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17 mars 2017

Israël perd du terrain dans sa « guerre » technologique avec l’Iran



 
Herzl Halevi, un responsable du renseignement pour Tsahal, assure que la République islamique bouillonne de scientifiques, de mathématiciens et d’ingénieurs, et met en garde contre le visionnage des images d’attaques au couteau

Un officier haut placé des renseignements de l’armée du pays aurait déclaré qu’Israël et l’Iran sont engagés dans une « guerre » technologique avec l’État juif et Israël est en train de perdre son avantage qualitatif sur la République islamique.

Selon un reportage publié dans Haaretz, le chef du renseignement militaire Herzl Halevi a également mis en garde ce jeudi contre le visionnage des vidéos en ligne des récentes attaques au couteau, en disant que si ces vidéos avaient existé en 1948, Israël aurait perdu la guerre d’Indépendance.

S’exprimant à l’occasion d’une intervention lors d’une conférence de Tel-Aviv, Halevi assure que le système d’enseignement supérieur de l’Iran connaît un rattrapage spectaculaire par rapport à Israël, recrutant toujours plus de scientifiques, de mathématiciens et d’ingénieurs.
À l’heure actuelle, Israël a encore le dessus, dit-il.
Mais « l’Iran rattrape l’écart », met-il en garde. « Depuis la révolution de 1979, le nombre d’universités et d’étudiants universitaires en Iran a été multiplié par vingt, comparativement à trois fois et demi pour Israël ».
Halevi, qui n’a jamais été très disert avec les médias, a qualifié la course à l’avance technologique entre Israël et l’Iran de « guerre ».
« Si vous me demandez si nous aurons une guerre avec l’Iran au cours des dix prochaines années, je vais vous donner une réponse surprenante : nous sommes déjà en guerre avec l’Iran », a déclaré Halevi.
« Nous allons avoir une guerre technologique avec l’Iran. Nos ingénieurs se battent avec les ingénieurs iraniens, aujourd’hui, et cette guerre sera de plus en plus importante ».
L’Iran a dévoilé ces dernières années un certain nombre d’armements maison, y compris des nouveaux missiles qui peuvent atteindre Israël et au-delà, avec de grosses charges explosives.
En octobre, le pays a testé un nouveau missile à longue portée balistique, entraînant une condamnation de la part des États-Unis et d’autres pays, bien que les officiels aient affirmé que le test n’a pas contrevenu à l’accord récemment conclu avec les puissances mondiales sur ses capacités nucléaires.
Les responsables israéliens ont exprimé la crainte que l’argent libéré après la levée des sanctions contre l’Iran soit utilisé à des fins d’expansion de l’industrie nucléaire et de l’armement.

Halevi met en garde : la prochaine guerre d’Israël entraînera probablement davantage de victimes civiles que lors des conflits passés.
« La prochaine guerre sera bien pire pour le front intérieur » a déclaré Halevi.
« Pendant la guerre du Kippour, il n’y a eu qu’une victime sur le front intérieur ; un missile Frog a frappé les quartiers des pilotes de la base aérienne de Ramat David. Cela a été la seule victime sur le front intérieur. Tout le reste a été militaire ».
Israël a connu relativement peu de victimes civiles lors des conflits récents, même après la guerre du Kippour. Six civils israéliens ont été tués dans la guerre de l’été dernier avec la bande de Gaza, et 43 ont été tués pendant la Seconde Guerre du Liban de 2006.

(...)

Times of Israël, 4 novembre 2015

Nota de Jean Corcos :

Un autre article, trouvé dans la presse israélienne (édition française du "Jerusalem Post"; 15 décembre 2015), est encore plus alarmant : on pourra le lire sur ce lien

06 décembre 2013

Obama ou la retraite d’un empire


La conduite des Etats-Unis en Syrie, en Iran et en Egypte est en train de créer un vide géopolitique. Qui occupera la place ? Analyse.


