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07 avril 2013

La semaine du Maroc !



Les lecteurs fidèles de mon blog savent que j'essaie, pas aussi souvent que je le voudrais, d'agrémenter les centaines d'articles publiés par des petits "dossiers" par pays. Il y a quelques années, je vous avais proposé des mois particulièrement riches ... et j'espère le refaire à l'avenir.

Plus modestement, je préfère pour le moment vous proposer des séries plus brèves : et voici donc, à partir de demain, "La semaine du Maroc".

Mais en vérité, vous pouvez - si vous aimez comme moi ce beau pays - commencer par découvrir ou redécouvrir les dizaines d'articles associés et déjà publiés : 38 exactement depuis 2005, il suffit de cliquer ci-dessous sur les libellés par année !

Bon surf donc et ... à demain !

J.C

21 juin 2012

Les islamistes ou les touristes, il faut choisir !


Comme c'est souvent le cas, une illustration vaut mieux qu'un long discours ...

Les Français, jadis les meilleurs clients du tourisme tunisien fuient le pays. Et la dernière campagne de promotion dans les stations de métro de Paris fait presque pitié : au vu des images que nous envoient les télévisions, manifestations, contre-manifestations, pillages, mais surtout saccage des lieux de culture par les Salafistes, comme ce fut le cas tout dernièrement d'une exposition à La Marsa jugée "sacrilège", le pauvre touriste choisit d'annuler ses vacances là-bas. Et le couvre feu, décrété suite à ces émeutes la semaine dernière, a vraiment de quoi faire penser à un pays au bord de la guerre civile !

Idem pour l’Égypte, où on a l'impression qu'entre élections législatives annulées et présidentielles confuses, "l'aprèsMoubarak" n'a pas du tout d'orientation claire : la chute du tourisme y est encore plus brutale !

Reste le Maroc, qui s'en sort plutôt bien parmi les pays arabes, malgré la victoire des islamistes "modérés" aux dernières élections.

J.C

18 juin 2012

Une pause toute en couleurs ...

Marrakech, le pavillon de la Menara

Un blog, comme une personne vivante, a parfois besoin de respiration.

Actualité trop lourde, articles parfois trop longs, besoin de prendre de la distance ... que diriez-vous d'un petit voyage, d'un simple regard, pour le Maroc ? 

Je trouve cette photo sublime, avec les chaînes enneigées de l'Atlas en arrière plan. La Menara, à la typique architecture marocaine, date du 19ème siècle, le vaste bassin du 12ème, à l'époque des Almohades. Dynastie certes intégriste et antisémite, mais qui laissa au moins quelque chose de positif ... cet immense bassin, alimenté grâce à un système hydraulique, qui achemine l'eau depuis les montagnes situées à 30 km environ de Marrakech, et permet l'irrigation de l'oliveraie qui s'étend tout autour de ce lieu magique !

J.C

12 juin 2012

L'exécution de la Juive

L'exécution de la Juive, toile de Alfred Dehodencq

Une toile sur la Toile
- juin 2012

Je vous parlais dernièrement de la splendide exposition du Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, "Les Juifs dans l'Orientalisme", et de visite judéo-musulmane que nous y avions organisée. J'évoquais aussi ce tableau, à la fois historique et tragique, retraçant l'exécution de Sol Hatchuel, pour apostasie, dans les années 1830.

On trouvera toute une page consacrée à cet évènement sur le site des Juifs marocains, "Dafina.net", en lien.

Quand à l'artiste auquel ma série rend hommage, il s'agit du peintre français Alfred Dehodencq (1822 - 1882) : un très grand orientaliste, amoureux du Maroc où il fit de fréquents séjours ... lire cet article pour en savoir plus ! A noter que, comme Delacroix, il réalisa de nombreux tableaux ayant pour sujet les Juifs d'Afrique du Nord.

J.C

05 juin 2012

Dix raisons de croire que le Maroc pourrait devenir un émirat islamiste


Après 100 jours passés à la tête du gouvernement, les islamistes du PJD imposent un projet de société fondé sur un repli identitaire arabo-musulman.

Pour la première fois au Maroc, des islamistes que l’on a présenté comme modérés sont aux affaires, après leur victoire aux législatives anticipées de novembre 2011.
Pressé par la rue, le roi Mohammed VI avait auparavant réformé la Constitution du pays pour désamorcer la contestation née du printemps arabe.
Monarchistes, les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) menés par Abdelilah Benkirane, ont toujours clamé leur allégeance sans faille au trône alaouite.
Leur arrivée à la tête du gouvernement n’avait pas inquiété outre mesure l’Occident qui avait interprété leur victoire sous l’angle de leur assimilation progressive au jeu démocratique.
En somme, le régime monarchique, largement plébiscité par le peuple, pouvait, comme il l’a fait dans son histoire récente avec l’opposition de gauche, digérer l’islamisme légaliste.
Pourtant, à peine 100 jours passés aux commandes de l’Exécutif, les «islamistes de Sa Majesté» montrent une détermination sans faille à vouloir façonner la société à leur manière.

