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26 novembre 2017

Migrants, Islam, la grande peur des Européens : Dominique Reynié sera mon invité le 3 décembre

Un groupe de migrants marche vers l'Autriche, au départ d'un camp basé à Sentilj, en Slovenie. Samedi 24 octobre 2015 (AP Photo/Petr David Josek) 


« Migrants, Islam, la grande peur des Européens », tel est le titre d’un article publié par Judith Weintraub dans le « Figaro Magazine » le 29 septembre. Dans cet article, cette journaliste interviewait Dominique Reynié, que nous aurons le plaisir de recevoir dimanche prochain. Dominique Reynié est professeur à Sciences Po Paris, et directeur général de Fondapol, la Fondation pour l’innovation politique. Fondapol publie régulièrement des analyses très intéressantes, mais une de ses originalités c’est de faire réaliser et de commenter des enquêtes d’opinion parfois à une échelle internationale. C’est le cas d’une étude concernant 26 pays, et intitulée « Où va la démocratie ? » Les résultats détaillés de cette enquête, mais surtout les commentaires, pays par pays, ont été publiés dans un ouvrage de 320 pages édité chez Plon. Dans sa présentation, Dominique Reynié écrit : « Depuis plusieurs années déjà, les signes d’une fragilisation du monde démocratique se multiplient. La hausse de l’abstention, l’installation d’un puissant vote populiste et les fractures territoriales et culturelles en sont les signes les plus remarquables. À des degrés divers, la défiance à l’égard des institutions, des acteurs politiques et du monde médiatique est commune à la plupart des démocraties ». Alors, nous allons nous centrer sur un élément qui est, pour les uns la cause, pour les autres un symptôme de la crise de nos démocraties : la peur de l’Islam, un islam souvent associé aux migrants.

Parmi les questions que je poserai à Dominique Reynié :

-          A la question « L’islam représente une menace pour notre pays », 58% des citoyens de l’Union Européenne ont répondu « oui ». La réponse est majoritaire sauf dans deux Etats. Comment se situe la France pour les réponses ? Et quels sont les pays où cette peur est la plus forte ?
-          Pour vous, cela ne traduit pas un racisme, mais vous utilisez – tout en étant critique de son utilisation politique – le terme « d’islamophobie », « une peur née du constat partagé un peu partout (…) que les problèmes de cohabitation, les contentieux interculturels, mais aussi les violences – sans parler des attentats – sont toujours associés à une certaine interprétation de l’islam ». A-t-on analysé, pays par pays, la cause principale de ce rejet ? En Europe de l’Est où le rejet semble massif, les populations musulmanes sont très peu nombreuses, et il n’y a quasiment jamais eu d’attentats : comment l’expliquer ?
-          En Allemagne, malgré une économie florissante, la victoire mitigée d’Angela Merkel aux dernières élections et le succès du parti anti-islam Afd seraient dus à l’accueil massif d’un million de migrants, en majorité des réfugiés syriens. Vous mentionnez l’impact qu’auraient eu les agressions sexuelles massives la nuit de la Saint-Sylvestre 2016 : est-ce sûr, car on a su ensuite que la grande majorité des personnes inculpés pour ces délits n’étaient pas des migrants ?
-          Au Royaume-Uni, le modèle multiculturel d’une part, la complaisance des Autorités avec les islamistes militants, d’autre part, n’ont pas empêché des attentats meurtriers ces derniers mois. Or d’après votre étude, la peur de l’islam reste relativement modérée. Surtout, le référendum qui a conduit au Brexit semblait plutôt liée à une rancœur contre les travailleurs détachés d’Europe de l’Est.
-          Le rejet de l’Europe et la peur de l’Islam sont-ils systématiquement liés ? Quels sont les motifs invoqués quand les deux sont associés : les accords de Schengen, par rapport à la menace terroriste ? Les avis de la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui pourrait imposer la réunification familiale ?
-          Vous dites que « les classes dirigeantes ont échoué partout en Europe à poser les problèmes de l’immigration, de l’islam, de l’islamisme et du conflit des valeurs dans des termes politiquement recevables », et que « cela est particulièrement vrai pour la France ». Est-ce que ce sont des sujets toujours clivants pour la société française, ou y a-t-il des consensus ? Les discours polarisés et simplistes sur ces sujets de chaque extrême – Front National d’un côté, France Insoumise de l’autre – sont-ils porteurs, ou au contraire posent-ils les limites de leur progression ?
-          Les communautés juives à travers l’Europe sont partout sur la défensive, en raison du grand retour de l’antisémitisme, et surtout d’un antisémitisme nouveau alimenté à la fois par la propagande de l’islamisme radical, et par celle de l’extrême gauche antisioniste ; en face, un antisémitisme plus ou moins affiché colle le plus souvent à l’identité de ces partis politiques. Le recul des partis politiques modérés est-il durable, et si oui est-ce une vraie menace pour l’avenir des juifs européens ?

