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19 novembre 2020

Pour dire les choses clairement ...


 Assez actif sur les réseaux sociaux - jadis sur Facebook, aujourd'hui sur Twitter - j'ai relevé comme beaucoup combien le sujet "islam" valait classements à la serpe, parfois excommunications et insultes.

Ai-je besoin aussi de dire combien mon activité bénévole passée - à la radio, comme au CRIF - a pu exciter les plus primaires dans ma propre communauté, tandis que les extrémistes hostiles, et pas forcément islamistes, m'ont injurié en miroir.

Parfois donc, un propos simple sur fond "punchy" permet d'exprimer une vérité simple : ainsi, cela que j'ai publié à la fois sur les deux réseaux sociaux.

J.C

12 décembre 2019

Le concept d’islamophobie nous ramène deux siècles et demi en arrière


Pour Alban Ketelbuters*, l’intimidation de la population à propos d’une croyance religieuse fait le jeu de ses fidèles les plus sectaires.

En 2011, à Paris, l’auteur hispano-argentin Rodrigo Garcia met en scène la pièce Golgota Picnic. Furieux de savoir que Jésus de Nazareth, leur Messie, y est représenté comme un fou, deux milliers de catholiques intégristes manifestent alors pour dénoncer la « christianophobie » à l’œuvre, quelques semaines après que des fanatiques de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet ont protesté devant le Théâtre de la Ville contre la pièce « blasphématoire » de l’Italien Romeo Castellucci Sur le concept du visage du fils de Dieu, déroulée sous bonne garde policière. À l’époque, le Parti de gauche, le Parti communiste et le Nouveau parti anticapitaliste organisent une contre-manifestation dans le quartier latin pour protester contre « l’ordre moral ». 

La religion n’est pas une personne

Huit ans plus tard, les mêmes organisations, dont Jean-Luc Mélenchon et l’ensemble du groupe parlementaire La France Insoumise, sont descendues dans la rue pour dire « Stop à l’islamophobie ». Que faut-il en conclure ? Que la gauche, littéralement contaminée par ce « prosélytisme compulsif » dont parle l’anthropologue Claude Lévi-Strauss dans la neuvième partie de Tristes tropiques, a tourné le dos à ses racines intellectuelles et à ses classiques. Cela fera bientôt cinq ans que les frères Kouachi ont, selon leurs propres termes, « vengé le Prophète » en décimant la rédaction de Charlie Hebdo
Mais la religion n’est pas une personne et encore moins une race. Nous devrions pouvoir sans crainte, dans un pays libre, l’examiner, la critiquer, la dénoncer si besoin, la tourner en dérision et même l’insulter : aboli en France dès la Révolution, le blasphème est un droit démocratique élémentaire, constitutif et inséparable de la liberté d’expression, garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Vouloir intimider ou museler la population à propos d’une croyance religieuse, c’est faire le jeu de ses fidèles les plus sectaires et orthodoxes, au détriment de ceux et celles qui ont une pratique du culte beaucoup plus libérale. C’est aussi nous dire que l’héritage des Lumières mérite d’être abandonné. Si nous étions au XVIIIe siècle, les mêmes auraient cloué Voltaire, qui dénonçait l’intolérance religieuse et les crimes commis en son nom, au pilori.

La gauche et la laïcité

Ces manifestations d’arrière-garde, présentes et à venir, contre la « christianophobie » ou « l’islamophobie », concepts aussi réactionnaires l’un que l’autre, sont massivement rejetées par les Français dans leur pluralité. Jadis laïque, et parfois même anticléricale, une partie de la gauche épouse aujourd’hui le discours religieux dans ses acceptions les plus victimaires. En continuant sur cette voie, sa parole sur la laïcité finira par être aussi peu crédible que celle d’un François-Xavier Bellamy et de toute une partie de la droite nécrosée par les lobbys catholiques, liée à La Manif pour tous et aux mouvements anti-avortement. À elle de voir. Mais dans un pays miné par l’intégrisme, où les attentats terroristes commis au nom de l’islam ont fait des centaines de morts et des milliers de blessés, ceux qui mènent la bataille contre « l’islamophobie » risquent de récolter la seule chose qu’ils méritent : une cascade de raclées électorales.

