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10 décembre 2008

Commémoration de la rafle de Tunis au Mémorial de la Shoah



Photos de la cérémonie du 7 décembre 2008, prises par Claude Bochurberg
En haut : allumant une des bougies du souvenir, Milo Adoner, 
Président de l'amicale des anciens de Bleichamer Auschwitz
Au milieu : lisant son discours, Claude Nataf ; Richard Prasquier, Président du CRIF, David Messas, Grand Rabbin de Paris ; un représentant des Autorités militaires ; encadrant Lililane Capel, adjointe au Maire de Paris, 
les représentants de la Tunisie (à gauche) et d'Israël (à droite)
En bas : au premier plan de gauche à droite, René Berrebi, ancien des Forces Françaises Libres, Raphaël Haddad président de l'UEJF, Serge Klarsfeld, Dominique Bertinotti, maire du quatrième arrondissement, un descendant de la famille beylicale de Tunis et Jackie Fredj, Directeur du Mémorial de la Shoah
(cliquer sur les photos pour agrandir)

Belle et émouvante cérémonie, dimanche dernier 7 décembre, au Mémorial de la Shoah à Paris. Une occasion pour moi, aussi, de voir réunies des mémoires certainement pas antagonistes, mais que l’opinion commune peine à voir associées : celle des persécutions nazies ; et celle des Juifs de Tunisie ... pour les nouveaux visiteurs du blog, ils pourront en cliquant ci-dessous en libellé sur les mots « Mémoire de la Shoah » et « Société d’Histoire des Juifs de Tunisie » (SHJT), voir combien ces sujets m’ont personnellement interpellé !

Peu de gens se souviennent, en effet, que la Tunisie fut le seul territoire français hors métropole, à subir une occupation allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale : six mois entre novembre 1942 et mai 1943, un temps trop bref pour procéder à un massacre massif de la population juive locale, mais suffisant pour la terroriser, avec en particulier une rafle de 4000 hommes en décembre 42, envoyés dans des camps de travail ou sur les lignes de front, où hélas une cinquantaine, presque tous très jeunes, furent tués ; une poignée de résistants et de militants antifascistes furent aussi déportés en Europe, où ils furent assassinés ...

La SHJT et son dynamique Président, le professeur Claude Nataf, ont le mérite depuis quelques années de commémorer cette page sombre de l’histoire judéo tunisienne, par une belle cérémonie au Mémorial de la Shoah, et celle de cette année a été honorée par la présence de nombreuses personnalités : grands merci à Claude Bochurberg, producteur chez nos confrères de « Radio Shalom » de la série « Mémoire et vigilance », qui a pris ces photos et a eu la gentillesse de me les communiquer ! Mais le passé vient aussi interpeller le présent, et réciproquement : dans son beau discours, Claude Nataf a aussi évoqué l’actualité récente, avec le massacre de Bombay commis par des fanatiques se réclamant de l’islam, et qui, en vrais nazis de notre époque, ont torturé et assassiné le malheureux rabbin de la communauté Habad, son épouse et leurs hôtes. Il devait aussi saluer la présence, à ses côtés, des représentants de l’Etat d’Israël, représentant le peuple juif dans son ensemble, et de la République Tunisienne, dont la mémoire doit aussi (et souhaitons le, en dehors de Paris), intégrer cette page d’Histoire.

Plus de détails dans cet article publié sur le site du CRIF.

J.C

20 novembre 2008

Maintenant sur Facebook, bienvenue au club !

J’ai enfin rejoint tous ceux qui se connectés au vaste « club » de Facebook ... déjà 110 millions de comptes ouverts, il était difficile de ne pas adhérer à mon tour à ce réseau qui relie des « amis » à travers les continents ; des amis qui le plus souvent ne connaissent l’un de l’autre qu’une photo, et les publications mises en ligne au fil des jours !

Cela n’a pas été tout à fait le cas pour moi au début, une amie déjà présente ayant « parrainé » mon entrée : rien de plus simple, d’ailleurs, que d’entrer dans ce club gratuit et illimité ; il suffit d’aller sur le site http://www.facebook.com/, de créer un compte en laissant son adresse mail (qui reste anonyme) et en enregistrant un mot de passe - comme pour tous les sites WEB. A partir de là, on constitue son réseau de proche en proche, d’abord en essayant de voir si des parents et amis sont présents, puis au fur et à mesure, on peut soit être sollicité par un(e) ami(e) d’ami(e), soit aller piocher dans le réseau des amis déjà existants.

« Facebook » se décline non seulement en liens horizontaux entre comptes individuels, mais aussi en groupes et j’ai été très rapidement sollicité pour rejoindre des groupes aussi variés dans leur objet que dans leur dynamisme ... en vérité fort inégal, selon l’énergie de leurs promoteurs ! Mention spéciale pour celui intitulé « 120.000 Juifs tunisiens dans le monde » (seulement ? vu le bruit que l’on fait, je nous croyais un million !) : j’ai découvert que de nombreux Tunisiens musulmans, vivant dans le Pays qui nous a vu naître étaient membres de ce groupe, exprimant à la fois de la curiosité et de la nostalgie pour les temps anciens où la Tunisie était plurielle. Eux, plus d’autres Musulmans vivant en France ou ailleurs, sont ainsi rentrés dans mon cercle, à côté d’autres amis de culture chrétienne ou autre ... ce qui donne à mes quelques 70 relations virtuelles construites en seulement quelques semaines, une coloration œcuménique qui ne dépare pas avec mon émission et ce blog, comme vous l’aurez compris !

Pour ceux qui auraient déjà un compte et voudraient rejoindre mon cercle, ou qui seraient piqués au jeu et voudraient entrer dans le vaste club des « Facebookés », vous découvrirez aussi que font partie de mon réseau des personnalités connues et ex-invités de « Rencontre » ; des élus de droite comme de gauche ; des journalistes et des responsables de médias ; mais aussi et surtout, beaucoup d’hommes et de femmes, moins connu(e)s mais très attachants à travers ce qu’ils (elles) publient, à mesure de leurs coups de cœur - ou de colère, à l’occasion !

Comment gérer une compte Facebook alors que l’on a déjà un blog, et que l’on ne recherche pas ce qui intéresse les (souvent) jeunes titulaires d’un compte - à la recherche de relations amicales ou d’un « profil » vendable en début de carrière ? J’essaie d’en faire un complément à mes activités de journaliste, en donnant une meilleure visibilité à mon émission et aux publications faites ici. J’essaie aussi de fonctionner sur un mode plus ludique, en incorporant des liens musicaux, vidéos ou autres, ou en sollicitant les commentaires - ainsi, un premier forum a été ouvert suite à l’élection de Barack Obama. C’est vrai que les commentaires sont bloqués volontairement sur mon blog, mais c’est la rançon à la fois des sujets abordés - trop brûlants - et des réactions agressives que récoltent, hélas, trop de confrères : antisémites givrés, antisionistes hystériques, mais aussi Juifs extrémistes qui n’apprécient pas mes idées ... je risquerais de voir noyer le fond des articles, au profit de démolisseurs professionnels. Au contraire, seuls les « amis » peuvent intervenir sur une page Facebook, et leurs commentaires sont toujours les bienvenus !

Alors, convaincus ? Je vous attends donc de pied ferme sur le compte « Jean Corcos » ! 

J.C

31 octobre 2008

Adnen Hasnoui, jeune journaliste tunisien, vient de déposer plainte contre Ahmadinejad devant la justice de son pays !

Introduction :
Décidément les bonnes surprises en provenance de Tunis sont nombreuses, et mon « correspondant » Souhail Ftouh ne manque pas de me les signaler. Vous découvrirez, en lisant le dernier article qu’il m’a envoyé, qu’il n’est pas le seul là-bas dans son combat courageux pour une Paix juste au Moyen Orient - donc qui ne passe pas Israël à la trappe, comme hélas ouvertement souhaité par trop d’élites du monde arabe. Cette fois, c’est un jeune journaliste, Adnen Hasnaoui, qui vient de déposer plainte ... contre le nabot antisémite Mahmoud Ahmadinejad, après son discours délirant devant l’Assemblée Nationale des Nations Unies.
Quelques précisions à l’attention des sceptiques et mal intentionnés qui prétendent - sur un site extrémiste -, que ces signatures sont factices, et issues (c’est selon le jour) soit de mon imagination (il faudrait que j’ai beaucoup de temps à perdre dans l’espace réduit de liberté dont je dispose en sortant du travail !), soit d’une manipulation des services tunisiens (il faudrait qu’il soient bien naïfs pour dépenser tant d’énergie pour mettre à jour le soutien quasiment naturel de ce blog et de ma modeste personne à la cause d’Israël) !
Mais redevenons sérieux :
- L'information est visible (en français) sur le site de l'auteur de la plainte http://www.adnen.katib.org/node/66.
- Le lien arabe est sur cette adresse : http://www.adnen.katib.org/node/65

