05 mars 2019

Des musulmans très surveillés

Le Roi Mohammed VI à la prière pour l'Aïd Al-Fitr,
Mosquée Al-Mohammedia de Casablanca, juillet 2016

S’il est un pays où l’athéisme est devenu presque impossible, c’est le Maroc. Après avoir subi les putschs de 1971 et 1972 et orchestré l’opération saharienne, Hassan II a davantage instrumentalisé son rôle de commandeur des croyants. De même, son fils Mohammed VI, après les attentats islamistes de 2003, a monopolisé à son seul profit l’interprétation de la loi coranique (devenant de ce fait le grand mufti de son royaume, et soumettant toutes les autorités religieuses, a fortiori le musulman lambda, à sa primauté dans l’interprétation et la jurisprudence). 

Si cette prérogative a pu conduire à des interprétations libérales de la charia (la voie divine), comme démontré par la réforme du code de la famille, qui a par exemple interdit de facto la polygamie et autorisé les femmes à demander le divorce, en fait elle s’accompagne en retour d’un respect formel du cadre juridique et conceptuel instauré par la doctrine de l’islam sunnite. Outre de nombreuses prescriptions religieuses dont beaucoup ont été codifiées dans le droit positif de l’Etat chérifien à l’époque de Lyautey (contrôle de la sexualité, du respect des interdits sexuels et religieux …), la règlementation marocaine et les mœurs en vigueur imposent aux citoyens musulmans de se conformer au style (présumé) de vie islamique. 

Cela n’empêche pas, très concrètement, des millions de citoyens de s’affranchir de ce cadre de vie selon leur bon plaisir. Mais la conscience de franchir les limites autorisées est d’autant plus vive que la famille, la communauté ou les autorités sont toujours fondées à spécifier qu’un interdit islamique et législatif a été franchi : par exemple, toute personne ayant bu de l’alcool, ayant rompu le jeûne collectif ou étant confondue de relations sexuelles hors mariage est passible d’un emprisonnement immédiat en vertu de la loi. La punition et la sanction ne sont qu’une question de circonstances et d’appréciation.

 Khadija Mohsen-Finan et Pierre Vermeren
« Dissidents de du Maghreb », Editions Belin, page 172