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18 mai 2015

Les Juifs d'Afrique du Nord sous Vichy : un documentaire à découvrir


Nous devons ce documentaire émouvant à deux réalisateurs : Claude Santiago (1949-2012), décédé peu de temps après la réalisation de ces interviews, et Antoine Casubolo-Ferro. Images d'archives, films, documents, témoignages de personnalités ayant vécu cette sombre période, voici un point sur le sort des Juifs sous le régime de Vichy, dans les trois départements alors français d'Algérie, et dans les protectorats de Tunisie et du Maroc.
 
Le film couvre également un épisode largement oublié par l'Histoire, la participation décisive des Juifs d'Algérie à la préparation du débarquement dans le pays, en novembre 1942 ; et la persistance, malgré cela, de la législation antisémite de longs mois après.

A noter enfin, la présence de ce film de trois connaissances et anciens invités de "Rencontre", mon vieil ami et complice André Nahum, Claude Nataf, ancien président de la Société d'Histoire des Juifs de Tunisie, et Michel Abtibol, historien de référence sur le sujet.

J.C

 

08 mai 2010

Encore de beaux souvenirs

Evoquant la Tunisie à la Cité de l'Immigration, mars 2010

Mohamed Sifaoui et Jean Corcos, octobre 2009

Serge Klarsfeld et Jean Corcos, février 2010

Au-delà de certains évènements relatés dans ce blog - émissions de radio, colloques, expositions - il y a les beaux souvenirs qui s’imprègnent dans ma mémoire ... Rencontres ou retrouvailles avec des personnalités marquantes, plus ou moins connues mais qui n’auraient jamais été possibles sans mon activité bénévole de journaliste. Ou possibilité de parler directement devant un auditoire et d’échanger, à partir d’une expérience personnelle qui s’enrichit au fil des années !

Ces trois photos illustrent autant de souvenirs récents que je voulais vous faire partager. Sur la première, j’évoque la mémoire de mes jeunes années en Tunisie, invité par le groupe Facebook « Shalom Paix Salam » dans le cadre d’une journée à la cité de l’immigration
(lire ici) : à ma gauche, Claude Nataf, président de la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie, et mon vieil ami et complice de la radio, André Nahum ; juste à ma droite, André Derhy, que je retrouve au CRIF dans le cadre de la « Commission pour les relations avec les Musulmans » ; il a parlé, lui, de l’exode des Juifs du Maroc, un sujet qu’il connaît parfaitement bien en sa qualité de président de la Fédération Mondiale du Judaïsme Marocain. Sur les deux suivantes, prises quelques minutes avant l’enregistrement dans notre studio, je reçois à Judaïques FM deux invités récents, Mohamed Sifaoui et Serge Klarsfeld (voir présentation des émissions en cliquant sur leur nom en libellé).


J.C 

22 mars 2010

Un dimanche judéo musulman à la Cité de l’immigration


Dernier né des systèmes d’information, facebook a généré - comme tous les supports d’échange qui l’ont précédé, de l’imprimerie à la radio en passant par les journaux et les premiers supports de l’Internet -, à la fois le meilleur et le pire ... Ainsi en est-il des « groupes », qui peuvent être fondés dans des objectifs nobles d’échanges et de fraternité, ou à l’inverse pour propager la haine et la violence. Nous en avions déjà parlé à mon émission, il y a quelques mois avec Myriam Allouche et Tewfik Sahih, responsables du groupe « Juifs, Musulmans, faisons la paix » (voir en lien).

Partageant en gros le même objectif, le groupe « Shalom, Paix, Salam », organise une journée bien intéressante dimanche prochain 28 mars : « Un dimanche à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration », qui comprendra une visite de l'exposition « Générations, un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France », ainsi que des exposés sur l’histoire de l'immigration juive en France. Mais je laisse Corine Goldberger, une des responsables du groupe et qui est une amie, présenter cette journée :