Un entretien passionnant à suivre sur notre antenne, soyez nombreux à l’écoute !

J.C

27 novembre 2013

Boualem Sansal : "Je ne crois pas à la démocratie dans le monde arabo-musulman"

Boualem Sansal
 © Image Globe 

L’écrivain algérien Boualem Sansal fait sensation avec un essai tonitruant révélant les origines, les tabous et les méfaits de l’islamisation qui poursuit sa propagation mondiale.

Le Vif/L’Express : Quel éclairage apporte un écrivain en « regardant un sujet de manière littéraire » ?
Boualem Sansal : Je précise d’emblée que je ne suis pas un spécialiste de l’islam pour pouvoir parler librement. On a besoin d’auteurs de toutes sortes, mais je m’intéresse aux phénomènes de société de notre époque. C’est pourquoi j’aimerais retrouver l’engagement des écrivains d’antan. Telle une caste détachée, ils restent absents du débat public, au lieu d’en être des acteurs. Lorsqu’on est confronté à une question aussi menaçante pour la société que l’islamisation, on doit se comporter en militant. Écrire ne suffit pas pour faire avancer les choses. Ce livre vise à dépasser le simple discours politique pour examiner les mécanismes profonds. J’espère vivement qu’il provoquera un vrai débat.
 
Comment expliquez-vous le silence des intellectuels arabes, que vous qualifiez de « vecteur d’islamisme » ?
Ce qui me frappe, c’est que ce silence a existé de tout temps, quels que soient les sujets qui traversent l’ensemble des sociétés (le divorce, l’homosexualité ou la crise économique). C’est lié à la structure même de la société arabo-musulmane, dictatoriale ou féodale. Au mieux, les intellos sont des troubadours répétant le discours officiel. Ceux qui vivent en Occident demeurent également muets. Comment les réveiller ? Le mouvement Ecrivains pour la Paix − que j’ai fondé avec l’écrivain israélien David Grossman − a le plus grand mal à les mobiliser car ils redoutent d’être excommuniés ou assassinés. Or le propre de l’intellectuel est de dépasser la crainte, sinon il devient soldat.
 
En tant qu’Algérien, de quoi êtes-vous le témoin ?
J’ai vu l’islamisme arriver sous mes fenêtres. En quelques années, il a détruit des familles, une culture, une économie et des vies, tout en se répandant partout. On ne peut pas rester indifférent face à ce phénomène qui risque d’arriver aussi chez vous. Au lieu de se comporter en militants, les gens regardent la télé sans broncher. Voyez Hollande qui n’a jamais désigné l’ennemi lors de sa visite au Mali. Ne pas nommer les islamistes revient à les protéger !

L’une des clés est de distinguer islam et islamisme.
Ce livre rappelle que l’islamisme est né de l’islam par un glissement progressif. Où commence le premier ? Dans la volonté agressive de domination et dans celle de vouloir imposer une idéologie au plus grand nombre. Elle est alimentée par certains musulmans radicaux, mais l’islam a rarement été tranquille. Prônant le prosélytisme, il s’est souvent imposé par le glaive et les armes.
 
