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09 mai 2008

Prix de la Paix Yago-Primo : retour sur une belle soirée

Tenant le fac-similé du chèque, Jean-Pierre Chemla de Primo-Europe
Au centre tenant le micro, Josiane Sberro.
Et les directrices de l'école, Maha Abu Ktesh (pull vert) 
et Gillah Tatar Yitshak (pull orange) (photo Alain Azria)

Vue d'ensemble de la salle.
Debout à gauche, tenant le micro, Liliane Messika de Primo Europe
Assis au centre, François Zimmeray
Au fond, encadrant l'interprète, les deux directrices (photo Alain Azria)

Je vous avais déjà parlé sur le blog (lire ici) de ce prix, à l’occasion d’une émission où j’avais eu comme invitée Josiane Sberro, vice présidente de Primo-Europe. Elle avait parlé à mon micro du livre édité par Primo et les éditions Yago, en hommage au malheureux Ilan Halimi victime de la barbarie antisémite, et dont tous les bénéfices allaient être versés à une école israélienne œuvrant pour le rapprochement entre Juifs et Musulmans.

Cette école s’appelle Hattie Friedland, elle est implantée depuis plus de soixante dix ans à Jérusalem où elle accueille des sourds et malentendants de toutes origines. Mardi 15 avril, une belle soirée au Cercle Républicain réunissait tous les amis de Primo, venus applaudir les deux directrices israéliennes de l’école, la juive Gillah Tatar Yitshak et l’arabe Maha Abu Ktesh. Celle-ci, portant un hijab vert, fut très applaudie après avoir remercié le public dans un hébreu parfait ... J’ai eu le privilège d’échanger quelques mots avec elle, apprenant qu’elle est originaire d’Abou Gosh, un village arabe de la banlieue de Jérusalem dont les habitants ont toujours coexisté paisiblement avec leurs voisins juifs.

Au cours de cette soirée fut projetée un film reportage très émouvant d’Elie Roubah et Attila Egry, « N’est pas sourd celui que l’on croit ». J’ai trouvé particulièrement frappante, la manière à la fois diplomatique et directe utilisée en cours par les enseignants pour évoquer l’actualité des difficiles relations entre Israéliens et Palestiniens. Parmi les personnalités présentes à cette soirée, Didier Bourg, Président de la "Fraternité Musulmane contre l'Antisémitisme" - qui fut mon invité à la radio au début de l'année -, est intervenu pour féliciter à la fois les organisateurs et les deux directrices de l'école. De son côté, François Zimeray, Ambassadeur pour les Droits de l’Homme et Président de l’association européenne « Medbridge » - qui œuvre aussi pour le rapprochement entre Israéliens et Arabes (voir en lien) - devait remarquer, en commentant ce que nous venions de voir et de vivre, que sur place les gens savaient finalement mieux se parler que les supporters des deux camps, d’autant plus extrémistes qu’ils vivent loin du conflit ...

J.C

09 mars 2008

La "Fraternité musulmane contre l'antisémitisme" réagit après l'agression odieuse de Bagneux

Introduction :
Décidément, la semaine écoulée a donné l'impression d'une histoire qui n'en finit pas de bégayer. Jeudi soir, c'était le terrible attentat de Jérusalem qui nous a rappelé les années noires du début de la décennie, au moment de la grande vague d'attentats suicides. La veille, on avait appris la séquestration et les sévices subis en banlieue parisienne par un jeune homme, qui n'appartenait même pas à la communauté juive mais qui allait être torturé en tant que juif par une bande de jeunes à la fois antisémites et homophobes ; et, bien sûr, nous avons tous pensé au malheureux Ilan Halimi torturé à mort dans la même ville de Bagneux. Didier Bourg, le fondateur de la "Fraternité musulmane contre l'antisémitisme" qui avait été mon invité début janvier avec Émile Moatti dans une belle émission (cliquer sur son nom en libellé), a publié un communiqué très ferme dénonçant la permanence de sentiments antisémites chez une partie de la population musulmane de notre pays. En voici un large extrait.
J.C