« Dimanche 28 mars 2010, « Shalom Paix Salam » vous invite à la Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration, pour une journée entière, sur les traces des immigrations juives et musulmanes, venues d’Europe de l’Est, et du Maghreb. Un parcours de mémoire et de partage, entre sur le canevas de l'exposition « Générations, un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France », qui se tient actuellement à la Cité de l’histoire de l'immigration. Partageons nos histoires! Si vous avez envie de raconter la votre, si vous avez des anecdotes, préparez un petit texte, et dites le nous avant le 28, pour nous aider à structurer la journée. A la fin du parcours, nous avons prévu un temps de partage de nos histoires.L’occasion fabuleuse, de confronter, de Casablanca à Varsovie, de Kiev à Alger en passant par Tunis, les récits, les anecdotes, les témoignages et les mémoires, tragiques et humaines, du grand départ, de la vie en France, de la transmission. Les objets et les lieux, de cultures, d’existence. Survivants des pogroms puis de la Shoah venus de Pologne, d’Allemagne, de Russie, Juifs de Tunis, Alger, Constantine, arrachés à un pays-racine, sur le même bateau ou presque, que leurs anciens compatriotes, musulmans, tous vivent ensemble, aujourd’hui en France. Mémoires et récits se font écho. Certaines, racontent la co-existence séculaire entre Juifs et Musulmans, aux destins liés par-delà colonisation, et décolonisation. La journée commencera à 10h par une visite guidée de l'expo "Générations, et nous aurons comme conférencière, la commissaire de l'exposition elle-même." Venez au moins 20 minutes avant le début, vers 9h 45, pour avoir le temps de passer à la caisse et pour que la conférence commence à l'heure prévue. Après la pause déjeuner à la cafette orientale du musée (possibilité de déjeuner/sandwicher au café les Cascades, en face du musée, si nous sommes très nombreux), nous reprendrons la visite, sur les traces de l'immigration ashkenaze en France: le Marais, Belleville, le yiddish, la langue des juifs d'Europe de l'est ... »

J’ajouterai à ce programme qui, je l’espère, vous donnera envie de venir, une interview de Corine Goldberger, qui présente son groupe sur le site « Respublica », sur ce lien.

J’ajouterai, pour finir, que deux amis viendront parler l’après-midi de l’immigration juive venue de Tunisie : le professeur Claude Nataf, président de la S.H.J.T, et André Nahum, mon vieux complice de Judaïques FM !

10 décembre 2008

Commémoration de la rafle de Tunis au Mémorial de la Shoah



Photos de la cérémonie du 7 décembre 2008, prises par Claude Bochurberg
En haut : allumant une des bougies du souvenir, Milo Adoner, 
Président de l'amicale des anciens de Bleichamer Auschwitz
Au milieu : lisant son discours, Claude Nataf ; Richard Prasquier, Président du CRIF, David Messas, Grand Rabbin de Paris ; un représentant des Autorités militaires ; encadrant Lililane Capel, adjointe au Maire de Paris, 
les représentants de la Tunisie (à gauche) et d'Israël (à droite)
En bas : au premier plan de gauche à droite, René Berrebi, ancien des Forces Françaises Libres, Raphaël Haddad président de l'UEJF, Serge Klarsfeld, Dominique Bertinotti, maire du quatrième arrondissement, un descendant de la famille beylicale de Tunis et Jackie Fredj, Directeur du Mémorial de la Shoah
(cliquer sur les photos pour agrandir)

Belle et émouvante cérémonie, dimanche dernier 7 décembre, au Mémorial de la Shoah à Paris. Une occasion pour moi, aussi, de voir réunies des mémoires certainement pas antagonistes, mais que l’opinion commune peine à voir associées : celle des persécutions nazies ; et celle des Juifs de Tunisie ... pour les nouveaux visiteurs du blog, ils pourront en cliquant ci-dessous en libellé sur les mots « Mémoire de la Shoah » et « Société d’Histoire des Juifs de Tunisie » (SHJT), voir combien ces sujets m’ont personnellement interpellé !

Peu de gens se souviennent, en effet, que la Tunisie fut le seul territoire français hors métropole, à subir une occupation allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale : six mois entre novembre 1942 et mai 1943, un temps trop bref pour procéder à un massacre massif de la population juive locale, mais suffisant pour la terroriser, avec en particulier une rafle de 4000 hommes en décembre 42, envoyés dans des camps de travail ou sur les lignes de front, où hélas une cinquantaine, presque tous très jeunes, furent tués ; une poignée de résistants et de militants antifascistes furent aussi déportés en Europe, où ils furent assassinés ...