- L’auteur de la plainte présente des justifications pour son action, ici : http://adnen.katib.org/node/68 (traduction par Souhail Ftouh de l'exposé en arabe).
- Enfin (et comme je l’ai fait dès le départ pour m’assurer de l’existence réelle de Souhail Ftouh), je lui ai téléphoné à Tunis à son numéro, et j'ai eu le plaisir de faire ainsi sa connaissance ! J'ai ainsi appris que, outre cette action d'éclat, il milite aussi pour une autre cause des Droits de l'Homme pratiquement niée dans le Monde arabe, le Darfour, ayant signé des pétitions dont ce blog s'est fait souvent l'écho dans le passé.
J.C

Le discours du président Iranien Mahmoud Ahmadinejad, devant l'Assemblée générale de l’Onu, du Mardi 23 septembre 2008 n’a pas cessé de susciter les réactions réprobatrices à travers le Monde. La dernière réaction en date vient cette fois de la Tunisie !
Adnen Hasnaoui un journaliste « militant pour la paix » vient de saisir la justice tunisienne le lundi 20 Octobre au sujet du discours sulfureux d’Ahmadinedjad qui menaçait une fois de plus le monde d’un nouveau génocide. Ce journaliste tunisien a effectivement présenté une plainte devant le Procureur de La République Tunisienne à Tunis accusant le président Iranien d’incitation à la haine. Selon son site Internet l’auteur de la plainte a fondé son action sur la fameuse loi antiterroriste votée en Tunisie depuis le 10 décembre 2003. Cette loi, qui qualifie comme « infraction terroriste » tous les actes d’incitation à la haine ou au fanatisme racial ou religieux, autorise en effet les tribunaux tunisiens à statuer sur des infractions terroristes commises au delà des frontaliers tunisiennes, même si les auteurs de ces infractions ne sont pas tunisiens ou si les intérêts des pays étrangers sont menacés ou en cas d’un acte jugé menaçant à la paix et à la sécurité dans le monde.
 

Faut t-il rappeler que les déclarations d’Ahmadinejad étaient d’une violence extrême le 23 septembre 2008 devant l’A.G des Nations Unis ? Le Président Iranien Ahmadinejad qui menaçait une fois de plus Israël de destruction, a prononcé un discours digne de la propagande hitlérienne. Ce sinistre individu, pathologiquement affecté de l’existence d’Israël a alors promis qu’Israël sera bien détruit « pour le bénéfice de l’humanité ». Adepte de « Mein Kampf » et des « Protocoles des Sages de Sion » il a distillé sa haine du Peuple juif à la face du monde en considérant les Juifs (désignés sous le nom de code bien connu de « Sionistes ») comme ceux qui « dominent le monde » « détruisent l’environnement et la solidarité entre les Nations » ... Puis, au coeur de son discours, il fait la dénonciation de la manipulation et de la domination des « peuples américains et européens » par une « minuscule minorité dominatrice et agressive », qui se considère comme « supérieure » et « agit dans le secret » ...
Il était normal donc que son discours haineux et antisémite diffusé à l’ONU suscite des réactions réprobatrices à travers le monde car l’Organisation a précisément été créée pour empêcher les génocides dans le monde. (le terme a été adopté après l’extermination des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale). Et offrir aujourd’hui une tribune au plus grand promoteur d’Holocauste de la période contemporaine, pose un problème existentiel à l’Onu. Ahmadinejad pourrait fort bien constituer une véritable menace pour l’unité de l’Organisation.
L’action de l’auteur de la plainte Adnen Hasnaoui devant la justice tunisienne constitue d’ailleurs une continuité de l’effort international à traîner le chef de la République islamique iranienne devant la justice internationale. Rappelons d’ailleurs que L'Australie s’active de poursuivre le président iranien Mahmoud Ahmadinejad devant la justice internationale pour incitation à la violence contre Israël. Selon le quotidien « The Australian » « Le président iranien a fait à plusieurs reprises des déclarations antisémites et a affiché sa détermination à rayer l'Etat d'Israël de la carte. Ces propos sont une incitation à la violence internationale », selon le Premier ministre australien, Kevin Rudd, le 14 mai 2008.
L’avocat et l’ancien ministre de la Justice du Canada, le montréalais Irwin Cotler, a appelé aussi le 17 mars 2008 la communauté internationale à agir contre le président iranien Mahmoud Ahmadinejad avant qu’il n’exécute ses menaces de génocide contre Israël. M. Cotler s’est prononcé à l’occasion de la séance d’ouverture d’une conférence interdisciplinaire au Collège Herzliya sur « Les droits de l’Homme et la sécurité ». Cotler a présenté plusieurs études de cas de décisions rendues par un tribunal international qui a condamné des Rwandais, y compris un ancien premier ministre, d’incitation au génocide par le meurtre de centaines de milliers de Tutsis. En les condamnant, le tribunal a invoqué la Convention sur le génocide des Nations Unies, qui a établi les critères pour prouver le crime d’incitation au génocide sanctionné par l’état, dont l’intentionnalité a été démontrée par des appels publics au génocide et l’incitation directe par l’utilisation d’euphémismes et d’un langage déshumanisant. Les actions de Ahmadinejad ont prouvé qu’il était coupable d’incitation au génocide, a déclaré M. Cotler, et il devrait être arrêté avant qu’il n’ait la chance de mener à bien ses plans. « Il y a plus de preuves sur une base factuelle à l’égard de l’incitation au génocide approuvée par l’état dans l’Iran d’Ahmadinejad que nous en avons eues à l’égard d’un Rwandais reconnu coupable d’incitation au génocide au Canada », a déclaré M. Cotler .
« L’Ambassade Internationale Chrétienne » de Jérusalem a organisé aussi le 15 octobre 2008 une conférence au Palais des Congrès de la Capitale. Le but : convaincre le monde de poursuivre en justice le président iranien pour incitation au génocide. Parmi les personnalités présentes, le révérend Reza Safa, un iranien réfugié aux Etats-Unis. « L’International Christian Embassy Jérusalem » a déjà lancé une pétition pour traduire Mahmoud Ahmadinedjad en prison. 55 000 personnes à travers le monde l’ont déjà signé. De son côté, le Prix Nobel de la paix, Elie Wiesel a rejoint récemment un mouvement de personnalités et universitaires, décidé à initier des poursuites judiciaires à l’encontre d’Ahmadinejad. Le mouvement se dit en effet très inquiet devant les menaces régulières proférées par le président iranien envers Israël. « Le monde reste silencieux, comme il l’a été 70 ans plus tôt », se sont exclamés ses membres
Il convient de saluer aussi l'action entreprise par un groupe d'experts aux USA qui préparent le terrain pour poursuivre en justice le président iranien. Ils ont présenté à Washington un document qu'ils ont élaboré, dans lequel ils accusent Ahmadinejad d'incitation au génocide. L'initiative vient du Centre de Jérusalem pour les questions publiques et politiques et de l'ancien ambassadeur israélien à l'Onu, le docteur Dore Gold. Le groupe est composé de juristes, qui ont déjà mené une action contre les génocides perpétrés au Rwanda et au Darfour, de membres du gouvernement et de diplomates. Ils se sont réunis au mois de septembre dernier à Washington pour entamer une action publique en vue de démontrer qu'Ahmadinejad n'a aucune légitimité et n'est qu'un criminel de guerre. Gold a résumé la situation en affirmant que « Ahmadinejad devait s'asseoir sur le banc des accusés pour incitation au meurtre au lieu de siéger à l'Assemblée générale de l'Onu ». Le manifeste, qui contient 70 pages, présente les déclarations du président iranien ainsi que les justifications juridiques prouvant qu'il doit être poursuivi par un tribunal international pour ses incitations au génocide. Le document comprend également des conseils prodigués au Conseil de Sécurité de l'Onu, à l'Union européenne et à d'autres états, sur les mesures à prendre contre le président iranien.
Avec cette plainte présenter contre Ahmadinejad devant la justice tunisienne, il est possible de s’apercevoir non seulement de la confiance que les Tunisiens ont dans leur système judiciaire qui ne place personne au dessus de loi mais aussi de l’engagement courageux de la Tunisie dans la lutte contre le terrorisme, et la promotion de la paix dans le monde. Nous ne pouvons donc que féliciter grandement l’initiative de notre compatriote tunisien Nous espérons que sa plainte sera entendue. Nous aimerions être informé du suivi. Aujourd’hui on ne peut cacher notre plaisir de constater que des gens, où qu'ils soient, ont le courage de s'indigner ouvertement devant la politique dictatoriale et dangereuse de cet homme qui effraie le monde entier par ses menaces de destruction !