Autre temps, autres mœurs. Juste après avoir dévoilé à son cabinet un pacte conclu avec une poignée de rebelles colombiens qui octroyait à l’Amérique le droit « d’utiliser, d’occuper et de contrôler » ce qui deviendra plus tard le canal de Panama, Teddy Roosevelt demandait à Elihu Root : « Ai-je répondu aux accusations ? » Et le ministre de la Guerre de répondre sans ambages : « Vous étiez accusé de séduction, et vous avez prouvé de manière concluante que vous étiez coupable de viol ».

Quelque 18 présidences plus tard, plus personne n’accuse les leaders américains de séduire des nations éloignées ou de violer des terres étrangères. Au contraire, l’esprit de l’empire dont était imprégné le président Roosevelt – et qui a depuis façonné le destin de l’Amérique – est en train de se faner. Ce qui pose des questions cruciales au sujet de l’avenir des Etats-Unis, de ses rivaux, et du monde qui existe entre eux.

Premier président vraiment curieux du monde extérieur, Teddy Roosevelt a posé les fondations de l’impérialisme américain. Ce qui a démarré avec l’éviction de Cuba des hélicoptères de combat espagnols et l’établissement d’une base navale aux Philippines, s’est ensuite accru avec le canal de Panama et la médiation américaine entre la Russie et le Japon. L’entrée décisive des Etats-Unis dans ce qui était jusqu’alors l’impasse de la Première Guerre mondiale a scellé le nouveau rôle de l’Amérique en tant que pouvoir mondial. Parallèlement, la puissance industrielle et l’emprise commerciale de l’Amérique ont été telles que les isolationnistes, qui avaient d’abord laissé Washington hors des Nations unies et de la Seconde Guerre mondiale, ont en définitive vu les Etats-Unis émerger de la guerre comme une superpuissance avec laquelle les jeunes générations ont été familières toute leur vie.

L’Amérique est fatiguée

Un tout autre tableau se dessine aujourd’hui. Entre les troupes américaines évacuées d’Irak et celles qui se préparent à quitter l’Afghanistan l’an prochain, alors que Washington a parrainé un accord avec Téhéran qui ne requiert aucune concession idéologique de la part l’autocratie islamiste, une autre réalité se fait jour : l’empire américain est en train de battre en retraite.

C’était en tout point flagrant pendant la crise syrienne. Les Etats-Unis sont à présent un empereur réticent, un guerrier fatigué d’errer à travers les océans, lassé de traquer les méchants et de sonder sans cesse de lointains régimes afin de déterminer qui est contre qui, pourquoi, et quel est l’impact sur les intérêts américains. En ce sens, le revirement de Barack Obama sur la Syrie, son abrupte transition d’une attaque militaire au débat parlementaire puis à l’accord de désarmement avec la Russie, est profondément révélateur. Non pas en raison de sa série de rebondissements médiatiques mais bien parce que les Américains étaient largement d’accord avec leur président. Obama et une grande partie de l’opinion publique américaine ont beau être divisés sur de nombreux autres sujets, allant de l’assurance santé au contrôle des armes, un large consensus, sans doute dans l’air du temps, prévaut désormais en matière de politique étrangère : l’Amérique veut rester à la maison.

Sur le dossier iranien, c’est manifestement ce principe qui guide le secrétaire d’Etat américain John Kerry. Passés quelques considérations d’honneur et le souvenir douloureux d’attaques contre les intérêts, les idéaux et les représentants américains, le diplomate cherche avant tout à se sortir de l’ornière. Et retirer une nouvelle punaise rouge de la grande carte qui impressionne et dépasse tant l’esprit d’Obama.

La question posée par cette retraite en règle est alors de savoir si la profonde empreinte américaine sur l’Histoire est prête à laisser sa place, et si oui, qui peut combler le vide qu’elle commence à créer.

Le siècle américain n’était pas seulement, ni même surtout, constitué de guerre et de diplomatie. Il était aussi fait d’économie, de culture et de valeurs.

