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09 septembre 2011

«Le régime algérien fait preuve de myopie» par Benjamin Stora

Benjamin Stora


LE FIGARO.-Comment expliquez-vous l'ambiguïté du pouvoir algérien à l'égard du conflit libyen?
 
Benjamin STORA.-Elle n'est pas le produit d'une doctrine clairement définie au sommet de l'État. Elle révèle plutôt des atermoiements, des peurs dissimulées sur la conduite à suivre. Il y a aussi des raisons historiques. La matrice culturelle du régime algérien a peu changé depuis l'époque Boumediene. Le fer de lance de la diplomatie algérienne, c'est encore en grande partie l'anti-impérialisme des années 1970. Cela peut paraître difficile à croire, mais les dirigeants algériens donnent l'impression de ne pas tenir compte de la nouvelle donne géopolitique, qu'il s'agisse de la chute du mur de Berlin, de la fin de la guerre froide, de l'élection de Barack Obama… Ils analysent les relations internationales à l'aune de critères révolus, ils se veulent en quelque sorte fidèles à un monde disparu et du même coup font preuve de myopie. À cela s'ajoute la personnalité du président Bouteflika, qui a été longtemps le chef de la diplomatie de Boumediene et qui, à ce titre, a très bien connu Kadhafi. Même si les deux hommes ont eu des différends importants ces derniers temps, en particulier sur les rébellions sahariennes, ils appartiennent à la même génération de combat politique. Le deuxième facteur qui explique cette ambiguïté, c'est un nationalisme exacerbé qui rejette le principe du droit d'ingérence. Enfin, un certain nombre de responsables algériens redoutent que ce printemps arabe ne fasse le jeu d'un islam radical qu'ils ont combattu tout au long des années 1990.

Mais la chute de Ben Ali, de Moubarak, de Kadhafi et bientôt peut-être de Bachar el-Assad a de quoi ébranler les dirigeants algériens…
 
Il est clair que le pouvoir est divisé sur la conduite à adopter. Le courant conservateur tient la corde, mais il ne représente pas forcément l'armée. Il y a des islamo-conservateurs ou de vieux nationalistes arabes qui sont toujours au pouvoir, qui s'accrochent au passé et qui ne comprennent pas les aspirations aux changements de la jeunesse arabe, en particulier de la jeunesse berbère, nombreuse, éduquée et à l'affût des bruits du monde.

L'Algérie peut-elle échapper au printemps arabe?
 
Pour la plupart des Algériens, les réformes promises régulièrement par le gouvernement relèvent de l'effet d'annonce. Face à l'immobilisme du régime, il y a une aspiration très forte au changement. Mais le rythme de ce changement ne sera pas le même. Les Algériens ont déjà beaucoup donné dans le passé. La guerre d'indépendance, le printemps berbère, l'instauration du multipartisme en 1988… Le traumatisme de la guerre civile des années 1990 pèse toujours sur la société algérienne. Les Algériens savent aussi par expérience que la chute d'un chef d'État n'entraîne pas forcément la chute de l'appareil qui le soutient. C'est encore plus vrai en Algérie, où le pouvoir est beaucoup plus opaque, complexe et sophistiqué qu'ailleurs à cause notamment de la manne pétrolière, des groupes d'intérêts qui en vivent et du clientélisme qu'elle génère. Et puis l'Algérie est un grand pays, cinq fois la France, 36 millions d'habitants contre moins de 8 millions en Libye. Un espace immense et une population hétérogène qui se compose de Sahariens, de Mozabites, de Kabyles, d'Algérois, d'Oranais qui ne marchent pas forcément du même pas. En outre, l'Algérie est un pays très riche et le pouvoir dispose de ressources financières considérables de nature à empêcher qu'un mouvement de revendications sociales ne se transforme en contestation politique. Malgré cela, les Algériens sont de plus en plus choqués par la répression en Syrie, suivent avec intérêt le processus de démocratisation en Tunisie, et craignent également un possible isolement de leur pays sur la scène internationale. Comment, dans ces conditions, ne pas croire à un changement démocratique en Algérie?

 "Le Figaro" du 31 août 2011
*Auteur de Le 89 arabe, réflexions sur les révolutions en cours, aux Éditions Stock

08 septembre 2011

Kahafi, un homme à femmes !

Kadhafi et deux "Amazones"

Le sourire du mois
- septembre 2011

Comme l'actualité va vite ! Kadhafi renversé, nous avons déjà presque oublié son cortège de bouffonneries, collection de tenues aussi abracadabrantes l'une que l'autre et ses insolences en tout genre - l'homme proposa, sans rire, de découper la Suisse en trois morceaux suite à un contentieux avec ce pays. Curieusement - ce qui prouve que la notion d'ingérence humanitaire a pris un peu de consistance ces dernières années -, ce n'est que lorsqu'il commença à massacrer les manifestants de son pays en les traitant de "rats" que la communauté internationale a fini par réagir, et pas, par exemple, alors qu'il détenait en otages les malheureuses infirmières bulgares.

Les "Amazones" de Kadhafi ont été longtemps un sujet d'étonnement mais pratiquement jamais de critique : on trouvait curieux qu'un pays musulman dont le drapeau était tout vert comme l'étendard de l'islam, ait un leader protégé par une escouade de femmes en uniformes; ses lobbyistes y voyait la preuve de son ouverture d'esprit, une certaine modernité ... tu parles ! Beaucoup de ces malheureuses, libérées par sa chute, racontent leur vraie histoire : choisies parce qu'elles étaient jolies, elles ont été arrachées à leur famille ; et livrées au dictateur et à ses fils qui les ont régulièrement violées ...

Un sourire du mois un peu crispé donc - d'ailleurs les trois personnages de cette photo "tirent la gueule". Mais une envie de rire quand même, en pensant à ce numéro de bouffon que l'on ne verra plus ; en pensant aussi aux malhonnêtes qui nous vantaient la libération de la femme, alors qu'il ne s'agissait que de harems ; et en pensant enfin à la collection d'uniformes rutilants de ces Amazones - voir sur ce lien 

J.C

07 septembre 2011

"Pour mettre fin à la crise diplomatique avec la Turquie, Israël doit s'excuser" : un éditorialiste du Haaretz défend une position non orthodoxe

La traduction originale

Introduction :
C'est une approche "à contre-courant" et que vous n'avez guère de chance de lire dans la blogosphère juive francophone  ; elle est écrite sous la plume d'un orientaliste bien informé de la presse israélienne, et dont je trouve souvent l'approche intéressante. Je verse donc cette pièce au difficile dossier des relations Israël - Turquie, avec cependant un "bémol" : Zvi Bar'el résume ce qu'exigeait Erdogan à deux points - des excuses pour l'affaire du Mavi Marmara, et des indemnités pour les victimes (cette exigence étant acceptée par le gouvernement israélien, mais il n'en dit mot) : mais en fait il y a une autre exigence, celle là concernant directement la sécurité d'Israël et dont il ne parle pas, celle de la levée du blocus maritime de Gaza ...blocus jugée légal par la commission d'enquête de l'ONU !
J.C

