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10 septembre 2008

Ce matin, sur Judaiques FM, André Nahum a dénoncé les propos négationnistes de Bigard






Trois des victimes du vol AA77 American Airlines :
de gauche à droite Paul Wesley Ambrose (32 ans), Bernard Brown (11 ans) et 
Mari-Rae Sopper (35 ans)

Introduction :
J’ai hésité un peu avant d’évoquer sur le blog, en cette veille de 11 septembre, la détestable tirade négationniste de Jean-Marie Bigard, vendredi dernier lors d’une émission de Ruquier. Mais j’ai ensuite jugé nécessaire de publier la chronique radio de mon ami André Nahum, effrayé par l’absence de réactions sur le plateau face à de telles énormités - et j’ajouterais pour ma part : par les milliers de messages de soutien publiés sur les sites des grands journaux, ce qui démontre le succès inquiétant des soi disant « théories » complotistes. Il est vrai que ce grossier personnage - que ne m’a jamais vraiment fait rire - a « demandé pardon », jurant qu’il ne parlerait plus du sujet (voir l'article sur "Liberation"). Sur le même lien, on pourra découvrir ou réentendre ses propos absolument délirants, en particulier à propos des deux avions (NDLR : celui qui s’est écrasé dans une forêt de Pennsylvanie et celui lancé sur le Pentagone) « qui volent encore ».
Comme je n’avais pas envie de lui faire de la publicité en mettant une de ses photographies, j’ai décidé d’illustrer cet article par des photos de tués de ce 11 septembre, passagers malheureux du vol American Airlines AA 77 qui a fini écrasé sur Washington : Bigard aurait du parler devant les membres de leurs familles endeuillées, histoire de ramasser quelques crachats bien mérités en pleine figure ...
Pour en savoir plus sur le vol AA 77 : lire sur wikipedia
Pour avoir la liste des victimes de l’attaque sur le Pentagone : lire sur ce site
J.C
Bonjour,
 
Le 11 septembre est pour tous les hommes libres, synonyme de deuil, de colère, d’indignation et de résolution pour mettre hors d’état de nuire les criminels fanatiques qui avaient mis au point ces terribles attentats qui bouleversèrent l’Amérique il a sept ans.
Qui aurait cru qu’un jour, des anti-américains pathologiques se seraient permis de mettre en doute ou de nier ce qui s’est passé ce jour là ? C’est ce qu’a fait pourtant il y a quelques années un monsieur dénommé Thierry Meyssan avec la publication d’une pseudo enquête sous le titre "L’effroyable imposture". Les islamistes avaient voulu faire porter au Mossad la responsabilité des attentats, Meyssan accuse lui carrément les Américains de s’être frappés eux-mêmes. Cet ouvrage qui bénéficia en son temps d’une large couverture médiatique ne pouvait que complaire à tous ceux, nombreux dans notre pays, qui vomissent les États-Unis, et influencer des esprits faibles ou peu avertis.
Dans quelle catégorie faut-il ranger l’humoriste Jean-Marie Bigard quand il se permet vendredi dernier sur Europe I (émission de Laurent Ruquier), de s’en prévaloir, pour tenir des propos négationnistes qui ont choqué plus d’un auditeur ? Peut-on ne pas réagir quand on entend que le 11 septembre n’est qu’un mensonge absolument énorme, que l’État américain a créé lui-même l'histoire de ces attentats. Que pour les tours du World Trade Center, c'est une démolition contrôlée, programmée, qu’ils (les Américains) ont programmés eux-mêmes, que les deux avions, dont l'un s'est écrasé sur le Pentagone, n'ont jamais existé, et que c'est un missile américain qui a frappé le Pentagone ...
Ces propos n’ayant apparemment pas provoqué de réaction immédiate sur le plateau, il faut croire que l’humoriste n’est pas le seul à penser ainsi et qu’un certain nombre de nos compatriotes plus sensibles à la propagande anti-américaine et particulièrement anti-Bush, qu’à la réalité de faits indiscutables, sont tentés de lui faire crédit.
 
Lorsqu’un comédien sort de son rôle et se transforme en polémiste politique pour proférer de pareilles inepties, il prend une lourde responsabilité. Dans une démocratie, les humoristes sont là pour se moquer, dénoncer, imiter les gens de pouvoir et les partis quels qu'ils soient. Les Pierre Desproges, Le Luron, Coluche furent parmi les grands qui ont marqué leur époque en grossissant de leur loupe géniale ses travers et ses folies. Mais toujours sans haine. C'est ça le vrai talent. Est-ce la place laissée vacante par leur disparition qui permet à certains d'oser se frotter au difficile exercice de la parole politique pour sombrer dans le négationnisme ?
 
Dans la Rome antique, un peintre avait l’habitude d’exposer son tableau dans la rue quand il l’avait achevé et de se cacher derrière la toile pour entendre les commentaires des passants.Un cordonnier passa par là et remarqua tout haut qu’il manquait un lacet dans la chaussure du personnage central. Rentré chez lui le peintre corrigea immédiatement et se remit le lendemain en posture. Le même cordonnier flatté de voir que sa remarque avait été suivie d’effet se permit de critiquer un autre aspect de l’œuvre. L’artiste surgit alors et lui répliqua : "Que le cordonnier ne regarde pas plus haut que la chaussure".
Chez nous on aurait dit : "A chacun son métier et les vaches seront bien gardées".

André Nahum
Judaiques FM, 10 septembre 2008

08 septembre 2008

L'Union pour la Méditerranée et les perspectives commerciales avec Israël

Le port de Haïfa

Depuis son élection en mai 2007, Nicolas Sarkozy a fait de l'Union pour la Méditerranée (UPM) son projet phare en politique étrangère. Défendue par Henri Guaino, conseiller spécial du président, et par Alain Le Roy, diplomate chargé de la question, cette Union est en train de se constituer aujourd'hui autour de nombreux projets communs : pollution, interconnexion électrique, accès à l'eau potable, éducation, recherche, régulation des flux migratoires, lutte contre le terrorisme. Après que le 13 mars 2008, le projet d'Union pour la Méditerranée ait officiellement été adopté par le Conseil Européen, profitant de la présidence française de l'Union Européenne au deuxième semestre 2008, Nicolas Sarkozy avait organisé le 13 et le 14 juillet dernier un sommet historique réunissant les pays concernés et l'UE qui avait lancé officiellement cette nouvelle entité (1).
Devant les freins qui ont bloqué le processus Euromed (conflits régionaux, droits de l'Homme), la France a proposé de mettre de côté les questions qui fâchent. A l'image des pères de l'Europe qui, en 1951, avaient commencé par créer la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Nicolas Sarkozy voudrait aujourd'hui aboutir à une Union solidaire économiquement et qui pourrait aider un jour à traiter, plus sereinement, les questions politiques, en l'occurrence et surtout, celle du conflit du Proche Orient.
Nous avons un slogan commun aujourd'hui : « l'économie rapproche, la politique divise, la culture différencie». C'est dans ce sens que l'UPM pourrait être une première démarche pour le futur rapprochement, à partir du volet économique, entre Israël et les pays arabes. Regardez la Chine et Taiwan : leurs gouvernements se disputent... pendant que leurs patrons font des affaires ensemble. L'économie est un langage universel. L'Europe s'est construite comme cela.L'économie ne reconnaît pas les barrières idéologiques ni les tabous politiques. Israël existe bien sur la scène économique mondiale ... et elle existera toujours !
Si Israël fait aujourd'hui partie de cette Union pour la Méditerranée, c'est d'abord parce qu'elle y est géographiquement parlant, c'est aussi parce qu'avec ses technologies de pointe elle peut beaucoup apporter, dans tous les domaines, à ses voisins arabes situés eux aussi sur toute la rive méditerranéenne. Elle doit être impliquée dans ce processus, c'est une reconnaissance obligatoire et nécessaire.
Israël a la plus grande concentration de sociétés de « high-tech » dans le monde après la Silicon Valley. Israël est le deuxième pays en nombre de sociétés cotées au NASDAQ. Le Produit Intérieur Brut (PIB) atteste une croissance économique record de 5,5% par an pendant 60 ans. Le (PNB) d'Israël est supérieur à la somme de ceux des quatre pays qui l'entourent : Égypte, Jordanie, Syrie et Liban. Analysant 55 pays selon 331 critères, la Business School de Lausanne (IMD) a classé en 2007 l'économie Israélienne au 20ème rang sur le plan de la compétitivité, après les États-Unis, Hong Kong et Singapour. Et en un an, Israël a gagné une place ! Si on observe d'ailleurs le poids du « Capital Investissement » au sein des 11 pays de la région méditerranéenne partenaires de l'Union européenne on remarque qu'Israël arrive en tête avec 181 fonds dédiés au Capital Investissement d'un montant global de plus de 16,7 milliards de dollars (2). L'essor que connaît l'économie israélienne lui permet donc de jouer un rôle déterminant dans le monde méditerranéen des affaires.
Ce petit pays, qui fait partie aujourd'hui de la grande famille méditerranéenne, pourra apporter une aide précieuse à ses voisins arabes qui ont intégré l'UPM. La solidarité et l'esprit de l'entraide étaient - et seront - toujours des valeurs sures pour l’État hébreu. On peut citer à ce sujet les propos tenus le 21 novembre 1977, par Golda Meir, et alors que son pays venait de recevoir le président Anouar El-Sadate : "Nous, peuple d'Israël, sommes les derniers à être insensibles au désespoir des autres. Nous n'avons jamais dit que nous voulions que les Arabes palestiniens restent comme ils sont : dans des camps, dans la misère, dépendant de la charité"...
Le grand potentiel économique que représente un jeune État dynamique comme l’État d'Israël est susceptible d'inspirer ses partenaires. Les pays arabes ont donc un grand intérêt à s'ouvrir économiquement sur Israël pour développer l'énergie, l'agriculture ou encore leurs espaces financiers. Israël peut leur apporter son savoir-faire. Israël a même conçu et installée une gigantesque station de production électrique par énergie solaire dans le désert de Mojave en Californie du Sud. Cette expérience israélienne pourrait être une bonne perspective en matière d'énergie renouvelable pour la Tunisie et le Maroc.
L'UPM demeure la seule enceinte où Arabes et Israéliens se retrouveront et s'entraideront. La Fédération des Chambres Israélienne de Commerce (ICC), ainsi que l'Institut Israélien des Échanges et de la Coopération Internationale (IEICI) sont les noyaux durs de ces nouveaux liens qui s'établiront. Les routes commerciales par exemple entre le Maroc et Israël existent. Le dialogue méditerranéen permettra de les officialiser. Le nouveau port de Tanger est un maillon de la chaîne économico-commerciale qui relie le Maroc à l'Europe. Initialement prévu sur la côte atlantique, le projet s'appelait « Tanger Atlantique » ; ce port, baptisé « Tanger Med », a été implanté, en 2003, sur le cap marocain le plus proche de l'Espagne (14 km). L'idée est de brancher des «autoroutes de la mer» sur cet énorme couloir maritime entre les détroits de Suez et Gibraltar, pour relier en continu les différents ports de la Méditerranée - et parmi eux ceux de Haïfa et de Tanger -, qui constitueront la plus grande autoroute maritime de la méditerranée. Le port de Tanger, qui est idéalement positionné pour redistribuer les conteneurs de marchandises sur de plus petits navires, a déjà signé en juin dernier un accord avec Barcelone. Il faut s'attendre que d'autres autoroutes soient ouvertes. Puisque le Sommet du 13 juillet 2008 a prévu une directive pour la construction d'autoroutes maritimes et terrestres pour améliorer la fluidité du commerce entre les deux rives de la Méditerranée. La Tunisie ne devait pas traîner aussi pour s'intégrer dans ces liaisons maritimes.
Devant l'importance des ambitions que représente l'Union pour la Méditerranée, l'économie et les échanges commerciaux pourront aider à résoudre progressivement les problèmes communs de coexistence. Nous devons au préalable ouvrir les frontières économiques afin d'abolir les obstacles psychologiques et établir ainsi une confiance réciproque entre les peuples.