Pourquoi ce retour du religieux, comme l’avait prédit Malraux ?
L’humanité a pour but le bonheur. Tous les moyens sont bons pour vivre en paix, mais en raison de la démographie, les ressources s’amenuisent. Il faut un système performant, donc totalitaire. Or que ce soit le communisme ou le capitalisme, tous les modèles échouent. Avant, on se tournait vers l’ésotérisme, maintenant c’est l’islam dont la vitesse de propagation est prodigieuse. Les pays musulmans n’ont pas beaucoup de choix. Etriqués, ils n’ont point accès à la modernité. D’autant que certains d’entre eux estiment avoir connu des siècles d’humiliation avec la colonisation occidentale. L’envie de retrouver un islam conquérant explique le succès des Frères musulmans, qui veulent « laver l’affront ». Une vengeance mobilisatrice, décuplée par l’obligation de répandre la parole de Dieu et de convertir un maximum de gens.
 
« Islamiser le monde, pas seulement les pays musulmans. » Qu’est-ce qui explique cet engouement en Europe, que ce soit auprès des jeunes musulmans ou des convertis ?
La régression de l’Occident y est particulièrement propice. Les Européens ne croient plus en l’avenir de l’Europe, qui n’a ni armée ni diplomatie et se montre incapable de coordonner la gestion de la crise économique. Ceux qui aspirent à la domination mondiale se portent bien, grâce au pétrole ou à une croissance à deux chiffres. Alors autant profiter de l’affaiblissement pour achever la bête ! Je suis effrayé par l’évolution foudroyante de l’islamisme européen en moins de dix ans. Quand on est fatigué, on attrape toutes les maladies... Autre cause : la crise identitaire. Non seulement l’identité européenne n’émerge pas, mais en plus elle fissure le système en place. Ceux qui ne sont pas de cette culture, ne peuvent pas et ne veulent plus s’intégrer. D’ailleurs, les « pays d’origine » font tout pour contrebalancer une intégration réussie. Ils craignent que si les communautés maghrébines se francisent ou se belgicisent, elles « pervertiront » leur culture. C’est ce qui explique la toile d’araignée que constitue l’ouverture d’innombrables mosquées, de cours d’arabe ou de L’Amicale des Algériens en Europe. Les communautés immigrées sont instrumentalisées, or les gouvernements participent à ce double jeu, qui consiste à recruter des imams alors que ces pays se disent laïques. Résultat ? Les jeunes ne se sentent plus Belges, Français ou Allemands, bien que cette troisième génération soit née en Europe. Quel échec !
 
Vous dénoncez ainsi fermement l’hypocrisie des politiques qui aggravent la situation.
S’il y a un responsable de la situation dramatique en Europe, ce sont les politiques. Ils représentent un danger car, à force d’aller de compromis en compromis, ils vont de compromission en compromission. Ce cynisme les pousse à s’allier avec n’importe qui, comme Kadhafi reçu à l’Elysée en échange de contrats mirobolants. Les pays arabes incarnent un grand marché, avec lequel il ne faudrait pas se fâcher. Idem pour le « Printemps arabe », perçu par les observateurs occidentaux comme un mouvement révolutionnaire, alors qu’il s’agit d’une colère spontanée, aussitôt récupérée par les islamistes. Aveuglés, les politiques préfèrent prôner « une stabilité » de la région, afin de poursuivre les affaires. Tant en Europe que dans les pays arabes, il existe des moyens financiers et organisationnels colossaux pour diffuser les idées islamistes (la distribution d’exemplaires gratuits du Coran par exemple). L’Arabie saoudite, le Qatar, l’Iran et de riches mécènes américains ou français y contribuent largement. Ils offrent ainsi des bourses pour former des ingénieurs et des atomistes, afin d’asseoir leur pouvoir. Contrairement à Obama, ces pays n’ont pas de contrainte d’argent. Les islamistes sont forts dans de nombreux de domaines : la gestion de la finance internationale, le monde politico-économique, le commerce halal, les mouvements sociaux, les œuvres soi-disant caritatives (l’une des forces des Frères musulmans) ou les médias. Bravo, ils ont tout infiltré ! Même Internet et les médias, comme Al-Jazeera, qui n’hésite pas à corrompre des ministres, des intellectuels et des journalistes pour prêcher l’islam de façon évangéliste. La presse occidentale est également touchée, puisqu’ils payent des reporters dans le but de donner une autre vision de l’islam. Il faudrait dénoncer ces derniers et encourager les journalistes d’investigation à se pencher par exemple sur la littérature islamique en Belgique. Ils seraient surpris...
 
