Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Al-Jazeera. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Al-Jazeera. Afficher tous les articles

22 septembre 2016

Qatar. L’homosexualité, une “perversion” de “l’Occident décadent”, pour Al-Jazira



Les grands médias du monde arabe avaient évité les excès verbaux après la fusillade antigay à Orlando. Sur Al-Jazira au Qatar, en revanche, un éditorialiste se lâche. Pour lui, l’homosexualité est un “signe de la décadence occidentale”, voire “la dernière guerre du Diable”.

“Mafia de la déviance : la décadence occidentale et l’occupation de la conscience de l’humanité”, titre le site de la chaîne d’information qatarie Al-Jazira. L’un de ses éditorialistes y revient sur la fusillade d’Orlando aux Etats-Unis, qui a fait 49 morts dans une boîte gay dans la nuit du 11 au 12 juin.   

L’éditorialiste condamne seulement la démarche individuelle d’Omar Mateen, l’auteur de la fusillade, mais pas le fond idéologique de l’acte. Ainsi, il n’hésite pas à utiliser le mot chadh, qui signifie ‘déviant’, voire ‘pervers’en arabe. Ces dernières années, presque tous les grands médias arabes avaient cessé d’utiliser ce terme à forte connotation dépréciative, voire insultante, au profit du mot plus neutre mithli, qui veut dire homosexuel.
“Rien dans l’islam n’autorise un individu musulman à exercer une autorité légale ou exécutive sur des déviants. […] Tuer quelqu’un qui n’est pas armé ni en train de vous agresser est un crime, peu importe qu’il soit atteint par la pathologie de la déviance”, poursuit-il.  

Le choix des mots est en phase avec la dénonciation de “la grande guerre contre le mariage naturel entre l’homme et la femme”, qui serait menée “par des gens agissant au sein de l’institution culturelle et politique occidentale” à travers “des pressions médiatiques et culturelles” afin d’“obliger le monde à accepter” l’homosexualité. Et cette guerre, toujours selon l’éditorialiste, n’est rien d’autre que la “dernière guerre du Diable”.  

“Malheureusement, aux Etats-Unis, les forces de refus moral et religieux dans les églises et dans les médias ont été affaiblies”, déplore-t-il. Aussi faut-il provoquer un sursaut mondial pour faire de la famille “le dernier bastion pour sauver l’humanité” et pour lui assurer “la santé, la descendance, une conduite morale et la stabilité psychologique”.  

Si l’auteur condamne Daech, “qui ne fait qu’alimenter l’islamophobie”, c’est pour mieux plaider la cause du “discours islamique [qui doit] contrer la culture déviante” :
Les religions monothéistes considèrent que la déviance sexuelle est une réalité dans le monde contemporain et qu’il faut faire avec, en tant que comportement criminel et déviant devant être puni ou soigné. Mais elles ne l’ont pas autorisée pour autant. […] Il s’agit d’un des signes de la décadence occidentale extrémiste, utilisée comme moyen de pression politique pour envahir le monde et y répandre une épidémie.”

Courrier International, 27 juin 2016

05 février 2012

Le Qatar, bon ou mauvais génie du Monde arabe ? Farid Hannache sera mon invité le 12 février

Farid Hannache


Nous allons parler à nouveau dimanche prochain de politique internationale dans notre émission, et nous allons porter toute notre attention sur un petit pays du Golfe, dont on parle beaucoup en France depuis ces derniers mois et qui a acquis, très récemment, une influence considérable. "Le Qatar, bon ou mauvais génie du monde arabe", tel est le titre de ce numéro de "Rencontre", et pour en parler j'aurai le plaisir de recevoir Farid Hannache, journaliste. Farid Hannache est d'origine algérienne. On peut dire, pour caractériser sa ligne politique, que bien avant que le "Printemps arabe" vienne poser la question de la liberté dans les états arabo-musulmans - un sujet sur lequel nos grands médias ont eu une attitude d'autruche hypocrite pendant longtemps - il s'est révolté, au moins par la plume, contre ces régimes dictatoriaux ou obscurantistes. Il a coécrit avec l'Imam Hassen Chalghoumi un ouvrage retentissant, "Pour l'islam de France", et j'avais eu le plaisir d'en parler à l'Imam de Drancy l'an passé à cette antenne. Il s'est fortement intéressé à l’Émirat du Qatar depuis un moment, il lui consacre même un blog -  www.qatarbook.fr -, c'est une véritable mine d'information avec la reprise d'articles de la presse, et surtout avec ses propres analyses qui doivent constituer le matériau d'un livre, à paraitre dans les prochains mois. Mais sans l'attendre, j'ai pensé qu'il était nécessaire de l'entendre sur Judaïques FM, car l'Histoire va très vite en ce moment, et justement le Qatar semble jouer un rôle déterminant en coulisses.