Ftouh Souhail, 
Tunis

(1) Les 43 pays représentés au sommet inaugural de l'UPM ont lancé cette nouvelle alliance Nord-Sud née à l'initiative de la France sous les arches du Grand Palais de Paris. Nicolas Sarkozy a exhorté les pays de la rive Sud de la Méditerranée à suivre l'exemple de l'Europe après 1945. "C'est ensemble que nous allons construire la paix en Méditerranée, comme hier nous avons construit la paix en Europe", a estimé le président français.

(2) Le Maroc est en seconde position avec 18 fonds qui représente 846 millions de dollars. En troisième position nous avons l'Egypte qui compte 10 fonds et 611 millions de dollars en capitaux levés. La Tunisie avec 9 fonds pour 64 millions de dollars arrive en quatrième position. Les derniers de la classe régionale s'appellent Algérie, Libye, Syrie et Autorité palestinienne. Ces derniers accueillent peu ou pas du tout d'activités de Capital Investissement.

07 septembre 2008

Le village de Ghajar: un cas d'école pour comprendre les conflits du Moyen-Orient


Le Haaretz a révélé dans son édition du 1er septembre qu'Israël avait récemment déclaré aux États-Unis son intention de se retirer du nord du village de Ghajar, se mettant ainsi en règle avec la résolution 1701 de l'ONU qui avait mis un terme a la seconde guerre du Liban.

Le village de Ghajar, peuplé par la minorité alaouite dont le groupe religieux et ethnique dirige la Syrie, est dans une situation particulière : le village ayant été défini comme appartenant au plateau du Golan, ses habitants ont reçu la nationalité israélienne au moment de son annexion ; cependant, lors du retrait des troupes israéliennes du Liban en 2000, l'ONU a spécifié que la frontière entre le Liban et la Syrie traversait le village, faisant basculer le nord de Ghajar au Liban et le sud en Israël ; mais les habitants du village s'identifient religieusement, culturellement et historiquement avec la nation syrienne.

D'après l'ONU, Israël, désormais présent dans le Golan, est donc autorisé à agir dans le sud du village, placé sous sa responsabilité, tandis que le nord doit être évacué.

En Juillet 2006, la résolution 1701 a rappelé qu'Israël devait revenir aux frontières internationales et restituer le nord du village au Liban appuyé de la force de stabilisation internationale déployée au sud -Liban (FINUL). Mais parce que Ghajar sert de base au Hezbollah et aux trafiquants de drogue, les terroristes utilisant à l'occasion ces réseaux pour s'infiltrer en Israël, Tsahal a continué d'intervenir dans le nord du village.

D'après le Haaretz, le cabinet israélien avait autorisé en mars 2007 un accord selon lequel Tsahal cesserait d'intervenir dans le nord de Ghajar quand l'armée libanaise appuyée de la FINUL y prendrait position pour garantir la sécurité de la frontière et lutter contre la criminalité. Tandis que l'armée libanaise et la force internationale se verraient confier les questions de sécurité, Israël garderait l'administration des citoyens ayant de toutes façons la nationalité israélienne. L'accord aurait été repoussé par l’État libanais à plusieurs reprises.

Haaretz a révélé que le commandant de la FINUL, le général Claudio Graziano, aurait transmis il y a deux semaines à Jérusalem une lettre indiquant que le gouvernement libanais avait finalement donné son accord pour partager la gestion du nord du village avec l'Unifil (ou FINUL), satisfaisant la plupart des conditions posées par Israël. Une source politique israélienne a confié au journal que les autorités compétentes - c'est-à-dire le ministère des Affaires étrangères et le ministère de la Défense - auraient finalement accepté de céder le contrôle militaire et civil du nord du village.

Le Haaretz a également indiqué que ces débats, et la décision à laquelle ils ont mené, ont été conduits en concertation avec l'administration américaine qui réclame d'Israël qu'il fasse des gestes pour apaiser les points de friction avec le Liban.

Le lendemain de la publication de l'information, celle-ci a été démentie par le bureau du premier ministre et par le département d’État américain. Le Jerusalem Post a annoncé que le porte-parole du bureau du premier ministre, Marc Regev, avait déclaré qu' "aucune nouvelle décision n'a été prise. Tout ce que vous pourriez ajouter n'est que pure spéculation". De son coté, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères américain a nié avoir eu connaissance d'une position nouvelle d'Israël sur le sujet.

Cependant, la FINUL affirme que des discussions ont repris récemment sur le statut du nord du village, et que le Liban a manifesté la volonté de faire avancer ce sujet. Derrière la question de Ghajar se profile le statut des Fermes de Cheeba, ce petit territoire de 25 km2 dans le sud-Liban, qui empoisonne les relations entre Israël et le Liban. Le Liban en revendique la souveraineté, la Syrie ayant apparemment renoncé à ses prétentions. Mais Israël ne reconnait comme interlocuteur légitime que Damas.

En effet, si l'on fait un petit retour sur l'histoire des Fermes de Cheeba, leur appartenance est depuis le "début" vague et discutée (conf le découpage sous le mandat franco-britannique). En 1949, elles ne sont pas inclues dans le territoire libanais mais sont placées sous souveraineté syrienne jusqu' à ce qu'un comité libano-syrien décide en 1964 de les rattacher politiquement au Liban. Mais l'Onu continue de reconnaitre la frontière légale de 1949 quand elle réclame d'Israël d'évacuer le territoire libanais lors de l'invasion du sud-Liban en 1978, excluant les Fermes de Cheeba de l'injonction. On voit comment le cas du village de Ghajar est le symbole des problématiques de la région - que l'on parle de la Syrie, du Liban, ou du conflit israélo-palestinien. Il montre encore comment les frontières sont le résultat de constructions historiques, artificielles, politiques, le produit d'un jeu subtil entre rapports de force et volonté humaine.

