Retour à l'actualité
dimanche prochain, car nous allons en effet parler de l'Iran et du dossier du
nucléaire militaire, et bien entendu du fameux "accord de Genève" dont
le principe a été signé le 24 novembre avec le groupe des grandes puissances, dit
"P5 + 1", accord qui vient d'entrer en application le 20 janvier.
Mais nous prendrons aussi du recul sur le sujet : en effet, le coup de tonnerre
qu'a constitué cette nouvelle, les sourires échangés les semaines précédentes
entre le nouveau président iranien Hassan Rouhani et Barack Obama, tout ceci
marque pour les observateurs un tournant dans la diplomatie des USA :
renversement d'alliances ? Abandon de ses alliés dans la région ? Nouvelle
preuve d'amateurisme d'une administration américaine qui ne maitrise plus rien
? Retrait en raison d'un choix stratégique de long terme ? Toutes les
hypothèses sont possibles. Pour en parler, j'aurai le plaisir d'avoir comme
invité un des meilleurs experts en géostratégie sur ces sujets, Bruno Tertrais.
Bruno Tertrais, mes auditeurs fidèles s'en souviennent, avait déjà été mon
invité il y a quatre ans, et mon émission avait pour titre "Iran, la bombe
en 2010 ?". Quelques mots de rappel pour le présenter : il est maître de
recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique, et membre de
"l'International Institute for Strategic Studies" de Londres. Expert
en prolifération nucléaire, il a écrit de nombreux ouvrages sur le sujet.
Partisan d'une attitude ferme vis à vis de l'Iran, il a été traité de
"néo-conservateur" car il participe à la revue "Le Meilleur des
Mondes", qui avait soutenu l'intervention américaine en Irak. Mais il est
également proche du pouvoir socialiste actuel, et il a été membre de la
commission du "Livre blanc sur la Défense". Enfin, penseur décidément
iconoclaste, il a reçu en 2013 le "Grand Prix de l'impertinence et des
bonnes nouvelles pour un essai intitulé "Un monde de catastrophes ? Mythes
et réalités du progrès".
Parmi les questions que je
poserai à Bruno Tertrais :
- Sur les négociations sur le nucléaire iranien,
vous avez écrit un article intitulé "L'accord de Genève sur l'Iran, ni
"Munich", ni "Camp David", publié le 11 décembre dernier
dans le "Huffington Post": "ce n'est pas un accord résolvant la
question nucléaire, mais il est seulement destiné à bâtir la confiance et à
ouvrir la voie d'un règlement final". Mais vous disiez aussi en conclusion
"Personne ne sait si l'ayatollah Khameneï et le président Rouhani ont
abandonné pour de bon l'option militaire, ou s'ils essaient juste de gagner du
temps" : que dit cet accord de Genève, et quelles sont les zones de flou
qui subsistent ?
- On a relevé du côté d'Israël plusieurs motifs
d'inquiétudes : d'abord le fait qu'il y ait eu, côté américain, des
négociations secrètes depuis plusieurs mois, et même avant l'élection de Hassan
Rouhani ; ensuite on a vu le recul américain quelques semaines avant, après
avoir menacé d'intervenir contre le régime Assad, allié de la République
Islamique ; ce recul faisait suite à l'accord sur la destruction des armes
chimiques de la Syrie, et certains disent que au delà de la Russie, c'est
l'Iran qui avait déjà négocié la sortie de crise avec les Américains ; enfin il
y a eu la faiblesse des réactions américaines suite au discours de Khameneï du
20 novembre, discours quasiment génocidaire où il a dit que les Israéliens
"ne méritaient même pas le qualificatif d'être humain" : qu'en
pensez-vous ?
- Si on interprète le refus d'intervenir
militairement des Etats-Unis, d'abord contre Damas, puis contre le programme
nucléaire iranien, on peut se demander s'il s'agit d'un véritable choix
diplomatique de Barack Obama qui est profondément pacifiste, ou si cela vient
d'une limitation réelle de la puissance américaine : les deux guerres en Irak
et en Afghanistan ont été vécues, à tort ou à raison, comme des échecs ; cela a
contribué à ruiner les USA ; les finances américaines sont dans un état
calamiteux, et la fameuse "politique monétaire accommodante" consiste
à imprimer virtuellement 85 milliards de dollars par mois ; surtout, l'opinion
publique semble lasse de tous ces conflits, et il y a l'exigence nouvelle d'avoir
"0 morts" à chaque intervention, ce qui revient à abandonner partout le
terrain : cela n'est-il pas très inquiétant ?
-
Il y a une autre interprétation pour ce
retrait américain, celle-là moins liée à un déclin mais plus aux
bouleversements géopolitiques de la Planète : en effet, on lit de plus en plus
que les USA font un basculement stratégique vers l'Asie, là où se situe
dorénavant le centre de gravité économique mondial ; c'est là bas que se trouve
dorénavant leur grand rival, la Chine qui va les dépasser vers 2025. D'autre
part, redevenus une puissance pétrolière grâce à l'exploitation du gaz de
schiste, les Etats-Unis peuvent abandonner le Moyen-Orient sans regrets :
croyez-vous à ces hypothèses ?
Des questions décidément bien angoissantes, et il y en
aura bien sûr d'autres également ... soyez nombreux au rendez-vous !
J.C