« Un nouveau vivre ensemble » vous semble-t-il envisageable ?
Pas trop... Ce serait un travail de longue haleine. Il faudrait au minimum qu’il y ait la paix dans les pays arabo-musulmans, y compris entre communautés laïques et musulmanes, mais ça ne pousse pas tout seul. Le vivre ensemble sera viable s’il est pourvu d’un cadre juridique, or beaucoup de gens feront tout pour l’entraver. Je ne crois pas à la démocratie dans le monde arabo-musulman. Elle ne verra le jour que lorsque les intellectuels se mobiliseront massivement ou travailleront ensemble pour transformer la société et les partis politiques. C’est là que réside mon espoir. 

Entretien : Kerenn Elkaïm
Le Vif.be, 28 octobre 2013

Gouverner au nom d’Allah – Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe, par Boualem Sansal, éd. Gallimard, 156 p.



24 septembre 2008

Aumentation de l'antisémitisme et de l'hostilité aux Musulmans en Europe : un sondage et quelques commentaires

Figure 1 : augmentation de l'hostilité aux Musulmans en Europe
(source : sondage du PEW Global Attitudes Project, 17 septembre 2008)

Figure 2 : augmentation de l'antisémitisme en Europe
(source : sondage PEW Global Attitudes Project, 17 septembre 2008)

C’est un sondage bien inquiétant dont la presse s’est faite l’écho, la semaine dernière : les sentiments d’hostilité envers les Juifs et les Musulmans seraient en hausse dans toute l’Europe, à la curieuse exception du Royaume Uni. Les radios communautaires juives ont repris, sans trop creuser à ma connaissance, l’analyse des chiffres données dans la dépêche Reuters en langue française, elle-même publiée par le journal « La Croix » et rédigée à partir de la synthèse publiée par l’organisme enquêteur, un institut qui réalise périodiquement ce genre d’enquêtes internationales et qui est basé aux États-Unis, le « PEW Research Center » (les sondages portent le label « PEW Global Attitudes Project »). Or il se trouve que l’enquête apporte aussi d’autres informations intéressantes, non rapportées et que je voudrais vous livrer. Autre correctif : j’ai volontairement choisi de traduire l’anglais « negative views of Muslims » par « hostilité aux Musulmans » et non par « islamophobie », pour deux raisons : tout d’abord, il s’agit bien d’un rejet vis-à-vis de populations données, comme l’antisémitisme est d’abord une hostilité dirigée contre les Juifs, et non pas un rejet de leur religion (ce qui ne voudrait plus dire grand-chose, dans une Europe largement déchristianisée) ; ensuite, l’islam en tant que religion peut être critiqué dans ses dérives intégristes, mais justement les intégristes musulmans et leurs « compagnons de route » usent et abusent du terme « islamophobie » pour dénigrer toute critique, l’assimilant au vrai racisme dont il est question dans de telles enquêtes - d'où mon refus de reprendre ce terme.

Mais revenons à ce sondage. D’abord, il faut partir de la source, en fait il y en a deux dont je vous donne les liens pour pouvoir les examiner plus en profondeur :
- le rapport de synthèse, que vous pourrez lire en cliquant ici ;
- le rapport intégral, que vous pourrez lire en format pdf en cliquant là.

Maintenant mes commentaires :

