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23 octobre 2016

Les prochaines cibles de l'UNESCO

Le sourire du mois
- octobre 2016

L'infâme résolution négationniste votée par l'UNESCO à propos de Jérusalem, a suscité, et c'est heureux, des protestations et des articles cinglants. J'ai eu le plaisir de partager, ici-même le 19 octobre, celui sous la signature de David Isaac Haziza, qui m'a paru le plus percutant.
Peut-on sourire de tout ? Oui si cela contribue à ridiculiser l'ennemi, en l'occurrence la propagande du totalitarisme islamiste qui veut faire table rase de toutes les autres cultures : et si on appliquait la même logique à d'autres monuments célèbres ? C'est ce que nous propose ce "cartoon" en langue anglaise, et que vous saurez facilement traduire !

J.C

19 octobre 2016

L’UNESCO et le totalitarisme islamiste



La décision de l’UNESCO d’enfoncer le clou et de persister à nier tout lien entre le peuple juif et le Mont du Temple est la version soft du totalitarisme islamiste.


A gauche : Le Christ chassant les marchands du Temple, par Le Greco. 
A droite : Daech détruisant le temple de Nimrud.

Il n’y a pas à dire : l’UNESCO a au moins le sens du timing.

La première résolution déniant tout lien entre le peuple juif et le Mont du Temple avait été votée durant Pessah, la Pâque ; c’est au lendemain de Yom Kippour et peu de temps avant la fête de Souccot que la seconde vient de l’être.
Kippour, ce jour où les Juifs du monde entier rappellent humblement leur antique liturgie, bannie, déracinée, et prient pour que le genre humain reconnaisse l’unité de l’être. Lorsque le Temple de Jérusalem s’élevait, le peuple s’y massait à cette occasion, implorant Dieu dans l’affliction. Souccot, la Fête par excellence à en croire prophètes et sages, au cours de laquelle les habitants de toute la Terre d’Israël avaient pour loi, comme à Pâque, de se rendre au Temple, vivant dans des huttes, célébrant dans la joie l’alliance de l’homme, de l’espace et du temps, allant puiser dans la fontaine de Siloé l’eau des libations : cette fontaine subsiste, j’en ai vu les vestiges ; des enfants arabes s’y baignaient au moment où j’y trempais moi-même les mains : qui dit que le passé doive forcément nous séparer ?
Nul lien, donc, à en croire l’organisation garante du patrimoine mondial, matériel et immatériel, entre les Juifs d’une part, ce Mur dit des Lamentations et l’esplanade qui le surmonte d’autre part. Jusqu’ici tout va bien, me direz-vous, il ne s’agit que de Juifs, c’est-à-dire de rien, de pas grand-chose… à ceci près que si ce lien n’existe pas, tout s’effondre. Si les Juifs n’étaient pas là il y a deux mille ans, mesdames et messieurs, Jésus n’a pas pu y prier ou en chasser les marchands attroupés – et je peux tout aussi bien douter, je le devrais même en toute logique, que vous soyez, vous, là où vous êtes en ce moment en me lisant.

Dans un article de 2010, le magazine satirique américain The Onion faisait à ses lecteurs la révélation suivante : la civilisation grecque n’est en fait qu’un canular inventé par une poignée de savants contemporains. « Scholars apologize for attributing Western democracy to a make-believe civilization. » Hilarant, l’article poursuivait : les savants en question n’avaient pas pensé que leur blague irait aussi loin ; ils s’excusaient donc, certes, mais demandaient en même temps que leur œuvre ne soit pas entièrement rejetée car après tout, Eschyle et la géométrie avaient bien quelques mérites, quoiqu’ils ne fussent pas si vieux que ce que l’on avait naïvement cru.
Avec l’UNESCO, on en est là. Vous pouvez bien, par un délire programmé, imaginer que la Grèce n’a jamais existé, mais en faisant ainsi abstraction de tout ce qui vous précède, loin de découvrir la nudité de votre cogito, vous vous perdrez complètement : si la Grèce n’a pas existé, vous non plus.