Le retour russe

« L’Amérique », écrivait il y a 72 ans le journaliste américain Henry Luce, est « la capitale intellectuelle, scientifique et artistique du monde ». Elle exportera « les grands principes de la civilisation occidentale – et surtout la justice, l’amour de la vérité, l’idéal de charité ». Paradoxalement, cette vision sur le déclin a malgré tout été récemment éprouvée par l’administration Obama en Egypte. Le résultat pour la Maison-Blanche ? Une débâcle majeure.

En demandant le départ de Hosni Moubarak après les rassemblements de manifestants sur la place Tahrir il y a presque 3 ans, Obama espérait promouvoir la démocratie sur le Nil. C’est aussi pourquoi il a suspendu l’aide militaire au Caire après que ses forces de sécurité aient tiré sur la foule de protestataires, en juin dernier. Payant le prix de la haine, le président américain fixe désormais du regard une Egypte qui n’est plus démocratique et qui, il y a 15 jours, commençait à renouer ses liens militaires avec la Russie de Vladimir Poutine. L’arrivée au Caire des ministres russes des Affaires étrangères et de la Défense, vraisemblablement pour vendre des MiG-29 ainsi que des systèmes de missiles correspondants, est un signal pour Washington. Elle signe la perte du statut hégémonique américain gagné dans les principaux pays arabes il y a une quarantaine d’années, à la suite de l’éviction par Anouar el-Sadate de ses conseillers soviétiques.

Ce retour russe en Egypte, comme le rôle de Moscou dans la crise des armes chimiques syrienne, est un reflet du retrait américain du monde. Un tel scénario n’aurait jamais eu lieu sous John F. Kennedy, sans parler de Richard Nixon, ni même Ronald Reagan ou encore Bill Clinton.

Autre symptôme de déclin, les Etats-Unis sont passés, ces dernières années, du statut de plus grand créancier à plus grand débiteur du monde. Quant à la carte de la présence militaire américaine à travers le monde, elle est, de manière assez stupéfiante, similaire à celle de la Grande-Bretagne à la veille de son propre déclin.

Pékin revendique sa part du gâteau

Les animaux de la jungle reniflent la fatigue du lion Amérique et, parmi eux, l’Etat juif. C’est ce que le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman a voulu dire la semaine dernière en affirmant à Sdérot que, même si les Etats-Unis demeurent « la pierre angulaire » de la politique étrangère israélienne, Jérusalem devait chercher de nouveaux alliés.

Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si, au même moment, le Premier ministre Binyamin Netanyahou était à Moscou et rencontrait le président russe Vladimir Poutine, quelques jours après que le tapis rouge ait été déroulé à Jérusalem pour le président français François Hollande, acclamé pour sa position indépendante, belliciste et contraire à celle des Etats-Unis vis-à-vis de l’Iran. Reste que le désir russe de combler le vide impérial post-américain n’est pertinent que sur les plans militaires et diplomatiques. Le Kremlin a beau vendre des armes et offrir des négociateurs et des intermédiaires, il a peu à offrir en dehors d’un arsenal et de matières premières.

La Chine, en revanche, peut se targuer d’égaler les Etats-Unis. Tout ce que les Américains ont en magasin, les Chinois l’ont aussi, des gadgets aux aéroports en passant par les voitures et les autoroutes. Les chances qu’un pays comme l’Egypte préfère désormais se tourner vers Pékin pour de larges projets de construction et de travaux publics sont donc très importantes. La République populaire est bien moins chère que l’Oncle Sam, et il n’y a pas de clauses politiques dans ses contrats. Enfin, les discussions engagées par l’Etat hébreu avec Pékin sur le chemin de fer vers Eilat indiquent également une émergence chinoise en tant que grand constructeur régional.