Par ailleurs, le président français Nicolas Sarkozy est allé à Damas mercredi 3 septembre pour une visite de deux jours. Il devait y participer à un mini-sommet réunissant le président syrien Bashar El-Assad, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et l’Émir du Qatar. D'après l'AFP, l’Élisée a annoncé que ce sommet avait été organisé a l'initiative de la Syrie, et que le président Sarkozy y a participé en tant que président tournant de l'Union européenne. La Syrie, pour sa part, préside actuellement la Ligue arabe.

Mercredi, Sarkozy allait aborder avec Assad les points de tension entre le Liban et la Syrie, Israël et ces deux pays. Il s'est déclaré prêt à aider à débloquer la question des Fermes de Cheeba. Sarkozy a précisé dans une interview accordée au journal arabe Al Watan et publiée mercredi que la "France est disponible pour accompagner les parties, si elles le souhaitent, sur le chemin de la paix et de la réconciliation".

Israël et la Syrie sont intéressés par un parrainage des Français aux côtés des Américains et des Turcs pour soutenir la reprise du processus de paix interrompu pour des raisons internes a la politique israélienne.

Isabelle-Yaël Rose,
Jérusalem

Nota de Jean Corcos :
Hélas, et pour les naïfs qui auraient imaginé désamorcer le baril de poudre préparé par le Hezbollah à la frontière nord du pays, le cheikh Nasrallah est venu apporter une douche froide dans sa dernière déclaration, il y a quelques jours : il a indiqué que, même après la restitution des fameuses fermes de Cheeba, les comptes ne seraient pas réglés avec Israël, "la Résistance" trouvant toujours de nouveaux prétextes, même après la restitution du dernier mètre carré litigieux ... Remercions Nasrallah pour sa franchise : l'objectif du Hezbollah et de ses patrons iraniens est clair et toujours le même, à savoir la destruction totale de "l'entité sioniste" - pour parler leur langage !

04 septembre 2008

L'Union pour la Méditerranée et l'enjeu de la sécurité régionale

Le sommet du 13 juillet 2008 à Paris a basé les fondements d'un partenariat euro-méditerranéen multidimensionnel visant à consacrer les valeurs de sécurité, de paix, de stabilité. Il a permis d'aborder avec l'ensemble des invités la coopération en matière de sécurité, qui transcende et dépasse les clivages géographiques, culturels ou religieux.Déjà trois mois avant ce sommet, le président français, Nicolas Sarkozy, a affirmé devant des étudiants tunisiens le 30 avril 2008 : "Je sais que dans le projet de l'Union Pour la Méditerranée, il y a la question d'Israël et la question de la Palestine. Je sais parfaitement que tout ceci est en arrière-plan (...) mais ça ne doit pas nous empêcher d'agir, cela doit nous encourager à agir." Le Président a ajouté ce jour là clairement que « La France ne transigera pas avec la sécurité d'Israël » (1).
Selon le Président, (qui a souligné qu'il déclarait cela dans un pays arabe), la France ne transigera pas avec la sécurité d'Israël « parce qu'il y a la Shoah, parce qu'il y a l'histoire du XXème siècle et parce que c'est un fait politique majeur ». Ce fut un discours historique que celui de Nicolas Sarkozy à l'Institut national des sciences appliquées et de la technologie (INSAT), en Tunisie, et cela avant le lancement du projet d'Union Pour la méditerranée. Je fus très attentif lorsqu'il aborda la place que devra tenir Israël au sein de cette nouvelle institution. Je ne fus pas surpris d'apprendre que ce pays y aura toute sa place.
Sans nul doute, l'apport d'Israël en matière de sécurité sera essentiel pour l'Union Pour la Méditerranée. D'autant plus qu'Israël contribue déjà activement au maintien de la stabilité en Méditerranée dans le cadre de ses bonnes relations avec l'OTAN (2).
Six navires de l'OTAN, sous le commandement de l'amiral Artugrol, de la marine militaire turque, sont arrivés, le 31 mars dernier, dans le port israélien de Haïfa. Un premier exercice conjoint avec des navires de combat israéliens s'est déroulé dès ce 31 mars afin de renforcer la coopération avec la marine israélienne dans le bassin méditerranéen.
Autre première - un officier de la marine israélien est en poste au siège de l'OTAN, à Naples, pour assurer la liaison entre l'armée israélienne et le Commandement Sud de l'OTAN. Des officiers de l'armée de l'air israélienne se trouveraient actuellement à Naples, dans le cadre d'une coopération avec l'OTAN au niveau de la lutte anti-terroriste dans la Méditerranée. Cette accréditation israélienne constitue une étape importante dans le renforcement de la sécurité régionale. Il est vrai que l'état juif et les pays du coté nord de la méditerranée partagent des valeurs communes, la démocratie, les droits de l'homme, la liberté individuelle constituant les piliers qui cimentent cette relation désormais nécessaire dans le contexte actuel.
L'Union pour la Méditerranée augure une nouvelle dynamique effective au niveau de la coopération sécuritaire au niveau régional propre à assurer aux pays du Sud de la Méditerranée les moyens de se protéger, et de réaliser leurs ambitions en complémentarité avec l'Union Européenne.

Ftouh Souhail, 
Tunis

(1) C'est ce qu'a affirmé à Tunis, le président Nicolas Sarkozy dans un discours à l'Institut national des sciences appliquées et de la technologie (INSAT) sur le projet d'Union pour la Méditerranée, cf la newsletter d'Israël Magazine du 1er mai 2008.
(2) En novembre 2007, la ministre des Affaires Étrangères Tzipi Livni s'était rendue au siège de l'OTAN dans le cadre d'entretiens avec les représentants des 26 pays constituants l'Alliance. En octobre 2007, le secrétaire général délégué de l'OTAN l'ambassadeur Claudio Bisogniero et Tzipi Livni avaient alors ouvert un symposium de deux jours organisé à Herzliya sur le thème « les relations OTAN - Israël et le dialogue méditerranéen ».

01 septembre 2008

La Torah s’oppose-t-elle à un compromis territorial ? Hervé élie Bokobza sera mon invité le dimanche 7 septembre


Nous voici déjà revenus à la période qui précède les grandes fêtes de l’automne, et à ce moment un peu particulier de l’année juive qui précède Roch Hachana. Le mois d’Eloul est emprunt d’une certaine gravité, c’est un peu le moment des bilans et, même si à titre personnel, je n’ai aucune prétention pour traiter de sujets religieux qui sont loin de la thématique de cette émission, j’essaie - et vous avez du le remarquer - de recevoir de préférence des personnalités de notre communauté à cette période. L’année dernière, j’avais reçu le nouveau président du CRIF, Richard Prasquier, et j’aurai dimanche prochain un invité très attachant qui a écrit un livre original, Hervé élie Bokobza.

Hervé élie Bokobza est, contrairement à moi un homme de foi, très érudit en matière de Judaïsme puisqu’il a étudié dans une yéshiva dès l’âge de quinze ans. Il a fait des études universitaires religieuses aux États-Unis, il a étudié aussi à Jérusalem et ses textes consacrés à l’enseignement du Talmud, écrits en hébreu, ont été salués par les plus hautes autorités juives. Il vient de publier aux éditions « L’œuvre spirituelle » un ouvrage au titre choc : « Israël - Palestine, la paix à la lumière de la Torah ». Il y aborde, à travers une analyse approfondie des écritures sacrées du Judaïsme, la Torah, le Talmud et les commentaires, depuis Maïmonide jusqu’à des personnalités plus contemporaines, une question fondamentale : est-ce que nos textes fondateurs permettent un compromis territorial avec les Palestiniens ? Sa thèse est que la Loi religieuse juive ne fait pas obstacle au partage de la Terre d’Israël et cette thèse va à l’encontre de la sensibilité dominante, en France, chez les plus pratiquants de notre communauté.

On pourra se rapporter, à propos de ce livre :
- à la critique très fouillée de mon ami Jean-Pierre Allali sur le site du CRIF - aller sur ce lien ;
- au blog qu’Hervé élie Bokobza a consacré à son livre : http://paix-torah.blogspot.com/

Alors le sujet est trop important, et ce livre pose trop de questions pour qu’on y consacre seulement 25 minutes. Dans la première émission, nous allons rester au plus près de cet ouvrage, et rester très « judéo juifs ». Mais dans la prochaine émission, qui sera diffusée le 18 septembre, nous parlerons de façon plus concrète des perspectives de paix et de réconciliation, aussi bien entre Israéliens et Palestiniens qu’entre Juifs et Arabes.