Il en va strictement de même pour l’ancien Israël. Jésus, un Juif et non un Palestinien comme le suggérait fielleusement Dario Fo dans son Mystère Bouffe – mais paix aux morts – n’a pas pu, si l’UNESCO a raison, se rendre là. Bondieuseries, dites-vous ? Peut-être. Mais aussi peinture et musique, littérature et sculpture, culture en un mot, patrimoine, racines, mémoire, votre mémoire, qui que vous soyez : songez donc qu’il faudra, pour que l’UNESCO soit justifiée, jeter au bûcher la moitié ou plus des collections du Louvre, qui témoigne, de Botticelli à Rembrandt, de ce qu’il y eut un petit peuple sur un petit bout de terre, et que ce petit peuple donna au monde, depuis ce bout de terre qu’il habitait alors, des prophètes, des principes immortels, des textes dans le souffle desquels l’humanité entière continue de respirer, un homme nommé Jésus, parmi quelques autres – et que cela, oui, que cela eut bien lieu, quoi qu’on en pense par ailleurs.

On peut questionner l’interprétation des faits mais à moins de renoncer à l’usage de la raison et à toute possibilité de connaissance, on ne peut questionner des faits connus de tous, si évidents qu’ils en sont indémontrables. Il n’y avait pas de Juifs à Jérusalem du temps où les Romains y sont entrés ? Qui s’y trouvait alors ? Et ce mot de « Juifs » qui apparaît sous la plume de Suétone comme de Tacite, de Juvénal comme d’Horace, est-ce qu’un complot sioniste – je n’ose dire « juif » du coup – l’y aura interpolé à l’insu de tous pour mieux nous faire accroire la fiction d’une ancienne Jérusalem juive ? Et de quand date cette interpolation ? Mais alors, j’y songe, c’est tous les auteurs ayant un jour cité ces augustes Latins qui ont dû subir le même traitement ! Horreur, a-t-on jamais vu si gigantesque conspiration !

A quoi touchons-nous ci ? A la racine même du totalitarisme. Dans 1984, le terrifiant O’Brien explique à Winston Smith que le passé n’existe pas, que rien, à la vérité, n’existe en dehors de ce que décide le Parti. Dans 2084, Boualem Sansal a décrit un totalitarisme religieux ayant la même prétention : du passé, faisons table rase ! C’est en effet le caprice islamiste, nous le savons, et en se prêtant à ce sinistre jeu, l’UNESCO n’a fait qu’y accéder, sournoisement certes, sans la violence des destructions de Syrie, d’Irak, de Tombouctou ou de la vallée de Bamiyan – mais c’est toujours une victoire pour ceux qui se veulent maîtres du passé, or comme dit Orwell, « who controls the past controls the future ».
Caprice islamiste, et même, osons le dire, ambiguïté de l’islam en tant que tel, qui ne reconnaît les prophètes bibliques qu’en en faisant des musulmans, avant l’heure et de toute éternité… Preuve s’il en fallait une, que face aux crimes qui se commettent en son nom, face par exemple aux dévastations de Daech, l’islam doit questionner ses propres enseignements. Dans la nouvelle résolution scélérate de l’UNESCO, ils sont peut-être bien directement en cause.

Vous me direz cependant encore que les Juifs d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’il y a deux mille ans. C’est en effet la dernière trouvaille des antisémites : nous ne haïssons pas les Juifs, d’ailleurs les Juifs n’existent pas – ou plus. La fiction des Khazars, agitée par tous les naïfs ou les ignorants de la toile, vient servir d’argument à cette rhétorique infâme : des gens qui ne savent à peu près rien de cette peuplade – et c’est bien normal : on n’en sait à peu près rien – se mettent à en parler comme s’ils avaient fait un doctorat d’Etat sur son histoire, et affirment positivement que les Juifs, les Ashkénazes du moins, en descendent. Ce qui entre en contradiction avec toutes les sources que nous avons, qu’elles soient littéraires, linguistiques, onomastiques ou génétiques. Il apparaît au contraire que les Juifs, d’où qu’ils soient, se partagent bien un certain noyau ethnique, et que sur ce noyau sont venus se greffer quantité d’apports, slaves, berbères, germaniques… ce que, contrairement à ce qu’affirme l’ingénu Shlomo Sand, idole de nos nouveaux négationnistes, personne n’a jamais ni caché ni nié.
Oui, il y a de quoi renvoyer dos à dos ceux qui croient que les Juifs seraient une « race pure » et ceux qui leur dénient toute origine commune. Tant mieux d’ailleurs, car après ces enfantillages, vient l’essentiel : on n’est pas juif parce qu’on est de sang juif seulement, mais parce qu’on s’identifie à une certaine histoire ; un converti, comme le disait Maïmonide au prosélyte Obadia, est « fils d’Abraham » au même titre qu’un Juif de naissance, et c’est le peuple juif comme entité spirituelle qui a été une nouvelle fois attaqué par l’UNESCO ce jeudi.