Pour ce qui concerne les Juifs (courbes en figure 2 ci-dessus), l’évolution est inquiétante et elle confirme bien ce phénomène d’un antisémitisme sans complexe, qui s’étend et qui semble prendre de l’assurance avec les années. Sa progression, assez nette depuis 2004, a correspondu paradoxalement à une période d’accalmie dans le conflit israélo-palestinien, et de succès islamistes (guerre du Liban, prise de pouvoir par le Hamas à Gaza, montée en puissance de l’Iran), autant d’évènements qui aurait du rendre moins antipathique Israël et, par ricochet, les Diasporas qui lui sont solidaires : c’est l’inverse qui s’est produit, comme dans les années 30, et je me demande si les antisémites de partout ne se sentent pas pousser des ailes justement pour cela.
Si on considère maintenant pays par pays, la progression en France est inquiétante (un doublement en 4 ans), mais je me demande quelle fiabilité attribuer aux chiffres ... J’avais toujours entendu parler d’une plage entre 15 et 20 %, celle qui correspond d’ailleurs au maximum de voix obtenues dans le passé par le Front National. Peut-être donc faut-il penser que la parole antisémite s’étant libérée dans notre pays, les réponses ont été plus franches que dans le passé ? Un autre chiffre vient, par contre, rassurer, et il faut lire le rapport intégral pour le découvrir à la page 13 : la France est le pays où le pourcentage d’opinions favorables aux Juifs est le plus élevé du Monde (79 %, pour 77 % aux USA).
Autre élément rassurant, le pourcentage de sympathisants en Europe est toujours plus élevé que celui des antisémites, même en Europe orientale où les antécédents sont peu glorieux (Russie, Pologne ...) sauf en Espagne, et vous pourrez découvrir les chiffres consternants sur le graphique ci-dessus. Comment l’expliquer ? La communauté juive y est très réduite, et la mémoire historique (Inquisition, expulsion de 1492) aurait du y inciter à plus de modération - mais c’est ainsi ; et cela ne donne pas envie d’aller se bronzer sur la Costa Del Sol ! Dans le même ordre d’idée, les 25 % d’Allemands antisémites inspirent le dégoût en raison du passé.
Comme je vous le disais, le résumé que vous avez lu ou entendu ne disait pas tout. Ainsi, autre motif d’inquiétude, l’antisémitisme a fait des bonds de géant en Turquie, où il concernerait les trois quarts de la population ! Cela, pour ne pas parler des pays arabes où il n’y a plus de Juifs et où plus de 95 % des sondés ont une vue négative des Juifs dans certains États (Égypte, Jordanie, Liban) !

Pour ce qui concerne les Musulmans (courbes en figure 1 ci-dessus) : comme le montre le graphique ci-dessus, les sentiments d’hostilité sont en hausse (sauf en Russie, et il serait intéressant de comprendre pourquoi : fin de la guerre en Tchétchénie ? Rapprochement avec l'Iran ?), mais les opinions favorables restent majoritaires en Europe, à l’exception de l’Espagne (encore !) et de l’Allemagne (voir sur le rapport complet, page 18). On découvre ainsi une corrélation entre les deux sentiments de rejet, corrélation qu’a souligné par ailleurs le sondage de façon transverse, pour tous les pays occidentaux : ceux qui rejettent les Juifs rejettent en général aussi les Musulmans. D’une manière générale, ils se recrutent parmi les plus de 50 ans et ceux qui sont les moins cultivés. Et plus volontiers parmi ceux qui votent à droite que ceux qui votent à gauche.

D’où une question, que je me pose à nouveau en pensant aux trop nombreux sites et blogs communautaires juifs qui ne s’inquiètent pas du tout de la montée des extrême droites en Europe, appréciant leurs discours anti-musulmans mais fermant les yeux devant leur antisémitisme : êtes vous vraiment sûrs que « les ennemis de nos ennemis sont nos amis » ?

Dernière remarque, à propos d’un chiffre étonnant : alors qu’il y a eu le 11 septembre et que leur pays est en guerre en Irak et en Afghanistan, les Américains n’ont pas du tout plongé dans l’hostilité anti-musulmane, puisqu’ils sont moins nombreux (23 %) à leur être hostiles que les Français (38 %), par exemple ! 

J.C

22 décembre 2006

"Face aux vociférations de l'Iran, l'Europe doit montrer son courage", par Pierre Besnaïnou