Parmi les questions que je poserai à Farid Hannache :

- D'où vient la puissance économique du Qatar ? Peut-on donner quelques chiffres sur sa "force de frappe" financière ? Et comment se fait-il que l’Émir et son régime aient acquis une telle influence, alors que l'on parle beaucoup moins d'autres états du Golfe, eux-aussi immensément riches comme le Koweït ou les Émirats Arabes Unis ?

- A propos de la chaîne Al-Jazeera : elle se dit indépendante, mais critique-t-elle la monarchie qatarie ? Partagez-vous l'opinion du politologue Khatar Abou Diab, qui dans une interview à France 24 le 16 janvier dernier, a dit que le lâchage du régime syrien, autrefois allié, par le Qatar vient en fait de l'influence d'Al-Jazeera sur la diplomatie du pays ? Et quelle est l'influence du Cheikh Yusuf al-Qardawi et de son émission hebdomadaire sur cette chaîne de télévision ?

- Sur un plan géopolitique : allié des USA, cet Émirat abrite leur plus grande base militaire au Moyen Orient à El Udeïd, base qui a servi lors de l'invasion de l'Irak en 2003 ; mais en même temps, la chaîne Al-Jazeera a contribué à ruiner l'image des États-Unis lors de cette guerre, par ses reportages biaisés ; proche de l'Iran un moment, Doha a délivré un arbitrage favorable au Hezbollah en 2008, en imposant le général Suleiman à la tête de l'état ; plus tard, après la guerre de Gaza en 2009, l’Émirat a accueilli triomphalement Mahmoud Ahmadinejad lors d'une conférence boudée par la majorité des pays de la Ligue Arabe, et où le Hamas s'est exprimé au nom de tous les Palestiniens ; mais aujourd'hui, le Qatar est en pointe pour le renversement du régime Assad en Syrie, alors que ce serait un coup très dur pour la République islamique d'Iran : alors, que penser ?

- Que penser des relations avec Israël ? D'un côté, les choses se sont complètement détériorées, et on apprenait en août dernier que le ministère israélien des affaires étrangères avait décidé de geler toutes les relations en raison du rôle de meneur de l’Émirat dans les campagnes de propagande internationales contre le pays. Et puis on a appris qu'Israël avait obtenu un contrat énorme pour les Jeux Olympiques de 2022, qui doivent se dérouler à Doha ...


- Tous les observateurs notent que le Qatar est devenu l'allié régional de la France pendant la présidence de Nicolas Sarkozy ; et on peut citer deux épisodes notables, le rôle de l’Émirat qui avait versé une rançon pour la libération des infirmières bulgares prisonnières en Libye à l'été 2007, et puis l'année dernière son rôle politique et même son engagement militaire, lors de la campagne de l'OTAN qui a permis le renversement de Kadhafi : est-ce que cela a eu un coup politique pour nos relations avec l'Arabie Saoudite, par exemple ? Est-ce que nous le payons en acceptant que ce pays devienne un investisseur majeur dans notre pays ? Quels ont été leurs acquisitions stratégiques, et les privilèges fiscaux qu'on leur a accordé ? Et est-ce qu'à votre avis, un gouvernement de gauche serait moins bienveillant ?

Un sujet original avec un invité particulièrement bien informé ... j'espère que vous serez nombreux au rendez-vous !

J.C

03 mai 2011

"On dirait qu'Al-Jazira est en deuil"

 D’origine irakienne, Hosham Dawod est anthropologue, membre de l’Institut interdisciplinaire de l’anthropologie du contemporain (IIAC-CNRS). Il revient dans cette interview sur la couverture réservée par la célèbre chaîne qatarie Al-Jazira, en langue arabe, à la mort d’Oussama Ben Laden.

