comportements. À ce propos, Nouria Addou a fustigé le comportement du Président de la République, qui a eu une compagne et des enfants qu'il a quittés pour une nouvelle compagne, qu'il a quittée à nouveau pour un flirt, comportement d'après elle typique d'une société qui privilégie le plaisir à l'attachement. Ce défaut d'engagement et ce privilège accordé au plaisir, elle le voit aussi à l'œuvre chez les jeunes dont certains préfèrent le mariage musulman au mariage civil. Ce qu'elle déplore.

Mais il n'a pas été question que de famille. Malheureusement, l'antisémitisme a occupé une place de choix avec l'intervention de Hani Ramadan (le frère de Tariq), directeur du Centre islamique de Genève et présenté comme un «invité de marque» sous les applaudissements du public. Tout en France, et dans le monde, est fait pour contrarier les musulmans. Il déclare qu'en France on a vu un ministre «qui clairement porte la kippa» s'en prendre aux femmes voilées pour condamner ensuite hypocritement des agressions de ces dernières. Qu'il s'agisse de la France, de la situation en Egypte, de la guerre en Syrie, de l'Irak, du Rwanda, de la Centrafrique, tout provient d'une main qui agit dans l'ombre. Et quelle est cette main? La barbarie sioniste, dixit. Tout le malheur provient des juifs qui n'ont qu'une idée en tête, concrétiser le rêve du grand Israël. «L'islam est agressé de toutes parts». Le danger est aussi en Europe avec les lobbies financiers qui pratiquent l'usure. Ces lobbies ne comptent plus seulement des juifs, mais aussi les pétromonarchies arabes, qu'Hani Ramadan a apparemment «dans le nez». À quoi s'occupent ces lobbies? À renforcer la crise financière, la misère. Les médias aussi, qui alimentent la peur de l'islam, sont financés par ces lobbies. Les médias sont dominés par les sionistes nous dit-il. Mais ce n'est pas mieux chez les politiques. Aux Etats-Unis, personne ne peut être élu président sans avoir été faire des courbettes auprès de l'AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), nous explique-t-il. Même chose en France où l'on ne peut, d'après lui, être élu sans l'approbation du CRIF3 qui, en fait, dirigerait dans l'ombre.

Contre ces manigances internationales du pouvoir sioniste, un seul rempart, l'islam. Quelle qu'en soit la tendance, qu'il s'agisse du tabligh, des salafistes ou des frères musulmans. Il n'en réfute aucune et les déclare au contraire complémentaires. Il ne trouve rien à dire à ceux qui s'en tiennent à la lettre du Coran et de la Sunna. Les salafistes eux aussi ont leurs savants réputés, explique-t-il. Il ne condamne pas non plus les jeunes gens partis mener le djihad en Syrie - «ce n'est pas mal de se rendre en Syrie pour accomplir l'aide humanitaire et au niveau de sa personne» - alors même que quelques instants auparavant, l'association Syrie libre avait condamné ces départs de jeunes Français en Syrie.

Michèle Tribalat
Le Figaro, le 23 avril 2014

Michèle Tribalat a mené des recherches sur les questions de l'immigration en France, entendue au sens large, et aux problèmes liés à l'intégration et à l'assimilation des immigrés et de leurs enfants. Son dernier livre , Assimilation: la fin du modèle français1 est paru aux éditions du Toucan.