La SHJT et son dynamique Président, le professeur Claude Nataf, ont le mérite depuis quelques années de commémorer cette page sombre de l’histoire judéo tunisienne, par une belle cérémonie au Mémorial de la Shoah, et celle de cette année a été honorée par la présence de nombreuses personnalités : grands merci à Claude Bochurberg, producteur chez nos confrères de « Radio Shalom » de la série « Mémoire et vigilance », qui a pris ces photos et a eu la gentillesse de me les communiquer ! Mais le passé vient aussi interpeller le présent, et réciproquement : dans son beau discours, Claude Nataf a aussi évoqué l’actualité récente, avec le massacre de Bombay commis par des fanatiques se réclamant de l’islam, et qui, en vrais nazis de notre époque, ont torturé et assassiné le malheureux rabbin de la communauté Habad, son épouse et leurs hôtes. Il devait aussi saluer la présence, à ses côtés, des représentants de l’Etat d’Israël, représentant le peuple juif dans son ensemble, et de la République Tunisienne, dont la mémoire doit aussi (et souhaitons le, en dehors de Paris), intégrer cette page d’Histoire.

Plus de détails dans cet article publié sur le site du CRIF.

J.C

28 octobre 2008

Le Maghreb au miroir de son passé juif : des historiens au rendez-vous !


D’abord quelques mots à propos de l’illustration de cet article : c’est la couverture d’un livre qui vient de sortir, et qui traite d’un sujet bien original, celui de la Tunisie médicale de la période pré coloniale à la veille de l’indépendance. Il se trouve que j’ai eu la chance de rencontrer son auteur, le docteur Lucien Moatti, dont le père, lui-même médecin réputé à Tunis était un ami de mon père, le docteur Salomon André Corcos (z"l), décédé l’an dernier et dont la mémoire a été évoquée par deux fois dans le blog.

On trouvera sur le site de l’éditeur (Éditions Glyphe) une présentation de l'auteur qui allie une expérience de médecin et une passion d’historien (il est membre de la Société Française d’Histoire de la Médecine), ainsi qu’un amour jamais démenti de sa Tunisie natale : une terre qui était jadis cosmopolite, et où le corps médical - à l’image de la population - était une « mosaïque », où les Juifs occupaient une place importante !

Des Juifs il sera à nouveau question, mais cette fois à propos de l’ensemble du Maghreb lors d’un prestigieux colloque international qui se tiendra à la Sorbonne du lundi 3 au jeudi 6 novembre : vous pourrez consulter son programme complet (format ACROBAT) en cliquant ici. Ce colloque, qui réunira pour la première fois des universitaires venus du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et d’Israël mais aussi d’Italie et des États-Unis et, bien sûr, de France, est organisé par la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie (SHJT), dont le dynamique président, le Professeur Claude Nataf a été reçu à plusieurs reprises à mon émission. En partenariat avec la SHJT, six établissements universitaires, dont la prestigieuse INALCO qui fait autorité en matière « d’orientalisme ».

Le thème de ce colloque sera : « les Juifs du Maghreb de l’époque coloniale à nos jours : histoire, mémoire et écritures du passé ». Je ne vais pas, bien entendu, résumer ici en quelques lignes les sujets abordés, et vous vous rapporterez au programme pour les découvrir ... Je mentionnerai juste, parmi les intervenants, ceux que j’ai eu le plaisir de recevoir dans le cadre de ma série radiophonique : Claude Nataf, donc, mais aussi Michel Abitbol, Benjamin Stora, Habib Kazdaghli et Mohamed Kenbib. Et viendra également donner une leçon inaugurale le Professeur M’Hamed Hassine Fantar, titulaire de la chaire Ben Ali pour le dialogue des civilisations et des religions, qui m’avait invité à Tunis l’année dernière pour un autre colloque !

J.C

06 juillet 2008

Histoire des Juifs de Tunisie : une interview de Claude Nataf dans le journal tunisien "Réalités Magazine"

La Grande Synagogue de Tunis,
toile de Michelle
(illustration tirée du site http://latunisiedemichelle.blogspot.com/)

Introduction :
J'ai publié ces dernières semaines une série très riche sur l'Histoire contemporaine des Juifs de Tunisie, que nous devons à notre ami Souhail Ftouh. Or cette reprise d'un article publié dans la presse tunisienne l'année dernière vient en utile complément ...
Rappelons que le 9 septembre dernier, j’avais eu comme invités à mon émission le Professeur Claude Nataf, Président de la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie, et par téléphone depuis Tunis, le Professeur Khlifa Chater, historien et membre de cette société. Nous avons parlé du livre « Juifs et Musulmans en Tunisie », édité par cette société savante (lire en lien sur le blog).
Contrastant par son ouverture avec de nombreux pays arabes - on aura appris, par exemple et dernièrement, le refus égyptien d'ouvrir les archives nationales aux Juifs originaires de ce pays -, la Tunisie s’honore en ne reniant pas son passé « pluriel » ... Ainsi, Claude Nataf a été interviewé par le journal tunisien « Réalités Magazine », dont il existe une version Internet (voir en lien permanent). Ci-dessous de larges extraits de cette interview, avec l’aimable autorisation de l’auteur.
J.C