En quoi, pour la chaîne Al-Jazira, la mort d'Oussama Ben Laden revêt-elle une importance particulière ?
Aujourd'hui, le monde entier évoque cet événement symbolique majeur qu'est la mort de Ben Laden. Mais en regardant la chaîne Al-Jazira, celle-ci donne l'impression d'être plus concernée que les autres : d'abord en raison de la politique éclectique menée à l'échelle arabe et internationale par le riche émirat du Qatar, ensuite parce qu'Al-Jazira a été l'une des rares chaînes de télévision à rendre publics les messages des dirigeants d'Al-Qaida, en particulier d'Oussama Ben Laden.
Dans le monde arabe, on a souvent soupçonné le Qatar d'avoir passé un marché tacite avec Al-Qaida stipulant en substance : "Nous diffusons vos informations et messages, et en échange vous nous laissez la paix." Sans tirer les moindres conséquences, il est à noter que le Qatar n'a jamais été inquiété par Al-Qaida, bien qu'il abrite l'une des plus grandes bases américaines dans la région et que son régime soit protégé par des accords de sécurité passés avec des "grands et petits Satan".
Comment réagissez-vous au traitement d'Al-Jazira ?
Lundi matin, n'importe quelle télévision, radio, journal se devait d'évoquer cet événement au moins au travers des faits : que s'est-il passé, comment, etc. Mais on a un peu l'impression, en voyant ça en langue arabe, qu'Al-Jazira vit une situation de deuil à peine dissimulée, de tristesse, de frustration. On n'est pas dans l'évocation neutre des faits, ni dans ce qu'a commis cette organisation depuis vingt ans. Il faut reconnaître que du côté américano-occidental, certains médias n'ont pas non plus fait montre d'un grand professionnalisme mettant en valeur les scènes de liesse dans les rues, avec la fameuse expression du Far West " we got him ! ". Mais sur Al-Jazira, les images de reportages qui passent en boucle montrent le chef d'Al-Qaida dans une posture beaucoup plus paisible, parfois même humaniste. Les commentaires écrits à chaud par la rédaction d'Al-Jazira évoquent davantage le désintéressement de Ben Laden pour la vie facile et mondaine et sa recherche des bienfaits du travail, du combat, du djihad...
A aucun moment Al-Jazira ne juge nécessaire d'accorder de l'espace à ceux atteints par les attentats d'Al-Qaida visant des civils innocents, même en terre arabo-musulmane, ni ne diffuse la moindre image des corps déchiquetés des dizaines de milliers de ces victimes au Yémen, au Pakistan, en Indonésie, en Asie centrale, en Turquie, en Irak, en Somalie, au Soudan, en Egypte, en Algérie, voire en Arabie saoudite et à Gaza, sans parler des milliers de victimes en Europe et aux Etats-Unis. Al-Jazira a été jusqu'à installer une terminologie distinctive choquante en hissant les victimes des bombardements américains et occidentaux au rang de martyrs (chahid), tandis que les victimes d'Al-Qaida ne demeurent en dernière instance que des morts ordinaires (maqtoul).
Comment analysez-vous ce choix ?
Cela montre l'incohérence de cette chaîne et, plus globalement, de la "diplomatie" du Qatar, qui, par une sorte de tour de passe-passe, est un jour du côté de l'Occident, comme en ce moment en Libye, la veille encore soutenait le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, ou par le passé convainquait la France de faire venir le Syrien Bachar Al-Assad lors d'un défilé du 14-Juillet. L'image du pays, comme de la chaîne, paraît floue, brouillée. Al-Jazira, en réalité, s'est construite à partir de messages islamistes et d'une frustration nationaliste arabe aiguisée par des défaites successives. Et c'est cette tendance qui était à l'œuvre [hier] en regardant le traitement de cette actualité par la chaîne. Remarquons que, s'il en va autrement pour leurs correspondants à l'étranger, à Doha une grande tristesse traverse la chaîne. C'est un deuil à peine dissimulé avant d'être une nouvelle, et plus qu'à un moment d'information, on a le sentiment d'assister avec Al-Jazira à une commémoration.

Propos recueillis par Aline Leclerc
"Le Monde", 3 mai 2011

27 mars 2011

Syrie : le point de non retour ?

Manifestants dans la ville de Deraa le 22 mars
_____________________________________________________________________ 


"Est-ce que la Syrie est en train d'atteindre le point de non retour ?", s'interroge Avi Issacharoff, l'excellent chroniqueur du "Haaretz" - lire sur ce lien .

Le fait est que, en quelques jours, une révolution semble réellement commencer dans le pays sans doutes le plus fermé du monde arabe. Alors que, bien entendu, la presse étrangère ne peut se déplacer librement et que les médias nationaux sont complètement "aux ordres", les mêmes moyens qui ont permis les révolutions tunisienne puis égyptienne permettent d'avoir des images des émeutes : films pris au moyen de téléphones portables ; envoi à travers le monde par la magie d'Internet ; et les révoltés anti-Assad arrivent à leur tour à faire douter le monde extérieur de la solidité d'un régime que l'on croyait éternel !
Pour ceux qui lisent l'anglais, l'article du "Haaretz" semblera bien prudent : il note qu'il n'y a eu, pour le moment, que des centaines de manifestants dans les grandes villes syriennes comme Damas, Homs ou Lattaquié, alors qu'ils étaient des milliers dans la ville de Deraa - où les tirs de l'armée auraient fait plus de 150 tués d'après des sites d'opposition ; mais il note aussi que - comme cela s'est passé avant dans d'autres pays arabes - le "mur de la peur" semble être tombé. Face à cette révolution, écrit Issacharoff, Bashar al - Assad utilise les mêmes réponses qui n'ont pas permis à Ben Ali puis à Moubarak de se maintenir au pouvoir : dénonciation d'un "complot de l'étranger" ; annonce de timides réformes ; et surtout, utilisation contre-productive de la force - chaque enterrement de victimes rallumant l'incendie ...