Depuis de nombreux mois, Joseph Ciechanover et Ozdem Sanberk (les représentants israéliens et turcs sur la commission Palmer d'enquête de l'ONU) a essayé de présenter un rapport véridique et juste, de façon à préserver la relation Israël-Turquie. Ils ont échoué, mais pas à cause d'un manque de compétence ou de patience.
Si le Ministre des Affaires Etrangères Avigdor Lieberman et le Ministre des Affaires Stratégiques Moshe Yaalon n'avait pas insisté pour que Israël ne présente pas d'excuses à la Turquie, le rapport des Nations Unies aurait été un manuel de 105 pages sur la stratégie du blocus de Gaza et les tactiques utilisées pour contrecarrer les violations tentées contre lui. Un autre document parmi des milliers que l'ONU a produit au cours de son existence, dont la plupart sont enterrés dans des armoires métalliques. Il est possible qu'une commission d'enquête internationale n'aurait pas encore été établie et que les deux parties aurait été en mesure de poursuivre leur relation.
Sanberk, un homme agréable et ayant une riche expérience diplomatique (notamment pendant l'ère pré-Erdogan), est l'un des intellectuels les plus connus du public en Turquie, et un soutien majeur des relations avec Israël. Lors d'une réunion à Ankara il y a quelques mois,  Sanberk a dit "des erreurs se produisent, et il est permis de demander pardon quand elles se produisent. C'est ainsi que des amis se comportent lorsque leur relation est importante pour eux."
Mais entre Israël et la Turquie, l'honneur est devenu plus important que leur relation.La Turquie, malgré son empressement à rappeler son ambassadeur d'Israël et relâcher ses liens, a souligné que ces mesures sont dirigées contre "le gouvernement actuel» et non pas contre Israël ou l'opinion publique israélienne. Avec ou sans le rapport, dont certaines parties, notamment la légitimité de blocus naval de Gaza par Israël, sont inacceptables pour la Turquie, le gouvernement turc n'a pas claqué la porte pour le rétablissement des liens avec Israël. Les conditions pour rétablir ces liens restent les mêmes qu'elles étaient lorsque neuf citoyens turcs ont été tués sur le "Mavi Marmara": des excuses et une indemnisation.
Le mois dernier, Ibrahim Kalin, un conseiller principal au Premier ministre turc Recept Tayyip Erdogan, a indiqué que la Turquie était prête à normaliser ses liens avec Israël et à retourner à ce qu'ils étaient avant l'affaire de la flottille si Israël remplissait ces deux conditions. Il était persuadé que la brouille entre les deux pays avait été mauvaise pour les deux pays. En fait, il est difficile de trouver un  haut fonctionnaire proche d'Erdogan ou du Ministre des Affaires Etrangères Ahmet Davutoglu, qui ne regrette pas les difficultés qui ont surgi dans les relations entre les deux pays. Mais aucun d'entre eux pensent que la Turquie devrait renoncer à ses conditions.
Naturellement, M. Erdogan a considéré que sa relation avec le public turc était plus importante que sa relation avec Israël. Son engagement public de recevoir des excuses d'Israël et d'obtenir une indemnisation pour les  citoyens turcs tués est devenu une partie inséparable de sa crédibilité politique qui lui donne un ascendant sur le public. La politique étrangère de la Turquie - comme dans un pays démocratique - n'est pas dissociée de la politique intérieure. Tout comme M. Erdogan n'a pas hésité à tourner le dos au Président syrien Bashar Assad, malgré l'importance de la Syrie à l'axe qu'Erdogan a essayé de construire au Moyen-Orient, et tout comme Erdogan a fait comprendre à l'Iran qu'il n'accepte pas les diktats de la Syrie, M. Erdogan n'a pas hésité à nuire à ses liens avec Israël après qu'il ait refusé ses conditions.
Erdogan ne dédaigne pas les relations stratégiques, en particulier depuis qu'il s'est fixé comme objectif déclaré de faire de la Turquie une puissance politique  régionale. Mais sa politique est fondée non seulement sur des intérêts politiques et un raisonnement stratégique, mais aussi sur une vision du monde et une idéologie dans laquelle «la morale politique" joue un rôle central.
La politique turque est pleine de contradictions apparentes. D'une part, M. Erdogan attaque Israël pour le blocus et les attaques sur Gaza, alors que la Turquie opère de la même manière contre les militants kurdes du PKK en territoire irakien. «La différence est que les Palestiniens attaquent Israël en raison de l'occupation tandis que la Turquie est attaquée, même si elle n'est pas un occupant», a déclaré un conseiller du gouvernement turc. «La résistance à l'occupation est une chose naturelle, alors que les attaques kurdes en territoire turc sont le terrorisme pur."
Bien sûr, on peut être en désaccord avec cette explication et le concept derrière elle, mais comme Israël, Erdogan est sûr qu'il est de mener des politiques justes et morales, dont une partie est de demander des excuses à Israël.
La combinaison de l'idéologie et de considérations stratégiques ouvre ainsi la voie à la fois pour l'apaisement des tensions ainsi que pour une détérioration. Des excuses rétabliront la relation alors qu'un refus de s'excuser entrainera encore plus de mesures punitives. A partir de maintenant, il n'y aura pas de calendrier prédéterminé, mais tout retard à s'excuser et toutes les mesures punitives supplémentaires permettront d'approfondir non seulement la rupture formelle dans les relations, mais aussi la fin de la proximité presque familiale qui existait entre les deux peuples. L' honneur, comme l'a expliqué Yaalon, est un atout stratégique. Il a raison, tant que cet honneur n'explose pas à son visage et vient briser des intérêts stratégiques vitaux.

Zvi Bar'el
Haaretz 3 septembre 2011
Traduction Jean Corcos

06 septembre 2011

Tunisie : saccage et pillage de la Synagogue Beth El à Sfax

La Synagogue Beth El, Sfax


C'est encore une fois une triste nouvelle en provenance de Tunisie, et qui va traumatiser encore plus à la fois la minuscule communauté juive du pays, et les nombreux originaires du pays qui lui sont très attachés : la synagogue Beth-El de Sfax a été saccagée et pillée, les faits se situant aux alentours du 18 août, en plein mois du Ramadan. Les premières informations ont été diffusées sur le Web par Monsieur Camus (Ygal) Bouhnik, citoyen israélien originaire de Sfax, dans un publication reprise ensuite telle que par de nombreux sites communautaires (1)