Ftouh Souhail,
Tunis

23 octobre 2008

"Mémoire d'enfants" : des lycéens tunisiens visitent le camp d'Auschwitz-Birkenau



C'est un documentaire exceptionnel qui sera présenté à l'espace Rachi (35 rue Broca, 75.005 Paris,) dimanche prochain 26 octobre à 19 heures : "Mémoire d'enfants" raconte la confrontation de jeunes élèves tunisiens du lycée Gustave Flaubert de La Marsa - un établissement de la mission culturelle française - avec la réalité de la Shoah : du 14 au 18 avril 2008, au nom de l'amitié judéo-arabe et après une sérieuse préparation historique, des lycéens d'une classe de première scientifique se sont rendus au camp d'extermination d'Auschwitz Birkenau, une "première" pour un pays arabe - après le lycée Maïmonide de Casablanca, dont les élèves avaient accompagné ceux de deux lycées de la région parisienne sous la direction de Madame Samia Essabaa, qui a été mon invitée il y a quelques mois.

Ai-je besoin de dire ici combien un tel voyage, découvert après coup, me touche et combien j'estime nécessaire de le faire connaître ici ? La soirée de l'espace Rachi sera présentée par Francine Disegni, une ancienne de "mon" école, le lycée Carnot de Tunis. Elle aura lieu en présence de son excellence, Monsieur Raouf Nadjar, Ambassadeur de Tunisie en France. J'espère qu'il n'est pas trop tard pour vous y inscrire, deux numéros à appeler :

01.42.17.10.38 et 06.10.30.59.70

En cliquant ci-dessous sur le libellé "Mémoire de la Shoah", merci de consulter les nombreux articles du blog se rapportant à un sujet sur lequel je m'étais tellement investi il y a une quinzaine d'années ... Merci aussi d'aller, en cliquant sur son nom en libellé, sur l'article consacré au Père Emile Shoufani, pionnier de ces voyages visant à rapprocher jeunes Juifs et Musulmans : "Rencontre" vous a permis, depuis plusieurs années, d'être informés de toutes ces actions, alors même que - hélas - le négationnisme et la haine anti juive n'ont pratiquement pas de contre feux dans la plupart des autres pays arabes ...

J.C


17 octobre 2008

Moncef Bey : 60ème anniversaire de la disparition d’un « Juste »

Soixante ans après sa disparition, le 1 septembre 1948, Moncef Bey mérite la qualification de Roi Juste parmi les nations. De son accession au trône, en juin 1942, à son abdication en juillet 1943, le souverain de la Régence de Tunis, malgré la courte période de son règne, a constitué un exemple de courage et de dévouement (1).
Ce Roi éclairé a régné dans une période exceptionnel de l’histoire de la Tunisie. Après la reddition de la France aux nazis, le protectorat fut gouverné par le régime de Vichy. Les Allemands, succédant aux troupes italiennes, prirent le pouvoir en novembre 1942, et furent beaucoup plus durs. Les Juifs tunisiens ne furent sauvés de l’extermination que lorsque les Alliés entrèrent dans la capitale, Tunis, le 7 mai 1943 et vainquirent les Allemands. Mais avant la libération de Tunis, et pendant que le maréchal Pétain et son administration favorisaient la chasse aux juifs, un Roi musulman témoigna son courage envers ses sujets juifs : il s’agit de Moncef Bey.
Les Juifs tunisiens représentent dans cette période environ 7 % de la population. En 1941, sur le million d’habitants que compte la Tunisie, on dénombre quelque 90 000 Juifs, dont 68 000 de nationalité tunisienne, 16 500 naturalisés français et environ 5 000 immigrés originaires de Livourne, dont la protection relève du gouvernement italien qui fait partie de l’Axe. Le souverain tunisien, Moncef Bey, monté depuis peu sur le trône, avait assuré que les Juifs étaient des citoyens tunisiens comme les autres. Il n'avait certes aucune possibilité d'empêcher les Allemands de commettre des exactions contre cette population fragile : réquisitions, racket, punitions collectives. Des milliers de jeunes juifs furent astreints au travail obligatoire dans des « Juden Arbeitslager » au nord du pays.
Alors que le gouvernement collaborateur de Vichy a promulgué en France une législation anti juive, celle-ci devait être étendue aux dépendances françaises, dont la Tunisie. Mais l’histoire a fait que Moncef Bey fut un Roi extrêmement courageux par rapport à son prédécesseur, le falot Ahmed Pacha Bey II (1941-1942) qui a mollement résisté puis a fini par apposer son sceau sur la législation vichyste relative au statut des juifs et à la limitation de leurs pouvoirs économiques en Tunisie. Lui succédant, Moncef Bey ne plie pas.
Tout d’abord il a fait en sorte que cette législation devienne inopérante en Tunisie, mais aussi, et malgré les pressions, il a refusé d’apposer son sceau sur de nouveaux décrets raciaux qui lui ont été présentés par l’administration coloniale. « Vous êtes mes fils, au même titre que les musulmans », déclare-t-il aux dirigeants de la communauté juive invités au palais beylical à la cérémonie de son intronisation. Le premier projet de décret vichyste auquel Moncef Bey refusa son sceau est celui imposant aux juifs le port de l’étoile jaune. Passant outre l’accord du Bey, l’amiral Jean-Pierre Esteva, résident général de France en Tunisie, impose en février 1943 le port de l’étoile par un arrêté qu’il signe lui-même, malgré les réserves du conseiller juridique français du gouvernement. Les Juifs en Tunisie ne porteront finalement pas l’étoile jaune, sauf à Sousse, ville où le Parti populaire français (PPF, pétainiste), très actif, l’imposa pendant une brève période.
Le second projet de décret instituant les camps de travail et le travail obligatoire pour la construction d’ouvrages destinés à la protection des positions des forces de l’Axe et de Vichy fut également refusé par Moncef Bey. Les pressions sur lui et son gouvernement ayant encore échoué, le résident général français Esteva utilise la même procédure des arrêtés, qu’il signe lui-même le 10 avril 1943.
Le troisième texte auquel le gouvernement de Moncef Bey s’opposa a pour but de chasser les commerçants juifs des organismes économiques afin de faire place nette aux Français « aryens ». Là aussi, en l’absence du sceau du Bey, c’est par un arrêté du Résident Général que la mesure est prise.
Moncef Bey est intervenu d'une façon remarquablement courageuse en faveur de la communauté. C’était un Roi Juste qui n'a pas favorisé la moindre propagande anti juive comme le firent les autorités de Vichy. En fait, bien avant l’arrivée des forces allemandes, Moncef Bey a, durant l’été 1942, donné à son gouvernement un mot d’ordre consistant à veiller à la protection des Juifs tunisiens. Et dès le début de l’occupation de la Tunisie en novembre 1942, le Bey est intervenu pour protéger la population, en particulier les Juifs, des exactions germano-italiennes.
Lorsque, quelques jours après leur débarquement en Tunisie, les Allemands arrêtent cinq dirigeants du Conseil de la communauté juive, ils les relâchent le lendemain. Au moment de l’invasion des troupes de l'Axe le 19 novembre 1942, Moncef Bey refusa l'offre italienne d'indépendance contre sa participation aux côtés des forces de l'Axe. Moncef Bey refusa aussi tout contact avec les représentants de l’Axe et demanda que les communications lui soient faites, conformément au protocole, à travers son Ministre des Affaires étrangères, qui n’est alors autre que le Résident Général de France, l’amiral Esteva.
Malgré l'antisémitisme latent de ses sujets, il n'eut jamais une attitude hostile à l’égard des Juifs tunisiens et, très habilement, il refusa de collaborer d'une façon étroite avec l'occupant. Il fut un homme juste et loyal, qui souhaitait certainement l'indépendance de son pays, mais, comme Bourguiba, ne voulait pas le devoir aux Allemands. Malgré cela, le général de Gaulle décida de le détrôner au lendemain de la libération de Tunis et l'envoya en exil en Algérie d'abord puis en France. Son épouse Lalla Arbiya (décédée en 1974) le suivra en exil. (2)
Moncef Bey, mort en exil à Pau il y a tous juste soixante ans (le 1er septembre 1948), a fait preuve d’un courage rarement connu dans le monde arabe. Ses funérailles donnent lieu à un formidable élan populaire, sincère et émouvant, qui restera sans égale. Il était alors rapatrié et inhumé, avec les honneurs dignes d'un martyr, sur les hauteurs du cimetière du Djellaz à Tunis, contrairement à la majorité des souverains qui sont enterrés au mausolée du Tourbet El Bey situé dans la médina de Tunis. Moncef Bey est aujourd'hui reconnu comme l'un des principaux soutiens au mouvement ayant conduit à l'indépendance de la Tunisie. De plus, son court règne est marqué aussi par la lutte pour la modernisation de la Tunisie et la défense des Juifs tunisiens persécutés.
Moncef Bey qui n'a pourtant régné que quelques mois et dont le souvenir est celui d'un monarque proche du peuple, est un modèle de courage et d’abnégation pour tous les Tunisiens, même s’il n’a pas régné une trentaine d’année comme le Président Bourguiba, qui a fondé la première République. Le Bey que les Tunisiens ont toujours appelé « Sid el Moncef » est devenu l'une des figures emblématiques de la tolérance tunisienne.
On comprend donc que les Tunisiens soient fiers de ce grand patriote de la Régence de Tunisie, mais malheureusement ce que nous constatons c’est que chaque année la date de disparition de Moncef Bey passe inaperçue. Les médias locaux préfèrent plutôt célébrer l’épouvantable révolution du Colonel Kadhafi qui tombe à la même date (3). Perte d’identité peut être ou soumission à vouloir s’identifier à quelque chose qui ne concerne pas les Tunisiens ?