Le premier anniversaire de la Fraternité musulmane contre l'antisémitisme est marqué par un nouvel acte odieux perpétré à Bagneux
Le premier anniversaire de la création de la Fraternité musulmane contre l'antisémitisme est marqué par un nouvel acte odieux, à la fois antisémite et homophobe, perpétré à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, que l'association dénonce avec force.
A l'issue d'une année d'existence, la Fraternité musulmane contre l'antisémitisme constate que les résistances à la lutte contre l'antisémitisme au sein des communautés musulmanes restent très vivaces. Elles se confondent bien sûr avec l'identification de nombreux musulmans et musulmanes au peuple palestinien. Mais elles cachent souvent mal un profond ancrage de l'antisémitisme en milieu musulman.
Notre association reste malgré tout persuadée que c'est au sein même de ces communautés musulmanes que se trouve le « contrepoison » à ces postures antisémites. Les nombreuses rencontres effectuées cette première année avec les acteurs de terrain sont à la fois sources d'indignation et d'espoir. Indignation car les propos ou attitudes antisémites sont une réalité largement répandue. Espoir car de nombreuses personnes sont très sensibles à notre discours, y adhèrent et sont prêtes à s'engager dans le combat contre l'antisémitisme.
Dans les tout prochains mois, la Fraternité musulmane contre l'antisémitisme lancera, via son site internet actuellement en construction, un appel aux musulmanes et aux musulmans à signer une charte d'engagement contre l'antisémitisme, à titre individuel ou au titre de leur association ou mosquée. Elle ouvre actuellement des délégations en régions, en a déjà suscitée une en Belgique et pourrait en créer une au Maroc et dans d'autres pays du monde musulman.

17 janvier 2008

"Le valeureux combat d’un musulman contre l’antisémitisme", un article publié dans l'édition française du "Jerusalem Post"


Introduction :
Ceux des auditeurs de notre station qui étaient à l'écoute, dimanche dernier 13 janvier, ont pu découvrir Didier Bourg, le jeune et sympathique président de la toute nouvelle "Fraternité musulmane contre l'antisémitisme". J'espère - vivement - avoir un peu contribué à faire connaître son travail, car le ressentiment est tellement fort, les nerfs sont tellement écorchés dans une large partie de la communauté juive, que l'on a peine à "dédiaboliser" l'ensemble des Musulmans auprès des plus sourds ... qui crient aussi le plus fort ! Comme devait le dire Emile Moatti, au cours de la même émission, nous risquons de vivre un véritable "repli tribal" au mépris de l'éthique profonde et authentiquement religieuse.
Un refus de prendre cette "main tendue" que l'on rencontre moins (et paradoxalement) en Israël, où dès le début la presse s'est intéressée à cette intéressante initiative : ainsi, l'édition française du "Jerusalem Post" a publié un portrait de Didier Bourg dès le lancement de son association, article que je reproduis avec plaisir avec son aimable autorisation.
J.C