La liste des pays qui ont proposé cette résolution barbare suffirait à la discréditer, et à discréditer avec elle l’organisation qui l’a abritée. Je me contenterai de signaler que s’y trouvent le Qatar et surtout le Soudan, puissance génocidaire. La première fois, la France s’était parfaitement déshonorée, votant pour. Cette fois, elle s’est abstenue : c’est à peine mieux. Non, je ne crois pas que l’on doive s’abstenir face au totalitarisme. D’autres l’ont d’ailleurs compris, et face à l’appui criminel de la Russie et de la Chine, face au fantôme de Munich qui rôde toujours, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Lituanie et l’Estonie, six pays en tout et pour tout, ont montré que l’esprit de la Résistance pouvait encore souffler.

David Isaac Haziza
La Règle du Jeu, 14 octobre 2016

28 février 2016

Tombouctou célèbre la reconstruction de ses mausolées, détruits par les jihadistes



Grâce au savoir-faire traditionnel des maçons de Tombouctou, la cité légendaire du nord-ouest du Mali a repris possession de ses 14 mausolées détruits par des jihadistes en 2012. Une cérémonie de sacralisation s'est tenue jeudi.

Tombouctou renaît de ses cendres. Plus de trois ans après la destruction des mausolées de la cité légendaire du nord-ouest du Mali, victime de l’obscurantisme des jihadistes, la ville a repris possession de ses monuments, reconstruits à l'identique, jeudi 4 février.
Pulvérisés au nom de la lutte contre "l'idolâtrie" ordonnée par le groupe jihadiste touareg malien Ansar Dine, c'est par une cérémonie de sacralisation, avec lecture intégrale du Coran et prière collective, que s'est achevée la patiente œuvre de réhabilitation des sanctuaires de saints musulmans.

"C'est un symbole fort pour la paix"

L’ancien grand centre intellectuel de l'islam, qui a connu son apogée au XVe siècle, classé par l’Unesco au Patrimoine mondial de l'humanité en péril, comptait "16 cimetières et mausolées qui étaient des composantes essentielles du système religieux dans la mesure où, selon la croyance populaire, ils étaient le rempart qui protégeait la ville de tous les dangers".
Quatorze de ces mausolées avaient été détruits par des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, qui ont dicté leur loi dans cette région de mars-avril 2012 jusqu'au déclenchement, en janvier 2013, d'une opération militaire internationale à l'initiative de la France, qui se poursuit actuellement.
"C'est un symbole fort pour la paix", s'est félicité lors de la cérémonie Sane Chirfi, représentant de la famille responsable du mausolée Alpha Moya, l'un des tout premiers vandalisés. "Les mausolées sont des symboles de rassemblement, de regroupement, parce que parmi les saints de Tombouctou, il y a des saints de toutes les ethnies".
"On avait vu la dureté des images, la brutalité des destructions, et aujourd'hui, ce mausolée, nous sommes très heureux qu'il soit debout", a confié le représentant de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), qui a conduit le projet, Lazare Eloundou.

"Les mausolées seront bientôt accessibles à tous"

Malgré l'importance de ces mausolées pour la population, qui voue un grand respect aux saints décédés, seuls étaient conviés à la cérémonie les représentants des familles chargées de leur gestion, des responsables maliens, dignitaires coutumiers et religieux ainsi que des diplomates.
Mais ils seront bientôt accessibles à tous les habitants, a assuré le directeur de cabinet du ministre de la Culture, Almamy Ibrahim Koreissi: "Il s'agit de remettre en activité ces monuments-là : que ceux qui avaient l'habitude de les fréquenter puissent revenir se recueillir dans ces mausolées".
La réhabilitation des mausolées a été achevée sur le plan architectural en septembre 2015, le même mois que la première comparution devant la Cour pénale internationale (CPI) d'un suspect, Ahmad Al Faqi Al Mahdi, membre d'Ansar Dine, accusé d'avoir dirigé les dégradations contre neuf mausolées et une mosquée.