L'information n'est pas venue directement des derniers Juifs de cette grande métropole - une trentaine de personnes y vivent encore, la plupart très âgées et faisant "profil bas", dans un pays où la sécurité n'est pas vraiment revenue huit mois après la révolution. Mais l'une d'entre elles, qui a pu pénétrer dans l'édifice, a entièrement confirmé les premières informations données par un Tunisien musulman, en contact avec les associations d'originaires qui organisaient -  jusqu'en 2010 - des voyages dans la ville et des pèlerinages dans cette synagogue : ce témoin a parlé à M. Freddy Cohen, vivant en Israël  et qui connait parfaitement les lieux ; Freddy Cohen s'est exprimé au micro de Michel Zerbib ce vendredi 2 septembre sur Radio J, et il a bien voulu m'accorder un long entretien téléphonique, qui m'a permis de reconstituer ce qui s'est réellement passé.
- Alors qu'il y avait une surveillance policière 24 heures sur 24 du temps du Président Ben Ali, cette garde n'existait plus ces derniers mois ; il faut aussi dire que les forces de police tunisiennes sont fortement sollicitées à la fois en raison des troubles à l'intérieur du pays, et à cause des actes de banditisme qui effraient la population - le vol étant l'un des probables mobiles de ce qui s'est passé, nous y reviendrons.
- La police n'a été présente sur les lieux que juste après le constat des saccages, interdisant l'accès à l'intérieur de l'édifice. Depuis, il est verrouillé et ceux qui veulent y pénétrer doivent demander les clés au responsable de la communauté juive locale, Monsieur Zarka. On ne dispose pas encore, à ce jour, des photos prises dans la Synagogue après le saccage.
- Les responsables du saccage n'ont pas laissé de traces extérieures de dégradation, ni de graffitis sur la façade : ceci m'a été confirmé par un ami tunisien musulman, présent dans sa famille à Sfax pour la fête de l'Aïd, donc après les faits.
- A noter aussi que la Synagogue Beth El se situe en plein centre ville, et qu'y fait face un grand café ouvert la nuit pendant le mois du Ramadan : dans ces conditions, les pilleurs ont-ils pu vraiment pénétrer et sortir sans être vus ?
- Bien que cette Synagogue restait désaffectée faute de fidèles, elle était ré-ouverte à l'occasion de l'arrivée de cars de pèlerins : il y avait donc des Sefer Torah qui y étaient conservés ; or les armoires les contenant ont été ouvertes et ils ont été emportés ; ceci porte donc la marque d'un acte de malveillance antisémite, au delà du pillage.
- De même, des plaques en marbre rendant hommage aux donateurs qui ont aidé à remettre à neuf l'endroit (voir plus loin) ont également été brisées.
- Vol mais aussi profanation avec la disparition de dizaines de "Kandils" en argent. Cette sorte de plaque funéraire était utilisée par les Juifs tunisiens, qui avaient  la coutume d'honorer leurs disparus en allumant des lumignons trempés dans l'huile, le gobelet contenant la mèche étant lui-même fixé à une plaque d'argenterie où étaient gravés les noms, dates de naissance et de décès des disparus : les originaires de Sfax avaient fait une collecte de tous les "kandils" de toutes les synagogues désaffectées de la ville, conservées dans des boites en carton à l'intérieur de la Synagogue Beth El : elles ont toutes été volées ; au delà de l'acte crapuleux, on a donc une insulte à la mémoire des familles ayant vécu dans cette ville depuis des siècles.
- Vol, aussi, de tous les "troncs" présents et où les pèlerins déposaient des dons à l'occasion de leur passage.
- Vandalisme, aussi, avec la destruction des vitraux de la synagogue, qui venaient d'être réparés lors de la grande restauration trois ans plus tôt (voir plus loin).
- Enfin - et là il s'agit de crapulerie pure et simple - pillage complet de l'appartement attenant à la Synagogue (propriété de l'organisation de bienfaisance OSE), tout étant emporté de l'électro ménager au climatiseur.

Par contre - et là il faut corriger les exagérations, emballements et inventions accompagnant hélas régulièrement de telles nouvelles sur Internet - il n'y a eu ni incendie, ni graffitis antisémites laissés sur le lieu : mais les dégradations et les vols font clairement deviner les sentiments réels des auteurs de cet acte infâmant.
Vu la difficulté d'avoir des contacts et la discrétion de la communauté juive locale, on ne sait pas encore précisément si une plainte a été déposée ou non ; mutisme total aussi de la presse tunisienne sur cette affaire.

Quelques rappels historiques à propos de cette Synagogue, une des plus grandes de Tunisie, la plus récente aussi puisqu'elle fut inaugurée presqu'à la veille de l'indépendance, le 6 juin 1955. C'est l'indispensable album "Synagogues de Tunisie", de Colette Bismuth-Jarassé et Dominique Jarassé, qui nous donne à la fois des photographies extérieures et intérieures de ce lieu jadis dédié au culte, sa description et sa courte et déchirante histoire.
Située en plein centre de la ville comme on l'a dit (avenue d'Algérie), elle fait vraiment partie du paysage - voir la photo. Le bâtiment regroupait à l'origine la synagogue proprement dite, les bureaux du conseil communautaire, l'école de l'Alliance Israélite Universelle, l'OSE, un réfectoire : les dirigeants de la nombreuse communauté juive de l'époque - Sfax a compté jusqu'à 12 synagogues, sans compter les salles louées pour les grandes fêtes religieuses - avaient vu grand, n'imaginant pas que dans cette ville, comme dans toute la Tunisie, les Juifs allaient partir en masse en l'espace de quelques années. Le romancier Claude Kayat a écrit un roman ("La synagogue de Sfax", 2006), où cet édifice est largement évoqué autour de "la conscience douloureuse de la fin d'un monde, malgré l'inauguration de ce monument", comme finement résumé dans l'album. Le héros "évoque les vitraux brisés et la synagogue, profanée, bientôt déserte et délabrée". Et notre ami Jean-Pierre Allali a évoqué, sur ce site, cet émouvant roman (2).
Malgré donc ces profanations passées et la quasi disparition d'une communauté sur place, une forte somme a été investie pour redonner un aspect décent à ce lieu de culte abandonné. Camus Bouhnik raconte en détail cet épisode dans son article (1), ci-dessous un extrait :
"L'édifice resta entre les mains des Juifs de Sfax. Toutefois les autorités ont opposé une condition, qu'il soit restauré, sinon il serait mis en vente au plus offrant. On a parlé d'un projet aspirant à transformer le site en mosquée ou en centre commercial. Des volontaires ont décidé de restaurer la Synagogue (...). Par les moyens de bord et subventionné par leurs propres économies, ils entreprirent un travail d'arrache-pied, et ont changé des centaines de carreaux cassées dans un labeur colossal, remplacé des portes brisées, remis de l'ordre et les Sépharim dans l'Eikhal, qui fut verrouillé par une barre de fer et cadenassé. Une quantité de livres saints est mise dans des sacs, afin de les porter à la Guéniza. Les murs sont retapés et au bout de quelques mois, la synagogue a pris une allure décente."
Ceci est également évoqué dans l'album précité : "En 2008, La synagogue a été restaurée et repeinte par David Bouhnik, redonnant une fraicheur remarquable à cet élément majeur du patrimoine juif tunisien" : et les photos publiées dans l'album font deviner un lieu de culte certes désaffecté, mais non délabré. Par contre, la fin de l'article fait froid dans le dos en laissant deviner le saccage que l'on vient de déplorer : "Quand aux vitraux brisés, les réparer semble désespérant puisque c'est visiblement une habitude de les cribler de pierres" ...

Jean Corcos



Nota :
Cet article a été publiée sur le site du CRIF le 5 septembre 2011

05 septembre 2011

Turquie: victoire décisive d'Erdogan sur l'armée


Introduction :
Après le rapport de la Commission d'enquête de l'ONU sur l'arraisonnement sanglant du "Mavi Marmara" - rapport équilibré, et donnant raison à Israël sur certains points, comme la légalité internationale du blocus de Gaza - on pouvait s'attendre à un accès de mauvaise humeur d'Ankara : il a été encore plus brutal qu'on ne l'attendait, avec l'expulsion de l'ambassadeur de l'état hébreu ... Erdogan se comporte en leader incontesté du pays, sans craindre par exemple une réaction de l'armée turque, qui avait noué des liens anciens et féconds avec Israël : et cet article de Jacques Benillouche, publié il y a quelques semaines, démontre bien pourquoi !
J.C 

Des représentants du gouvernement turc et des hauts gradés de l'armée vont se rencontrer lundi 1er août au sein du Conseil militaire suprême pour procéder à quelques nominations. L'atmosphère devrait être particulière après une vague de démissions à la tête de l'armée turque qui marque un bouleversement des équilibres politiques dans le pays.
Le rapport de force entre lepouvoir civil et l'armée semble avoir définitivement basculé en faveur du premier et notamment du premier ministre Reccep Tayyip Erdogan. Ce dernier est incontestable après avoir remporté des élections démocratiques pour la troisième fois consécutive le 12 juin.
Pour autant, les démissions à la tête de l'armée ont été une véritable surprise. Le chef des forces armées turques, le général Isik Kosaner ainsi que les commandants des trois armes (armée de terre, armée de l'air et marine), ont pris cette décision après l'incarcération de 250 officiers supérieurs dont plusieurs généraux (173 militaires d’active et 77 du cadre de réserve) qui seraient impliqués dans des complots contre le gouvernement.
Le chef d’Etat-Major nommé il y a un an s’estime incapable, dans son message d'adieu à ses «frères d'armes», de protéger les droits des militaires détenus dans des procédures judiciaires imparfaites. Plus de 40 généraux d’active qui participaient à un exercice militaire, l'opération Sledgehammer, ont été arrêtés sous suspicion de complot contre l’AKP, le parti islamiste au pouvoir.

