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21 août 2015

Charles Landelle, une oeuvre d'Algérie

Femme de Tlemcen, toile de Charles Landelle

Une toile sur la Toile
- août 2015 

Charles Zacharie Landelle, né en 1821 à Laval, était un peintre de genre et portraitiste français. 

On trouvera une biographie largement illustrée sur ce lien.

Il se rendit régulièrement en Algérie pendant une douzaine d'années, y réalisa des portraits très réussis ... et j'ai en particulier apprécié la fraicheur de cette toile, qui réunit une femme et un petit enfant.

J.C

18 août 2015

BDS, dessous d'un boycott, par Laurent Joffrin

Laurent Joffrin

Introduction :

Comme le rappelle Laurent Joffrin au début de son éditorial, le tristement connu BDS a été au premier rang des manifestations, pétitions et apparitions médiatiques diverses ayant tenté sans succès - mais cela n'est pas rappelé ici - d'empêcher puis de perturber l'opération "Tel Aviv sur Seine". Le directeur de la rédaction de "Libération", journal souvent critique vis à vis de la politique des gouvernements israéliens et pas seulement de l'actuel, a eu le courage de remettre les pendules à l'heure en démontrant l'essentiel : le mouvement BDS est une organisation extrémiste, qui instrumentalise ses militants en vue de la destruction d'un Etat.

J.C

Edito
La modération est parfois trompeuse. En apparence, le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), qui coalise une myriade d’associations pro palestiniennes et qui a été au premier rang de la protestation contre l’opération «Tel-Aviv sur Seine» organisée par la maire de Paris, tient un discours raisonnable. L’État d’Israël, disent ses animateurs, viole les résolutions de l’ONU en maintenant son occupation des Territoires palestiniens et ne cesse de jouer le fait accompli en encourageant l’implantation de nouvelles colonies en Cisjordanie. En conséquence, plutôt que par l’action violente, BDS se propose de faire pression sur le gouvernement israélien en suscitant à travers le monde une campagne de boycott des produits israéliens.
Tout cela semble relever d’une action politique et pacifique comparable aux campagnes menées par tant d’ONG. C’est un fait que le gouvernement israélien poursuit une politique d’occupation qui n’a aucune base juridique et qu’il tend à rendre irréversible, en autorisant l’implantation de nouvelles colonies en territoire palestinien. Ces nouvelles colonies, totalement illégales, sont autant de provocations envers les Palestiniens et le monde arabe ; elles alimentent le discours des plus radicaux, délégitiment les Palestiniens partisans d’un compromis et suscitent chaque jour de nouveaux ennemis à Israël.
Pour autant, l’action de BDS pose question. Le boycott indistinct de tous les produits israéliens a d’abord pour effet de mettre tous ses citoyens dans le même sac et de sanctionner aussi ceux d’entre eux qui sont favorables à la paix. On ne peut pas assimiler Israël à une dictature où l’opinion ne compte pas. Quand Omar Barghouti, animateur et cofondateur de BDS, met Israël sur le même plan que le Soudan du général El-Béchir, islamiste implacable, où la guerre civile et la répression ont causé quelque 2 millions de morts, il pratique un amalgame inacceptable. Il est vrai que dans certains textes, le même Omar Barghouti compare aussi les Israéliens à des nazis… Aussi bien, les militants du boycott, qui agissent en principe au nom de valeurs universelles - le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et le droit international - se gardent bien de dénoncer les atteintes à ces principes quand elles sont le fait de certaines forces palestiniennes, par exemple le Hamas qui gouverne Gaza en pratiquant une répression impitoyable et qui use lui aussi de moyens de lutte cruels et contraires aux conventions internationales.
Mais l’essentiel n’est pas là. La charte de BDS, en effet, ne se contente pas de demander l’arrêt de la colonisation ou la fin de l’occupation israélienne. Elle exige aussi le retour sans conditions des réfugiés palestiniens sur leur terre d’origine. Là aussi, sous une apparence logique, cette revendication révèle la vraie nature des dirigeants de BDS, en tout cas de certains d’entre eux. Le retour en question, s’il se produisait un jour, rendrait les juifs d’Israël minoritaires dans l’État qu’ils ont créé et dont l’ONU reconnaît le droit à l’existence. Omar Barghouti ne le conteste pas. Il assure simplement que la situation des juifs dans cet État nouveau serait comparable à celle des juifs américains ou français, minoritaires dans leur pays mais néanmoins protégés et égaux en droit. C’est là qu’éclate l’artifice rhétorique. Comment les juifs qui ont souvent fui les pays musulmans par peur des discriminations, qui entendent chaque jour des extrémistes musulmans se répandre en imprécations antisémites, qui observent le sort réservé aux minorités non-musulmanes dans les pays où l’islamisme sévit, pourraient-ils accepter cette perspective, alors que le mouvement palestinien, à Gaza par exemple, comprend une composante islamiste puissante ? L’Autorité palestinienne ou encore la Ligue arabe le reconnaissent implicitement en souscrivant à une solution à deux États et en proposant, non pas le retour sans conditions, mais «une solution juste» pour les réfugiés, formulation très différente, qui suppose un compromis avec l’État d’Israël maintenu dans son droit à l’existence.
Barghouti prône une solution à un seul État. Certes, les militants de BDS ne sont pas forcément sur sa ligne et beaucoup ont pour but unique de faire pression pour qu’Israël abandonne sa politique de colonisation. Mais ceux-là doivent réfléchir à cette constatation : quelle est la force palestinienne la plus active qui demande aussi un seul État ? Le Hamas, qui prévoit, lui, que cet État unique sera un État islamique et qui reprend à son compte, dans sa charte, les clichés antisémites les plus éculés. En se donnant pour objectif final la transformation de l’État d’Israël en un autre État où les juifs seraient minoritaires - beaucoup y voient une disparition pure et simple dudit État - le fondateur de BDS rejoint, sous les atours d’une action légale et pacifique, les mouvements les plus extrémistes. Ainsi beaucoup de militants sincères, qui croient lutter pour le droit international, risquent de se retrouver instrumentalisés au profit d’une entreprise extrêmement douteuse.