Tout cela ne veut évidemment pas dire que l’ère de superpuissance américaine touche à sa fin : la retraite stratégique prendra du temps, et la compétition qu’affronte aujourd’hui le marché américain ne signifie pas qu’il sera totalement mis de côté, et certainement pas du jour au lendemain. De plus, tout comme la politique économique russe est vouée à l’échec, la Chine est un zombie diplomatique, qui n’a pas le désir qu’éprouve la Russie de faire tourner la Terre. Mais enfin et surtout, personne dans le monde ne semble prêt pour l’instant à relayer les Etats-Unis du point de vue de la culture et de la technologie made in America. Cette domination culturelle et technologique survivra au retrait impérial de Washington. Et pour cause : c’est une création du peuple américain et non de ses dirigeants ; qu’ils aient déployé, comme Roosevelt, ou replié comme Obama, l’empire d’outre-Atlantique.
  
Amotz Asa-El
Jerusalem Post, 26 novembre 2013

14 janvier 2013

Et si l'Iran attaquait au Printemps ...



Plusieurs conclusions découlent de l’opération «Pilier de défense». Mais une, en particulier, a de quoi inquiéter : Israël ne possède qu’une défense partielle contre les missiles.

Le récent conflit entre Israël et le Hamas offre un aperçu sur la stratégie de défense régionale d’Israël.

Pendant de nombreuses années, l’Iran et ses alliés, installés aux frontières de l’Etat hébreu, ont oeuvré pour créer des bases de lancement de missiles et de roquettes, destinées à attaquer le point sensible du pays : sa population civile.

Et ce projet iranien, qui a déjà pris corps à Gaza et au sud du Liban, constitue, jusqu’à maintenant, une sérieuse menace à laquelle Israël doit faire face. Car depuis plusieurs années, la République des Mollahs s’emploie à offrir au Hezbollah, au Hamas et au djihad islamique, les moyens d’attaquer Israël sur son front arrière, de causer des dommages importants, et de paralyser la vie quotidienne.

Cette stratégie a plusieurs buts : tout d’abord, permettre aux factions terroristes de Gaza de concrétiser leur idéal de guerre éternelle, où les cessez-le-feu ne sont que des répits avant le prochain round. Mais aussi, décourager Israël de se battre. Quand les Gardiens de la révolution islamique ont supervisé les bases de roquettes, ils espéraient que d’une part, sur le front local, Israël cesserait de pratiquer des éliminations ciblées sur les terroristes de Gaza. Et d’autre part, sur un plan plus régional, ils pensaient dissuader Israël d’attaquer les sites nucléaires iraniens.

De même, le Hamas a cru, à tort, qu’avec des hommes de sa mouvance au pouvoir en Egypte, Israël n’agirait pas.

Mais comme l’a prouvé l’opération «Pilier de défense» en novembre dernier, la tentative de dissuader Israël de se défendre a échoué. L’armée de l’air israélienne a pris l’initiative d’éliminer le chef militaire Ahmed Jaabari lors d’une opération ciblée, prenant tout le monde de court : le Hamas, qui s’en est trouvé très choqué ; et l’Iran, en dépit de ses continuelles crises avec le mouvement gazaouï (les relations entre les deux se sont refroidies depuis que le Hamas soutient les rebelles syriens).

Jusqu’à Beyrouth ? 

L’un des principaux facteurs qui a permis à Israël d’agir librement, malgré la menace des roquettes : son système de défense, le Dôme de fer. Les cinq batteries déployées dans le sud et le centre d’Israël ont intercepté 87 % des projectiles lancés vers les régions habitées. Tsahal a pu rester fidèle à son plan : une attaque uniquement aérienne et limitée à une semaine.

Le but était de restaurer le pouvoir de dissuasion d’Israël, condition nécessaire pour stopper la menace quotidienne des roquettes sur le sud du pays.

Seul problème, cette active défense au service d’une offensive israélienne ne fonctionne que vis-à-vis de Gaza.

Face à la principale base de roquettes iranienne de la région, celle du Hezbollah au Liban, Israël n’est pas prêt. Or, l’organisation terroriste chiite a déjà amassé plus de 50 000 missiles qui constituent tous un danger pour Israël.