L'affaiblissement de l'armée pro-occidentale

Au cours des dernières années, l’armée pro-occidentale a vu peu à peu son poids politique diminuer. Elle a mal accepté le changement de stratégie vis-à-vis d’Israël, amorcé par lepremier ministre Recep Tayyip Erdogan qui a décidé de se rapprocher de la Syrie, du Hamas palestinien et de l'Iran pour se présenter comme le nouveau leader du monde arabe en lieu et place de l'Egyptien Hosni Moubarak. Pour cela, il devait redonner à la Turquie un statut de puissance régionale en soutenant les palestiniens et les adversaires proclamés des occidentaux, tout en profitant de l'affaiblissement économique de l'éternel rival grec. L’Europe et les Etats-Unis n’avaient pas réagi, confiants dans le poids institutionnel de l’armée turque, garante des institutions, de la laïcité du pays et de son ancrage occidental. Une dizaine de coups d’Etat militaires ont d'ailleurs rythmé
l'histoire turque chaque fois que l’armée a voulu empêcher que le pouvoir civil n'abandonne les préceptes édictés par Kemal Atatürk, le créateur de la Turquie moderne.
Mais l'armée n'a cessé de perdre sa légitimité au cours des dernières années face à un gouvernement issu des urnes et qui est à l'origine du miracle économique turque. Même les révolutions arabes et les choix stratégiques douteux d'Erdogan de se rapprocher de la Syrie de Bachar el-Assad et l'Iran de Mahmoud Ahmadinejad n'ont pas affaibli l'image et le poids de l'AKP. 

Un réseau putschiste arrêté

D'autant plus que des bruits sérieux avaient circulé dès 2009 sur l’existence d’un complot préparé par un colonel pour favoriser un putsch militaire tendant à renverser le gouvernement. Un document révélé par le quotidien Taraf faisait état d’un «Plan d’action pour combattre le fondamentalisme religieux» établi par le réseau putschiste turc Ergenekon. Ce réseau était composé de militants d'extrême-droite, d'officiers de l'armée et de la gendarmerie. 300 personnes avaient été arrêtées de juin 2007 à novembre 2009, malgré les dénégations molles du chef de l’armée qui feignait d’ignorer que les actions permettant de renverser le gouvernement légitime étaient détaillées par le menu. Pour autant et  jusqu'à aujourd'hui, le pouvoir politique turc ne s’était jamais attaqué de front à l’armée. Elle n’avait pas réagi lorsque la Constitution, votée après le coup d’Etat de 1980, avait été modifiée. Le pouvoir avait profité de cette révision pour rogner sur les prérogatives des militaires et pour islamiser en douceur la Turquie. 

Erdogan les mains libres pour une nouvelle constitution

L’opposition s’interroge d'ailleurs aujourd'hui sur les véritables raisons qui poussent Erdogan à s’en prendre à des «généraux en pyjama» alors que le camp des laïcs est totalement affaibli. En tout cas, Erdogan a maintenant les mains libres pour mettre en place une nouvelle constitution et semble lui même enivré par un pouvoir presque sans opposition. Israël suit les évènements avec intérêt et craint une Turquie islamique forte qui prêterait main forte à un Iran nucléaire. L'alliance étroite, notamment militaire, entre Jérusalem et Ankara appartient au passé. Après l’incident de la flottille pour Gaza, Benjamin Netanyahou n’avait pas envoyé à Ankara son ministre des affaires étrangères mais son ministre de la défense Ehoud Baraka pour recoller les morceaux et pour assurer la poursuite de la coopération militaire. La brouille ne s’était pas estompée pour autant.
La victoire du pouvoir civil sur le pouvoir militaire est «un développement inquiétant» aux dires de l’ancien chef d’Etat-major israélien de l’armée de l’air. C'est peut-être aussi le signe de l'arrivée de la société turque et de sa démocratie à une certaine maturité. D’autres dirigeants israéliens se sont d'ailleurs montrés plus résignés: «il se pourrait que la réalité ait déjà changé et que les liens stratégiques que nous pensions continuer avec la Turquie soient simplement terminés». La vraie question est de savoir si Reccep Tayyip Erdogan va mener la Turquie vers une démocratie apaisée et stable ou profiter de son pouvoir pour faire basculer le pays dans un régime islamiste pur et dur.

Jacques Benillouche
Slate.fr, 1er août 2011

03 septembre 2011

Dix ans après ... Jean-Pierre Filiu sera mon invité le 11 septembre !



Je serai ravi de vous retrouver dimanche prochain après la période des congés d'été. Voici donc revenu le mois de septembre, et dans quelques jours ce sera l'anniversaire du 11 septembre 2001, car il y a dix ans c'était les méga-attentats de New-York et Washington, des milliers de morts avec la destruction en direct des deux tours jumelles du World Trade Center et le basculement, d'un coup, dans un autre monde, avec des guerres qui ont commencé peu de temps après mais qui ne sont pas vraiment finies, en Afghanistan puis en Irak. Or justement, par un hasard de calendrier, c'est le dimanche 11 septembre que vous pourrez entendre ma prochaine émission : j'espère bien sûr qu'un nouvel et terrible attentat ne viendra pas marquer ce jour-là, ce serait fâcheux car ce sera un pré enregistré mais enfin je ne pouvais pas ignorer cet anniversaire, et pour en parler j'ai choisi l'un des meilleurs spécialistes de Ben Laden et d'Al-Qaïda, Jean-Pierre Filiu. Rappelons que j'ai déjà eu le plaisir de le recevoir à mon micro en octobre dernier. Jean-Pierre Filiu est historien et arabisant. Professeur associé à l'Institut d’Études Politiques de Paris, il a étudié en profondeur les différents mouvements jihadistes, mais surtout le phénomène Al-Qaïda ; et ceci a été synthétisé dans plusieurs ouvrages, "Les frontières du Jihad", publié aux éditions Fayard,  "Les neuf vies d'Al-Qaïda", chez le même éditeur, et puis en mars dernier "La véritable histoire d'Al-Qaïda", aux éditions Pluriel. Or, ce livre est sorti juste avant que Ben Laden ne soit liquidé par un commando américain, le 2 mai dernier, une fin brutale qui n'a pas suscité vraiment de réplique de la nébuleuse terroriste, confirmant ainsi son déclin dont il avait parlé à nos auditeurs. Mais son livre ignorait aussi le "printemps arabe" qui venait de commencer, un phénomène totalement indépendant d'Al-Qaïda mais qui ouvre aussi une période de grandes incertitudes, soulevant les espoirs des uns et les craintes des autres : alors il fallait que l'on se retrouve pour parler de tout cela, et nous allons essayer de le faire, d'abord en parlant plutôt de Ben Laden, du Pakistan où il a été tué et de l'Afghanistan, terrain principal de guerre aujourd'hui, et ensuite du monde arabe et de son devenir.

Parmi les questions que je poserai à Jean-Pierre Filiu :

- Avez-vous été surpris par cette fin brutale de Ben Laden ? Surpris, parce que c'est sous Obama, que l'on présente comme un "faible", que cette intervention armée au Pakistan, pays certes allié, mais souverain, a été décidée ? Surpris aussi par la faiblesse des réactions après ce qui a été une liquidation sans jugement ?