Avec AFP
Site de France 24, 5 février 2016

20 mars 2015

Adonis, un poète syrien en miroir du monde arabe




Connaissez-vous Adonis - non pas la figure mythologique, mais le poète, considéré comme le plus grand du monde arabe pour notre époque, et qui rata à plusieurs reprises le Prix Nobel de Littérature ? Sur certaines photographies, cet octogénaire porte une grande écharpe rouge à la Aristide Bruant ; sa coiffure le fait vite reconnaitre aussi, avec de longs  cheveux longs d'un blanc immaculé ... Bref, Adonis personnifie vraiment par sa silhouette la figure du vieil intellectuel engagé.

Mais son engagement fut-il toujours le même ? Sans doutes pas.


Une tentation extrémiste dans sa jeunesse


Pour rappel "Adonis" est le pseudonyme d'Ali Ahmed Saïd Esber, poète et critique littéraire né le 1er janvier 1930. Un nom de plume qui se réfère à un dieu d'origine phénicienne.

Un poète arabe se donnant comme pseudo une divinité d'origine phénicienne, voilà qui était déjà original. Sans doutes son origine y était pour quelque chose, puisque Adonis est né près de Lattaquié, dans une famille alaouite, cette minorité qui a tenu la Syrie d'une poigne de fer pendant plus de 40 ans, jusqu'à l'horrible guerre civile actuelle. Quels furent les engagements de sa jeunesse ? Sa biographie nous apprend qu'il versa jeune dans l'ultra nationalisme, et qu'il fut emprisonné à l'âge de 25 ans pour appartenance au "Parti Social Nationaliste Syrien". Etrange mouvance que ce PSNS ! C'était à l'origine un parti politique laïque, tenant plutôt un discours de gauche. Fondé en 1932 à Beyrouth par des minoritaires marginalisés dans leur pays (grecs orthodoxes, chiites, druzes), il avait pour programme une "grande nation syrienne" avec l'objectif totalement fou de réunir, sous direction syrienne, le Liban, la Syrie, la Palestine, la Jordanie, l'Irak, le Koweït ... mais aussi Chypre et le Sinaï !


La révolution par la poésie ?


Débuts inquiétants, donc pour le futur "plus grand poète arabe vivant", qui dut fuir en 1956 son pays natal pour le Liban. Il ne renia pas vraiment son nationalisme panarabe, exprimé par exemple dans la revue Mawâkif (« Positions »), une revue interdite dans une partie des états voisins. Mais il s'est principalement consacré depuis lors à la littérature : fondation de la revue Chi'r (qui signifie « Poésie », mot très voisin du "Shir" hébraïque signifiant "chant")) ; traduction de grands classiques de la littérature française comme Baudelaire ou Saint-John Perse ; recherche de pistes pour renouveler la poésie arabe contemporaine, en s'appuyant à la fois sur son passé mais aussi sur des échanges avec la poésie occidentale : bref, un vrai intellectuel universaliste, et en même temps une arabité assumée.

Reuven Snir, son traducteur en hébreu, connait parfaitement le personnage et son œuvre. Il note ainsi, dans un article très riche publié en 2012 par le journal "Haaretz" (lire ici), combien Adonis fut iconoclaste dans certaines publications : ainsi, et bien avant Salman Rushdie qui sera victime d'une "fatwa" pour ses versets sataniques, il se présenta souvent dans des poésies des années 50 ou 60 comme un messager divin, ou comme Dieu lui-même ... on retrouve donc, comme fil conducteur de ses engagements, un refus de se soumettre à la chape de plomb de la bienséance musulmane.


Adonis l'exilé en Occident


Dans le fond plus libanais - il en prit la nationalité en 1962 - que syrien, il  décida de quitter son pays d'adoption en pleine guerre civile. Il vit à Paris depuis 1985, où il représente la Ligue Arabe auprès de l'UNESCO.

