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21 mars 2021

Qui se souvient de Cécile Bougourd ?

 

La mosquée Halfaouine, toile de Cécile Bougourd

Une toile sur la Toile

mars 2021

License de la photographie

Drôle de titre, en effet. Mais j’ai moi-même découvert cette artiste peintre d’il y a plus de 100 ans, en surfant au hasard d’une page Facebook dédiée à la peinture tunisienne.

Tunisienne, Cécile Bougourd (1857–1941) ne l’était pas. Mais déjà connue en France essentiellement pour ses tableaux de fleurs, elle fut prise comme beaucoup « à la belle époque des colonies » d’une passion orientaliste, dont il nous reste plusieurs œuvres magnifiques ; comme celle-ci représentant la mosquée Halfaouine. Elle l’a réalisée, comme de nombreuses autres lors de séjours prolongés en Tunisie, qui était à l’époque un protectorat français.

Article Wikipedia sur l'artiste

J.C

18 mars 2021

« Pour une majorité d’Etats arabes, la guerre avec Israël, motivée par l’affaire palestinienne, c’est terminé »


 Avec la normalisation des relations entre Israël et la plupart de ses voisins, c’est une nouvelle donne géopolitique qui s’impose, structurée notamment par l’expansionnisme iranien, estime dans sa chronique Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».

Chronique. Le 8 mars, une étonnante formation aérienne a sillonné le ciel du Moyen-Orient. Deux bombardiers stratégiques américains, des B-52H, étaient en exercice de démonstration de force. C’est l’accompagnement qui a retenu l’attention : des chasseurs F-15 israéliens, puis saoudiens et qataris. Le Pentagone a parlé d’une « patrouille multinationale » – américano-israélo-arabe.

La même semaine, Thomas Friedman, l’un des chroniqueurs du New York Times, relevait ce chiffre : depuis octobre 2020, et l’annonce de la normalisation des relations entre Israël et l’Etat des Emirats arabes unis (EAU), 130 000 Israéliens ont visité Abou Dhabi, la capitale des EAU. Le vol El Al Tel-Aviv - Abou Dhabi ne désemplit pas. Les ressortissants de l’un et l’autre pays sont dispensés de visa. Les puissants fonds financiers émiratis envisagent des participations dans la haute technologie israélienne.

Signataire avec l’EAU des « accords d’Abraham » – sur l’établissement de liens officiels avec Israël –, le micro-émirat de Bahreïn fait appel, poursuit le New York Times, à l’Israel’s Mekorot National Water Company pour désaliniser l’eau.

« La diplomatie d’Abraham », prophète œcuménique, n’aurait pas eu lieu sans le feu vert de l’Arabie saoudite. Elle a été approuvée par la Ligue arabe – en dépit des protestations des Palestiniens. Initiative de l’administration Trump, elle a été saluée aux Etats-Unis bien sûr, républicains et démocrates à l’unisson, mais aussi en Europe, à Moscou et à Pékin, chacun ânonnant un vague couplet sur la question palestinienne.

Après une longue brouille de nature politico-idéologique, l’émirat du Qatar se réconcilie, un peu, avec la maison des Saoud, mais sans suivre encore la ligne abrahamique. Cependant, à la demande d’Israël, le Qatar achemine régulièrement une assistance humanitaire à Gaza, ce territoire palestinien que contrôle le Hamas, rappelle Gilles Kepel dans son dernier livre – « Le Prophète et la pandémie ».

Premier Etat arabe à ouvrir une ambassade à Tel-Aviv (en 1979), l’Egypte du maréchal Abdel Fattah Al-Sissi coopère aujourd’hui avec l’armée israélienne contre les réseaux gangstero-islamistes du Sinaï. La Jordanie – qui a suivi l’exemple de l’Egypte en 1994 – entretient depuis les meilleures relations avec Tsahal.

Echec du nationalisme arabe

Comme le remarquait dès l’automne 2020 le journaliste Guy Sitbon, savant vétéran des aventures du Moyen-Orient, « personne ne l’annonce, mais la guerre est finie ». Pour une majorité d’Etats arabes – on ne parle pas de l’opinion arabe –, l’état de guerre avec Israël, motivé par l’affaire palestinienne, c’est terminé.

On dira que cette situation ne date pas d’hier, mais les « accords d’Abraham » l’officialisent. Il y a des évidences qui gagnent à être expressément formulées. Ces accords « enterrent le conflit israélo-arabe comme facteur structurant le Moyen-Orient », écrit Kepel. L’histoire a besoin de marqueurs : « On tourne la page de la résolution [de la Ligue arabe] de Khartoum dont les signataires, au lendemain de la guerre de juin 1967, s’engageaient, selon la règle des trois “non”, à refuser à Israël toute paix, reconnaissance ou négociation. »

Les raisons qui expliquent la marginalisation de la question palestinienne sont nombreuses : fin de la guerre froide ; échec du nationalisme arabe ; moindre importance du pétrole moyen-oriental ; coupable complaisance américaine et européenne pour la colonisation israélienne ; division du mouvement national palestinien ; explosion du radicalisme djihadiste.