Ainsi, ce n’est sans doute pas par hasard si peu avant l’arrêt des tirs de roquettes en provenance de Gaza, lors de l’opération «Pilier de défense», le ministre de la Défense a testé avec succès le «Kela David», littéralement la «Fronde de David» ou la «Baguette magique». Un système conçu pour intercepter des roquettes de courte à longue portée, ainsi que des missiles de croisière. Défense parfaite contre la menace du Hezbollah, il n’a qu’un seul défaut, celui de ne pas être opérationnel avant 2014.

Or, si l’Iran poursuit son programme d’enrichissement d’uranium, c’est au printemps 2013 qu’Israël devra prendre une décision quant à la menace nucléaire des Mollahs.

Le Dr Ely Karmon, chercheur en problématique stratégique et en contre-terrorisme au Centre interdisciplinaire d’Herzliya, renchérit : «Le vrai problème est l’arsenal de roquettes du Hezbollah. Ils sont dotés de Katiouchas, de missile longue portée M600, de Scuds et de Fajr 3 et 5. C’est une menace directe qui pourrait très bien se concrétiser au printemps, quand il faudra trancher sur le problème de l’Iran. Si les Iraniens ont armé le Hezbollah de 50 000 roquettes, ce n’est pas pour rien. Ce front que représente le Hezbollah constitue une menace très sérieuse. Peut-être Tsahal devra-t-elle même aller jusqu’à Beyrouth».

Les armes de l’Iran

Pour le moment, on ne sait si l’armée israélienne prévoit de s’aventurer de nouveau jusqu’à la capitale libanaise. Une chose est sûre : les systèmes de défense aérienne n’ont jamais été considérés comme la riposte parfaite aux tirs de roquettes.

Certes, leur grande efficacité permet toutefois à Tsahal de planifier ses attaques aériennes et terrestres. Pour l’heure, la parade parfaite n’existe pas. Mais une offensive terrestre qui mobiliserait une grande partie de l’infanterie et des corps de blindés, secondée par une agressive campagne aérienne, pourrait bien sûr assurer une défense efficace. Plus vite les forces armées terrestres parviendraient aux positions du Hezbollah, plus vite les tirs de roquettes cesseraient.

«Pour en revenir au dernier conflit à Gaza, la stratégie iranienne a perdu de son prestige», ajoute Karmon. «Mais pour autant, Téhéran a quand même marqué des points dans cette confrontation. Les chefs du Djihad islamique et celui du Hamas, Ismail Haniyeh, ont tenu à faire clairement savoir que ce sont des armes iraniennes qui leur ont permis d’attaquer Israël. Et le Djihad islamique est le premier à avoir tiré sur Tel-Aviv, là encore, grâce à l’armement des Mollahs.

Il faut se rappeler qu’il s’agit d’une organisation terroriste, alliée de l’Iran.» Karmon poursuit son analyse sur l’alliance entre le Hamas et l’Iran. Il revient sur la déclaration de Moussa Abou Marzouk, du bureau politique du Hamas, ces dernières semaines : le Hamas continuerait à recevoir des cargaisons d’armes iraniennes pour remplir ses stocks de roquettes de longue portée Fajr et de moyenne portée Grad. « J’y vois un message du Hamas à l’Egypte, où ils leur demandent la liberté d’importer des armes à Gaza», analyse le spécialiste.

Le Hamas, quant à lui, joue sur les deux tableaux : il a rejoint avec l’Egypte le nouvel axe sunnite, mais a maintenu son accès à l’armement iranien. D’ailleurs, l’Iran, selon diverses publications, aurait déjà envoyé un chargement et serait bien déterminée à faire parvenir d’autres cargaisons.

L’ennemi s’améliore

Outre ses bases au Liban et à Gaza, l’Iran possède des centaines de missiles balistiques comme le Shihab 3 (basé sur un missile nord-coréen) et le BM25 (acheté à la Corée du Nord en 2008), tous pointés vers le territoire israélien.