Mais essayons d'aller un peu plus loin à propos de ces évènements, en énonçant quelques commentaires personnels.
1.    Le dictateur syrien suit bien sûr avec inquiétude ce qui se passe en Libye, qui représente un double précédent dans le monde arabe : une révolte armée contre un dictateur féroce, puis une intervention militaire internationale pour aider les rebelles. Il peut en tirer deux conclusions opposées : l'une qui consisterait à mater totalement dans le sang la révolution alors que les Occidentaux sont enlisés dans un nouveau conflit, en se disant qu'il ne risque rien ; l'autre qui l'inciterait à la prudence, par crainte de subir le sort de Kadhafi.
2.    Au moment de la chute de Moubarak, Bashar al -Assad avait imprudemment avancé l'idée que son régime restait populaire en raison de son hostilité résolue à Israël : on voit que la suite des évènements lui a donné complètement tort, et que - comme l'avaient souligné les commentateurs de bonne foi - le conflit israélo-arabe est complètement évacué de cette vague révolutionnaire.
3.    Mais cette nouvelle révolution donne aussi complètement tort à la plupart des commentateurs des sites et blogs juifs, qui se sont relayés pour nous expliquer que ces révolutions, qui touchaient des pays pro-occidentaux, faisaient l'affaire de l'Iran - donc, en poussant un peu le bouchon, étaient le résultat d'un "complot islamiste" : mais alors quid pour la Syrie, alliée fidèle de l'Iran ? Cette explication ne tient plus.
4.    Dans la même veine, on a pu lire que Al-Jazeera - qui avait de vieux comptes à solder avec leurs régimes - avait mis de l'huile sur le feu en Tunisie puis en Egypte ; et on ajoutait que cette chaîne, propriété de l'Emir du Qatar, reflétait les intérêts de l'Emirat de plus en plus dans l'orbite iranienne ... Or les choses ne sont pas simples. On pourra ainsi, en visitant cette page Internet de la télé satellitaire  - voir sur ce lien -, constater combien la révolution syrienne est à l'honneur, et découvrir au passage des films inédits qui font bien plaisir à visionner !
5.    Au final, et si un régime aussi infect que celui des Assad tombe pour être remplacé par un gouvernement si ce n'est totalement démocratique, mais a minima plus proche de l'Occident et éloigné de l'Iran, ce serait toute la géopolitique du Moyen-Orient qui serait bouleversée : la Syrie a joué ces dernières années un rôle essentiel dans l'encerclement d'Israël par les forces de l'Islam radical - Hezbollah au Nord, Hamas au Sud ; et si ces milices terroristes perdaient leur refuge de Damas, beaucoup de choses changeraient ... en bien !

06 mars 2011

Révolutions arabes : où va le Moyen-Orient ? Chawki Freiha sera mon invité le 13 mars

Révolutionnaires libyens à Benghazi

Nous allons poursuivre dimanche prochain la série d'émissions consacrées aux évènements historiques qui secouent le monde arabe, avec cette vague révolutionnaire qui, probablement, ne fait que commencer. Cette fois-ci nous allons parler du Moyen-Orient, qui a subi une véritable onde de choc depuis la chute du Président égyptien Hosni Moubarak. Nous reviendrons sur l’Égypte plus tard, mais il y a déjà beaucoup d'autres pays à traiter cette fois-ci  ; et j'ai choisi de n'aborder que l'angle géopolitique pour le moment - nous ferons, plus tard, une analyse plus en profondeur des sociétés arabes, afin de comprendre ce qui a poussé leur jeunesse à se révolter presque partout. Mon invité sera Chawki Freiha,  journaliste franco-libanais,  rédacteur en chef du site mediarabe.info, que j'ai souvent eu le plaisir de recevoir pour parler de son pays d'origine, et aussi de la Syrie qui l'a longtemps occupé. Mais notre auditoire le connait, également, parce qu'il donne  tous les dimanche matin sur notre antenne, à 10h15, une très intéressante revue de la presse arabe.

Bien sûr, l'actualité va très vite, et peut-être certaines questions que je me propose de lui poser seront modifiées en fonction de l'actualité que nous aurons le 13 mars !