Parlez-nous de ce livre "Entre Orient et Occident, Juifs et Musulmans en Tunisie"
Ce livre, pour lequel le Président Ben Ali a bien voulu nous féliciter, ce qui nous a émus, est le fruit d’un colloque qui s’est tenu à la Sorbonne en avril 2003 et auquel des universitaires tunisiens comme Hélé Béji, Khlifa Chater, le regretté Nouredine Sraïeb, entre autres, ont participé. Pendant longtemps, les historiens ont considéré que le Maghreb avait « bénéficié » d’un choc culturel venu d’Occident, qui avait révolutionné ses modes de vie et de pensée et l’avait fait basculer dans la modernité. Le cas de la Tunisie aux XVIIIème et XIXème siècles permet de relativiser cette thèse en montrant comment, à côté d’influences exogènes essentiellement européennes mais également orientales et turques notamment, mais aussi endogènes, s’est développée une vie publique et culturelle où les communautés juives et musulmanes ont pu vivre dans un dialogue constant jusqu’à l’aube des affrontements idéologiques du XXème siècle. Il y eut bien au sein des deux communautés pénétration de la modernité et influence profonde du modèle occidental, donc au fond convergence des tendances historiques mais selon des modalités divergentes et des intensités toutes aussi divergentes.
(...)
De quand datent les premières communautés juives en Tunisie, et d’où venaient-elles ?
La présence de communautés juives en Tunisie est très ancienne, mais on ne peut pas dater exactement cette présence car les historiens ont besoin de preuves. Nous avons des preuves de la présence juive dans la Carthage romaine. D’une part les écrits des Pères de l’Église et notamment Tertullien contiennent des descriptions des communautés juives. D’autre part des fouilles entreprises à l’époque du protectorat ont permis de découvrir des vestiges de cette présence juive, tels que la nécropole de Gammarth ou la synagogue de Naro (Hammam-Lif).Mais il est probable que l’implantation des Juifs en Tunisie est bien antérieure à la période romaine. La tradition orale des Juifs de Djerba fait remonter leur présence sur l’île à la destruction du temple de Salomon. Paul Sebag, dans son « Histoire des Juifs de Tunisie », écrit qu’il n’y avait pas de preuves scientifiquement admissibles pour des historiens. J’ai appris très récemment que des fouilles entreprises à Kelibia par Mounir Fantar avaient permis la découverte d’une mosaïque, qui semblerait être celle d’une synagogue, et qui serait antérieure à l’ère chrétienne. Cela confirme donc la présomption d’une présence juive très ancienne en Tunisie.
Aujourd’hui, peut-on dire qu’il reste une communauté juive en Tunisie ?
Il y a des Juifs qui habitent en Tunisie, oui, et il y a une communauté juive, ne serait-ce que parce qu’il y a des Juifs qui pratiquent librement leur religion, qu’il y a des synagogues qui fonctionnent, des institutions cultuelles, des boucheries rituelles. Mais c’est une communauté qui est très réduite. Je crois que dans les meilleures estimations, on chiffre la population juive à deux mille personnes, alors que lorsque je vivais en Tunisie, il y avait environ 100.000 Juifs, toutes nationalités confondues.
Aviez-vous de bons rapports avec les étudiants musulmans ?
J’avais des rapports excellents et fraternels avec mes camarades musulmans. Après mon départ de Tunis, j’ai conservé des liens avec certains d’entre eux, et quand je viens en Tunisie, et que l’on se voit, il n’y a absolument rien de changé. Le Lycée Carnot était un mélange de toutes les confessions, et je n’ai pas ressenti un acte quelconque de racisme, de mépris ou de ségrégation.