Parmi les questions qui seront posées dimanche prochain :

- Pourquoi un tel livre, dans la mesure où on a l’impression que, en gros, ce conflit entre deux peuples revendiquant la même terre minuscule, est devenu encore plus inextricable depuis que les courants religieux sont montés en puissance, aussi bien en Israël que chez les Palestiniens ?
- L’auteur cite un étrange passage du Talmud, où il est dit « de même qu’il est interdit de quitter la terre d’Israël vers tout autre pays, il est interdit de quitter Babylone pour les autres pays » : d’abord est-ce que, avec la longue et sanglante histoire de l’antisémitisme, les Juifs ont vraiment eu le choix de vivre en Israël ou ailleurs ? Et ensuite, dans la période actuelle où on assiste au retour d’un antisionisme radical, est-ce qu’il n’est pas imprudent de publier de telles citations ?
- A propos de la référence donnée au penseur Yeshayahu Leibowitz, grand pourfendeur du Sionisme religieux : est-ce que l’on n’est pas en plein dans une confusion entre « patriotisme » et « nationalisme », car on peut aimer son peuple et vouloir qu’il reste libre, sans mépriser les autres peuples et vouloir les asservir ?
- Que représentent, en nombre et en influence, les adeptes de la secte antisioniste des « Netureï Karta », dont une délégation s’est tristement illustrée en participant à Téhéran à une pseudo conférence négationniste (lire sur le blog) ?

Un entretien passionnant, que vous serez je l’espère très nombreux à suivre dimanche prochain.

J.C

31 août 2008

L’Europe, nouveau berceau de l’islam radical ? : un reportage de Malik Aït Aoudia pour la chaîne de télévision belge RTBF

Alors que vous avez pu entendre au début de l'année deux émissions importantes sur les Musulmans de France, avec comme invité un des meilleurs experts de la question, Bernard Godard (voir en libellé) ; et qu'il y a été aussi question, sans langue de bois ni dramatisation, des risques de dérive radicale d'une partie de la jeunesse des "quartiers sensibles" ... je vous invite à suivre un reportage bien dans le sujet !
 
Une demi-heure de vidéo passionnante, à visionner sur le blog car (à ma connaissance), aucune chaîne de télévision française n’a encore repris ce reportage saisissant de leur consœur belge RTBF : comme pour l’enquête de Mohamed Sifaoui, que j’avais mise en ligne ici (cliquer sur le lien), c’est à nouveau un journaliste d’origine maghrébine et parfaitement au courant de l’entrisme de cette idéologie totalitaire, qui a été aux bons endroits pour la débusquer. Grande réunion annuelle de l'UOIF au Bourget, où des dizaines de milliers de Musulmans vont découvrir les dernières modes vestimentaires intégristes ; centre islamique de Lille, où les « frères » et leurs amis commencent à endoctriner les enfants dans une école ; réception à Londres de Youssouf al-Qaradawi, le prédicateur vedette d’Al-Jazeera qui justifie sans complexes les attentats terroristes, y compris l’assassinat d’autre enfants, ceux-là juifs et « dommages collatéraux » ; discours ouvertement antisémite de Hani Ramadan à Bruxelles, et propos plus fielleux de son frère Tariq ; radio musulmane de la grande métropole du Nord de la France, où un animateur affiche ouvertement son adhésion à l’islam politique ; menaces, enfin, de faire payer aux partis démocratiques la loi sur le port des insignes religieux à l’école ... plus de 30 minutes à découvrir d’urgence ! 

J.C

29 août 2008

Numéro 100.000 !



Et voilà, ça y est ... Dorénavant le compteur "sitemeter" affiche un numéro à 6 chiffres, le cap des cent mille ayant été franchi le jeudi 28 août. Plus précisément à 15 heures 52, par un (ou une internaute) venu consulter le blog depuis Courbevoie. Et son hit correspondait à la recherche du nom "Benjamin Petrover" ... mon collègue journaliste de la radio "Judaïques FM", auquel j'avais consacré un article (voir en libellé) !

Pour être tout à fait complet, le nombre total de pages ouvertes le même jour à 23 heures s’élevait à 153.544 Et vous avez été 2.172 à venir consulter mon profil (le texte correspondant étant identique, d'ailleurs, à celui apparaissant en bandeau fixe, en haut à droite). Pour être précis, enfin, ce compteur avait été installé le 5 mai 2005. L’autre enregistreur automatique, qui donne moins d’informations sur les visites mais permet de les visualiser en direct (et de collectionner de jolis drapeaux !), est fourni par « Neocounter » : il donne un total un peu inférieur, car il a été installé le 6 mars 2006 ; et je reviendrai, un peu plus tard, sur quelques informations intéressantes que révèlent ces autres statistiques.

Nous pouvons donc, à nouveau et symboliquement, sabrer le champagne et porter un toast en l’honneur du blog, devenu réellement « durable » (mot à la mode) avec 832 articles publiés en trois ans et demi - et alors que la « blogosphère » est constellée de sites ayant disparu comme des étoiles filantes. Un champagne symboliquement partagé en se retournant avec un peu de nostalgie sur les articles publiés - il y a une éternité - pour le numéro 1000 en septembre 2005 et le numéro 10.000 en avril 2006 !

Merci aux dizaines de milliers de visiteurs occasionnels. Merci aux quelques centaines fidélisés au fil des années. Et merci par avance pour vos futurs visites, en espérant bien sûr qu’elles feront grimper l’audimat au-delà du « plafond » actuel de 100 à 120 « hits » quotidiens.

J.C

28 août 2008

Rabbi Yaacov Slama : une journée remplie d'émotions à Nabeul, par Souhail Ftouh

Pélerinage sur la tombe de Rabbi Yaacov Slama,
photo prise en 2007.
(photo tirée du site http://www.nabeul.net/)

Comme chaque année à Nabeul (au Nord Est de la Tunisie) ils sont venus de tous les coins du monde pour marquer « La Hiloula » en l'honneur du Rabbi Yaacov Slama (1).
Le Jeudi 14 Août, de joyeux chants religieux étaient entonnés par des pèlerins Juifs d’origine tunisienne venus de France, du Canada, des États-Unis et de diverses villes d'Israël. Dès dix-neuf heures, plusieurs autocars ont envahi le parking de la Mausolée de Rabbi Yaacov Slama, déposant leur flot de pèlerins venus exprimer leur fidélité pour ce saint vénéré du judaïsme à Nabeul, qui est considéré parmi les grands "tsadikims" du pays.
L'événement était organisé par l’association NEAPOLIS dirigée par une femme altruiste, de caractère, passionnée par tout ce qui touche les échanges culturels. La joie était de la partie grâce à l'animation qui était organisée par l’association qui s'est occupée de toute la logistique de l'événement (2). J’ai eu d’ailleurs l’honneur d’être invité, par la dite association, pour assister à ce pèlerinage annuel, en signe d’amitié et de reconnaissance à cette communauté millénaire. C'était une occasion de plus, pour nous, de faire connaître notre fidélité à la communauté juive de Nabeul (3).
Ému par cet événement, qui a vivement impressionné les membres de la communauté, nous avons transmis un message d’amitié et d'unité à cette communauté vivante et active qui est venue pour se recueillir sur la tombe de Rabbi Yaacov Slama. Après la prière, le groupe a rejoint joyeusement le lieu de la réception pour un repas de fête qui a été servi dans une ambiance chaleureuse.
Aujourd'hui notre émotion est multipliée par dix. Ce qui nous paraît important c'est que malgré l’absence de relations diplomatique entre la Tunisie et Israël, les liens de nos frères juifs tunisiens, résidents en Israël , n’ont jamais faibli avec leur pays d’origine ; la preuve est la présence massive de nombreux pèlerins , notamment des jeunes, qui n’ont jamais connus la Tunisie mais qui sont venus de toutes les grandes villes d’Israël pour visiter leur pays natal et se recueillir sur la tombe d’une grande figure du judaïsme tunisien.
A 20 heures les autocars ont rejoint les divers hôtels, emportant des souvenirs qui marqueront ces vacances d'août d'une spiritualité renouvelée.

Souhail Ftouh ,
Tunis


(1) Rabbi Yaacov Slama est un Grand rabbin qui a fréquenté les écoles talmudiques de Tunis avant de mourir, à Nabeul, en 1774. Une Mausolée à sa mémoire était édifié en 1934.
(2) Créée le 2 Mars 1994, NEAPOLIS est une association d’Amitié, d’échanges culturels et de solidarité entre les humains pour une meilleure connaissance et le rapprochement de diverses personnes natives, originaires ou proches de la Tunisie
(3) À la veille de l'indépendance tunisienne on recensait en 1956 à Nabeul 1161 Israélites, en 2008 il n'y en avait plus que 25. Parmi les célèbres familles de Nabeul nous pouvons citer les Mamou, Haddad, Uzan, Karila et Cohen.