Présenté chaque année pour le Prix Nobel, il l'a raté régulièrement, le seul lauréat arabe à ce jour étant l'égyptien Naguib Mahfouz. Avec une œuvre imposante de 20 recueils de poésies recensés en 2012, c'est aussi un véritable théoricien de la littérature, mais dont le style - en rupture totale avec la musique classique de la poésie arabe - l'a isolé de son lectorat au Moyen-Orient. Un isolement renforcé plus tard, lorsqu'il refusa de soutenir clairement la révolution en Syrie.


Adonis et le conflit israélo-arabe


Comme l'écrit toujours Reuven Snir dans l'article précité, l'attitude d'Adonis vis à vis du conflit varia très souvent. Il fut en particulier traumatisé par un bombardement israélien à Beyrouth en 1981, où son appartement fut endommagé. Plus tard, il noua des relations amicales avec deux poètes israéliens, Natan Zach et Ronny Sommek. Mais Snir, qui traduisit une partie de ses poésies en hébreu, relève aussi son extrême prudence et la peur que des contacts officiels (interviews, rencontres) soient interprétés comme une forme de trahison. Sur le conflit israélo-palestinien, il exprime à présent une forme de désespoir - jointe à une compassion naturelle pour les Palestiniens.

S'est-il senti mal à l'aise lorsqu'un appel des délégués arabes réclama - et obtint - l'année dernière le report de l'exposition ''Le Peuple, le Livre, la Terre : 3500 ans de relations entre le peuple juif et la Terre sainte'', consacrée aux liens du peuple juif avec la Terre Sainte ? Dans cet article très documenté publié dans le "Huffington Post", Jean-Pierre Lledo rappelle les faits suivants :

"Lorsque fin Mars 2001, dans un Appel publié par le Monde (5), 14 intellectuels arabes, parmi lesquels Adonis, Darwich, et Edward Saïd, demandèrent l'annulation de la Conférence mondiale du négationnisme qui devait se tenir à Beyrouth, à l'initiative d'un néo-nazi suisse, Jürgen Graf, à qui Khomeiny avait accordé l'asile et la nationalité, ce fut une levée immédiate de boucliers dans le monde arabe. L'Union des écrivains jordaniens demanda des comptes à chacun d'eux. L'histoire retiendra qu'un seul se déjugea et ce fut Edward Saïd. Enfin et pour ne pas multiplier les exemples, rappelons que le grand poète syrien Adonis, depuis longtemps en exil, fut exclu de l'organisation des Ecrivains arabes, uniquement pour avoir dit que les Arabes devaient reconnaitre que les Juifs sont une composante de l'histoire du Moyen-Orient ! "


Adonis, voix critique du monde arabe


Il sut faire preuve d'un grand courage lorsqu'il s'interrogeait, le 20 avril 2011, sur la chaîne "Al Arabiya", à propos des raisons du retard du monde arabe :

"Pourquoi nous trouvons-nous, nous Arabes, toujours à l´écart des progrès historiques ? Notre seule action, si action il y a, consiste à donner naissance à des régimes totalitaires. Pourquoi sommes-nous absents de tout processus de civilisation, à l´exception de quelques individus – des penseurs et des scientifiques, des expatriés résidant à l´étranger ?"

La réponse était claire pour lui : ce retard était du à l'exploitation politique de la religion. On peut l'entendre sur cette vidéo de Memri en lien

 

Adonis et la révolution syrienne

Cependant, on doit enfin noter sa grande prudence depuis le début de la guerre civile qui ravage son pays. Il refusa de la soutenir au tout début. Puis, appelant au bout de quelques mois au départ de Bashar al-Assad, il souhaite maintenant une transition qui ne renverse pas totalement le régime. Il s'est montré très critique par rapport à la rébellion armée. Et surtout dans son ouvrage "Printemps arabes : religion et révolution" (Editions de La Différence), il s'inquiète de l'incapacité pour les peuples arabes à se dégager de l'emprise du religieux sur la politique. "Nous, les Arabes, n'avons pas fait cette séparation, sans laquelle il n'y aura pas de démocratie et de droits de l'homme".


A noter à ce sujet un entretien fort intéressant sur France 24, le 18 février 2014 : Voir l'interview ici.

J.C 

Nota :

Cet article a déjà été publié dans le cadre du blog que je tiens régulièrement sur l'excellent "Times of Israël". Pour le retrouver dans sa présentation originale,