Triste est de constater que soixante ans après sa disparition, le Roi des Justes demeure oublié auprès de ses compatriotes (4). Tout comme les 66 Juifs tunisiens massacrés par les nazis puis tombés dans l’oubli dans leur propre pays. Aujourd’hui pour rendre hommage à ces martyrs tunisiens, il faut aller jusqu’à Jérusalem ou une stèle à Yad Vachem mémorise les noms de ceux et celles qui sont morts pour la liberté de la Tunisie.

Ftouh Souhail,
Tunis

1) Moncef Bey né le 4 mars 1881 et décédé le 1er septembre 1948 à Pau (France). Il est l'avant-dernier représentant de la dynastie husseinite. Investi prince héritier le 30 avril 1942, il succède à son défunt cousin Ahmed II Bey le 19 juin de la même année.
2) Après la libération de Tunis, la France l'accuse de collaboration avec le régime de Vichy et les forces de l'Axe. Le 13 mai 1943, sur ordre des généraux Henri Giraud et Alphonse Juin, représentant des Forces Françaises Libres, il lui est demandé d'abdiquer. Le lendemain, on vient l'informer de la décision de le destituer. Il abdique officiellement le 6 juillet et est exilé à Ténès, petite ville côtière de l'Algérie, dans des conditions difficiles, puis à Pau où il réside jusqu'à sa mort.
3) Le 1er septembre 1969, à 27 ans, Kadhafi mène avec un groupe d'officiers un coup d'État contre le Roi Idris al-Mahdi, alors que celui-ci est en Turquie pour un traitement médical.
4) Au soixantième anniversaire de la disparition de Moncef Bey, le 1er septembre 2008, une modeste cérémonie était organisée au cimetière du Djellaz à Tunis, qui n’a point reflété la grandeur de ce souverain. Aucune place publique, avenue ou école ne porte son nom. Certains Tunisiens n’ont jamais connu son nom et encore plus vu une photo de lui.

28 septembre 2008

La libération de la femme tunisienne : j’en parlerai avec Gérard Cardonne le 5 octobre


J’ai déjà eu le plaisir d’avoir Gérard Cardonne à notre micro il y a un moins d’un an, nous avions parlé de son livre « La nuit afghane » publiée aux éditions Hirlé. Vous pouvez d’ailleurs télécharger cette émission en allant sur ce lien. Rappelons que c’est un écrivain engagé. Alsacien de naissance et très attaché à sa terre natale, il n’a pas eu peur de sillonner le Monde, et pas pour des destinations toujours touristiques puisqu’il s’est rendu dans des régions ensanglantées par de terribles conflits : l’Afghanistan, donc, mais aussi la Bosnie et l’Algérie. Et le fil conducteur de tous les romans que ont inspiré ces voyages, c’est le combat des femmes en terre d’islam, qui sont souvent victimes de préjugés machistes au nom de la religion.

Nous allons parler dimanche prochain de son dernier ouvrage, et celui-là est par contraste lumineux, rempli d’optimisme car il parle du pays arabe où la libération de la femme a fait des bonds gigantesques, ce pays c’est la Tunisie. Le livre a pour titre « Selma, une femme libre » (Le Verger éditeur). Petit clin d’œil, c’est justement en Tunisie que nous avions fait connaissance l’année dernière, à l’occasion d’un colloque. Et, je le répète assez souvent, ce pays est cher à mon cœur car c’est là où je suis né et où j’ai grandi, et je dois dire que de Sidi Bou Saïd à Djerba en passant par Hamamet et Korbous, j’ai retrouvé des paysages gravés dans ma mémoire, j’ai retrouvé aussi des évocations bien appétissantes de la gastronomie locale, bref on peut dire que l’auteur a donné envie de visiter ou de redécouvrir un pays dont il est vraiment tombé amoureux. Amoureux, d’ailleurs, comme son héros avocat, alsacien comme Gérard Cardonne, et qui finit par succomber au charme de Selma, l’héroïne tunisienne qui était pourtant la « partie adverse » dans son roman ... En quelques mots, voici la trame de l’histoire : un avocat arrive à Tunis, chargé par son cabinet de défendre les intérêts d’un client algérien, que sa femme tunisienne a abandonné en fuyant dans son pays natal et surtout en amenant leur enfant, une petite fille née en France donc de nationalité française. Et là, vont s’affronter deux législations diamétralement opposées sur le droit des femmes, le « Code de la famille » algérien et le « Code du statut personnel » tunisien.

Les auditeurs me connaissent assez pour savoir que je ne suis pas excessivement complaisant dans mes interviews, et donc que, aussi sympathiques que soient et mon invité et le sujet traité, je ne vais pas avoir peur de poser des questions délicates. Ainsi :
- Est-ce que l’auteur n’a pas un peu enjolivé la situation de la femme dans le pays en mettant en avant les profils modernes que l’on rencontre plutôt dans les grandes villes, et alors que d’autres témoignages évoquent plutôt la multiplication des foulards islamiques en Tunisie ?
- Gérard Cardonne a imaginé dans son roman le personnage d’une jeune juive tunisienne d’origine djerbienne et qui semble très heureuse de vivre dans son pays natal, mais pourquoi n’avoir même pas évoqué le passé, et le départ massif des Juifs de ce pays ?
- Entre une dictature laïque et une démocratie où les islamistes gagneraient les élections, qu’elle serait sa préférence ? Et ne pense-t-il pas qu’il existe aussi en Tunisie, un courant à la fois d’opposition et non islamiste ?

Merci d’être à l’écoute dimanche prochain, car je suis sûr que Gérard Cardonne sera aussi percutant que dans ma précédente interview ! 

J.C

28 août 2008

Rabbi Yaacov Slama : une journée remplie d'émotions à Nabeul, par Souhail Ftouh

Pélerinage sur la tombe de Rabbi Yaacov Slama,
photo prise en 2007.
(photo tirée du site http://www.nabeul.net/)

Comme chaque année à Nabeul (au Nord Est de la Tunisie) ils sont venus de tous les coins du monde pour marquer « La Hiloula » en l'honneur du Rabbi Yaacov Slama (1).
Le Jeudi 14 Août, de joyeux chants religieux étaient entonnés par des pèlerins Juifs d’origine tunisienne venus de France, du Canada, des États-Unis et de diverses villes d'Israël. Dès dix-neuf heures, plusieurs autocars ont envahi le parking de la Mausolée de Rabbi Yaacov Slama, déposant leur flot de pèlerins venus exprimer leur fidélité pour ce saint vénéré du judaïsme à Nabeul, qui est considéré parmi les grands "tsadikims" du pays.
L'événement était organisé par l’association NEAPOLIS dirigée par une femme altruiste, de caractère, passionnée par tout ce qui touche les échanges culturels. La joie était de la partie grâce à l'animation qui était organisée par l’association qui s'est occupée de toute la logistique de l'événement (2). J’ai eu d’ailleurs l’honneur d’être invité, par la dite association, pour assister à ce pèlerinage annuel, en signe d’amitié et de reconnaissance à cette communauté millénaire. C'était une occasion de plus, pour nous, de faire connaître notre fidélité à la communauté juive de Nabeul (3).
Ému par cet événement, qui a vivement impressionné les membres de la communauté, nous avons transmis un message d’amitié et d'unité à cette communauté vivante et active qui est venue pour se recueillir sur la tombe de Rabbi Yaacov Slama. Après la prière, le groupe a rejoint joyeusement le lieu de la réception pour un repas de fête qui a été servi dans une ambiance chaleureuse.
Aujourd'hui notre émotion est multipliée par dix. Ce qui nous paraît important c'est que malgré l’absence de relations diplomatique entre la Tunisie et Israël, les liens de nos frères juifs tunisiens, résidents en Israël , n’ont jamais faibli avec leur pays d’origine ; la preuve est la présence massive de nombreux pèlerins , notamment des jeunes, qui n’ont jamais connus la Tunisie mais qui sont venus de toutes les grandes villes d’Israël pour visiter leur pays natal et se recueillir sur la tombe d’une grande figure du judaïsme tunisien.
A 20 heures les autocars ont rejoint les divers hôtels, emportant des souvenirs qui marqueront ces vacances d'août d'une spiritualité renouvelée.