- Juste après le 11 septembre et une fois acquise l'information que les méga-attentats avaient été préparés et menés depuis l'Afghanistan par Al-Qaïda, implantée et protégée par les Talibans alors au pouvoir, les États-Unis sont intervenus militairement, les ont chassés et ont tenté de mettre en place un gouvernement représentatif  issu des élections. Dix ans après, et alors que plus de 150.000 soldats occidentaux sont engagés sur le terrain, on a l'impression que cette guerre s'enlise, et que les Talibans risquent de gagner : est-ce que cette intervention a effectivement privé Al-Qaïda de base arrière, et donc empêché d'autres 11 septembre ? Ensuite, est-ce que en tuant Ben Laden, l'administration Obama n'a pas voulu d'abord laisser tomber l'Afghanistan, en disant qu'il n'y avait plus de raison d'y rester ? Enfin, est-ce que la victoire des Talibans ne risquera pas d'apparaitre comme une victoire éclatante du Jihadisme international ?

- Certains ont écrit que, au moment où Ben Laden allait disparaitre mais sans que cela soit lié, Al-Qaïda avait reçu un deuxième coup décisif, car les jeunes révoltés ne se sont pas revendiqués de son discours, ni au Caire, ni à Tunis ni à Damas, mais d'un idéal de démocratie sans comptes à régler avec l'étranger occidental honni. Dans le journal "Le Monde", le 18 mars dernier sous le titre "l'intifada démocratique arabe est un mouvement de libération nationale", vous remarquiez justement, les drapeaux nationaux brandis partout en contraste avec les bannières vertes et noires des islamistes : que peut-on en penser ?

- A propos de la Libye : Kadhafi - qui a toujours eu un discours ambiguë vis à vis de l'islam politique - a voulu se présenter comme un rempart contre Al-Qaïda, accusé d'infiltrer la rébellion. Par contraste, le Conseil National de Transition a présenté l'insurrection comme un mouvement laïc et libéral, il suffisait de voir les reportages à la télévision pour noter de grandes barbes d'islamistes parmi les combattants. Et puis il y en a aussi parmi les responsables ; on dit aussi que des stocks d'armes ont déjà  été vendues à des groupes radicaux, AQMI et autres : ne doit-on pas s'en inquiéter ?

Soyez nombreux pour cette rentrée, pour une actualité toujours plus "chaude" !

J.C

02 septembre 2011

Pour qui voteront les Tunisiens ?

Sondage publié sur le site "Tunisia News of Tomorrow"
(cliquer sur l'image pour agrandir)

Pour qui voteront les Tunisiens lors des premières élections réellement libres du pays, prévues à la fin du mois d'octobre ? 

La grande crainte, c'est bien sûr un succès des islamistes, succès qui serait grandement facilité par un trop grand émiettement des partis "laïcs" : hélas, ce condensé des derniers sondages, publié le 2 août sur l'excellent blog "Tunisia News of Tomorrow" en lien permanent, confirme cette tendance. Le mouvement Ennahda arriverait largement en tête, avec environ 21 % des voix. A moins d'un bloc clairement constitué contre lui, il serait donc le pivot d'une future majorité. A suivre, donc.