1- La censure de la presse «anti-musulmane» :
Une fournée de journaux et magazines étrangers ont été interdits d’accès au Maroc. Le Nouvel Observateur (par deux fois), L’Express, Le Pèlerin, Gazelle pour des raisons ayant trait à une interprétation rigoriste de l’Islam: ils ont été accusés d’avoir publié des représentations imagées de Dieu ou du prophète Mahomet. Ce type d’interdiction n’est pas une nouveauté au Maroc, mais le PJD veut en faire une politique systématique au point d’envisager une vaste campagne de communication à destination des éditeurs européens pour «clarifier l’image de l’islam et lutter contre les clichés le dévalorisant».

2- Le tourisme accusé d’être la source de péchés :
Mustapha Ramid, ministre islamiste de la justice et des libertés (!) —il est l’une des figures de proue du PJD— a suscité la polémique en affirmant que des touristes venaient à Marrakech, haut lieu du tourisme marocain, pour commettre des péchés. «Des gens du monde entier viennent pour passer beaucoup de temps à commettre des péchés et s'éloigner de Dieu», a déclaré Mustafa Ramid, lors d'une visite à une école coranique à Marrakech.

3- La réhabilitation des prédicateurs salafistes :
Le cheikh de cette école coranique n’est pas inconnu du grand public. En septembre 2008, le prédicateur qui dirige la medersa en question, Mohamed Maghraoui, avait provoqué une controverse en émettant une fatwa autorisant le mariage des filles à l'âge de 9 ans, prenant pour exemple le cas de la jeune Aicha que le prophète Mahomet a épousée. Maghraoui avait à l’époque été contraint de fermer ses écoles coraniques et s’était un temps exilé à La Mecque. Son site Internet  (aujourd’hui accessible) avait été désactivé par les autorités marocaines. Le ministre, qui a fait durant son intervention l’apologie de l’enseignement du prédicateur, a comparé ce qu’il a «enduré» «à la peine des prophètes».

4- La chasse aux «déviants sexuels» :
Début avril, une célèbre vedette transexuelle a été «bannie» d’une série télévisée alors que sa présence dans les médias publics ou privés n’avait jamais souffert d’une censure officielle. Les homosexuels ne sont d’ailleurs pas en reste. L’actuel ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement écrivait il y a quelques mois alors qu’il était encore le rédacteur en chef d’Attajdid, le journal officieux du PJD:
«L’homosexualité sur l’espace public constitue un défi à la religiosité ainsi qu’une atteinte aux valeurs et aux mœurs publiques».

5- Le bannissement des jeux de hasard :
Le ministre de la Communication Mustapha El Khalfi a annoncé l'interdiction de la publicité pour les jeux de hasard. Contacté par l'AFP, El Khalfi a indiqué que l'interdiction des jeux de hasard est conforme à la constitution qui «oblige dans son article 32 l'Etat à protéger les mineurs. C'est qui a été adopté par le CSA en France en mai 2010 et la BBC en mai 2011».

6- La promotion d’un art bigot :
Pour les islamistes du PJD, les festivals de musique très en vogue dans le royaume depuis une quinzaine d’années sont considérés comme «des lieux favorisant la débauche».
L’expression artistique au Maroc devrait être ainsi conforme à «un art propre», faisant la promotion des valeurs religieuses de la nation, à opposer à un art décadent forcément importé d’Occident. En ligne de mire, le Festival Mawazine de Rabat qui a vu ses financement publics annulés cette année. Les raisons invoquées concernent ses dépenses jugées injustifiées et la mainmise de son organisation par l’entourage royal, mais il y a deux ans, le PJD avait déjà tenté de faire annuler le concert d’Elton John à Mawazine, accusé d’être l’incarnation de tous les démons, estimant que sa prestation «encourageait l’homosexualité».

7- La marginalisation des langues étrangères :
Les cahiers des charges des deux chaînes (Al-Oula et 2M) ont été remaniés en faveur d’une plus forte arabisation de leur contenu: 80% des émissions de la première chaîne seront en langue arabe.
La moitié de la programmation de la chaîne 2M, réputée être la plus francophone sera dorénavant diffusée en langue arabe, 30% en amazigh contre 20% en langues étrangères usitées au Maroc, c’est-à-dire essentiellement le français et l’espagnol.
En outre, les radios nationales se voient obligées de dédier 70% de leur programmation à la chanson marocaine, suivie de la chanson arabe et étrangère.
Par ailleurs, le PJD a toujours considéré que la forte présence des missions culturelles étrangères, notamment à travers les établissements français, contribuent à une acculturation intolérable des Marocains. En plus de l’arabisation des médias publics, ceux-ci ont l'obligation de diffuser les cinq appels quotidiens à la prière.