Souhail Ftouh ,
Tunis


(1) Rabbi Yaacov Slama est un Grand rabbin qui a fréquenté les écoles talmudiques de Tunis avant de mourir, à Nabeul, en 1774. Une Mausolée à sa mémoire était édifié en 1934.
(2) Créée le 2 Mars 1994, NEAPOLIS est une association d’Amitié, d’échanges culturels et de solidarité entre les humains pour une meilleure connaissance et le rapprochement de diverses personnes natives, originaires ou proches de la Tunisie
(3) À la veille de l'indépendance tunisienne on recensait en 1956 à Nabeul 1161 Israélites, en 2008 il n'y en avait plus que 25. Parmi les célèbres familles de Nabeul nous pouvons citer les Mamou, Haddad, Uzan, Karila et Cohen.

30 juillet 2008

Quelques conséquences désastreuses de l’échange Hezbollah-Israël

Samir Kuntar accueilli dans son village de Abaï,
par le leader druze Walid Joumblat
(photo AFP, 17 juillet 2008)

Il y a quinze jours, j’évoquais « l’échange » qui venait d’avoir lieu avec le Hezbollah, en faisant un « zoom » sur le prisonnier libéré le plus emblématique, le druze libanais Samir Kuntar qui avait assassiné de façon atroce une fillette de quatre ans (lire ici). Très vite, de nombreux sites et blogs se sont fait l’écho du dangereux précédent que constituait cette incroyable transaction - les corps de deux malheureux réservistes, contre des terroristes vivants ... Mais, au-delà du risque à terme que seul l’avenir pourra confirmer, il s’avère que ce cadeau au Hezbollah a déjà eu trois conséquences désastreuses : redonner du prestige au Hezbollah, qui en avait un peu perdu au moment de son « putsh » du mois de mai ; effrayer les « modérés » convaincus que le vent avait tourné en faveur des radicaux ; et gonfler à bloc tous les extrémistes du monde arabe. En voici quelques illustrations inquiétantes.

1) Le leader druze Walid Joumblat, qui avait pris des positions en flèche contre le Hezbollah au moment de la guerre de l’été 2006 (revoir sur le blog une de ses interviews télévisées), a adopté « profil bas », en accueillant dans son village natal son compatriote druze, le monstre Samir Kuntar (voir photo).

2) Le même Kuntar n’en finit pas de parader sur les chaînes de télévision arabes, jurant qu’il est prêt à reprendre du service. Dans cet interview de la chaîne Al-Jazeera en date du 26 juillet (voir en lien le clip vidéo sur le site de MEMRI), il glorifie l’assassinat d’Anouar el-Sadate en 1981, menaçant du même sort les autres « traîtres » à la cause arabe !

3) En même temps que les terroriste vivants furent rendus au Hezbollah les corps d’environ 200 tués, et parmi eux (parfaitement identifiés) de combattants non libanais. En faisaient partie ... des Tunisiens, tombés lors des opérations du Hezbollah dans les années 90. Leurs corps ont été rapatriés pour être inhumés en grande pompe dans leur pays natal, ce qui a été l’occasion, dans la presse locale, de les honorer comme « martyrs » et de vilipender « l’ennemi sioniste » ! Lire en liens ici et encore . Une opération menée par les plus acharnés antisionistes de ce petit pays pacifique, et qui contraste, vraiment, avec les marques de réalisme dont j’ai souvent parlé sur le blog ; et en particulier dimanche dernier, en vous faisant découvrir un article bien émouvant publié dans la presse tunisienne !

J.C

27 juillet 2008

"Entre Juifs et Arabes, une histoire d’amour" : un article élogieux pour Israël … publié dans la presse tunisienne !

Introduction :
Notre ami Souhail Ftouh m’envoie cet article étonnant publié au début du mois de juillet dans un journal tunisien ...
J.C

Alors que le bruit court d’habitude, dans les milieux de la presse, pour véhiculer une image cruelle d’Israël ; voici une histoire que peu de médias raconteront, surtout dans le monde arabe. Elle s’attache particulièrement à montrer l’un des aspects positifs et humanistes de l’État hébreu dans toute sa diversité. Preuve qu’il n’est pas nécessairement important d’être un grand quotidien, mais il suffit seulement d’avoir le courage d'exposer l’ensemble de la réalité. L’hebdomadaire arabophone Tunisien ("Qull Nass" = "Tout le Monde") a eu ce courage de publier ce 5 juillet, dans sa première page un titre inédit : « Entre juifs et arabes, une Histoire d’amour»

Titre de première page : Entre Juifs et Arabes une Histoire d’amour !
Détail de l’article de la page 9, rubrique international : « Des Palestiniens vivent avec des cœurs israéliens et des Israéliens avec des organes palestiniens »


« Dernièrement, un nouveau phénomène est constaté en Israël (1) .Un phénomène de solidarité peu connu et unique en son genre entre juifs et arabes. Il s’agit de l’échange des dons d’organes entre eux. Cela pose beaucoup de question sur la nature de cette relation de solidarité qui s’est établie entre deux peuples ennemis dans un pays caractérisé par les images des assassinats et des attentats.

Cet élan de solidarité entre le peuple israélien et palestinien, s’est caractérisé surtout le 25 mars dernier, après l’acceptation d’une famille d’un soldat juif, appelé Yaniv Pozoarik âgé de 19 ans et sans aucune hésitation de faire un don, du coeur de leur fils, à Salim Louayh, un jeune palestinien âgé de 25 ans (2). Une autre famille arabe, au nord du pays, a aussi accepté de faire des greffes d’organes de leur fils pour sauver la vie de 4 personnes, parmi eux , un jeune juif âgé de 21 ans qui a connu auparavant une grave hémorragie pulmonaire. Aussi une autre famille arabe a aussi fait savoir qu’elle faisait don d’un organe de son fils décédé , ce qui a permit de sauver la vie d’un citoyen juif âgé de 64 ans, après qu’il était en état de mort clinique dans le centre hospitalier de Haïfa. Dans la région de Addid Makker, à coté de la frontière libanaise, vit depuis deux ans Hassan Roga Kiaal, un arabe israélien âgé de 42 ans avec un cœur d’un jeune footballer juif décédé à l’age de 24 ans à la suite d’une crise cardiaque lors d’un match de foot.

Loin des images quotidiennes que nous avons l’habitude de voir, et qui traduisaient la haine entre les Palestiniens et les Israéliens, ce phénomène d’échange d’organes entre ces deux peuples, qui existe réellement en Israël , révèle une véritable valeur de solidarité, unique en son genre, entre deux peuples totalement opposés .

Mais surtout c’est la Loi traditionnelle juive qui exige de sauver toute personne, qu’il soit juif ou arabe lorsqu’il est en état de péril, en présentant cet acte comme le meilleur du monde. Sauver la vie d’autrui est considéré d’ailleurs comme un acte louable chez eux (3).

Ce phénomène de solidarité a ouvert le chemin pour un nombre d’habitants de la localité de Tekoa, de vivre en harmonie après le sauvetage de deux arabes israéliens qui ont pu avoir une greffe d’intestins après un don opéré sur une jeune fillette juive décédée dans un accident(4). Cela a permit d’établir un fort lien de solidarité entre les habitants juifs et arabes de cette localité pour devenir aussi vite un symbole d’espoir et de la paix.

Chaque année près de 900 Israéliens, juifs et arabes, attendent une greffe, certains d’eux décèdent faute de don d’organe vital tel qu’un poumon ou un cœur. Quatre pour cent des israéliens disposent d’une carte de donneur. En France par contre, 20 pour cent des familles refusent l’idée de faire un don d’organes pour des questions relatives aux respects de la personne décédée.

Bien que l’islam autorise le don d’organe pour donner la vie à d’autres personnes, la proportion des arabes israéliens donneurs d’organes est faible devant la proportion des donneurs juifs israéliens. Cela remonte certainement à d’autres considérations, comme la peur de se voir reprocher l’étiquette de la trahison ».

Abdelaziz Jridi
Journal « Qull Nass » (« Tout le monde »), le 5 juillet 2008
Traduit par Ftouh Souhail


Notes et traduction de Souhail Ftouh :

(1) C’est très rare dans la presse arabophone de voir apparaître le nom officiel de l’état d’Israël. D’habitude on utilise l’expression de « l’entité sioniste » issue de la propagande islamo- baassiste.
(2) Yaniv Pozoarik, un jeune soldat de Tsahal de 19 ans et demi, tué par une balle perdue, tirée par un camarade qui nettoyait son arme, a été inhumé le jeudi 26 Mars 2008 au cimetière militaire de Holon. Hospitalisé dans un état grave à l’hôpital Rambam de Haïfa, le jeune militaire avait subi différentes opérations mais a malheureusement succombé à ses blessures.
(3) C’est une première ici d’offrir une image positive des israéliens. Le plus couramment, ils sont présentés comme des usurpateurs et des ennemis.
(4) Le journaliste tunisien semble certainement tirer cette information d’un article paru dans le journal "Actualité Juive" N° 1020 du 03/04/2008.