Laurent Joffrin,

Libération, 14 août 2015

16 août 2015

Un sex-shop halal à l'assaut du monde musulman



El-Asira, un site néerlandais de vente de produits érotiques certifiés conformes à la loi islamique, a fusionné avec le géant allemand des sex-shops Beate Uhse. Objectif : se développer dans le monde musulman. Et pourquoi pas à La Mecque ?

Un sex-shop, même halal, à La Mecque, lieu saint par excellence pour les musulmans ? L’idée peut paraître saugrenue et provocatrice. Pourtant, cette perspective fait partie des projets de la fusion, entérinée mercredi 4 juin, entre le sex-shop halal néerlandais en ligne El-Asira (“la société” en arabe) et le géant allemand de l’érotisme Beate Uhse qui possède 96 enseignes dans 11 pays européens.
Nul ne sait quand ni si cette implantation en Arabie saoudite aura lieu. Mais la perspective d’une plus grande ouverture au monde musulman fait saliver Abdelaziz Aouragh, le fondateur d’El-Asira. “Il y a énormément de potentiel étant donné que nous nous adressons à un marché mondial de 1,8 milliard de personnes”, a-t-il expliqué à l’agence de presse AFP.
Même enthousiasme côté allemand. “Nous pouvons beaucoup apprendre d’El-Asira sur l’exploitation du marché érotique musulman”, a assuré Linda Blommaert, porte-parole de Beate Uhse. Pour les deux partenaires, ce marché à conquérir vaut plusieurs milliards d’euros.

Dix-huit produits érotiques conformes à la charia

Grâce à cette fusion, dont les détails financiers n’ont pas été révélés, Abdelaziz Aouragh escompte “amener nos 18 produits islamiques sur le marché à travers [le réseau de distribution] de Beate Uhse”. Une gamme d’accessoires érotiques certifiés conforme à la charia, d’après la charte d’El-Asira. Depuis 2010, ce site vend, par exemple, des huiles de massage sensuel et des gels qui ne contiennent ni alcool, ni gélatine, deux ingrédients interdits par la loi islamique. Ils sont composés, entre autre, d’huile de calambac ou de “bois d’agar”, l’une des matières premières les plus chères au monde.
En revanche, El-Asira ne propose pas certains produits traditionnels. Pas de DVD de films pornographiques, ni godemichets ou encore poupées gonflables. L’offre du site ne vise “pas l’acte sexuel, mais ce qui se passe autour. Nos produits améliore l’atmosphère et renforce le sentiment de sensualité”, assure Abdelaziz Aouragh.
Beate Uhse et El-Asira ne sont pas les seuls à s’intéresser aux désirs érotiques des musulmans. Depuis 2010, une femme exploite, au Bahrein, le magasin Manama, actuellement le seul dans le monde arabo-musulman à vendre des produits érotiques.

France 24.com, 
le 5 juin 2014

14 août 2015

Les coptes d’Égypte encore discriminés au quotidien

Manifestation de Coptes en Egypte

Dans la campagne égyptienne, les conflits entre coptes et musulmans dégénèrent souvent en violences. À Al-Aour et à Kafr Darwish, la peur des représailles a fait céder les habitants coptes. Le président Sissi multiplie pourtant les gestes symboliques à l’égard des chrétiens.