Voir l'article original  sur ce lien 

J.C

01 septembre 2011

L’Algérie cherche à faire échouer les révolutions en Tunisie et en Libye



Cette fois-ci, le régime algérien a été pris la main dans le sac. Une cargaison d’armes, une de trop, débarquée dans le port algérien de Djendjen, et acheminée par des relais de l’armée algérienne vers la Libye, à travers le sud-est du Sahara algérien, a été éventée par un haut responsable américain. Une opération que ce dernier a vigoureusement condamnée, accusant l’Algérie d’avoir violé les dispositions de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité (1).
Les uns bombardent un pays, pendant que les autres aident son despote
Pourquoi les Américains ont-ils dénoncé cette opération? Pourquoi celle-ci? Pourquoi cette fois-ci?
Le soutien du régime algérien à la famille Kadhafi, pour l’imposer par la force au peuple libyen, était pourtant patent, et le Conseil national de transition (Cnt) libyen l’a publiquement, et énergiquement signalé à la communauté internationale, à plusieurs reprises. En vain!
Le régime algérien a volé au secours de Kadhafi bien avant que les premières émeutes de Benghazi aient lieu.
Une alliance mutuelle aurait été contractée entre les deux régimes despotiques dès que la révolution de jasmin a commencé à souffler sur la région. Les Occidentaux connaissaient la nature des relations entre les deux régimes, l’aide du régime algérien à son acolyte libyen, et même l’utilisation d’un clan du Polisario par le Département du renseignement et de la sécurité (Drs) de l’armée algérienne, pour sustenter le despote libyen en armes, munitions, mercenaires, carburant et véhicules. Cela était un secret de Polichinelle, depuis le tout début.
Pourquoi alors ni l’Otan, ni une quelconque puissance occidentale n’en a rien dit jusqu’à ce jour?
Est-ce seulement l’effet des gros contrats dont se sert le régime algérien pour mettre un bémol aux protestations occidentales, où bien existe-t-il d’autres éléments qu’on nous cache?
En tout  cas, à Alger, c’est le branle-bas de combat. Un malheur ne vient jamais seul, dit-on. Cette tuile qui tombe sur la tête du régime, et qui va, encore une fois, le montrer sous son véritable jour, tombe vraiment mal, pour l’association de malfaiteurs qui préside aux destinées des Algériens.
En plus d’une guerre de clans qui fait rage depuis peu, au sujet de toutes récentes commissions sur des achats d’armements, qui auraient rapporté un gros butin à un clan au détriment d’un autre, un gros pactole qui se chiffre en plusieurs centaines de millions de dollars, il y a aussi l’affaire El Jenn, ce criminel contre l’humanité, qui a failli être pris comme un rat à New York, après que des opposants au régime algérien ait lancé l’alerte sur sa présence aux Etats-Unis.
S’il avait été arrêté, le monde entier aurait découvert la véritable nature du régime algérien, et les atroces exactions qui ont été commises, dans les années 90, par les escadrons de la mort, et les Groupes islamiques armés (Gia), tous agissant sous les ordres du sinistre Drs. http://www.youtube.com/watch?v=T_O-QbQags0
Le régime, alerté par une procédure qui venait d’être lancée depuis Londres, a fait exfiltrer in-extremis le criminel contre l’humanité, en utilisant un avion affecté à la présidence de la république. Mais cette histoire a semé la panique dans le sérail. Un clan du Drs, le plus compromis dans les crimes de masse, parce que les généraux qui le composent aujourd’hui étaient des officiers opérationnels au moment des carnages et des enlèvements, a vite compris que si El Jenn a été envoyé en mission aux Etats-Unis, ce n'était pas pour ses brillantes qualités, puisqu’il n’en a aucune, hormis son goût immodéré pour le sang, mais pour les mettre dans une situation difficile, et les jeter en pâture aux opinions publiques internationales.
Le régime algérien déterminé à empêcher l'installation de démocraties à ses frontières ...
C’est donc dans ce climat de guerre larvée, et d’une autre ouverte, que le régime algérien est finalement confondu, pour une énième forfaiture. Son implication aux côtés de la contre-révolution libyenne, pour empêcher le despote de tomber, est enfin avérée. Ou plutôt publiquement dénoncée.
Cette cargaison d’armes destinée à la famille Kadhafi a bien été déchargée au port algérien de Djen-Djen, et acheminée vers la Libye par des relais de l’armée algérienne. Cette fois-ci, les preuves sont tangibles et incontournables. Les Américains, par la voix d’un responsable du Département d’Etat, ont porté des accusations directes. Comme pour dire que c’était assez joué.
Mais ce que ne nous disent ni les journaux du régime, ni les porte-paroles du Département d’Etat, est que ce n’est pas d’aujourd’hui que le régime algérien vole au secours des Kadhafi. Ce n’est pas une cargaison qui a été acheminée via l’Algérie, mais des centaines. Une perfusion en non-stop, de moyens colossaux, un approvisionnement et un soutien en flux tendu.
Sans l’aide, massive, régulière, et très variée du régime algérien, Kadhafi n’aurait pas tenir dix jours.
Toutes les souffrances inutiles, et les morts de  milliers de civils assassinés par les mercenaires de Kadhafi, auraient pu être évitées sans l’action morbide du régime algérien.
C’est lui, et principalement lui, qui a porté Kadhafi à bout de bras, par tous les moyens dont il dispose, diplomatiques, militaires, logistiques, médiatiques, et autres que nous ne connaissons pas, mais dont nous aurons bien le détail, tôt ou tard.
C’est le régime algérien, aidé de certaines parmi ses créatures du Sahara occidental et de l’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui ont acheminé armes, carburant et véhicules militaires au clan Kadhafi.
Polisario et Aqmi, des outils entre les mains du Drs algérien... 
La désinformation qui a circulé sur les révolutionnaires libyens, pour les faire passer pour des djihadistes n’ayant d’autre objectif que d’installer des républiques islamistes dans tout le Maghreb est un complot soigneusement ourdi par les officines du Drs, passées maîtres dans ce genre de manipulation. Ce sont elles qui envoyaient leurs groupes de l’Aqmi vers la Libye, en même temps qu'elles  les dénonçaient via leurs journaux et leurs relais médiatiques, à une opinion internationale chauffée à blanc, encore une fois, sur la menace islamiste.
Rien que de bien normal, en fait. Ces pratiques du régime algérien, presque anodines, contre les peuples en marche, procèdent d’une logique somme toute légitime. Puisqu’une association de malfaiteurs, comme celle qui a pris le contrôle du pouvoir en Algérie, ne peut pas s’accommoder, à toutes ses frontières, d’Etats démocratiques, qui auront été fondés par les peuples eux-mêmes, après que les despotes en eurent été chassés. Cela aurait été suicidaire pour le régime algérien, s’il avait accepté, sans coup férir, que des systèmes démocratiques, et éminemment contagieux, s’installent à ses frontières.
Et c’est dans cette logique que, dès les premiers soulèvements populaires en Tunisie, le régime algérien a usé de tous ses moyens pour les contrecarrer, pour voler au secours de l’ami Ben Ali, et plus tard pour lancer, et promouvoir, avec le même zèle hargneux, les contre-révolutions des autres peuples de la région.
Il tente, jusqu’à aujourd’hui, de faire échouer la révolution tunisienne, et de faire regretter au peuple tunisien d’avoir chassé Ben Ali.
Si les touristes algériens ne se sont pas rendus massivement en Tunisie, cette année comme à leur habitude, c’est parce que le régime algérien a déchaîné sa propagande pour faire croire aux Algériens que la Tunisie est à feu et à sang, et qu’il était très périlleux d’aller y passer ses vacances.
Les journaux du régime ont été jusqu’à publier des informations faisant état de l’enlèvement de deux nouvelles mariées, par des groupes de jeunes Tunisiens.
Le régime algérien a réussi, en fin de compte, à priver le peuple tunisien d’une manne habituelle. Ce qui ne manquera pas d’affecter gravement son économie.
Ce que recherche exactement le régime algérien, qui tente de provoquer l’anarchie et le chaos dans ce pays voisin, pour dissuader les Algériens de se laisser tenter par une expérience révolutionnaire.
Un régime parano ...
Le régime algérien est aux abois. Son hostilité aux réformes annoncées par le monarque marocain procède de la même logique paranoïaque. Aussi timides soient-elles, et tout aussi mièvres, ces réformes ont pourtant été perçues comme dangereuses.
Et en même temps que le régime algérien lâche toutes ses meutes contre les opposants et les peuples voisins, il tente de se servir de l’immense pactole qu’il réserve à son fameux «plan quinquennal», environ 300 milliards de dollars, pour acheter la complicité, ou du moins la passivité d’un Occident qui ne demande qu’à irriguer son économie, même si cela doive être accompagné d’indignes compromissions.
Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne savent très bien ce que sont les pratiques de ce régime mortifère, non seulement contre son propre peuple, qu’il prend en otage, et qu’il pille sans vergogne, mais aussi contre les autres peuples de la région, dont il aide les despotes à les garder sous leur emprise.
Les Occidentaux, et tout particulièrement la France, savent, dans le détail, toute l’étendue de l’aide scélérate et criminelle apportée par le régime algérien à la famille Kadhafi. Les gros contrats que leur agite le régime algérien sous le nez, pour qu’ils détournent le regard, sera inscrit à leurs tablettes, le jour où les peuples se seront débarrassés de toute leur vermine. Nous leur demanderons pourquoi ils acceptaient de bombarder des troupes de Kadhafi, avec toutes les victimes collatérales que cela entraîne, sachant qu’ils le faisaient en vain, et que dans le même temps que durait leur action, le régime algérien faisait parvenir aux Kadhafi bien plus que ce qui avait été détruit par leurs bombardements.
Et ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas, parce que nous savons qu’ils savent, et qu’ils ont toujours su.
En tout état de cause, cette cargaison d’armes pour Kadhafi dont le passage par l’Algérie a été éventé, n’est qu’une seule parmi des centaines, peut-être des milliers d’autres. L’approvisionnement des Kadhafi par le régime algérien n’a jamais cessé. Pas un seul jour. Non seulement en armes, mais aussi en mercenaires, en carburant, en véhicules militaires, en munitions, en argent, et même en psychotropes du viol et de l’assassinat. Les mêmes pilules bleues qui étaient distribuées aux criminels sanguinaires que le Drs envoyait dans les campagnes commettre des carnages contre les populations. Les mêmes pilules bleues que El Jenn prenait lorsqu’il égorgeait ses victimes, où qu’il les énucléait, un œil après l'autre, à l’aide d’une fourchette. Les mêmes pilules bleues ont été fournies aux Kadhafi – c’est dire! – par le régime algérien.
Comme un geste inamical, voire menaçant, une campagne anti-marocaine est savamment entretenue par les relais du régime algérien, pour empêcher, coûte que coûte, les deux peuples maghrébins de se retrouver, et de regarder ensemble vers l’avenir. Plus que cela, les récentes acquisitions d’armement par le régime algérien, pour près de 20 milliards de dollars, procède délibérément de la volonté de pousser le royaume marocain à une escalade militaire, pour le ruiner, et le pousser au surendettement, à un moment où la poussée de la misère et du chômage risquent de mettre le feu aux poudres, dans un Maroc qui manque cruellement de ressources naturelles. Contrairement à son voisin algérien qui dilapide les siennes en ruineuses dépenses, dont celle des armements, au risque de plonger toute la région dans une logique d’affrontement.

Djamaleddine Benchenouf
 Journaliste algérien basé en France.
Publié sur le site tunisien Kapitalis, 25 juillet 2011
(1) - Le ministère algérien des Affaires étrangères a «catégoriquement» démenti les informations faisant état du transit d’une cargaison d'armes par le port de Djen-Djen (360 km à l’est d’Alger) en direction de la Libye.
Dans une déclaration au journal électronique ‘‘Tout sur l’Algérie’’ (Tsa), le porte-parole Amar Belani a accusé des membres du Conseil national de transition libyen (Cnt, opposition) d’avoir distillé ces informations. Certains «ne reculent devant aucune turpitude ou manœuvre perfide de désinformation pour tenter, vainement je dois préciser, de mettre la pression diplomatique sur notre pays», a accusé M. Belani.
Depuis le début de la guerre civile en Libye, Alger est régulièrement accusée par le Cnt de soutenir le régime de Mouammar Kadhafi à travers la fourniture d’armes et l’envoi de mercenaires. Lors d’une visite début juin à Alger, le général Carter Ham, patron du Commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom), avait démenti les accusations du Cnt, affirmant que l’Algérie a toujours œuvré pour «prévenir et empêcher qu’il y ait des mercenaires ou bien un mouvement de personnes et d’armements dans la région». (Source: AP).