(...)
Serge Moati donnait, il y a quelques mois une conférence de presse, pour la sortie de son livre, "Villa Jasmin", et il a parlé d’amnésie tunisienne, concernant la communauté juive. Êtes-vous de son avis ?
C’est un mouvement naturel, dans l’histoire, d’occulter pendant un moment, à la suite de bouleversements politiques, ce qui a pu exister auparavant. En Tunisie, dans les années qui ont suivi l’indépendance, on a occulté tout ce qui était le passé récent, le passé colonial, pour privilégier la mémoire arabe de la Tunisie. Mais ceci est une constante de l’histoire. Les Tunisiens sont partis à la redécouverte d’un passé qui avait été gommé. Les historiens tunisiens ont considéré la période du protectorat français comme un sujet tabou. Ensuite on a étudié le protectorat avec la volonté de critiquer et de polémiquer et enfin, dans la troisième période, on a voulu étudier sereinement et scientifiquement le protectorat français. Même chose pour l’histoire des minorités. On n’a pas mis en avant l’existence des minorités, et par conséquent des minorités non arabes et non musulmanes. Une fois encore c’est un mouvement naturel, après des tensions politiques, que de vouloir rassembler la nation. Et puis lorsque l’histoire est redevenue sereine, il y a eu un effort magnifique de l’Université Tunisienne, qui compte des historiens de premier plan dont la Tunisie peut s’enorgueillir. A la Faculté des Lettres et des Arts de La Manouba, par exemple, un laboratoire de recherches animé entre autres par Habib Kazdaghli et Abdelhamid Larguèche, est dédié à l’histoire des minorités et parmi celles-ci de la minorité juive.Il y a eu en Tunisie des travaux très estimables, des travaux universitaires, sur l’histoire de la Communauté juive. Je citerai par exemple la thèse d’ Abdel Karim Allagui, sur les dissensions des communautés juives en Tunisie, de 1900 à 1948. Et j’aurais souhaité que des historiens juifs aient les mêmes connaissances de cette histoire que l’auteur de cette thèse. C’est d’ailleurs à La Manouba qu’un premier colloque patronné par le regretté Dali Jazi, alors ministre de l’Enseignement supérieur, s’est tenu sur l’histoire de la Communauté juive de Tunisie. Depuis il y a eu beaucoup d’autres colloques organisés sur ce thème, et nous constatons la vitalité de l’École Historique Tunisienne et son implication dans la recherche sur les minorités. Mais il est vrai que ce n’est pas suffisant, car cette histoire, qui s’écrit, reste encore l’apanage d’un cénacle. Ce que je regrette, c’est qu’indépendamment de ces travaux universitaires, la mémoire juive ne soit pas rappelée dans la ville. Il serait souhaitable, il serait beau, que des plaques rappellent aux passants tel ou tel lieu de la mémoire juive de Tunisie.
Quelles sont vos prévisions d’historien concernant la relation des Juifs et des Musulmans en général dans les années à venir?
Je ne peux pas vous répondre en tant qu’historien, puisque nous nous intéressons au passé, mais je peux vous répondre en tant qu’homme. Plus les hommes chercheront à se connaître, à connaître dans le cas des Musulmans et des Juifs originaires de Tunisie leur passé commun, plus les barrières artificielles qui auront été créées entre eux disparaîtront. Je souhaite que les échanges scientifiques se poursuivent, afin d’aboutir à cette indispensable communion entre les hommes, et notamment entre ceux qui ont été issus du monothéisme abrahamique.