Des musulmans français viennent de créer une association pour lutter contre l’antisémitisme. Une démarche novatrice et courageuse menée par Didier Bourg, un converti à l’Islam.
Assurément, Didier Bourg aime les causes perdues. A 47 ans, ce journaliste vivant dans la région parisienne s’engage dans un combat hautement périlleux où il n’y a à priori que des coups à prendre. Avec une poignée d’amis, il vient de créer la fraternité musulmane contre l’antisémitisme. Une plateforme de dialogue embryonnaire qui ambitionne de briser les stéréotypes et la défiance souvent radicale dont les juifs sont l’objet dans la société musulmane. « Il est frappant de constater à quel point les préjugés antisémites sont répandus dans la communauté musulmane, affirme Didier Bourg. On entend sans cesse parler de complot juif, de main mise sur les médias, de négationnisme etc. J’ai toujours été choqué par cela car j’étais persuadé que ces thèmes appartenaient à un passé peu reluisant. J’ai souvent cherché à détromper mes interlocuteurs. Mais c’est très difficile, les esprits sont très imprégnés de ces idées ».
Si Didier Bourg dénonce si sereinement ces dérives, c’est qu’il est lui-même musulman. Né chrétien, il s’est converti voici près de 20 ans, séduit par la pensée coranique après une profonde quête spirituelle. « Je me suis aussi intéressé au judaïsme, j’ai d’ailleurs fréquenté un temps la synagogue de Versailles où je vivais à l’époque. Mais c’est l’Islam qui m’a le plus attiré. Je perçois cette religion comme un prolongement naturel du judaïsme et du christianisme. J’ai notamment été passionné par un cours sur la mystique chiite que j’ai suivi à l’université ».
Musulman pratiquant et infatigable militant associatif, Didier Bourg n’aura dès lors de cesse que de structurer l’Islam de France et de lui permettre de trouver sa place dans la communauté nationale. Il va créer et diriger plusieurs associations, centre de recherche et revues consacrés à l’Islam. Mais assez rapidement, il se heurte à la fois au conservatisme des aînés et à l’intégrisme des plus jeunes. Didier, devenu Ali, comprend qu’il ne suffit pas de connaître les textes sacrés et de respecter sincèrement les rites islamiques pour obtenir le respect et l’écoute de ses pairs. « On m’a souvent fait sentir ma condition de converti, reconnaît Didier. On m’appelait Ali quand tout allait bien et Didier quand on n’était pas d’accord avec moi. J’ai donc pris un peu de recul par rapport à la vie associative tout en continuant à pratiquer pleinement ma religion ».
Mais Didier Bourg, va conserver un lien privilégié sur la communauté musulmane de France. En tant que journaliste, il collabore à l’émission dominicale de France 2 consacrée à l’Islam. C’est d’ailleurs par le biais d’un reportage qu’il prend conscience de l’urgence de s’attaquer au problème de l’antisémitisme musulman. « Alors que je préparais une émission sur les rapports entre Islam et judaïsme, il m’est arrivé quelque chose qui ne s’était jamais produit dans toute ma carrière. Sur sept musulmans que nous avions invités pour parler du sujet, cinq se sont décommandés sous des prétextes douteux. En fait, ils avaient peur de parler des juifs publiquement ».
Didier Bourg tire de cette déconvenue un constat déroutant : alors que nombre de musulmans tiennent des propos positifs sur les juifs en privé, ils redoutent de le faire en public. La peur de prêter le flanc au soupçon de traîtrise. « En fait, la question d’Israël empêche la plupart des musulmans de réfléchir normalement, estime-t-il. Le plus désolant, c’est que même des gens très doux et très intelligents en arrivent à tenir des propos antisémites ou a soutenir des personnages comme Faurisson, c’est l’horreur ! ».
Intimement préoccupé par cette question, Didier Bourg tente de remonter aux racines du mal. Bien sûr le Coran comprend plusieurs sourates violemment antijuives mais certaines d’entre elles sont au contraire particulièrement bienveillantes à l’égard du « peuple du livre ». Justifier l’antisémitisme par le texte sacré ne peut donc relever que d’une lecture orientée. Selon Didier Bourg, le colonialisme jour un rôle plus central dans l’antisémitisme des musulmans français. « Chez ceux qui n’ont pas connu l’époque coloniale, le juif est perçu comme un traître, un complice des colonisateurs. Parfois le schéma est très simpliste : les gentils musulmans persécutés par les méchants juifs. Le moindre argument contraire peut enflammer la discussion ».
En créant la fraternité musulmane contre l’antisémitisme, Didier Bourg entend tout d’abord offrir un lieu d’expression à ceux qui parmi les musulmans ne se reconnaissent pas totalement dans un tel discours. « L’un des membres fondateur est par exemple un enseignant de Trappes, dans les Yvelines. Il est foncièrement pro-palestinien mais il ne supporte pas les propos antisémites. Il a donc envie d’en savoir plus sur les juifs ».
Après s’être concerté avec des personnalités juives familières de la communauté musulmane, Didier a décidé d’exclure, dans un premier temps, la question du conflit israélo-palestiniens du menu des discussions afin d’éviter de tuer le dialogue dans l’oeuf. « J’ai moi-même sur Israël des positions très différentes de mes coreligionnaires. Je reconnais bien sûr le droit d’Israël à exister et même à se défendre. C’est déjà aller très loin ... ».
Cette ouverture vers le monde juif et vers Israël, plutôt rare dans le monde musulman, Didier Bourg est bien conscient qu’il la doit à ses origines chrétiennes. Exempt d’un héritage culturel où se mêlent présupposés religieux et blessures du colonialisme, il porte un regard sans doute plus objectif que bien de ses frères sur la réalité du message islamique. En ce sens, il incarne sans doute l’espoir d’une amélioration des relations entre deux peuples qui s’éloignent chaque jour d’avantage. « Je ne suis peut-être pas complètement inutile », concède-t-il humblement.