27 août 2008

Georgie, 2 : quand ceux qui vomissent Israël font les yeux doux à Poutine

Chars russes entrant en Georgie
(photo Reuters)

Une fois "planté le décor" géopolitique de cette guerre éclair dans le Caucase, et après vous avoir invité à éviter les approches simplistes, je n’en suis que plus à l’aise pour dénoncer maintenant la mauvaise foi criarde d’un certain nombre de commentateurs, lus ou entendus au cours des dernières semaines. Non pas que l’on puisse leur reprocher, a priori, de tenter d’avoir une approche objective sur ce conflit ; ou de pointer du doigt le fait, rigoureusement exact, que le président géorgien Mikhaël Saakachvili ait été bien imprudent en ouvrant le premier les hostilités : mais ce qui est remarquable, c’est que les mêmes n’ont jamais utilisé une telle grille de lecture pour des conflits dans lesquels Israël était engagé - les arguments servis pour défendre Poutine (et son clone Medvedev) ayant alors été superbement ignorés ! Les citations relevées ci-dessous ont été enregistrées avant le tout dernier et grave développement de la soi-disant reconnaissance des républiques dissidentes de Georgie - étape cosmétique avant leur rattachement à la Fédération de Russie : mais parions que les mêmes commentateurs continueront, par haine rabique des États-Unis, à défendre Moscou sans états d'âme.

Ci-dessous, donc, un petit florilège de cette mauvaise foi hexagonale.


1. Joseph Macé Scaron dénonçant la "religion de la victime" : dans "Marianne" de la semaine du 16 au 24 août, cet éditorialiste écrit : "à l’aune de la victimisation, les Georgiens ont produit plus de décibels que les Ossètes et les Ossètes que les moines tibétains. L’économie médiatique aidant, les micros et les caméras se tournent vers les formes de désespoir les plus expressionnistes." Bien vu ! Mais que n’a-t-on lu, dans le même hebdomadaire, le même genre de commentaires à propos des Palestiniens, champions toute catégorie en matière de manipulation des médias ? Leurs quelques 6000 tués en environ 8 ans ont occupé la première place de toute la presse mondiale, occultant par exemple les 200.000 victimes du Darfour. Sans parler, bien sûr, du millier de civils tués et des milliers d’estropiés en Israël, victime du Djihad terroriste ... et qui n’ont guère suscité de sympathie dans "Marianne".

2. Jack Dion dénonçant le "Sergent major" (que c’est drôle !) dans le même numéro de "Marianne" : précisons que ce jeu de mot visait François Sergent, éditorialiste de "Libération" à qui il était reproché "le manichéisme le plus obtus" contre la Russie, et donc en faveur des Américains - les vrais responsable du "désordre mondial" comme cet hebdomadaire n’en finit pas d’en convaincre les Français ... Et il écrit : "Il y a les méchants (les Russes) et les bons (les Georgiens). Quand les premiers bombardent, c’est un crime contre l’humanité. Quand les seconds le font, c’est un acte de bienfaisance." Parfait, mais que n’a-t-on lu ce genre de propos au moment, par exemple, des bombardements du Hamas depuis Gaza, ou de ceux du Hezbollah à l’été 2006 ? Jack Dion doit être par ailleurs un peu gêné aux entournures pour dénoncer des islamo-fascistes, car il attribue doctement des guillemets au mot "démocraties" à propos des États-Unis et de leurs alliés, mais il délivre - en creux - un brevet de démocratie à Poutine, en écrivant que "la Russie d’aujourd’hui n’est pas vraiment la copie conforme de l’Union soviétique" !

3. Renaud Girard parlant du "retour de flamme du Kosovo" : dans une tribune du journal "Le Figaro" du mardi 12 août, le grand reporter revient sur le précédent des Balkans, et sur l’erreur occidentale dont j’avais déjà parlé : "Habilement, les Russes utilisent aujourd’hui la même rhétorique que celle utilisée par les Occidentaux en 1999, parlant d’une minorité ossète victime de "génocide" et "d’épuration ethnique." Rien à redire sur ce point là, car j’ai la même appréciation. Sauf que ... le même Renaud Girard n’a pas un mot pour dénoncer "la réaction démesurée" de Moscou devant l’attaque surprise de la Georgie sur son territoire (théoriquement souverain) d’Ossétie du Sud. Il écrit : "le président géorgien a commis une très grave erreur d’appréciation. Il a sous-estimé la détermination de Moscou et surestimé le soutien que les États-Unis seraient prêts à lui apporter." On a envie de se pincer et de dire ... je rêve ! Car le même Renaud Girard s’était fendu de plusieurs articles et même d’un bouquin pour dénoncer les "actes de guerre disproportionnés" et la "sur réaction israélienne" suite à l’attaque, sur son propre territoire, du Hezbollah en juillet 2006 ! Que n’avait-il, à l’époque, dénoncé l’erreur d’appréciation de la milice chiite, qui allait provoquer mille souffrances au Liban ? Toujours prêt à accabler le minuscule Israël (je l’ai même entendu, sur une radio communautaire, critiquer l’état juif pour avoir brisé l’encerclement arabe en juin 1967), Renaud Girard n’a pas un mot pour critiquer la Russie, cent fois plus puissante que la petite Georgie qu’elle vient d’envahir !

4. La liste complète de ces théoriciens de la mauvaise foi serait fastidieuse, et cet article serait bien long ... Évoquons juste, pour finir, l’incontournable Pascal Boniface auteur jadis d’un fameux "Est-il permis de critiquer Israël ?" (éditions Robert Laffont), venu avec un petit sourire en coin sur plusieurs chaînes de télévision nous expliquer que l’on assistait au grand retour de la Russie, un retour dont la brutalité et les orientations politiques ne lui inspiraient nulle critique ; et Paul Quilès, ancien ministre et hélas toujours responsable des questions de défense au Parti Socialiste : celui-là, aussi, ricanait devant les ratés de la guerre du Liban il y a deux ans, en écrivant qu’elle démontrait les limites d’une politique basée sur la force ; dans "Le Figaro" du 19 août, il ne devait pas émettre la moindre critique devant la déferlante des blindés russes dans le Caucase ... et cela, sans doutes parce que (il ne le dit pas, mais il le pense tellement fort !), Israël est l’allié des États-Unis, ce grand méchant loup qu’il nous invite par ailleurs à laisser tomber. Car, je le cite : "il ne sert à rien de feindre d’ignorer que la Russie détient d’énormes réserves d’hydrocarbures et qu’il existe une relation d’interdépendance objective entre celle-ci et les pays européens !"

J.C

26 août 2008

Georgie, 1 : une géopolitique et des enjeux complexes

Carte de la Georgie et de ses voisins

Dans mon article publié dimanche, j’évoquais une « grille de lecture autrement plus complexe que l’affrontement islamistes / états occidentaux » à appliquer à ce conflit de l'été - et en écrivant « islamistes » je pensais presque « musulmans », car hélas à en croire trop de blogs communautaires, l’ensemble des conflits du monde se résument à un choc entre l’Islam et les « autres ». Considérons donc la géopolitique locale, autour de la malheureuse Georgie. Deux axes s’affrontent : d’abord les « pro russes » comprenant la Fédération de Russie, les minorités rebelles (Ossètes et Abkhazes), l’Arménie - complètement enclavée et sans façade maritime - et ... la République islamique d’Iran ; et puis, en face mais ne leur opposant pas un front continu, les « pro américains » comprenant la Turquie (membre de l’OTAN), la Georgie (qui voudrait en faire partie) et l’Azerbaïdjan, riche État pétrolier des bords de la Caspienne. Quelques rappels : les Azéris, sont de bons musulmans comme leurs frères turcs ; tout comme les Adjars, vivant au Sud Ouest de la Georgie et qui ne semblent plus avoir de velléités d’autonomie - ils sont en tout cas restés fidèles pendant le dernier conflit. Par contre, les Russes comme les Ossètes (bien que ces derniers parlent une langue persane) et les Arméniens sont des chrétiens ... comme les Georgiens ! Les Abkhazes, eux, sont en majorité musulmans - mais il y a aussi des chrétiens dans cette population, et l’épuration ethnique qui a visé les Georgiens lors du conflit du début des années 1990 - plus de 200.000 réfugiés - ne semble pas avoir eu une connotation religieuse. Compliqué, non ?

Autre élément géopolitique clé dans ce conflit, le pétrole : la presse aura révélé au grand public l’importance du pipe-line reliant la Caspienne à la Mer Noire à travers la Georgie, seule route évitant la Fédération de Russie, et les menaces d’étranglement par le régime qui la dirige actuellement ! Petit détail (jamais évoqué, alors que l’on aura abondamment parlé des ventes d’armes israéliennes à la Georgie, elles-mêmes fortement ralenties avant la guerre du mois d’août suite à des pressions russes), l’Azerbaïdjan est un des principaux fournisseurs de pétrole de l’État d’Israël ... avec d’autres pays musulmans, comme l’Égypte et le Nigeria !