Voici cependant quelques points que j'ai prévu d'aborder :

- Au Liban la coalition dite du 14 mars a implosé, les alliés druzes de Joumblatt ont retourné leur veste, et finalement un concurrent sunnite de Hariri junior, Najib Mikati, a été désigné le 25 janvier comme nouveau Premier Ministre : mais le gouvernement n'est toujours pas formé ! Où en sommes-nous ? Et que dire de M. Mikati, présenté dans les grands médias comme un homme d'affaires modéré et ouvert ?
- Fouad Ajami, qui est un universitaire américain d'origine libanaise, a dit des choses très intéressantes dans une interview au "Haaretz" : il avait soutenu l'invasion américaine de 2003 en Irak, et il pense que c'est la capture de Saddam Hussein, sorti comme un rat de son repère avant d'être jugé et exécuté, qui a donné du courage aux jeunes Arabes pour se dresser contre leurs tyrans. Il pense aussi qu'il n'y a pas de bons autocrates, que même si Israël n'avait pas d'autres choix que de signer les premiers traités de paix avec eux, des démocraties chez ses voisins donneront un support populaire à la paix : partagez-vous son avis ?
- Force est de constater que - mis à part le cas de la Libye qui est plus complexe - aucun despote anti occidental n'a encore été renversé : on pense bien sûr à la Syrie, mais aussi à l'Iran. Comment l'expliquez-vous ? Il y a la théorie qui donne à Al-Jazeera de grands pouvoirs de propagande, or étrangement cette chaîne est hébergée par le Qatar qui a basculé dans l'axe irano-syrien, est-ce une coïncidence ?
- En ce qui concerne Kadhafi, et en raison d'intérêts pétroliers et autres, l'Europe et les États-Unis l'ont absous de ses crimes terroristes passés, et restent bien mous pour soutenir réellement l'opposition : qu'en pensent les Arabes ? La Ligue Arabe s'oppose à la "no fly zone" qui interdirait de vol son aviation, est-ce que ce n'est pas une forme de complicité ? Et y a-t-il des pays qui ont envoyé une aide armée pour le soutenir ?

Nous parlerons aussi si nous en avons le temps du Yémen, du Sultanat d'Oman, de Bahreïn ... une émission donc très riche : et j'espère que vous serez très nombreux à l'écoute !

J.C

Nota post-publication :
Cette émission n'a pu, au final, être réalisée. Je laisse la présentation "pour mémoire" sur le blog.

07 octobre 2009

Le Maccabi Haïfa sur "Al Jazeera Sport"

Pour la première fois de l'histoire, une télévision arabe a retransmis une rencontre disputée par une équipe israélienne. La chaîne Al-Jazeera, détentrice des droits TV pour la Ligue des champions dans le monde arabe, a diffusé ce mardi 15 septembre 2009 le match Maccabi Haïfa - Bayern Munich. Pour cette première journée de la Ligue des Champions, le Bayern de Munich et le Maccabi Haïfa, ont joué au stade de Ramat Gan, près de Tel Aviv.

La Fondation du club sous le nom de Maccabi Haïfa remonte à 1913. En 1993 eut lieu sa première participation à une Coupe d'Europe (C2) (saison 1993/94). En 1998, le Maccabi Haïfa crée la surprise et élimine le Paris Saint-Germain au premier tour de la Coupe des Vainqueurs de Coupes. Il atteint les quarts de finales de cette compétition. En 2002, le Maccabi Haïfa devient le premier club israélien à atteindre la phase de poule de la Ligue des Champions, et bat par la même occasion Manchester United (Angleterre) sur le score de 3 à 0 et l'Olympiakos Le Pirée (Grèce) sur le même score. Puis, lors du troisième tour de qualification de la Ligue des Champions en 2006, le club tient tête à Liverpool à Anfield Road, en marquant le premier but. Le club est notamment connu pour avoir vendu de nombreux bons joueurs à des clubs européens. Il a gagné la réputation de « tremplin vers l'Europe ». Le 25 août 2009, l'équipe israélienne parvient à se qualifier à nouveau pour la phase de poules de la compétition reine du continent, grâce à un double succès sur le Red Bull Salzbourg (1-2 ; 3-0).

Mardi 15 septembre, à Tel Aviv, lors de la première journée de la phase de poules de la Ligue des champions c’était la première occasion pour les téléspectateurs arabes de découvrir cette équipe. Jusqu'à l'année dernière, les droits télévisés de la Ligue des Champions étaient détenus par le bouquet à capitaux saoudiens ART. La chaîne Al-Jazeera Sport, détentrice des nouveaux droits TV pour la Ligue des champions dans le monde arabe, a fait un choix courageux lorsqu’elle a retransmis le match. C'est la première fois qu'une télévision arabe retransmet une rencontre de C1 disputée par une équipe israélienne. Le match était commenté en anglais. Jamais auparavant un match impliquant un club israélien ou l'équipe nationale, quelle que fut la compétition, n'a été diffusé sur une chaîne arabe (1).