06 juillet 2008

Histoire des Juifs de Tunisie : une interview de Claude Nataf dans le journal tunisien "Réalités Magazine"

La Grande Synagogue de Tunis,
toile de Michelle
(illustration tirée du site http://latunisiedemichelle.blogspot.com/)

Introduction :
J'ai publié ces dernières semaines une série très riche sur l'Histoire contemporaine des Juifs de Tunisie, que nous devons à notre ami Souhail Ftouh. Or cette reprise d'un article publié dans la presse tunisienne l'année dernière vient en utile complément ...
Rappelons que le 9 septembre dernier, j’avais eu comme invités à mon émission le Professeur Claude Nataf, Président de la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie, et par téléphone depuis Tunis, le Professeur Khlifa Chater, historien et membre de cette société. Nous avons parlé du livre « Juifs et Musulmans en Tunisie », édité par cette société savante (lire en lien sur le blog).
Contrastant par son ouverture avec de nombreux pays arabes - on aura appris, par exemple et dernièrement, le refus égyptien d'ouvrir les archives nationales aux Juifs originaires de ce pays -, la Tunisie s’honore en ne reniant pas son passé « pluriel » ... Ainsi, Claude Nataf a été interviewé par le journal tunisien « Réalités Magazine », dont il existe une version Internet (voir en lien permanent). Ci-dessous de larges extraits de cette interview, avec l’aimable autorisation de l’auteur.
J.C

Parlez-nous de ce livre "Entre Orient et Occident, Juifs et Musulmans en Tunisie"
Ce livre, pour lequel le Président Ben Ali a bien voulu nous féliciter, ce qui nous a émus, est le fruit d’un colloque qui s’est tenu à la Sorbonne en avril 2003 et auquel des universitaires tunisiens comme Hélé Béji, Khlifa Chater, le regretté Nouredine Sraïeb, entre autres, ont participé. Pendant longtemps, les historiens ont considéré que le Maghreb avait « bénéficié » d’un choc culturel venu d’Occident, qui avait révolutionné ses modes de vie et de pensée et l’avait fait basculer dans la modernité. Le cas de la Tunisie aux XVIIIème et XIXème siècles permet de relativiser cette thèse en montrant comment, à côté d’influences exogènes essentiellement européennes mais également orientales et turques notamment, mais aussi endogènes, s’est développée une vie publique et culturelle où les communautés juives et musulmanes ont pu vivre dans un dialogue constant jusqu’à l’aube des affrontements idéologiques du XXème siècle. Il y eut bien au sein des deux communautés pénétration de la modernité et influence profonde du modèle occidental, donc au fond convergence des tendances historiques mais selon des modalités divergentes et des intensités toutes aussi divergentes.
(...)
De quand datent les premières communautés juives en Tunisie, et d’où venaient-elles ?
La présence de communautés juives en Tunisie est très ancienne, mais on ne peut pas dater exactement cette présence car les historiens ont besoin de preuves. Nous avons des preuves de la présence juive dans la Carthage romaine. D’une part les écrits des Pères de l’Église et notamment Tertullien contiennent des descriptions des communautés juives. D’autre part des fouilles entreprises à l’époque du protectorat ont permis de découvrir des vestiges de cette présence juive, tels que la nécropole de Gammarth ou la synagogue de Naro (Hammam-Lif).Mais il est probable que l’implantation des Juifs en Tunisie est bien antérieure à la période romaine. La tradition orale des Juifs de Djerba fait remonter leur présence sur l’île à la destruction du temple de Salomon. Paul Sebag, dans son « Histoire des Juifs de Tunisie », écrit qu’il n’y avait pas de preuves scientifiquement admissibles pour des historiens. J’ai appris très récemment que des fouilles entreprises à Kelibia par Mounir Fantar avaient permis la découverte d’une mosaïque, qui semblerait être celle d’une synagogue, et qui serait antérieure à l’ère chrétienne. Cela confirme donc la présomption d’une présence juive très ancienne en Tunisie.
Aujourd’hui, peut-on dire qu’il reste une communauté juive en Tunisie ?
Il y a des Juifs qui habitent en Tunisie, oui, et il y a une communauté juive, ne serait-ce que parce qu’il y a des Juifs qui pratiquent librement leur religion, qu’il y a des synagogues qui fonctionnent, des institutions cultuelles, des boucheries rituelles. Mais c’est une communauté qui est très réduite. Je crois que dans les meilleures estimations, on chiffre la population juive à deux mille personnes, alors que lorsque je vivais en Tunisie, il y avait environ 100.000 Juifs, toutes nationalités confondues.
Aviez-vous de bons rapports avec les étudiants musulmans ?
J’avais des rapports excellents et fraternels avec mes camarades musulmans. Après mon départ de Tunis, j’ai conservé des liens avec certains d’entre eux, et quand je viens en Tunisie, et que l’on se voit, il n’y a absolument rien de changé. Le Lycée Carnot était un mélange de toutes les confessions, et je n’ai pas ressenti un acte quelconque de racisme, de mépris ou de ségrégation.
(...)
Serge Moati donnait, il y a quelques mois une conférence de presse, pour la sortie de son livre, "Villa Jasmin", et il a parlé d’amnésie tunisienne, concernant la communauté juive. Êtes-vous de son avis ?
C’est un mouvement naturel, dans l’histoire, d’occulter pendant un moment, à la suite de bouleversements politiques, ce qui a pu exister auparavant. En Tunisie, dans les années qui ont suivi l’indépendance, on a occulté tout ce qui était le passé récent, le passé colonial, pour privilégier la mémoire arabe de la Tunisie. Mais ceci est une constante de l’histoire. Les Tunisiens sont partis à la redécouverte d’un passé qui avait été gommé. Les historiens tunisiens ont considéré la période du protectorat français comme un sujet tabou. Ensuite on a étudié le protectorat avec la volonté de critiquer et de polémiquer et enfin, dans la troisième période, on a voulu étudier sereinement et scientifiquement le protectorat français. Même chose pour l’histoire des minorités. On n’a pas mis en avant l’existence des minorités, et par conséquent des minorités non arabes et non musulmanes. Une fois encore c’est un mouvement naturel, après des tensions politiques, que de vouloir rassembler la nation. Et puis lorsque l’histoire est redevenue sereine, il y a eu un effort magnifique de l’Université Tunisienne, qui compte des historiens de premier plan dont la Tunisie peut s’enorgueillir. A la Faculté des Lettres et des Arts de La Manouba, par exemple, un laboratoire de recherches animé entre autres par Habib Kazdaghli et Abdelhamid Larguèche, est dédié à l’histoire des minorités et parmi celles-ci de la minorité juive.Il y a eu en Tunisie des travaux très estimables, des travaux universitaires, sur l’histoire de la Communauté juive. Je citerai par exemple la thèse d’ Abdel Karim Allagui, sur les dissensions des communautés juives en Tunisie, de 1900 à 1948. Et j’aurais souhaité que des historiens juifs aient les mêmes connaissances de cette histoire que l’auteur de cette thèse. C’est d’ailleurs à La Manouba qu’un premier colloque patronné par le regretté Dali Jazi, alors ministre de l’Enseignement supérieur, s’est tenu sur l’histoire de la Communauté juive de Tunisie. Depuis il y a eu beaucoup d’autres colloques organisés sur ce thème, et nous constatons la vitalité de l’École Historique Tunisienne et son implication dans la recherche sur les minorités. Mais il est vrai que ce n’est pas suffisant, car cette histoire, qui s’écrit, reste encore l’apanage d’un cénacle. Ce que je regrette, c’est qu’indépendamment de ces travaux universitaires, la mémoire juive ne soit pas rappelée dans la ville. Il serait souhaitable, il serait beau, que des plaques rappellent aux passants tel ou tel lieu de la mémoire juive de Tunisie.
Quelles sont vos prévisions d’historien concernant la relation des Juifs et des Musulmans en général dans les années à venir?
Je ne peux pas vous répondre en tant qu’historien, puisque nous nous intéressons au passé, mais je peux vous répondre en tant qu’homme. Plus les hommes chercheront à se connaître, à connaître dans le cas des Musulmans et des Juifs originaires de Tunisie leur passé commun, plus les barrières artificielles qui auront été créées entre eux disparaîtront. Je souhaite que les échanges scientifiques se poursuivent, afin d’aboutir à cette indispensable communion entre les hommes, et notamment entre ceux qui ont été issus du monothéisme abrahamique.