On s’arrêtera sur l’une d’elles : l’expansionnisme iranien dans le monde arabe. Agressée dès sa naissance par les régimes arabes – auxquels, il est vrai, elle promettait le pire –, la République islamique, née en 1979, avait bien des raisons de vouloir une ligne de défense au-delà de ses frontières.

Au fil des ans, des guerres et des interventions américaines, notamment, Téhéran va constituer son « croissant chiite » – cette sorte de dominion arabe où, par milices chiites locales interposées, l’Iran contrôle pour partie le pouvoir en Syrie et vassalise l’Irak et le Liban. Chacune de ces situations a son histoire et sa singularité. La théocratie iranienne, portant haut et fort la cause palestinienne et mettant en doute la pérennité d’Israël, a su, parfois, s’attirer les sympathies de l’opinion arabe.

Menace existentielle

Mais cet expansionnisme iranien, durable et prédateur, exercé par un pays aux desseins nucléaires pour le moins ambigus, est aujourd’hui vécu comme une provocation pour une partie de l’opinion arabe et comme une menace quasi existentielle pour les régimes en place – à Riyad comme à Jérusalem. L’impérialisme « perse » a déclassé la question palestinienne et a fait naître l’alliance israélo-arabe.

Les trois puissances non arabes de la région – l’Iran, Israël et la Turquie – y jouent aujourd’hui un rôle prépondérant. Leurs interactions façonnent le Moyen-Orient. les Israéliens confortent leur alliance anti-iranienne avec les Arabes. Les Iraniens s’accrochent à leur « croissant chiite ». La Turquie de Recep Tayyip Erdogan joue sur tous les tableaux, pour satisfaire un furieux tropisme de revival néo-ottoman.

Les Etats-Unis restent la puissance stratégique dominante au Moyen-Orient. Profitant des guerres de Syrie, la Russie a retrouvé sa place. La Chine s’impose économiquement et déploie un réseau portuaire de plus en plus dense. L’Europe n’est pas absente. Mais la fin du conflit israélo-arabe a autonomisé la région. Kepel parle joliment d’un « Moyen-Orient désinhibé par rapport aux grandes puissances ». Une autre histoire a commencé.

PS : consacré à Erdogan, le dernier numéro de « La Revue des deux mondes » (mars 2021) décrypte en détail « Le spectre ottoman ».

Alain Frachon,

Le Monde, 11 mars 2021

16 mars 2021

La France n’a pas trouvé de vaccin contre le Covid-19. Voici pourquoi

 Le journal « Le Monde » propose, sur les sujets les plus divers, de vidéos qui sont un modèle de synthèse didactique : aller droit au but, dans une durée qui ne dépasse pas 10 minutes, un véritable régal quelque part entre les documentaires de la télévision souvent trop détaillés, et les mini-dossiers des J.T du 20 heures.

Le sujet est parfaitement crucial : comment expliquer que parmi les « grandes puissances », la France soit la seule qui n’ait pas mis au point de vaccin contre le COVID-19 ? Ce n’était pas seulement la faute à « pas de chance » ; mais à un vrai décrochage qui date d’il y a une dizaine d’années, quand – faute de moyens – le virage des biotechnologies n’a pas été pris à temps.

J.C


14 mars 2021

Leur rêve, notre cauchemar


 Poutine, encore.

Une amie de mon réseau, ici sur Facebook comme sur Twitter, a publié ce photomontage très réaliste. Elle y avait ajouté ce commentaire :

« Voilà le rêve des pro #QAnon. Trouvé sur un site français !!! » 

Le président russe, donc encore et toujours, idole de tous les « bruns rouges » qui pullulent sur les réseaux sociaux. Avec, sagement alignés derrière lui, des leaders des extrêmes-droites d’Europe et d’ailleurs, qui lui doivent tant dans leur ascension.

Faut-il ajouter une amère réflexion ? Dans ma propre communauté où les réflexes reptiliens tiennent de plus en plus lieu de « pensée politique », une admiration et une reconnaissance sans bornes pour « Donald Trump le meilleur président américain pour Israël » rendent de plus en plus inaudibles des discours contraires : la logique qui tue est en résumé : si Trump s’est comporté en voyou factieux, pas de problèmes ; et si lui est un « gentil », alors ses amis Marine Le Pen et Vladimir Poutine ne peuvent être foncièrement méchants.

J.C