Israël a déjà développé un système de défense, le missile Arrow, pour les missiles balistiques, et le système Arrow 3, pour les missiles après leur mise en opération. «La question est de savoir quel est l’état des radars du système Arrow», note le général de réserve Giora Eiland, ancien chef du Conseil de Sécurité nationale. «Est-ce que ces systèmes peuvent devancer les missiles iraniens ?» Eiland ne voit pas en quoi la performance du Dôme de fer pourrait être efficace face à l’Iran. Il émet aussi des doutes sur le terme «protection multicouches», employé par le ministre de la Défense Ehoud Barak. «Croire que les systèmes de défense Arrow 2 et 3, la ‘Baguette magique’ et Dôme de fer sont tous efficaces contre un même missile est faux», affirme Eiland «Même s’il y a un peu de chevauchement entre eux, chaque système se défend contre une arme différente. Le Dôme de fer peut fournir une défense contre les roquettes du Hezbollah, mais, pour le moment, Israël n’a pas de réponse défensive contre les projectiles d’une portée de 200 kilomètres. Il faut savoir que l’ennemi s’améliore : il détient plus de roquettes, de portée plus longue, et des ogives plus lourdes. Il faut se rappeler que même si Dôme de fer a fourni une bonne défense, elle n’était pas parfaite.»

Chiites vs. Sunnites

 Shlomo Brom, général de brigade réserviste, et chercheur à l’Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de l’université de Tel-Aviv, est d’accord. Bien qu’Israël ait pu défier le programme de roquettes iranien, on est loin, selon lui, de pouvoir neutraliser la menace. Après tout, lors du conflit de novembre, les roquettes sont parvenues au coeur même du pays. «Aux derniers instants du conflit, les organisations terroristes n’ont cessé de lancer des roquettes et je parie que c’est ce qui va se passer dans le futur : il y aura un nombre incalculable de missiles, du jamais-vu.» Michael Segall, expert des problèmes stratégiques au Centre des Affaires publiques de Jérusalem, a une vue plus optimiste. Dans une analyse récemment publiée, il présente le conflit dans un contexte plus large, celui de la rivalité entre les camps chiite et sunnite. Le camp chiite, composé de l’Iran, du régime du président Bashar Assad et du Hezbollah, s’oppose au nouveau camp sunnite, fait de l’Egypte, de l’Arabie Saoudite, du Qatar et de la Turquie. Des tensions qui jouent un rôle déterminant dans les conflits du Moyen- Orient : en Syrie, dans la région palestinienne, à Bahreïn et en Jordanie.

Selon Segall, le paysage politique de la région en sera très modifié : l’Egypte va jouer un rôle déterminant dans le nouvel ordre régional et se confrontera donc à l’Iran. La Turquie, avec le problème de la Syrie, est déjà en opposition avec Téhéran quant à son hégémonie et son influence régionales. « Dans ce contexte, le Dôme de fer est un succès. L’habileté d’Israël à vaincre les roquettes iraniennes contribue à affaiblir le rôle de l’Iran dans la région et à l’isoler», estime l’expert.

Toutefois, que la guerre de Gaza ait desservi ou servi l’Iran, le compte à rebours continue bel et bien.

Yaacov Lappin

Edition française du Jerusalem Post, 18 décembre 2012

Nota de Jean Corcos :

Il y a des fois où on ne réjouit pas d'avoir raison : peut-être que certains de mes lecteurs / auditeurs se souviennent de mon émission du 4 novembre dernier, lorsque j'interrogeais le journaliste israélien Stéphane Juffa à propos de la menaces des dizaines de milliers de missiles du Hezbollah, qui risqueraient de "saturer" les batteries de défense du pays, en nombre notoirement insuffisant. Hélas, la majorité des articles publiés après le dernier "round" contre le Hamas à Gaza reviennent sur ce constat !