Alban Ketelbuters

Le Monde des religions, le 13 novembre 2019

(*) Alban Ketelbuters est coauteur de deux essais : L’islamophobie (Dialogue Nord-Sud, 2016) et La GPA pour tous ? (Des ailes sur un tracteur, 2018). De 2012 à 2017, il a publié une cinquantaine de textes engagés relatifs à l’égalité des sexes, l’homosexualité et la laïcité, publiés notamment dans Le Monde, Libération, Marianne, L’Humanité ou Le Devoir. Titulaire d’un master « Lettres, Arts et Pensée contemporaine » de l’Université Paris-Diderot – Paris VII, il prépare actuellement un doctorat en littérature et études féministes. Il est également l’auteur de deux pièces de théâtre, Un peu de nuit (L’Avant-Scène, 2009) et Du sang sur la couronne (Quartett, 2016).

30 novembre 2017

Encore un article publié sur "Temps et Contretemps" : Ligue Islamique Mondiale, Perestroïka ou continuité ?



Un nouvel article sur le blog israélien francophone de mon ami Jacques Benillouche. Intitulé « Ligue Islamique Mondiale, Perestroïka ou continuité ? » : il s’agit d’un véritable reportage sur un sujet passionnant. 

J’ai eu en effet la chance d’assister à une conférence – donnée devant un auditoire restreint – du nouveau Secrétaire Général de la Ligue Islamique Mondiale, le Docteur Mohammad bin Abdul Karim Al Issa, ancien ministre de la Justice d’Arabie Saoudite. La réunion s’est tenue dans la salle du Conseil d’Administration de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI), à une date plus que symbolique puisque c’était le 13 novembre, anniversaire du massacre terroriste de 2015 commandité par le Daesh.

Quand on sait le lien communément fait entre l’idéologie djihadiste et la doctrine wahhabite du Royaume, quand on a aussi à l’esprit les accusations de financement du terrorisme par des grandes fortunes du Golfe, en Arabie en particulier, on pouvait se demander si le public choisi allait assister à un numéro de « langue de bois », avec la complicité polie du public convié. Soyons clair : il n’en a rien été, l’hôte de l’IFRI ayant volontairement choisi d’axer son exposé sur le terrorisme islamiste – même si le terme reste tabou, dans ses propos comme il le reste d’ailleurs dans l’ensemble du monde arabe. A noter, aussi et surtout, que cette tournée du responsable de la Ligue Islamique Mondiale se déroulait en plein bouleversements en Arabie Saoudite, un pays sur lequel je reviendrai certainement dans les prochains mois.

Bonne lecture, et n'oubliez pas que vous pouvez aussi avoir accès à l'ensemble des archives de mes articles sur "Temps et Contretemps", en cliquant sur l'icône correspondante en haut de la colonne de gauche.

Vous trouverez l'article :

  
J.C 

26 novembre 2017

Migrants, Islam, la grande peur des Européens : Dominique Reynié sera mon invité le 3 décembre

Un groupe de migrants marche vers l'Autriche, au départ d'un camp basé à Sentilj, en Slovenie. Samedi 24 octobre 2015 (AP Photo/Petr David Josek) 