Le site de l’église des Martyrs d’Al-Aour est déjà cerné de hauts murs. À leur sommet, des tiges en métal doivent accueillir du fil barbelé. Le chantier est à peine commencé mais le lieu a déjà l’air d’un camp retranché. À quelques dizaines de mètres, les premières maisons de ce village pauvre du gouvernorat de Minya, en Moyenne-Égypte, apparaissent. La route qui y mène longe la future église, plantée au milieu des champs verdoyants.
Pour les Égyptiens, Al-Aour est associée au massacre de 21 coptes par Daech en Libye en février dernier : 13 d’entre eux en étaient originaires. Dans la cour de l’ancienne église, une immense photographie tirée de la vidéo diffusée par Daech rappelle le drame. Une petite dizaine de policiers armés de kalachnikovs gardent l’entrée. « Je suis heureux que l’État ait décidé la construction d’une nouvelle église : nous pourrons commémorer la mémoire des martyrs, et l’ancienne église était bien trop petite », assure le P. Makkar, le prêtre du village.

Comité de conciliation avec chrétiens et musulmans
En Égypte, la construction d’églises est soumise notamment à un décret présidentiel. Le président Sissi a autorisé la construction de l’église des Martyrs à Al-Aour juste après le massacre. Un geste contesté par des islamistes locaux dès le mois de mars. « Des musulmans venus d’autres villages ont manifesté. C’étaient surtout des jeunes peu éduqués, estime le P. Makkar. Ils disaient qu’une église était suffisante. La police est arrivée rapidement pour calmer la situation. »
Craignant que les troubles n’empirent, le gouverneur a établi un comité de conciliation réunissant notables chrétiens et musulmans. « Ils ont décidé de déplacer l’église », indique le prêtre copte-orthodoxe, qui assure ne plus avoir peur pour la sécurité des chrétiens, qui représentent presque la moitié du village. Pourquoi, alors, des murs et des barbelés ? Le P. Makkar reste vague : « Pour prévenir d’éventuels problèmes ». La présence policière l’empêchant de parler librement, difficile de savoir si les troubles se poursuivent.

Forte influence des salafistes et Frères musulmans
« Nous prions le même Dieu ! Comment un lieu de mémoire peut-il énerver autant ces gens ? », déplore Malak Choukri, frère d’un des martyrs. « Mais avec l’aide de Dieu, cette église sera construite ». L’armée est chargée du chantier, elle doit finir l’église pour le premier anniversaire du drame. Un pèlerinage y sera organisé chaque année.
Contrairement à ce qui se passe dans les grandes villes du pays, la police et l’armée sont peu présentes à la campagne et les islamistes – salafistes et Frères musulmans – y conservent une forte influence. « Ils ont attisé les frustrations des résidents locaux de ces zones pauvres. Ils leur ont dit que de plus en plus d’églises étaient construites », explique Mohamed Hamdouli. Ces derniers mois, ce dirigeant d’une ONG locale de droits de l’homme a recensé dans la région quatre incidents confessionnels aux conséquences graves.
Deux ans presque jour pour jour après la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l’armée, et malgré les gestes du président Sissi, les chrétiens d’Égypte sont toujours sur le fil du rasoir. « L’État veut montrer qu’il soutient les chrétiens. Mais les autorités travaillent au cas par cas. Il n’y a aucune stratégie pour s’attaquer à la discrimination sociale : la faute supposée d’un chrétien retombe toujours sur l’ensemble de la communauté », explique Ishak Ibrahim, spécialiste des violences sectaires à l’ONG Initiative égyptienne pour les droits individuels.

Au village de Kafr Darwish
Dans le gouvernorat de Beni Suef, entre Minya et Le Caire, le village de Kafr Darwish vit toujours sous haute tension. Au mois de mai, Ayman, un jeune originaire du village qui travaille en Jordanie, postait sur son compte Facebook une image interprétée comme une insulte au prophète Mohammed. « Nous l’avons tout de suite appelé : il nous a assuré que ça ne pouvait être lui, qu’il avait perdu son portable au moment du post », indique Emad Youssef, son frère. Un comité de conciliation a été établi : la famille a dû payer 50 000 livres (5 800 €) pour des projets communs dans le village.
La famille a aussi été expulsée temporairement, sur demande de la sécurité d’État. « C’est injuste, proteste le P. Hator, prêtre copte-orthodoxe à Kafr Darwish. Chacun doit être considéré comme innocent jusqu’à preuve du contraire. L’Église a proposé de payer la somme, pas pour le crime, mais pour calmer les esprits. » Comme à Al-Aour, c’est la peur des représailles qui a fait céder les chrétiens.
Comme l’Église ne parvenait pas à réunir l’argent, des manifestants ont attaqué les maisons chrétiennes dont celle du prêtre avec des cocktails Molotov. « Ils brisent les vitres de nos voitures, volent notre bétail, ravagent nos champs », décrit-il. Plusieurs habitants auraient été blessés. Les habitants déplorent le fait que la police ne fasse rien pour arrêter les suspects des violences, apparemment connus de tous. À Kafr Darwish comme Al-Aour, l’État égyptien est encore loin d’avoir tenu ses promesses d’égalité entre chrétiens et musulmans.

Rémy Pigaglio, à Al-Aour, Kafr Darwish

"La Croix", 15 juillet 2015