Alors, « gentils chrétiens » contre « méchants musulmans », toujours votre grille de lecture ?
Il y a enfin une autre dimension, celle-là de principe et par rapport à laquelle - même si nous avons eu droit à des articles dégoulinants de complaisance envers la Russie, mais j’y reviendrai dans un autre article - je crois nécessaire d’avoir une position à la fois claire et définitive : celle de la dialectique opposant « l’intangibilité des frontières », et « le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Plusieurs décennies après la décolonisation et près de vingt ans après la disparition du dernier empire colonial de la planète (l’URSS), force est de constater que toutes les frontières sont artificielles, et qu’il y a des peuples répartis sur les territoires d’États voisins. Cela a donné et donne encore quelques millions de victimes lors d’interminables conflits en Afrique. En Europe, quinze ans après la guerre des Balkans, les Occidentaux - en contravention flagrante de la résolution 1244 du Conseil de Sécurité - ont reconnu l’indépendance de la province serbe du Kosovo, qui risque rapidement de devenir partie prenante d’une « grande Albanie ». Un précédent dangereux, qui pourrait servir demain par exemple aux Arabes israéliens de Galilée réclamant d’abord leur indépendance, puis leur rattachement à un futur État palestinien - on notera d’ailleurs qu’Israël s’est refusé à reconnaître l'indépendance de cette province ! Exploitant ce prétexte, les Russes viennent de se venger en venant « au secours » des Ossètes ... qui réclament le rattachement à leurs frères d’Ossétie du Nord, elle-même partie intégrante de la Fédération de Russie. Et en pratiquant la même technique de grignotage à d’autres populations vivant de part et d’autre de leurs frontières, Poutine risque de reconstituer demain l’empire soviétique disparu !

Alors, « gentils Américains » contre « méchants Serbes », toujours votre grille de lecture ?

J.C

25 août 2008

Le voyage de Meschaal en Jordanie, ou : « la grande offensive russe »

La visite annoncée de Khaleed Meschaal en Jordanie pourrait bien être l'indice d'un retournement complet des cartes politiques au Moyen-Orient qui ne s'exprimera pleinement qu'après l'élection du nouvel hôte de la Maison-Blanche. Mais comme le montre cette visite, qui devrait avoir lieu la semaine prochaine, chacun se prépare déjà aux prochains événements qui auront des répercussions - forcément sanglantes - jusqu'au Pakistan et en Afghanistan.

Khaleed Meschaal est né à Ramallah du temps où la Jordanie exerçait sa souveraineté sur la Cisjordanie et Jérusalem-Est. C'est à ce titre qu'il est titulaire de la nationalité jordanienne, laquelle a été offerte par le royaume hachémite à tous les Palestiniens ayant quitté Israël à la suite de la guerre de 1948. Après un long passage par le Koweït, Meschaal est venu s'installer en Jordanie où il est resté jusqu'à ce que ses activités terroristes, largement sponsorisées par la Syrie, prenant pour cibles Israël aussi bien que la Jordanie, ne contraignent le royaume hachémite à l'expulser. Depuis, c'est à partir de Damas que l'embarrassant chef politique du Hamas a continué ses activités avec le soutien logistique et financier de l'Iran.

A première vue, l'alliance n'est pas naturelle. Le Hamas, en tant qu'émanation des Frères musulmans, prône le retour à la pureté de la foi sunnite, qui semble très loin des objectifs religieux et politiques d'un pays chiite comme l'Iran. Pourtant, cette alliance de circonstance se révèle naturelle mais également nécessaire si l'on prend en considération un autre élément : l'éclatement de la direction du Hamas. La base du mouvement située à Gaza est représentée officiellement par Ismaël Haniyé. Celui-ci entretient des relations correctes avec Le Caire et ne serait probablement pas opposé à une réconciliation, dont les contours restent à définir, avec l'Autorité palestinienne et à des actes « positifs » en direction d'Israël - à la condition qu'il puisse en tirer un profit politique interne et externe. Mais il doit faire face à l'opposition de Mahmoud Zahar qui joue sur tous les tableaux à la fois : celui-ci choisit tantôt la carte égyptienne tantôt la carte syrienne pour neutraliser son adversaire. Face à la direction du mouvement de Gaza qui a choisi l’Égypte, il faut donc compter avec une autre tendance du mouvement qui s'est tournée vers la Syrie. C'est à ce niveau que Khaleed Meschaal entre en jeu.
Meschaal représente clairement la tendance anti Égypte. C'est pourquoi, tout en étant à la tête d'une organisation sunnite, celui-ci a contracté une alliance avec l'Iran qui entend utiliser le Hamas pour étendre son influence dans les pays sunnites en général et dans l’Égypte en particulier. L'alliance militaire contractée il y a quelques mois entre l'Iran et le Soudan ne fait que renforcer cette tendance générale. On se rappellera également qu'au moment de la prise du pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza, des Gazaouïtes avaient dénoncé la présence de chiites. Mais un an après, l'Autorité palestinienne a révélé la présence de cellules terroristes d'Al-Qaïda dans la bande de Gaza. Al-Qaïda est une organisation terroriste sunnite qui est née en Arabie-Saoudite et face à laquelle les Frères musulmans égyptiens font figure de modérés. Il semble donc que l'Iran et l'Arabie Saoudite, tour à tour manipulateurs et manipulés par la direction syrienne du Hamas, se disputent la bande de Gaza pour évincer Haniyé et faire pression tant sur les Frères musulmans que sur le Caire. C'est à rien moins qu'à une offensive contre l’Égypte que Meschaal est en train de travailler. Elle fait également office d'avertissement à Bashar al-Assad et aux autorités syriennes.

La Jordanie a entendu et compris le message. Et elle a décidé de poser cette semaine deux cartes sur la table : au moment même de l'annonce de la visite de Meschaal à Amman, le roi Abdallah II se rend à Moscou. Il faut se rappeler que les rapports de la Jordanie avec la Syrie sont difficiles. Avec l’Égypte, ils ne sont presque guère meilleurs. Il n'est donc pas étonnant que la Jordanie choisisse ce moment pour se réconcilier avec Meschaal, envoyant un message politique positif à l'Iran ... et à la Russie. Si le rapprochement peut sembler là aussi contre nature, il faut alors prendre en considération ces autres événements : le rapprochement entre la Syrie et la France, l'installation officielle du Hezbollah au Liban, et la politique américaine en Irak et en Iran. A propos de la Russie, l’Égypte a développé des relations très étroites avec Moscou ces dernières années : fin mars 2008, le président Hosni Moubarak s'était rendu à Moscou pour une visite de trois jours. Le journal égyptien Al-Ahram avait rapporté qu'il s'agissait de la cinquième visite entre Moubarak et Vladimir Poutine depuis 2001. Toujours d'après Al-Ahram, le contrat signé entre l’Égypte et la Russie couvrait des domaines aussi variés que le nucléaire - la Russie a remporté le marché de construction de la première centrale nucléaire à usage civil - le commerce, l'investissement, le tourisme. Lors de sa rencontre avec Poutine, Moubarak avait également rencontré Medvedev. Le roi Abdallah de Jordanie, en se rendant à Moscou pour une visite de deux jours ce week-end, a donc suivi le chemin inauguré par Moubourak mais également par Assad qui revenait juste d'une rencontre avec Medvedev. L'agence de presse russe Ria Novosti a rapporté vendredi 22 Août que le roi Abdallah II avait manifesté sa satisfaction, à l'issue de son entretien avec le premier ministre russe Vladimir Poutine, devant le développement de la coopération politique, économique et militaire entre la Russie et son pays. Parce que la Jordanie, tout en étant l'alliée politique des États-Unis, ne peut pas se permettre de rester isolée face à la Russie entre l’Égypte et la Syrie.

Alors que les États-Unis sont en train de mener une offensive en Europe, déployant sur son sol - République tchèque, Pologne - un bouclier de missiles, on assiste donc à un déploiement de la Russie au Moyen-Orient (Égypte, Syrie, Jordanie, Iran), qui quoique n'étant pas du même ordre lui permet cependant de renforcer son influence. C'est à la lumière de ces circonstances que l'on doit comprendre l'entente entre la France et la Russie - telle qu'elle s'est manifestée dans la gestion de la crise en Géorgie. Le voyage du premier ministre israélien Ehoud Olmert à Moscou ce mois de septembre, au moment même ou le président français Nicolas Sarkozy sera à Damas, sera certainement d'un très grand intérêt. Ces deux rencontres auront pour effet de déplaire fortement à la Maison Blanche et c'est sans doute ainsi que l'on doit comprendre le refus exprimé par les États-Unis vendredi 22 Août de vendre à Israël des avions permettant de faire le plein d'essence en vol. Mais ces deux rencontres déplairont également à l'Iran : si la Russie est de facto son alliée, elle n'entend pas le laisser développer davantage son influence, préférant le garder sous contrôle. C'est pourquoi Téhéran cherche en ce moment son salut dans une autre direction. Tout indique qu'il l'a déjà trouvée.