Propos recueillis par Sophie Reverdi
« Réalité Magazine », 6 septembre 2007
Copyright Réalités Magazine

02 juillet 2008

Une Histoire des Juifs de Tunisie : 6/6, disparités communautaires et aspiration vers un projet national juif

Sur le plan institutionnel, la communauté juive de Tunisie avait connue une disparité des institutions communautaires qui allait augmenter sa vulnérabilité au début du XVIII ème siècle et qui demeurait, voire s’était renforcée au XIX ème [1]. Cette disparité se manifestait essentiellement par deux communautés :-Les Juifs « twânsa », la grande majorité, dont l’implantation en Tunisie était antérieure à l’islam, et auxquels s’étaient assimilés au cours du temps des Juifs venus du bassin méditerranéen : ils parlaient tous le judéo arabe.
-Les Juifs livournais, les « grâna », formaient une communauté séparée, et se voulaient distincts et distingués. Ceux d’entre eux qui étaient venus de Livourne en Tunisie après l’unification de l’Italie étaient citoyens italiens et non pas sujets du Bey, comme leurs prédécesseurs de même origine. Ils parlaient et écrivaient l’italien et constituaient une élite économique et culturelle très influente dans la communauté italienne, dont ils représentaient environ 20 % des effectifs à la fin du XIX ème siècle. Introduits auprès de la régence beylicale, ils exerçaient des fonctions de Juifs de cour, des professions nobles dans la médecine, la finance ou la diplomatie.

L’existence de cette minorité grâna attachée à l’Italie et tentant de promouvoir les intérêts politiques des Italiens contre ceux des Français stimula l’élite twânsa, qui se tourna, elle, vers la France. Cette donne particulière, qui est à l’origine d’une concurrence et donc d’une émulation entre élites se définissant en référence à des cultures nationales distinctes, contribue à expliquer le dynamisme remarquable de la scolarisation juive, en Tunisie, du temps du Protectorat français. Le Protectorat Français en Tunisie allait changer le rapport de forces entre les élites des communautés twânsa et grâna puisque la seconde allait être exclue des postes d’influence par le pouvoir français. Cette élite livournaise, laïque et libérale (participant par exemple à l’installation en 1882 d’une loge du Grand Orient en Tunisie), aida par contre le gouvernement de Rome à italianiser, par l’enseignement de la langue, les nombreux nationaux italiens, venus également de Sicile et de Sardaigne, parlant différents dialectes et qui formaient la première masse ouvrière du pays.

La question qui divisa le plus à la fois la communauté juive et les composantes de la présence française en Tunisie fut celle du statut juridique. Dans la mesure où l’obtention d’une naturalisation de masse était exclue, l’extension de la juridiction française aux Juifs tunisiens et l’assouplissement des conditions de naturalisation à titre individuel devinrent des revendications prioritaires. Les questions relatives au statut personnel des Juifs relevaient des tribunaux rabbiniques, toutes autres affaires relevant des tribunaux tunisiens. C’est, entre autres, pour ne plus relever de ces derniers que certains avaient recherché, avant le Protectorat, le statut de protégé d’une puissance européenne. Ces revendications étaient le fait de l’intelligentsia moderniste qui s’était formée une fois que des jeunes Juifs eurent accédé aux universités françaises, et qui était notamment composée d’avocats et de médecins. Cette intelligentsia, emmenée par Mardochée Smadja, s’exprimait dans le journal « La Justice » que ce dernier avait créé en 1906. Il fallait, selon elle, étendre à l’ensemble des Juifs tunisiens la compétence des juridictions françaises et même supprimer le tribunal rabbinique : les affaires de statut personnel relèveraient toujours du droit mosaïque, mais seraient réglées en cas de procès par des tribunaux français, toutes autres affaires civiles, commerciales ou pénales relevant de la justice française. Suivies par les fractions les plus populaires de la communauté, les instances rabbiniques conservatrices - qui auraient vu alors entamer leurs prérogatives - combattirent ces idées, freinant ainsi toute laïcisation de la vie juive.
Le groupe de « La Justice » défendit ses revendications au Congrès colonial qui eut lieu à Paris en 1908. Il fut appuyé par des représentants des Français de Tunisie membres des professions juridiques. Curieusement les Tunisiens musulmans s’y opposèrent, arguant qu’il fallait réformer le fonctionnement de toute la justice tunisienne et que cette réforme devait s’appliquer à tous les Tunisiens [2].

Cherchant à maintenir des relations équilibrées avec l’autorité beylicale et soucieuse de ne pas froisser les Tunisiens musulmans, l’administration française ne donna pas suite aux demandes qui lui étaient adressées, tout en convenant qu’il fallait améliorer le fonctionnement des juridictions tunisiennes. Le Quai d’Orsay se rallia à ces analyses. Sur ce point, le combat des Juifs modernistes fut donc perdu, tandis que les possibilités de naturalisation de l’élite s’accrurent. Ainsi, les différents combats politiques et juridiques que mena l’avant-garde de la communauté juive de Tunisie dans le premier quart du XX ème siècle n’eurent que des résultats très limités, vu la constellation des forces hostiles à ses revendications.

La communauté était elle-même traversée de différences, socio-économiques, religieuses et idéologiques qui rendaient ce combat difficile. Pourtant elle allait, du fait de la présence française, s’émanciper sur le plan socioculturel et être entraînée dans un mouvement irréversible, continu et d’ampleur croissante, de francisation et de promotion sociale.

Mais les combats politiques des Juifs de Tunisie après la Première Guerre mondiale et jusqu’à l’indépendance tunisienne seront alors considérablement transformés, du fait de l’affirmation du nationalisme tunisien d’une part, et de celle du nationalisme juif d’autre part, avec la montée des mouvements pour l’indépendance.
Né en Occident et tourné quant à lui vers Israël, le Sionisme ne séduira pas moins les diverses couches de la communauté. Ce nationalisme tendait à changer la situation particulière des Juifs tunisiens, « coincés » entre Arabes et Français, en leur permettant de s’unir autour d’un futur projet commun : ainsi apparaissait un nouveau choix, l’objectif encore utopique d’un « foyer national » permettant de regrouper les Juifs tunisiens avec le reste de la Diaspora. En même temps, la roue de l’Histoire tournait de plus en plus vite avec la prise de pouvoir par les nazis en Allemagne, et la prise de conscience d’une montée des périls, rapprochant les Juifs de Tunisie des autres communautés. En parallèle, le régime fasciste allait exclure les Juifs livournais de leur leadership local dans la communauté italienne, ce qui les conduisit aussi à se rapprocher de leurs coreligionnaires.

Et ainsi, les liens entretenus par la communauté juive de Tunisie avec celle de Palestine ne se démentirent pas à cette période. L'émergence du mouvement sioniste en Europe inspira la formation de plusieurs organismes sionistes : « Agoudat Sion », « Yoshevet Sion », « Terahem Sion » qui, en 1920, s'unifièrent en une Fédération Sioniste officielle. Des cours d'hébreu moderne seront dispensés, et un grand intérêt manifesté pour les problèmes sociaux, économiques et politiques vécus par la communauté juive de Palestine. Dès 1929 est créé en Tunisie le mouvement pionnier Hashomer Hatsaïr, suivi, en 1933 du mouvement Betar.

Le Sionisme, comme mouvement de libération nationale du peuple juif, apparut donc comme une échappatoire dans cette époque critique pour la communauté. Il devait permettre, au final, aux Juifs de Tunisie de rompre avec la fatalité de l'exil et de la vie minoritaire pour participer à un projet national spécifique, en devenant « une nation comme les autres », un pays reconnu par la communauté des pays. Mais le départ de la moitié de la communauté vers Israël, d’une part, et de l’autre moitié - la plus assimilée à la France - vers l’ancien pays colonisateur, allait aussi consacrer, hélas, un lent divorce avec leurs anciens compatriotes musulmans. Les uns et les autres n’avaient pas, et c’était naturel, réagi de la même manière après les bouleversements du XX ème siècle, la Seconde Guerre Mondiale, la Shoah, la naissance de l’État juif et les différentes guerres israélo-arabes, puis l’indépendance et la fin du Protectorat ; les solidarités des uns et des autres envers leurs « frères » d’outre Méditerranée allaient les éloigner durablement : prions pour que les retrouvailles, avec la Paix au Moyen Orient, finisse par rétablir les fils entre tous ces enfants d’une même Terre !

Souhail Ftouh,
Tunis

Notes :

(1) Cf. B. LEWIS, Juifs en terre d’Islam, Paris, Calmann-Lévy, 1986; J. TAIEB, Être juif au Maghreb à la veille de la colonisation, Paris, Albin Michel, 1994; E. COHEN HADRIA, « Les milieux juifs de Tunisie avant 1914 », Le Mouvement Social, juillet septembre 1967, p. 89-107; D. CAZÈS, Essai sur l’histoire des Israélites de Tunisie, Paris, Durlacher, 1888; C. MASI, « La fixation du statut des sujets toscans israélites dans la Régence de Tunis », Revue Tunisienne, 1938; C. HAGÈGE, « Communautés juives de Tunisie à la veille du Protectorat français », Le Mouvement Social, janvier mars 1980, p. 35-50.