Le responsable d'Al-Jazeera, chaîne basée au Qatar, ainsi que les responsables du bouquet arabe ont relevé un grand challenge auprès du public arabe. Pour sa première expérience en matière de couverture et de diffusion des matches de la Ligue des champions européenne, le bouquet arabe Al Jazeera Sport a entamé « la saison » par le match Maccabi Haïfa-Bayern Munich. 150 millions des téléspectateurs arabes ont pu suivre Al Jazeera Sport ce mardi 15 septembre. Et nombreux sont parmi ce nombre qui s’attendent à ce que la chaîne qatarie retransmettra le reste des rencontres du Maccabi Haïfa. En effet, l’on se souvient que lors de la guerre de Gaza, il y a quelques mois, la chaîne d’informations Al Jazeera n’avait pas hésité à interviewer en direct d’Israël des responsables militaires israéliens. Al Jazeera Sport étant un bouquet thématique relevant du même groupe, ses décideurs ont fait preuve de pragmatisme et ils ont décidé de mettre les préjugés de côté car il y a du business avant tout.

La qualification du club israélien pour la phase des poules de la plus prestigieuse et la plus suivie des compétitions de clubs, a incité désormais d’Al-Jazeera Sport, détentrice des nouveaux droits TV, de diffuser les exploits sportifs israéliens dans les foyers arabes. Pour une fois donc, les intérêts financiers des investisseurs arabes convergent avec les intérêts de la minorité voulant la paix avec les israéliens.

Le Maccabi Haïfa, petit Poucet du groupe A en Ligue des Champions, est sur le point de devenir l’ambassadeur d’une image positive d’Israël à travers le vaste monde arabe. Il est aussi véhiculaire de l’endurance des survivants de la Shoah : les Allemands ont souffert sous la chaleur estivale de Tel Aviv, face à la vivacité des Israéliens, invaincus à domicile depuis novembre 2008.

Ftouh Souhail,
Tunis


(1) Récemment la réforme de la Ligue des champions menée par le président de l’UEFA, Michel Platini, était contestée par les clubs dits «grands» puisque ladite réforme permet à des clubs issus des «petits» championnats de se hisser à la phase des poules, elle l’était encore plus dans certains pays puisqu’un club israélien est parvenu à se qualifier.

Le Maccabi Haïfa est aussi vainqueur du Championnat d'Israël de football : 1984, 1985, 1989, 1991, 1994, 2001, 2002, 2004, 2005, 2006, 2009. Il est aussi vainqueur de la Coupe de la Ligue d'Israël de football : 1994, 2003, 2006, 2008 mais seulement finaliste de la Coupe d'Israël de football pour 2009.

01 mai 2009

Critiques arabes contre Ahmadinejad

Sans doute, le président iranien, a réussi à provoquer un esclandre international grâce à son discours anti-sémite et anti-israélien, la semaine dernière, à la conférence onusienne à Genève . Mais ce qui est moins connu c’est que son discours a aussi fait l’objet de vives critiques auprès de certains intellectuels arabes qui n’ont pas hésité à manifester leur colère contre Ahmadinejad.

Les protestations contre les propos funestes du dirigeant iranien se sont manifestées surtout dans la presse arabe « en exil », qui bénéficie certainement d’un vaste champ de liberté.

Ainsi nous pouvons lire, par exemple, dans un quotidien arabophone londonien, cet article qui est mis en ligne car il est représentatif de l’état d’esprit de certains intellectuels, originaires de la région, face au nain persillé qui rêve de se nucléariser.

(...) « A quoi peuvent donc bien servir les paroles du président iranien pour la question palestinienne ou le retour des territoires arabes conquis ? » s'interroge le 21 Avril 2009, Tarek el-Hamid, le rédacteur en chef du grand quotidien arabe, Asharq al-Awsat, qui reproche également à Ahmadinedjad de n'avoir réussi qu'à « unifier la communauté internationale autour d'Israël ».

Tarek el-Hamid précise :
Lorsque le président iranien, Mahmoud Ahmadinedjad, a discouru hier, en attaquant Israël et décrivant l'Etat hébreu comme raciste - au cours du Sommet contre le racisme dénommé « Durban II » - il s'est plus adressé à nous-mêmes qu'à la communauté internationale (...) Ce qu'il a dit hier constitue une version allégée des paroles qu'il prononce régulièrement. (...) Le président iranien a déjà promis par le passé d'effacer Israël de la carte, l'a décrit comme illégitime, a affirmé qu'il ne pourrait subsister, et que la Shoah n'était qu'une fable. (...) Les Arabes ont fait six guerres à Israël, en dehors des dernières opérations qui doivent également être considérées comme des conflits armés. Nous avons compté des centaines de milliers de morts et de blessés. Nos villes et nos terres ont été conquises et nous avons perdu des trésors extraordinaires. Est-ce que des paroles nous servent à quoique ce soit aujourd'hui ? Est-ce que l'Iran a perdu ne serait-ce qu'un seul arbre dans la lutte pour la Palestine ? Téhéran a-t-il sacrifié ne serait-ce qu'un seul mort au front contre Israël ? « Notre mémoire à court terme nous rappelle que les Iraniens n'ont pas participé à la dernière guerre à Gaza, sur instruction des plus hautes autorités de l'Iran » accuse encore Tarek el-Hamid, qui conclut son éditorial sur l'affirmation : « Nous avons besoin d'actes et non de paroles ».