Edition française du Jerusalem Post, 
n° 835, du 27 mars au 1er avril 2007.

09 janvier 2008

La fraternité face à l’antisémitisme : Didier Bourg et Emile Moatti seront mes invités le 13 janvier

Manifestation pro palestinienne le
7 octobre 2000, Place de la République,
Paris
(photo tirée du numéro 1 des "Etudes du CRIF")

Rarement une émission de ma série aura été ainsi conçue dans l’urgence ... Fin novembre, on s’en souvient, un ministre algérien se livrait à une violente diatribe antisémite à quelques jours de la visite de Nicolas Sarkozy : ce « clash » a donné lieu, sur le blog, à une série d’articles publiés début décembre. Parmi eux, la reprise d’un communiqué remarquable publié par une association dont j’ignorais l’existence, la « Fraternité musulmane contre l’antisémitisme » (relire l'article en lien). Et j’ai tout de suite eu envie de connaître et d’inviter sur Judaïques FM son président, Didier Bourg, que j’ai pu enfin rencontrer entre Noël et Jour de l’An !Enseignant, issu d’une famille chrétienne pratiquante, il s’est converti à l’islam il y a près de vingt ans, attiré comme beaucoup de jeunes intellectuels par la mystique soufie. C’est aussi un « confrère » dans les médias, puisque, en dehors de l’éducation nationale il trouve le temps de participer à la série « Vivre l’islam » sur France 2, réalisant des reportages et des entretiens. Il a donc sur l’univers des Musulmans de France un regard à la fois affectueux et lucide. Et ce qu’il m’a dit en aparté sur la banalisation des sentiments anti-juifs dans ces milieux, m’a conforté sur la nécessité de le faire entendre, très vite, par nos auditeurs !

Invité avec lui, mon vieux « complice » Emile Moatti, qui n’a pas eu depuis longtemps l’occasion de s’exprimer sur Judaïques FM. Nos auditeurs - et au-delà, tous ceux qui lui vouent une admiration méritée - savent qu’il a choisi, depuis plus de trente ans, la voie longue et difficile du dialogue inter religieux pour combattre les préjugés. Mais cette voie est-elle suffisante, vu la gravité de la situation ? Ce sera un des sujets débattus lors de la prochaine émission.

Bien d’autres questions seront posées ... ainsi :

- Nicolas Sarkozy a-t-il suffisamment réagi face aux insultes antisémites qui l’ont visé ?
- Cet antisémitisme en provenance de l’Algérie est-il vraiment surprenant ?
- Pourquoi a-t-il été jugé nécessaire de créer une association à la fois musulmane et dédiée uniquement à la lutte contre l’antisémitisme ?
- Quelles sont les racines de cet antisémitisme particulier, sont-elles d’ordre religieux, politique ou culturel ; ou toutes en même temps ?
- La « Fraternité musulmane contre l’antisémitisme » reconnaît pleinement le droit d’Israël à l’existence et à la sécurité ; les autres associations dédiées au dialogue (en particulier la « Fraternité d’Abraham » dont Emile Moatti est le délégué général) ne sont-elles pas trop frileuses sur ce sujet, ou au contraire, faut-il éviter « de verser de l’huile sur le feu » ?

Un débat passionnant que j’espère vous serez nombreux à suivre dimanche prochain !

J.C