(2) Cf. la publication Pour la Justice. Discours prononcés au meeting du 30 octobre 1909. Commentaires de la Presse. Extrait du Compte Rendu Officiel du Congrès de l’Afrique du Nord tenu à Paris en 1908, Tunis, Imprimerie Modèle, 1909. Pour une vue d’ensemble, cf. C. HAGÈGE, Les Juifs de Tunisie et la colonisation française (jusqu’à la Première Guerre mondiale), thèse de doctorat de 3e cycle, Université Paris V, 1973.

01 juillet 2008

Une Histoire des Juifs de Tunisie : 5/6, premières difficultés sous le Protectorat, et jusqu’après la Première Guerre mondiale

Alors que la France plaça le pouvoir beylical sous tutelle en instaurant le régime du Protectorat en 1881, les Juifs tunisiens se trouvaient désormais face à un double pouvoir en Tunisie : celui, affaibli, du Bey dont ils demeuraient les sujets ; celui de la France, devenu dominant.

La relation qui s’était ébauchée dès le milieu du XIX ème siècle entre la France, le pouvoir tunisien et la communauté juive allait donc changer de nature avec l’instauration du Protectorat, et certains allaient être quelque peu déçus par le nouveau pouvoir, qui ne répondrait pas toujours favorablement à toutes leurs attentes. Au moment de l’instauration du Protectorat, le pouvoir colonial a essayé d’améliorer la situation des juifs tunisiens pour mieux accélérer les réformes du pays. Le Quai d’Orsay dépêcha à Tunis le capitaine Edmond Mayer, un officier « israélite français », de surcroît membre de l’Alliance Israélite, auquel fut confiée la mission de « rattacher les Israélites à [la] cause [de la France] en cherchant à les organiser et à améliorer leur sort » [1]. Sur le plan culturel, la présence française en Tunisie allait entraîner aussi un mouvement continu de francisation de la communauté. Mais le rapprochement avec les valeurs de la France, souhaité par les élites juives, ne se fera pas sans difficultés. En effet, les considérations politiques du nouveau pouvoir, du Quai d’Orsay à son relais de la Résidence, devaient tenir compte aussi des intérêts de la « colonie française ». Grandissant et se diversifiant désormais, celle-ci manifesterait plus d’une fois son opposition à ce rapprochement.

Dès l’instauration du Protectorat, les notables de la communauté juive favorables à une modernisation des institutions et à un rapprochement avec la France manifestèrent leur aspiration à une transformation des institutions communautaires. Ils exprimèrent le souhait qu’il y eût désormais, comme en France, un Consistoire. Craignant que celui-ci ne soit contrôlé par le groupe important des Livournais, favorables à l’Italie et donc hostiles à la présence française, le Quai d’Orsay repoussa cette éventualité. Il alla jusqu’à durcir sa position à l’égard des Juifs après les incidents qui eurent lieu à Tunis en 1887, faisant suite au vote par la municipalité de la ville d’un ensemble de mesures réglementant le service des inhumations et le fonctionnement des pompes funèbres. Ces mesures ne s’appliquaient pas aux Musulmans, mais aux seuls Juifs [2]. Selon la nouvelle réglementation, les Juifs ne pouvaient plus procéder aux enterrements selon leurs traditions. Malgré les protestations et les démarches effectuées par les notables auprès de l’administration, le décret, qui devait entrer en vigueur le 20 mars 1887, fut maintenu. Ce jour-là, les Juifs de Tunis, passant outre aux nouvelles dispositions, manifestèrent leur mécontentement et procédèrent à deux enterrements sans avoir obtenu le permis d’inhumer. La police et l’armée furent requises pour « faire respecter la loi et maintenir l’ordre ». Les notables de la communauté tentèrent de minimiser la portée de la manifestation et trouvèrent un compromis avec les autorités de la ville ; mais le Quai d’Orsay invita la Résidence à faire preuve d’une grande fermeté à l’égard des Juifs tunisiens. Il ne sera plus question d’organiser la communauté juive. Au contraire, consigne sera donnée de la maintenir dans ses divisions car, comme l’écrit alors un responsable du Quai d’Orsay, « c’est justement cet état que nous avons au point de vue national intérêt à perpétuer » [3].

Le second projet de réforme demandé par les Juifs était relatif aux conditions requises pour l’obtention de la naturalisation. La question fut soulevée dès 1881. Le Quai d’Orsay exclut toute éventualité d’un second décret Crémieux qui eût permis de naturaliser en masse les Juifs de Tunisie, comme cela avait été fait en Algérie en 1870 (mais en soulevant une opposition de la colonie française et une vague d’antisémitisme dans ce pays). Si personne dans la communauté n’envisageait une telle perspective, par contre, nombreux étaient ceux qui espéraient que les naturalisations pourraient être accordées, sous certaines conditions, à ceux qui en feraient individuellement la demande. Les autorités politiques, cherchant à encourager et à protéger l’installation d’une colonie française, se montrèrent hostiles à une telle possibilité. Elles s’inquiétaient de la place que prendraient les Juifs tunisiens s’ils devenaient français et considéraient qu’elles envenimeraient leurs relations avec le pouvoir beylical, et indisposeraient la population musulmane en opérant ainsi.

Sur ce point, la politique française à l’égard des Juifs ne changea pas jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale et fut appliquée avec rigueur par certains résidents généraux particulièrement hostiles aux naturalisations. Ainsi, en 1895, le résident général René Millet, confronté aux revendications relatives à l’extension de la juridiction et de la naturalisation françaises, écrivait au Quai d’Orsay :
« Il est inutile d’insister sur les inconvénients multiples, les dangers même, que présenterait l’adoption de semblables mesures. Ce n’est pas au moment où l’Algérie souffre des conséquences que les partis politiques ont su tirer du décret Crémieux, qu’il pourrait être question de créer en Tunisie en faveur des Israélites un privilège, si minime fût-il, au regard des indigènes musulmans. Toute réforme qui acheminerait les Israélites de la Régence vers l’assimilation avec les citoyens français créerait en Tunisie une question antisémite d’autant plus grave que nous comptons ici 60 000 Israélites [effectifs surévalués] contre 16 000 Français à peine [...]. Si jamais une assimilation, même partielle, était consentie, le petit noyau français serait complètement noyé dans l’élément juif » [4].
Toutefois un assouplissement des conditions de naturalisation eut lieu en 1910 notamment, l’accès à la nationalité fut ouvert aux sujets tunisiens ayant accompli un engagement volontaire dans l’armée française ou ayant obtenu un diplôme français d’études supérieures. Ces conditions se libéralisèrent en 1923, avec la loi Morinaud, dont le vote fut en partie dû au développement d’un courant d’opinion favorable en Métropole, mais qui résulta surtout de considérations tactiques, visant à inverser le ratio démographique entre ressortissants français et italiens résidant en Tunisie, vu l’afflux des seconds après la guerre.
Le rythme des naturalisations des Juifs, élevé entre 1924 et 1929, diminua ensuite, entre 1930 et 1933, pour s’effondrer à partir de 1934 [5]. Cette évolution s’explique à la fois par des résistances de différents courants idéologiques au sein de la communauté (par exemple, pour les traditionalistes, la naturalisation était synonyme de déjudaïsation) et par les réticences des autorités françaises, désormais conscientes que le ratio démographique entre Français et Italiens s’était équilibré.
Seule une loi française, du 20 décembre 1923, avait rendu plus aisées les conditions d'accès à la nationalité française pour les Juifs tunisiens qui demandaient leur naturalisation. Prônée par les assimilationnistes, la naturalisation était combattue par ailleurs par des courants divers et souvent opposés à l’intérieur de leur communauté : par les traditionalistes, parce qu'elle leur semble accélérer la déjudaïsation ; par les milieux sionistes, qui militaient en faveur d'une solution nationale de la question juive ; et par les marxistes, qui souhaitaient que les Juifs lient leur destin à celui de leurs compatriotes musulmans.

Souhail Ftouh,
Tunis
Notes :


(1) Rapport Mayer, juillet août 1881, Archives du ministère des Affaires Étrangères, Mémoires et documents, t. X.
(2) Journal Officiel tunisien, 13 janvier 1887.
(3) Échange de correspondances de 1887 entre la Résidence et le Ministère, Archives du ministère des Affaires Étrangères, Israélites de Tunisie, t. I (1887-1897).
(4) Correspondance Millet du 14 janvier 1899, Archives du ministère des Affaires Étrangères, Israélites de Tunisie, t. II.
(5) Il n’y eut aucune naturalisation accordée entre 1891 et 1910,299 le furent entre 1911 et 1923, 4 873 entre 1924 et 1929,1 587 entre 1930 et 1933,207 entre 1934 et 1939 (Annuaire statistique de la Tunisie, 1946).