Isabelle-Yaël Rose,
Jerusalem

05 août 2008

Bonnes vacances et rendez-vous le 24 août !

 
Et voilà venu le moment de vous dire au revoir ... pour un peu moins de trois semaines. Alors que beaucoup d'entre vous sont déjà partis, et profitent - du moins je vous le souhaite ! - d'une vue aussi somptueuse que celle de mon illustration ...
De mon côté, ce ne sera rien que de très classique, à quelques heures de Paris et sur les plages normandes ; avant - je l'espère - de partir plus loin et au soleil, dans quelques mois.
Le blog et l'émission prendront donc des vacances bien méritées, et je vous donne rendez-vous sur ces deux médias, le dimanche 24 août.
Sur Judaïques FM, vous pourrez entendre une émission déjà enregistrée, et assez exceptionnelle : une interview du chanteur franco-algérien Khalis, construite autour de sa chanson bouleversante "Kamikaze" (cliquer sur son nom en libellé).
Sur le blog, je serai aussi de retour le même jour, et j'espère faire avec vous un petit point d'actualité ... en espérant qu'elle aussi aura été légère.
Bonnes vacances à toutes et tous !

J.C

03 août 2008

"Le Monde" est-il en train de tourner ?



Introduction :
Les lecteurs fidèles l'auront surement noté, je fais rarement référence au journal "Le Monde" sur mon blog ... Une très ancienne tradition d'hostilité envers l'état d'Israël, d'une part, et un "politiquement correct" souvent complaisant envers les totalitaires - islamistes ou autres - et critique envers les démocraties, d'autre part, m'en ont éloigné durablement ; même si, et cela m'est aussi arrivé de les signaler, il y a eu (rarement) dans ce journal des articles sortant de cette ligne. J'essaie, au moins, de ne pas adopter la rigidité bornée de trop de publications communautaires qui refusent la simple lecture de la presse de gauche, ou n'y relèvent que les publications hostiles ; je serais d'ailleurs un piètre journaliste si je ne lisais que les journaux d'un seul bord, ou si je passais mon temps à faire partager des rancœurs, exercice dont certains semblent ne pas se lasser, hélas !
J'ai relevé ces dernières semaines deux éditoriaux qui marquent un changement notable par rapport à "l'ère Plenel", du nom de l'ancien rédacteur en chef qui avait - par exemple - combattu la loi interdisant le port des signes religieux ostensibles à l'école, et maintenu une chape de plomb dans son journal sur les massacres au Darfour.
Ces deux éditoriaux, revenant sur ces deux sujets, méritent d'être signalés et je les reproduis intégralement !
J.C

1 : La Burqa, symbole

"Peut-on devenir française quand on porte la burqa, ce vêtement qui, à l'exception des yeux, masque entièrement les femmes dans les pays (ou les familles) musulmans les plus rigoristes ? Non, vient de répondre sans détour le Conseil d'Etat dans un arrêt qui, sans aucun doute, fera date.
L'affaire sur laquelle la haute juridiction a tranché tient en quelques mots : une Marocaine mariée à un Français et mère de trois enfants nés en France s'est vu refuser, en 2005, la nationalité française, au motif qu'elle porte la burqa et que cela constituerait un "défaut d'assimilation". Saisi en appel, le jugement du Conseil d'Etat tient, également, en quelques mots, manifestement pesés au trébuchet : cette femme "a adopté, au nom d'une pratique radicale de sa religion, un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française et notamment le principe d'égalité des sexes".
Voilà donc relancée la controverse sur la place des religions, et de l'islam en particulier, en France. Le débat sur le port du "voile" à l'école avait déjà soulevé la question il y a quelques années : la France doit-elle, avec tolérance et sagesse, accepter l'expression publique de l'identité religieuse et de la différence culturelle ? Ou doit-elle, au contraire, marquer nettement les limites au-delà desquelles le principe de laïcité, fondement de la République, serait bafoué. En adoptant la loi de 2004 interdisant le port de tout signe religieux ostensible dans les établissements scolaires, le Parlement avait clairement choisi la seconde réponse.
Dans son arrêt du 27 juin, le Conseil d'Etat adopte une position similaire. Nul doute qu'il va se voir reprocher, à nouveau, de stigmatiser une religion, l'islam. Et de ne pas mesurer le fossé qui le sépare de la réalité complexe de la société française. Le Conseil, il est vrai, s'en tient à une appréciation de principe : à ses yeux, la burqa est tout sauf un signe religieux banal, qui relèverait d'un simple choix privé ou de la liberté de conscience ; à ses yeux, c'est au contraire un symbole majeur pour les musulmans les plus militants et minoritaires, qui revendiquent une pratique extrême de leur religion. Un symbole de ségrégation entre les hommes et les femmes. Un symbole inacceptable du statut d'infériorité de la femme dans cette conception de l'islam. Comment lui donner tort ?"
Editorial du journal "Le Monde" paru dans l'édition du 12 juillet 2008

2 : Solidarité africaine

"Après le Zimbabwe, le Soudan. A quelques semaines d'intervalle, deux dirigeants africains mis en cause sur la scène internationale pour des crises, et des crimes, qui frappent en premier lieu leurs populations appellent leurs pairs à leur secours.
Robert Mugabe, le président zimbabwéen, a pu compter sur la solidarité continentale, au sein de plusieurs organisations, notamment l'Union africaine (UA), pour se protéger. Mais des voix africaines discordantes, lassées de son entêtement à se maintenir au pouvoir à tout prix, fût-ce en ruinant son pays, commencent à émerger. Des présidents africains se refusent à ce que la mise en question des agissements de l'un des leurs soit assimilée à une trahison au profit des ex-puissances coloniales et des pays occidentaux.
Omar Al-Bachir, son homologue soudanais, est le premier président en exercice mis en cause par la Cour pénale internationale (CPI). Il l'est sur la base d'accusations présentées lundi 14 juillet par le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, pour son rôle dans la tragédie du Darfour. La nature de ces accusations est, à la mesure des faits, d'une gravité exceptionnelle. Elle s'appuie sur "des preuves sur les crimes commis dans l'ensemble du Darfour (ouest du Soudan) au cours des cinq dernières années" pour mettre en cause directement le chef de l'Etat soudanais.
Le président Al-Bachir compte sur des réflexes d'autodéfense pour que l'UA et la Ligue arabe s'emploient à torpiller une éventuelle action de la CPI. Les premiers résultats sont déjà visibles. Hisham Youssef, chef du bureau du secrétaire général de la Ligue arabe, a enjoint la CPI de "ne pas politiser" son action et de ne pas s'immiscer dans les affaires intérieures soudanaises, contestant ainsi la légitimité de la juridiction, désignée en filigrane comme le bras judiciaire des pays occidentaux. Une réunion de la direction de l'UA s'est conclue, elle, par un communiqué rappelant "la préoccupation de l'UA face à la mise en accusation abusive de dirigeants africains".
Pourtant, tous savent à quel point Omar Al-Bachir est coupable. La dignité serait pour la Ligue comme pour l'UA de se désolidariser de ceux qui humilient et martyrisent l'Afrique et le monde arabe."
Editorial du journal "Le Monde" paru dans l'édition du 15 juillet 2008

01 août 2008

Une nouvelle loi problématique votée à la Knesset, par Isabelle-Yaël Rose

Une loi proposée par le député Reuven Rivlin (Likoud) vient d'être votée dans la nuit du 30 Juillet en première lecture à la Knesset. Elle amnistie les colons qui avaient manifesté leur opposition, d'une manière violente, au moment du désengagement de la bande de Gaza en 2006, s'en prenant aux forces de l'ordre. Les seuls partis à s'être prononcés contre cette loi ont été les partis arabes et le parti d'extrême-gauche israélien, le Meretz. Rivlin a déclaré dimanche 27 juillet sur la chaîne 10 que cette amnistie avait pour but de permettre une intégration des inculpés dans les unités combattantes de l'armée, entrée qui est refusée à toute personne ayant un casier judiciaire. Il a poursuivi en expliquant que l'opposition au désengagement avait été un mouvement démocratique, contre une décision elle-même démocratique émanant de la Knesset. Le Meretz, dans une session houleuse de l'assemblée, a dénoncé les progrès du fascisme, expliquant que les forces non-démocratiques utilisaient toujours les institutions pour prendre possession de l'assemblée et de la société.
Le Likoud, qui dirige l'opposition sous la présidence de Benyamin Netanyahou, est coalisé avec les partis religieux sionistes, qui représentent les habitants des implantations de Judée-Samarie.