« Migrants, Islam, la grande peur des Européens », tel est le titre d’un article publié par Judith Weintraub dans le « Figaro Magazine » le 29 septembre. Dans cet article, cette journaliste interviewait Dominique Reynié, que nous aurons le plaisir de recevoir dimanche prochain. Dominique Reynié est professeur à Sciences Po Paris, et directeur général de Fondapol, la Fondation pour l’innovation politique. Fondapol publie régulièrement des analyses très intéressantes, mais une de ses originalités c’est de faire réaliser et de commenter des enquêtes d’opinion parfois à une échelle internationale. C’est le cas d’une étude concernant 26 pays, et intitulée « Où va la démocratie ? » Les résultats détaillés de cette enquête, mais surtout les commentaires, pays par pays, ont été publiés dans un ouvrage de 320 pages édité chez Plon. Dans sa présentation, Dominique Reynié écrit : « Depuis plusieurs années déjà, les signes d’une fragilisation du monde démocratique se multiplient. La hausse de l’abstention, l’installation d’un puissant vote populiste et les fractures territoriales et culturelles en sont les signes les plus remarquables. À des degrés divers, la défiance à l’égard des institutions, des acteurs politiques et du monde médiatique est commune à la plupart des démocraties ». Alors, nous allons nous centrer sur un élément qui est, pour les uns la cause, pour les autres un symptôme de la crise de nos démocraties : la peur de l’Islam, un islam souvent associé aux migrants.

Parmi les questions que je poserai à Dominique Reynié :

-          A la question « L’islam représente une menace pour notre pays », 58% des citoyens de l’Union Européenne ont répondu « oui ». La réponse est majoritaire sauf dans deux Etats. Comment se situe la France pour les réponses ? Et quels sont les pays où cette peur est la plus forte ?
-          Pour vous, cela ne traduit pas un racisme, mais vous utilisez – tout en étant critique de son utilisation politique – le terme « d’islamophobie », « une peur née du constat partagé un peu partout (…) que les problèmes de cohabitation, les contentieux interculturels, mais aussi les violences – sans parler des attentats – sont toujours associés à une certaine interprétation de l’islam ». A-t-on analysé, pays par pays, la cause principale de ce rejet ? En Europe de l’Est où le rejet semble massif, les populations musulmanes sont très peu nombreuses, et il n’y a quasiment jamais eu d’attentats : comment l’expliquer ?
-          En Allemagne, malgré une économie florissante, la victoire mitigée d’Angela Merkel aux dernières élections et le succès du parti anti-islam Afd seraient dus à l’accueil massif d’un million de migrants, en majorité des réfugiés syriens. Vous mentionnez l’impact qu’auraient eu les agressions sexuelles massives la nuit de la Saint-Sylvestre 2016 : est-ce sûr, car on a su ensuite que la grande majorité des personnes inculpés pour ces délits n’étaient pas des migrants ?
-          Au Royaume-Uni, le modèle multiculturel d’une part, la complaisance des Autorités avec les islamistes militants, d’autre part, n’ont pas empêché des attentats meurtriers ces derniers mois. Or d’après votre étude, la peur de l’islam reste relativement modérée. Surtout, le référendum qui a conduit au Brexit semblait plutôt liée à une rancœur contre les travailleurs détachés d’Europe de l’Est.
-          Le rejet de l’Europe et la peur de l’Islam sont-ils systématiquement liés ? Quels sont les motifs invoqués quand les deux sont associés : les accords de Schengen, par rapport à la menace terroriste ? Les avis de la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui pourrait imposer la réunification familiale ?
-          Vous dites que « les classes dirigeantes ont échoué partout en Europe à poser les problèmes de l’immigration, de l’islam, de l’islamisme et du conflit des valeurs dans des termes politiquement recevables », et que « cela est particulièrement vrai pour la France ». Est-ce que ce sont des sujets toujours clivants pour la société française, ou y a-t-il des consensus ? Les discours polarisés et simplistes sur ces sujets de chaque extrême – Front National d’un côté, France Insoumise de l’autre – sont-ils porteurs, ou au contraire posent-ils les limites de leur progression ?
-          Les communautés juives à travers l’Europe sont partout sur la défensive, en raison du grand retour de l’antisémitisme, et surtout d’un antisémitisme nouveau alimenté à la fois par la propagande de l’islamisme radical, et par celle de l’extrême gauche antisioniste ; en face, un antisémitisme plus ou moins affiché colle le plus souvent à l’identité de ces partis politiques. Le recul des partis politiques modérés est-il durable, et si oui est-ce une vraie menace pour l’avenir des juifs européens ?

Un entretien passionnant à suivre sur notre antenne, soyez nombreux à l’écoute !

J.C