Signalons enfin que l’écrivain d’origine égyptienne, Magdi Khalil, avait déjà critiqué, avant même la tenue de cette conférence, le 19 avril dernier, l'invitation d'Ahmadinejad à Durban II en déplorant qu’un président raciste soit invité à participer à une conférence contre le racisme :

« Tout d'abord, il me semble évident que les délibérations se focalisent sur Israël, sur la base de ce qui s'est passé en Afrique du Sud en 2001. La deuxième chose qui est très claire est la présence du président iranien. Ce président raciste va participer (à une conférence) contre le racisme. (...) Permettez-moi de déclarer très simplement que la conférence d'Afrique du Sud s'est focalisée sur la question du Sionisme, de savoir si Sionisme équivaut à racisme. Mais nombreux sont ceux dans le monde qui estiment que la loi religieuse islamique telle qu'elle est appliquée en Somalie, en Afghanistan, au Soudan et en Arabie saoudite, est pire que le racisme ».(Extraits d'une interview de l'écrivain américano-égyptien Magdi Khalil, diffusée sur Al-Jazeera le 19 avril 2009).

Ftouh Souhail,
Tunis

30 juillet 2008

Quelques conséquences désastreuses de l’échange Hezbollah-Israël

Samir Kuntar accueilli dans son village de Abaï,
par le leader druze Walid Joumblat
(photo AFP, 17 juillet 2008)

Il y a quinze jours, j’évoquais « l’échange » qui venait d’avoir lieu avec le Hezbollah, en faisant un « zoom » sur le prisonnier libéré le plus emblématique, le druze libanais Samir Kuntar qui avait assassiné de façon atroce une fillette de quatre ans (lire ici). Très vite, de nombreux sites et blogs se sont fait l’écho du dangereux précédent que constituait cette incroyable transaction - les corps de deux malheureux réservistes, contre des terroristes vivants ... Mais, au-delà du risque à terme que seul l’avenir pourra confirmer, il s’avère que ce cadeau au Hezbollah a déjà eu trois conséquences désastreuses : redonner du prestige au Hezbollah, qui en avait un peu perdu au moment de son « putsh » du mois de mai ; effrayer les « modérés » convaincus que le vent avait tourné en faveur des radicaux ; et gonfler à bloc tous les extrémistes du monde arabe. En voici quelques illustrations inquiétantes.

1) Le leader druze Walid Joumblat, qui avait pris des positions en flèche contre le Hezbollah au moment de la guerre de l’été 2006 (revoir sur le blog une de ses interviews télévisées), a adopté « profil bas », en accueillant dans son village natal son compatriote druze, le monstre Samir Kuntar (voir photo).

2) Le même Kuntar n’en finit pas de parader sur les chaînes de télévision arabes, jurant qu’il est prêt à reprendre du service. Dans cet interview de la chaîne Al-Jazeera en date du 26 juillet (voir en lien le clip vidéo sur le site de MEMRI), il glorifie l’assassinat d’Anouar el-Sadate en 1981, menaçant du même sort les autres « traîtres » à la cause arabe !

3) En même temps que les terroriste vivants furent rendus au Hezbollah les corps d’environ 200 tués, et parmi eux (parfaitement identifiés) de combattants non libanais. En faisaient partie ... des Tunisiens, tombés lors des opérations du Hezbollah dans les années 90. Leurs corps ont été rapatriés pour être inhumés en grande pompe dans leur pays natal, ce qui a été l’occasion, dans la presse locale, de les honorer comme « martyrs » et de vilipender « l’ennemi sioniste » ! Lire en liens ici et encore . Une opération menée par les plus acharnés antisionistes de ce petit pays pacifique, et qui contraste, vraiment, avec les marques de réalisme dont j’ai souvent parlé sur le blog ; et en particulier dimanche dernier, en vous faisant découvrir un article bien émouvant publié dans la presse tunisienne !