Nota de Jean Corcos
L'hostilité de l'Algérie envers les révolutionnaires libyens est une réalité, car plusieurs jours après la chute de Kadhafi, Alger était l'un des seuls pays arabes à refuser de reconnaitre le CNT. Ceci étant, le discours pour le justifier est exactement l'inverse : les Algériens soupçonnent la rébellion d'être infiltrée par Al-Qaïda. Ceci étant également, le scandale de de soutien est apparu en plein jour lundi dernier, lorsque l'on a appris que l'Algérie avait donné asile à plusieurs membres de la famille Kadhafi,...

31 août 2011

La propagande pro-syrienne, par Marc Knobel

En France, il y a quelques années, un lobby pro-syrien encourageait le développement de relations bilatérales et économiques entre la France et la Syrie. Ce lobby était relativement actif. Aujourd’hui à la lumière des événements tragiques qui surviennent en Syrie, le contexte n’est plus le même et le lobby pro-syrien est beaucoup plus discret qu’il ne l’était par le passé. On peut même dire que ceux qui se démenaient tant ces dernières années sont très discrets aujourd’hui. Cependant, malgré le contexte géopolitique, un site Internet francophone (http://www.infosyrie.fr) présente les activités d’une prétendue agence de ré information sur la Syrie. Cette agence défend le régime baasiste. 

Que trouve-t-on sur le site de l’Agence ? D’abord un éditorial ubuesque en date du 31 mai 2011 (1) dont on pourrait penser qu’il aurait pu être rédigé par un diplomate syrien, en poste à Paris. Extrait : « À en croire la grande majorité des médias, de CBS à Al-Jazeera, la Syrie est à feu et à sang, selon le schéma désormais classique (et même hollywoodien) du peuple luttant à mains nues pour la démocratie à l’occidentale, contre un pouvoir isolé ne s’appuyant plus que sur ses hommes de main…. Oui, c’est vrai, le sang coule en Syrie. Mais tous les manifestants ne sont pas désarmés et pacifiques ou en recherche de pluralisme. Mais toutes les victimes ne sont pas civiles. Et toutes ces manifestations ne sont pas spontanées. » Que lit-on plus loin ? Ceci : « Contrairement à pas mal d’alliés arabes de Washington, la Syrie est un pays où les minorités sont protégées, où les femmes sont actrices à part entière de la vie sociale, un pays d’ailleurs ouvert au tourisme et au monde. Un pays qui avance, à son rythme. C’est aussi, bien sûr, un pays où subsistent des problèmes. Mais dont les habitants, dans leur immense majorité, ne veulent pas suivre les fauteurs de guerre civile et religieuse. »
Les Syriens qui sont oppressés, bâillonnés, liquidés, torturés sur ordre de Bachar El-Assad apprécieront cette prose nauséeuse.
Sur ce site, il existe aussi différentes rubriques, la première est intitulée « Décryptage », sorte de revue de presse « hypercritique », qui prétend mettre en évidence « les trucages et falsifications généralement volontaires des médias sur la situation en Syrie, trucages inspirés par les mots d'ordre de l'Amérique et de ses alliés européens et arabes. » Une autre rubrique pompeusement intitulée « ré-information » publie des articles qui proposent une autre interprétation de l’actualité, entendre par-là, une interprétation pro-gouvernementale de l’actualité. Il existe même une rubrique « Galerie », avec de jolies photographies de villes et paysages syriens. Enfin, l’Agence dit avoir contacté les candidats à l’élection présidentielle 2012 (2) pour leur demander leur position à propos de l’engagement de la France dans l’OTAN et, « particulièrement, du droit d’ingérence dont pourrait disposer l’Etat Français (3) »
Sous forme d’entretien, on trouve le récit du séjour qu’Alain Soral a effectué, dimanche 21 août et lundi 22 août, avec quelque 200 journalistes et personnalités de 18 nations en Syrie, à Damas d’abord puis à Hama (4). Rappelons qui est Alain Soral : militant du Parti communiste dans les années 1990, il devient en novembre 2007 membre du comité central du Front national, chargé notamment des affaires sociales et du problème des banlieues, jusqu'à son départ de ce parti le 1er février 2009. Il préside depuis 2007 Égalité et réconciliation, association « nationaliste de gauche » dont il est le fondateur, Il se présente aux élections européennes de 2009 en Île-de-France en 5e position sur la « liste antisioniste » conduite par Dieudonné (5).
Soral raconte : « Deux avions étaient pleins, et notamment de journalistes invités par les autorités syriennes. Parmi lesquels, côté français, une journaliste de FR3 et son équipe et un reporter du Figaro » qu’il critiquera par ailleurs. Soral ajoute : « Sinon, d’assez gros contingents de journalistes russes, indiens, plus quelques personnalités pro-syriennes venues de différents pays. » A la question de savoir si l’on voit beaucoup de policiers à Damas et si l’on a le sentiment d’un « état de siège », Soral répond qu’il ne voit aucune différence avec sa première visite, voici cinq ans, quand tout était calme : « il n’y a aucune présence militaire ou même policière visible à Damas et dans ses environs. » Il ajoute aussitôt : « Pour en revenir à Damas… on ne voit dans la capitale syrienne aucun bombage politique, de tags sur les murs. Tout ça donne une impression de calme civil général, une atmosphère urbaine au moins aussi respirable que celle de Paris », affirme-t-il effrontément.
Plus loin, Soral parle enfin des opposants au régime. Selon lui, ce sont « des groupes actifs de « snipers », d’assassins, à l’évidence financés et armés de l’extérieur, disposant par exemple de téléphones satellitaires de haut niveau et d’armes de guerre modernes, s’appuyant sur une base sociale islamiste radicale indéniable, et donc capable de commettre des provocations très graves, causant la mort de nombreux policiers ».
Et Thierry Meyssan ?
Le journaliste français Thierry Meyssan qui soutient Kadhafi -connu pour avoir ouvert la polémique sur les attentats du 11 septembre 2001 avec son livre L'Effroyable imposture, dans lequel il développe ce que ses détracteurs qualifient à juste titre de « théorie du complot »- fustige cette fois « la guerre médiatique menée par les chaînes satellitaires entre autres CNN, France 24, BBC et al-Jazeera, pour envenimer la communauté internationale, ternir l'image des gouvernements et justifier les agressions terroristes », affirme-t-il… « La façon avec laquelle les médias occidentaux se comportent vis-à-vis de la Syrie et de la Libye constitue un tournant dans l'histoire de la guerre psychologique, à travers l'utilisation de nouveaux procédés qui ont surpris l'opinion publique internationale", ajoute sans rire Thierry Meyssan dans un article publié sur le site Egalité et Réconciliation et par le réseau Voltaire, que rapporte avec joie… la très officielle agence de presse arabe syrienne, Sana (6). Et pour cause…