«Israël va bientôt disparaître. » Telle est donc la dernière menace de Mahmoud Ahmadinejad. Il ne se passe plus un jour sans que le président iranien ne s'attaque au peuple juif, à sa mémoire, ou à son État. Il y a peu, il orchestrait un concours d'humour sur la Shoah.
Chacun appréciera. À ce propos, l'humour français fait fureur au pays des mollahs qui vient de décerner le second prix de cette funeste compétition à l'un de nos concitoyens ...
Rappelons simplement ce que chacun sait : le président iranien est tout sauf un marginal, il est à la tête d'une nation de 70 millions d'habitants sur le point de disposer de l'arme nucléaire. Son ambition a le mérite d'être claire : nettoyer la Terre de l'État juif, comme Hitler souhaitait nettoyer la Terre des Juifs.
Pour mener à bien cette mission, l'Iran a essaimé au Proche-Orient de nombreuses filiales où la haine le dispute à la sauvagerie. Formé à la même école que son compère persan, Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, a ainsi pu affirmer : « Si tous les Juifs se rassemblaient en Israël, cela nous épargnerait d'avoir à les chercher partout dans le monde. » (Daily Star, Beyrouth, 23 octobre 2002).
Que l'on ne nous dise pas que ces propos ne doivent pas être pris au sérieux, qu'il s'agit de provocations, que leurs auteurs sont des fous. Pas à nous. Pas sur notre Vieux Continent qui porte encore en lui les stigmates de la haine. L'Europe a connu la guerre, la tragédie et la barbarie et elle sait, aujourd'hui plus qu'hier, à quelles horreurs mènent des discours comme ceux du président iranien et de ses affidés, et avec quelle bonne conscience ceux qui prononcent de telles paroles aujourd'hui se mettront à tuer des Juifs demain. Le devoir des chefs d'État européens est de porter haut et fort cette mémoire, en faisant barrage, sans silence, sans faiblesse et sans lâcheté, à ceux qui menacent l'avenir de l'humanité. Et de dénoncer ces propos pour ce qu'ils sont : une incitation au génocide sanctionnée par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1951 (article 3).
Il serait grand temps que le Conseil européen, qui se réunit jeudi et vendredi, dénonce dans les termes les plus forts le comportement innommable des dirigeants iraniens, et qu'il adopte les sanctions les plus vigoureuses à leur égard.
Oui, la civilisation perse a été une grande civilisation. Oui, tous les Iraniens ne soutiennent pas les errements de leur président. Et c'est justement par respect pour cette histoire prestigieuse et par solidarité avec les dissidents que la communauté internationale doit faire preuve d'une fermeté sans faille. Aussi, tant que le régime iranien maintient la même orientation, la dignité et l'honneur commandent que l'on ne discute pas avec lui. Ou qu'au moins, puisque, paraît-il, « on doit » parler avec tout le monde, on ait la décence de le faire à l'abri des caméras et avec le secret qu'exigent les missions infâmes.
Au lieu de cela, l'été dernier, le ministre français des Affaires étrangères avait jugé opportun de souligner « le rôle stabilisateur » de la République islamique d'Iran, lors d'une rencontre l'immortalisant aux côtés de son homologue iranien, Manouchehr Mottaki. Ce dernier comparait, il y a quelques jours, le sionisme au nazisme en ouverture de la conférence internationale sur l'Holocauste réunissant à Téhéran l'ensemble de la communauté négationniste. Cette initiative est effroyable, elle doit se lire à la lumière des déclarations appelant à la destruction de l'État hébreu. Le XXe siècle n'aurait donc été pour le peuple juif qu'une page blanche ...
Quand décidera-t-on que le temps de la diplomatie est passé ? Jusqu'à quand l'Europe se prêtera-t-elle au jeu du régime iranien ? Ce dernier a beau piétiner la mémoire de l'humanité, proférer des discours de haine proprement inouïs, narguer la communauté internationale, il ne suscite que de vagues condamnations de principe. La résignation paraît donc l'avoir emporté sur l'indignation. On connaît la suite : la résignation mène à l'indifférence, et l'indifférence à la passivité. Voilà pourquoi, dans le cas présent, la résignation est impossible et l'indifférence coupable : coupable à l'endroit d'Israël et du peuple juif, coupable pour la stabilité régionale et la paix mondiale, coupable, enfin, à l'égard des générations futures.
Fermons les yeux l'espace d'un instant et plaçons-nous en 1938 à la veille de la tragédie. Supposons que nous connaissions les événements tragiques qui allaient se dérouler dans le monde, quelle énergie et quels efforts n'aurions-nous pas déployés pour les éviter ? À présent, il est temps d'ouvrir les yeux.

Pierre Besnainou 
Président du Congrès Juif Européen
Le Figaro, 15 décembre 2006