Vendredi dernier, le quotidien israélien « Haaretz » publiait les dernières recommandations de l'armée et des forces de sécurité israéliennes (Shin Bet) en charge des « territoires occupés ». Le rapport pointait l'augmentation des violences contre les soldats et la recrudescence des actes de provocation. Ainsi, un jeune colon a saisi un soldat par la gorge, le menaçant avec un couteau. Les soldats doivent quotidiennement s'interposer entre les colons et les Palestiniens des « territoires occupés », particulièrement en Judée. Les seconds accusent les premiers de détruire leurs champs et leurs récoltes, régulièrement arrachés ou incendiés. Ces derniers mois, les agressions se sont multipliées, sans qu'il soit possible de faire un lien direct entre l'attentat qui avait pris pour cible une Yeshiva en mars - la Yeshiva du rav Kook est un haut lieu du sionisme religieux - et l'escalade des violences dans les territoires : il y a 15 jours, toujours selon le « Haaretz », des colons ont attaqué des Palestiniens, qu'ils ont menottés, leur bandant également les yeux, avant de les frapper. L'un des hommes a perdu conscience. Seule l'intervention de l'armée, qui a elle même violemment été prise à parti, a permis de mettre un terme à l'affrontement. Au mois de février, un colon avait tué un Arabe. Il avait déclaré à la police avoir été attaqué par une bande d'une « quarantaine de Palestiniens ». C'est seulement par miracle qu'à un contre quarante l'homme, armé, avait réussi à s'en sortir vivant. La plupart du temps, les enquêtes se terminent toujours par une relaxe du colon qui a agi en légitime défense. Les habitants des implantations sont souvent armés. Ils s'organisent en « milices paramilitaires », harcelant les Palestiniens mais également la police, l'armée et la presse.

Dans ces conditions, la loi votée par la Knesset est pour le moins problématique. D'une part, elle fait figure de « loi d'exception » en faveur de groupes qui ont déjà pris pour habitude de s'extraire de la « loi commune ». La plupart sont désocialisés, sans travail, tandis que les jeunes ne sont même plus scolarisés. Les colons vivent en marge de la société et des lois israéliennes, dont ils méprisent les institutions telles que la Cour de Justice et la Knesset, les deux piliers de la démocratie israélienne. Au moment même où le ministre de la sécurité intérieure, Avi Dichter, déclare la nécessité de rétablir la légalité et l'autorité de la police sur les citoyens ; tandis que le chef de l'armée, Gabi Askhenazi, réagissant aux derniers développements de « l'affaire de Neilin », annonce que l'armée doit renforcer ses valeurs morales et éthiques ; une amnistie pure et simple couvrant les événements de 2006 ne peut avoir que trois effets : affaiblir encore un peu plus les lois, donner aux colons un sentiment d'impunité déjà largement diffusé en Samarie et en Judée, humilier la police et l'armée qui perdent progressivement le contrôle du terrain, se faisant même attaquer. L'armée est de plus en plus dans une position intenable, prise en tenaille entre les colons et les manifestants d'extrême gauche associés aux Palestiniens, qui organisent quotidiennement des actions contre la barrière de sécurité[1]. C'est ainsi qu'un jeune soldat a tiré avec des balles en caoutchouc contre un manifestant palestinien menotté et les yeux bandés, il y a trois semaines. Le soldat a accusé son commandant de lui avoir donne l'ordre de tirer. Le témoignage du commandant a été recueilli sous la supervision d'un détecteur de mensonges qui a souligné des incohérences et invalidé sa version des faits. C'est pourquoi celui-ci a été mis a pied pour une période de 10 jours a partir du 29 juillet, le temps de terminer l'enquête. D'autre part, cette « loi d'exception » est problématique en ce qu'elle encourage les colons dans leurs pratiques. Si les plus jeunes sont effectivement appelés à devenir des combattants de l'armée, les événements de Neilin risquent de se multiplier. On voit mal comment cela permettra à l'armée de rétablir son image au cœur même de la société israélienne qui, tout en restant attachée à l'institution militaire - vitale pour Israël -, a développé un sens critique exigeant de ses officiers qu'ils respectent les normes de la vie publique israélienne. Si les soldats qui abusent de leur pouvoir ne sont pas sanctionnés, Israël s'achemine vers une « déconnexion » entre l'armée et la société, très dangereuse dans un pays où l'armée est constituée de recrues. De la même manière, si les colons qui prennent leurs libertés avec les lois ne sont pas punis, on voit mal comment ils pourront s'intégrer dans la société, la police et l'armée. Plus encore quand les délits en question sont rien moins que des lynchages ou des meurtres.

Mais le signal le plus alarmant vient de la Knesset elle même qui a voté la loi de Rivlin sans que sa proposition ne déclenche aucun débat public, aucune polémique, aucune opposition. Au moment où Israël est submergé par une vague de délinquance et de criminalité, les coupables étant de plus en plus jeunes et de plus en plus violents, méprisant toute loi et toute institution; tel n'était certainement pas le meilleur message à faire passer à la jeunesse. La jeunesse a au contraire besoin de savoir qu'il y a des règles qui ne souffrent aucune impunité. Elle a besoin de savoir qu'il existe dans ce pays des institutions garantes de l'ordre civil qui doivent être respectées. Elle a besoin de savoir que le débat politique lui même - même si les députés et les ministres, au plus haut niveau, présentent un spectacle accablant - a des limites et suit des règles pour que les citoyens et les divers groupes d'opinion puissent continuer à coexister. Bref, la jeunesse a besoin de savoir qu'elle vit dans une société civilisée et non pas dans une jungle où c'est celui qui crie et qui frappe le plus fort qui a raison. Cette loi d'amnistie est une catastrophe pour la société israélienne, pour les forces de l'ordre, mais aussi pour les pédagogues et les parents. Le fait qu'elle n'ait rencontrée aucune opposition est un symptôme qui témoigne non seulement de la lâcheté des hommes politiques israéliens, préoccupés davantage par les élections que par leur peuple et leur pays ; mais aussi du piteux état des forces démocratiques. Les hommes de la police, de l'armée, du Shin Bet - dont le dévouement est exemplaire, qui sacrifient souvent leur famille, leur vie personnelle, parfois même leur vie tout court, pour accomplir leur tâche sécuritaire au service de la collectivité - sont tout simplement envoyés sur le front social avec un pistolet à eau.

Le taux d'abstention aux futures élections, dans un pays pourtant habitué à une forte participation électorale, sera probablement historique. Mais l'on peut encore redouter une désaffection pour l'armée, la police (un dernier rapport publié le 29 Juillet dans le Maariv montre qu'il y a de plus en plus de policiers qui démissionnent), et l'ensemble des forces de sécurité - dont la vitalité est pourtant autant nécessaire que les meilleurs équipements militaires. Sans parler de l'incapacité dans laquelle Israël se place dans l'avenir d'évacuer aucun territoire destiné à devenir palestinien, tout simplement parce qu'il est peuplé de millions d'Arabes qui ne deviendront jamais israéliens, à moins de renoncer au caractère juif du pays.

Le vrai amour, l'amour douloureux et inconditionnel, doit être éclairé. Plus que jamais, Israël a besoin d'être aimé pour de vrai par les Juifs et les Israéliens. Il doit également ne pas renoncer à ses normes politiques et éthiques, qu'il se dicte à lui même, avec autonomie et exigence, pour continuer non seulement à être aimable mais à remplir sa mission. Une mission douloureuse et inconditionnelle, qui ne se résume pas à de mesquins calculs électoraux et à des tractations visant à renforcer des coalitions qui ont pris les commandes de la Knesset avant même les élections. Tranquillement, sans même utiliser la force.

Isabelle-Yaël Rose
Jérusalem

[1] La « bataille » autour de l'érection de la barrière de sécurité est tellement empreinte d'idéologie et de mauvaise foi qu'une décision pourtant historique de l'establishment militaire est passée quasiment inaperçue en début de semaine. Grâce à l'émission « London et Kirshenbaum » de dimanche, on pouvait apprendre, grâce aux commentaires de l'auteur du livre « barrières et tour » (Homot et migdal, en hébreu), que l'armée avait décidé de modifier le tracé de la barrière sans attendre la décision de la Cour suprême de manière à ne pas « annexer » de fait 25 dounam appartenant à un propriétaire palestinien. Le tracé de la barrière a été reculé, faisant repasser les 25 dounam de l'autre côté, et la mesure coûtera des millions de dollars à Israël. L'auteur a expliqué que par cette mesure, l'armée avait appliqué l'esprit des recommandations de la Cour suprême, sans même attendre qu'elle ait statué sur la plainte, devançant son jugement. Le fait que l'armée ait intégré l'esprit des recommandations de la Cour de justice est tout simplement un fait nouveau.