8- La guerre à l’identité berbère :
Le PJD avait ferraillé contre l’officialisation de la langue amazighe dans la nouvelle Constitution. Abdelilah Benkirane avait, lors d’un meeting électoral, comparé les idéogrammes berbères au chinois soulevant un tollé dans l’opinion publique. Pour les islamistes, l’identité musulmane est consubstantielle à la langue arabe, la langue sacrée du Coran.

9- Le déni des droits des femmes :
Le gouvernement islamiste qui a accepté du bout des lèvres les maigres avancées de la Moudawana, le code de la famille adopté en 2004, se refuse à abroger la législation du Code pénal qui a poussé au suicide une adolescente mariée de force à son violeur.
«L’article 475 du code pénal ne risque pas d'être abrogé, du jour au lendemain, sous la pression de l’opinion publique internationale. Parfois le mariage de la violée à son violeur ne lui porte pas un réel préjudice», a lancé Bassima Hakkaoui, la seule femme du gouvernement et membre du PJD. La ministre chargée de la Solidarité, de la Femme et de la Famille avait aussi affirmé qu’une jeune fille de 14 ans pouvait être mariée si elle était «reconnue physiquement apte à procréer».

10- La surtaxation de l’alcool : 
Si la consommation d’alcool est prohibée par la loi religieuse, malgré quelques controverses doctrinales, elle n’est pas interdite formellement par le droit positif marocain. Aussi, la loi marocaine sur l’alcool stipule que sa vente est licite sous autorisation, mais les islamistes tentent à tout prix de bannir sa consommation, d’abord en faisant barrage à la mise en place d’alcootest sur les routes et surtout en défendant un projet de loi visant à surtaxer les produits alcoolisés.
Ces quelques exemples ne sont que les prémices à une application plus stricte des préceptes édictés par l’islam rigoriste voulu par le PJD à l’encontre des libertés individuelles. Le PJD veut absolument éviter le débat sur l’avortement même en cas de viol, fustige toute référence à la liberté de conscience ou sexuelle et cherche aussi dans d’autres domaines comme celui de la finance à adopter des lois s’inspirant de la charia islamique.
Contrairement aux idées reçues, la monarchie et les islamistes ont, sur ces questions, des intérêts convergents. Les folles affaires des «rockers satanistes» en 2003, des «homos de Ksar El Kébir» en 2008, des «déjeuneurs du Ramadan» en 2009 et celle suscitée par le lancement de Mithly, le premier magazine gay du monde arabe, en sont la parfaite illustration. L’Etat a dû sévir en donnant raison aux islamistes. Aussi, l’image de modernité que veut donner Mohammed VI à son régime s’en trouve troublée. Le roi tire sa légitimité de son statut religieux de Commandeur des croyants et ne peut à ce titre contredire son gouvernement. Leur attelage est tiraillé par cette contradiction sur laquelle le PJD, cohérent avec ses idées et fort de sa victoire par les urnes, joue allégrement.
«Dire Non aux islamistes revient à dire oui au haram [péché, ndlr]. Et ça, même la monarchie n’osera pas le faire» résume à juste titre l’éditorialiste de TelQuel.

Ali Amar
Slateafrique.com, 29 avril 2012

09 mars 2012

Azouaou Mammeri, peintre algérien du Maroc !

"Marocaine assise", toile de Azouaou Mammeri


Une toile sur la Toile
- mars 2012 

C'est un plaisir pour moi, dans cette série orientaliste qui représente régulièrement les peuples et paysages de leurs pays, de rendre hommage à un artiste maghrébin. Il est vrai qu'ils sont moins connus que les Européens, que la plupart sont contemporains et que l'art pictural a été "importé" avec le colonialisme.

Azaouaou Mammeri (1890-1954) est né en Algérie, et il nous laissa des toiles fort appréciées au Maroc, où il vécu longtemps. On en saura plus sur lui en visitant ce lien. Ce peintre devint  l'un des premiers artistes maghrébins à rompre avec la tradition de la non-représentation de l'être humain. Son cousin était tuteur des fils du Sultan du Maroc. Il fut nommé professeur de dessin en 1919 au collège musulman de Rabat. En 1948 il fut nommé Inspecteur des Arts et de l'Artisanat Marocain.

Cette "Marocaine assise" est une de ses œuvres les plus connues, et j'espère que vous l'aurez autant appréciée que moi.

J.C