J.C

06 avril 2008

Une cible nommée Wafa Sultan

Photo de Wafa Sultan prise
lors de sa dernière intervention télévisée sur Al-Jazeera
(l'illustration est tirée du site "Frontpage magazine")

Le site québécois « Point de bascule » (adresse : http://pointdebasculecanada.ca/) s’est fixé comme ligne la dénonciation toutes voiles dehors de l’islam radical ; et, corollaire obligé, du « politiquement correct » qui rend si difficile sa dénonciation dans nos démocraties. Ainsi, par exemple, je vous invite à lire un article très fin "les États-Unis, le bouc émissaire pour tous" ; une analyse qui résonne singulièrement à mes oreilles tellement j’ai été habitué, hélas, en docile et discret ingénieur travaillant dans un établissement public, à y entendre régulièrement déblatérer l’Amérique - et presque jamais ses pires ennemis, même lorsqu’ils sont quasiment nazis comme Ahmadinejad et consorts !

« Point de bascule » essaie donc - je ne peux garantir que c’est à 100 % réussi - de ne pas glisser dans la pente savonneuse qui conduit à stigmatiser ainsi toute une religion et ses fidèles. Il publie souvent des traductions de sites en langue anglaise, souvent plus riches que leurs homologues français Dans cette rubrique donc, la reprise d’un article publié sur le site américain « Front page magazine » de David Horowitz (très proche des « néocons » pro républicains), et qui évoque les menaces de mort dont est victime Wafa Sultan (revoir deux de ses vidéos sous titrées en cliquant sur son nom en libellé).
Je vous invite donc à découvrir en lien l’article "Wafa Sultan cible du djihad".

Deux précisions avant d’en débuter la lecture. Comme je l’ai écrit il y a quelques jours à propos de Magdi Allam qui s’est converti au catholicisme, je ne peux me réjouir de voir une personnalité aussi lumineuse que Wafa Sultan rejeter en bloc la religion de ses aïeux, en clamant qu’elle n’était pas réformable ... car ce n’est pas ainsi que l’on fera évoluer les mentalités dans le Moyen-Orient qu’elle a du fuir ! Je ne suis pas d’accord non plus avec la ligne sectaire anti-démocrate du site d’Horowitz.

Mais ce n’est pas pour de telles raisons qu’il faut se voiler la face et refuser l’évidence : cette femme courageuse est en danger de mort, elle et sa famille, et elle vit le même calvaire qu’Aayan Hirsi Ali, Salman Rushdie et d’autres « apostats ». Youssef al-Qaradawi, cet espèce de voyou antisémite qui joue les prédicateurs sur Al-Jazeera, vient de la menacer à mots couverts comme vous le lirez en détail dans l’article ... il est donc du devoir de tous les blogs et sites engagés contre l’obscurantisme de dénoncer cette horreur ; et de réclamer sa protection.

J.C

04 mars 2006

La femme est l’avenir de l’homme ! Ecoutez Wafa Sultan sur Al-Jazeera

Le logo de la chaîne satellitaire Al-Jazeera (Qatar)

Wafa Sultan est une arabo-américaine, psychologue et vivant à Los Angeles. Elle a été interviewée sur la chaîne satellitaire Al Jazeera le 21 février, et elle a tenu des propos extrêmement directs sur le fameux « choc des civilisations » dont on nous rabat les oreilles depuis le 11 septembre ... comme si les terroristes d'Al-Qaïda et leurs supporters étaient porteurs d'un projet de société, comme si feu le régime des Talibans ou celui des Mollahs en Iran avaient contribué à la marche de l'Humanité. Deux extraits :

« Le clash dont nous sommes les témoins à travers le monde n’est pas un clash de religions, ou un clash de civilisations. C’est un clash entre deux opposés, entre deux époques. C’est un clash entre une mentalité qui appartient au Moyen Age et une autre mentalité qui appartient au 21ème siècle. C’est un clash entre la civilisation et la régression, entre les civilisés et les primitifs, entre la barbarie et la rationalité »

« Les Juifs sont revenus de l’Holocauste, et ils ont forcé le Monde à les respecter, avec leur savoir, pas avec la terreur, avec leur travail, pas avec leurs pleurs et leurs hurlements (...). On n’a pas vu un seul Juif se faire sauter dans un restaurant allemand. On n’a pas vu un seul Juif détruire une Église. On n’a pas vu un seul Juif protester en tuant des gens. Des Musulmans ont réduit en poussière trois statues de Bouddha (NDLR : les Bouddhas géants de Bamiyan, en Afghanistan). On n’a pas vu un seul Bouddhiste brûler une Mosquée, tuer un Musulman ou brûler une ambassade. Seuls les Musulmans défendent leur croyance en brûlant des Églises, en tuant des gens ou en détruisant des ambassades (...). Les Musulmans devraient se demander à eux-mêmes ce qu’ils peuvent faire pour l’Humanité, avant de demander à l’Humanité de les respecter ».

Memritv donne un extrait de l’interview, vidéo en langue arabe et sous-titres en français.

J.C