Propos recueillis par Sophie Reverdi
« Réalité Magazine », 6 septembre 2007
Copyright Réalités Magazine

28 juin 2007

Histoire(s) des Juifs de Tunisie


Impossible de publier sur le blog un « Mois de la Tunisie » sans rendre hommage aux miens, les « Tunes », Juifs de ce pays du Maghreb désormais dispersés - à l’exception d’une communauté résiduelle d’environ 1600 âmes en 2007, dont la moitié vivant dans l’île de Djerba.

Il serait ridicule de publier un article rendant compte, même de façon lapidaire, d’une histoire plus que deux fois millénaire - en ce qui concerne les Juifs djerbiens en tout cas. Aussi vais-je faire court en vous mettant sur quelques pistes, qui seront autant d’hommage rendus à des amis qui se sont faits les historiens et chroniqueurs de leur communauté.

Tout d’abord Jean-Pierre Allali, qui a publié en particulier un très émouvant album de photographies anciennes dans la collection « Images de Mémoire », Gil Wern Editions (mon illustration). On lui doit également un bref historique, publié sur le site « sefarad.org » en lien permanent (cliquer ici). Son article insiste sur les dernières années, plutôt tristes, avec à la fois l’exode et certains incidents antisémites ayant marqué la Tunisie ces dernières années. Jean-Pierre conclue son article ainsi :
« Le temps où l’on voyait se dessiner une nouvelle ère d’or entre la Tunisie et ses enfants juifs, ceux restés au pays comme ceux vivant en France, en Amérique ou en Israël, s’éloigne avec l’aggravation du conflit israélo-arabe. Mais la nostalgie demeure, toujours vivace.
L’inquiétude, donc, la « rasra » tune, mais aussi et toujours le spleen, « l’ ouarche » du temps jadis définitivement révolu. Avec, malgré tout, en toile de fond, l’espoir tenace de retrouvailles proches dans la paix et la sérénité. »


Dans le même ordre d’idées, bref et insistant surtout sur l’épisode du « grand départ », le chapitre du site FIROJPAM consacré aux Juifs de Tunisie (lire ici). Mais il est vrai que ce site, consacré aux Juifs de Terre d’islam qui ont tout perdu - et dont l’histoire est parfaitement méconnue du grand public - a d’abord pour objectif de rappeler spoliations et injustices, quitte à ne pas faire dans la nuance ...

Beaucoup plus complet et plus riche pour les siècles reculés, cet article des historiens Robert Attal et Claude Sitbon publié sur le site "chemla.org" : il est vrai que les mêmes Attal et Sitbon sont les auteurs d’un monumental ouvrage, « Regards sur les Juifs de Tunisie (Editions Albin Michel) et qui avait été mon livre de chevet ... en 1979 !

Comment évoquer les Juifs de Tunisie sans parler de mon ami André Nahum, mon « collègue » de Judaïques FM ? Je lui ai rendu un hommage mérité dans un article publié dans les premiers mois de ce blog, que je vous invite à relire en allant sur ce lien. Il a publié de nombreux livres restituant le patrimoine et l’histoire de notre communauté, que vous découvrirez en allant sur la page qui lui est consacré sur le site « harissa.com ».

L’histoire de ma communauté d'origine a fait l’objet des savantes recherches de la S.H.J.T ("Société d'Histoire des Juifs de Tunisie") qui a déjà, et à plusieurs reprises, été l’invitée de mon émission. Pour en savoir plus sur cette société savante présidée par le professeur Claude Nataf, écrire à son siège : 45 rue La Bruyère, 75.009 Paris.

Enfin, et même si finir ainsi cet article semblera bien mélancolique, les cimetières figent dans la pierre ou le marbre la mémoire de communautés ... Ainsi, le cimetière du Borgel, aux portes de Tunis, comprend quelques 20.000 tombes, hélas en majorité abandonnées et qui ont bien peu de visiteurs. C'est la marque des terres de Diaspora d'où sont partis la plupart des Juifs, que de compter plus de sépultures que de descendants vivant sur place ! Une association s'est constituée récemment pour participer à la préservation de ce cimetière, elle compte parmi ses fondateurs mon amie Monique Hayoun qui se dévoue tellement pour la mémoire judéo-tunisienne. Un site (www.leborgel.com) est en ligne pour accéder à plus d'informations.

J.C


08 avril 2005

Beur FM et Judaïques FM sur la même longueur d'ondes

Merci à notre confrère le journal en ligne "proche-orient.info" d'avoir informé à la une ses lecteurs de cette sympathique première ! En marge de l'émission "Rencontre", mais dans le même esprit, les deux radios BEUR FM et JUDAIQUES FM ont réalisé une émission commune pour rendre compte du colloque qui vient de se dérouler à La Sorbonne du 4 au 7 avril, organisé par "La Société d'Histoire des Juifs de Tunisie" (SHJT) sur le thème : "L'Alliance Israélite Universelle en Tunisie (1860-1967) et les transformations socio-culturelles de la communauté juive". 

Cette émission spéciale sera diffusée sur Judaïques F.M en deux parties les 10 et 17 avril. Nos invités ont été les professeurs Klifa Chater et Habib Kazdaghli de l'Université de Tunis, le professeur Michel Abitbol de l'Université Hébraïque de Jerusalem et le Professeur Claude Nataf, Président de la SHJT. J'ai eu le plaisir de poser les questions avec M. Ahmed NAIT BALK, de BEUR F.M. Merci aussi à la "Fondation pour la Mémoire de la Shoah" d'avoir pris l'initiative de ce projet, destiné à rapprocher jeunes juifs et musulmans.

Voir article en lien : cliquer ici.

J.C