Marc Knobel,
publié sur le site du CRIF le 29 août 2011

Notes :
1) http://www.infosyrie.fr/edito/manifs-manips/
2) A savoir  pour le Nouveau Parti Anticapitaliste: Philippe Poutou ; Lutte Ouvrière: Nathalie Arthaud ; Europe Ecologie - Les Verts: Eva Joly ; Le Parti de Gauche: Jean-Luc Mélenchon ; Parti Radical de Gauche: Jean-Michel Baylet ; Parti Socialiste: Martine Aubry - François Hollande - Ségolène Royal - Arnaud Montebourg ; Nouveau Centre: Hervé Morin ; Mouvement Démocrate (MODEM): François Bayrou ; Parti Chrétien Démocrate: Christine Boutin ; République Solidaire: Dominique de Villepin ; Parti Radical: Jean-Louis Borloo ; Debout la République: Nicolas Dupont-Aignan ; Les Démocrates: François Bayrou et pour le Front national, Marine Le Pen.
3) Voici les questions qu’InfoSyrie pose aux candidats à l’élection présidentielle « Vous êtes candidat(e) déclaré(e) à l’élection présidentielle. Dans ce cadre, nous souhaiterions vous interroger, comme l’ensemble de vos concurrents, sur votre vision de la politique étrangère de la France. La France a réintégré l’OTAN, sous la direction et par la volonté de l’actuel chef de l’Etat. Dans cette logique et au nom du droit d’ingérence « humanitaire », notre pays s’est lancé dans une politique d’intervention armée à l’étranger ou de stigmatisation. Vous aspirez à présider aux destinées de notre pays. Nous aimerions, en conséquence, connaître votre position sur deux questions qui nous paraissent essentielles :
-Etes-vous partisan, ou non, d’une sortie de la France de l’OTAN ?
-Etes-vous partisan, ou non, du droit d’ingérence ? »
Le site indique que les réponses seront publiées sur le site InfoSyrie.fr le 15 septembre 2011.
4) Cet entretien est publié sur le site Internet d’Alain Soral
5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Soral

30 août 2011

Révolutions arabes : un dossier en liens permanents !

Les lecteurs fidèles observent régulièrement - mais sans doutes sans y attacher beaucoup d'attention - les libellés en fin d'article. Outils indispensables aux "surfeurs" curieux, ils permettent de naviguer à l'intérieur du blog, en faisant apparaitre la collection complète de publications rattachées par un "tag commun". Mais, chaque information et analyse pouvant être affublée de multiples tags à la fois, la navigation est infinie ... D'autre part, il faut avoir le réflexe d'aller les chercher ce qui n'est pas automatique !

Les liens permanents qui figurent sur la colonne de droite du blog, au contraire, sont visibles automatiquement : ils permettent à chaque visite d'aller consulter des dossiers dont l'intérêt dépasse l'actualité, par définition mouvante. C'est ainsi que j'avais publié il y a quelques années des collections riches et variées sur plusieurs pays (voir les liens "Voyages en Orient) ... Mais les vents de l'Histoire sont passés depuis en bourrasque sur plusieurs d'entre eux, et il était temps de vous offrir un récapitulatif de mes publications 2011 sur ces terres bouleversées par des révolutions : Tunisie, Égypte, Libye, Syrie, vous trouverez dorénavant tous ces articles en allant les retrouver sous le nouveau libellé "Révolutions arabes" !

J.C

Nota de Jean Corcos (ajouté le 15 janvier 2015) :
Une précision ajouté alors que j'achève le "ravalement" des principaux articles du blog. La présentation a évolué depuis cet article de 2011, et les liens permanents "révolutions arabes" sont désormais en colonne de gauche. Par ailleurs, le classement est fait, à la fois par pays et par année. Enfin, le sous chapitre "articles divers" regroupe les articles libellés "Révolutions arabes", et qui ne concernent pas de manière unique un pays donné. 

29 août 2011

Connaissez-vous ce charmant pays (suite) ?



La devinette du mois
- août 2011

Nouvelle devinette, dans la série inaugurée il y a maintenant quelques mois : il s'agit de deviner un pays musulman, d'après l'architecture, typique, de sa capitale ou d'une grande ville.

Soyons sincère, celle-là n'est pas trop facile ... elle l'aurait été, si j'avais publié une photo aérienne avec une vue sur l'immense mosquée qui en est le monument principal. On devine simplement que cette ville comprend peu de grands buildings, et que les paraboles sur les toits ont beaucoup de succès. Ceci explique-t-il cela ? On parle beaucoup de cette capitale cette année, mais chut, j'en ai déjà trop dit !

Comme d'habitude, mails bienvenus à l'adresse du blog : rencontre@noos.fr. Le résultat sera donné avec la prochaine devinette, le mois prochain.

Quand à la devinette précédente, il s'agissait ... de l'Egypte, la photo ayant été prise au Caire, métropole impressionnante et que je n'ai pas encore visitée ! 


J.C

28 août 2011

Pourquoi Israël ne veut pas d'une guerre à Gaza

Batterie anti-missiles "Dôme d'acier"


L’Etat hébreu ne veut pas offrir aujourd'hui ce cadeau à la Syrie et à l'Iran et cherche à éviter une rupture avec l’Égypte de l'après-Moubarak.

Il est 3 heures du matin, dans la nuit de dimanche à lundi, lorsque le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, réunit son cabinet restreint de sécurité. Une réunion d’urgence au cours de laquelle il est décidé de ne pas lancer d’offensive terrestre sur Gaza. En clair: éviter un Plomb durci numéro 2. Depuis l’attentat d’Eilat, ce jeudi, ce sont plus d’une centaine de roquettes qui ont frappé le sud d’Israël. En représailles, l’armée israélienne a bombardé de nombreuses cibles du Hamas, au pouvoir à Gaza. Néanmoins, selon la population gazaouie, la riposte israélienne est restée plutôt mesurée, en comparaison à d’autres incidents du même genre dans le passé. En décidant de ne pas lancer de vaste offensive sur Gaza, Israël prend le risque d’apparaître vulnérable aux yeux de ses ennemis. Alors quelles peuvent être les raisons de cette décision?
D’abord, depuis les attaques de jeudi, les relations entre Israël et l’Egypte sont mises à mal. Il serait quelque peu exagéré de parler de crise diplomatique mais Le Caire a tout de même menacé de rappeler son ambassadeur en Israël. La cause: la mort de cinq policiers égyptiens, lors de raids israéliens, alors que Tsahal pourchassait des assaillants en fuite. Pour l’heure, une enquête, menée conjointement par les deux pays, est en cours pour déterminer les circonstances de cet accident. Le Caire a demandé des excuses officielles, Israël a dit «regretter» la mort de ces policiers.
L’Egypte est le premier pays arabe à avoir signé la paix avec Israël, lors des accords de Camp David en 1978. Sous l’ancien régime égyptien, Israël avait un allié de poids en la personne d’Hosni Moubarak, qui avait apporté un soutien tacite à l’Etat hébreu, lors de l’opération Plomb durci, en décembre 2008 et janvier 2009. Israël avait les mains libres, sans se soucier de réactions hostiles de la part du Caire. Certes, sous l’ancien raïs égyptien, les deux pays entretenaient une paix froide, mais calme depuis 30 ans.
Le nouveau pourvoir en place en Egypte montre un changement de cap dans sa politique envers Israël. «Il y a une incertitude sur les relations entre les deux pays, assure Emmanuel Navon, professeur de relations internationales à l'Université de Tel-Aviv. Le Hamas et le Djihad islamique veulent tester ces relations et traîner Israël dans une situation embarrassante avec Le Caire. Or, Israël ne veut pas d’une dégradation de ses relations avec son voisin égyptien.» En cas d’opération terrestre sur Gaza, l’Etat hébreu risquerait de s’attirer les foudres de l’Egypte. Il préfère donc jouer la carte de l’apaisement avec son allié stratégique dans la région. «On a voulu détruire les relations entre les deux pays», a déclaré Ehud Barak, le ministre israélien de la Défense.

Le 20 septembre, enjeu essentiel

Au niveau diplomatique, Israël rentre dans une période cruciale. Le 20 septembre prochain, l’Autorité palestinienne demandera l’adhésion d’un Etat palestinien aux Nations Unies. Voici ce qu’a annoncé la radio israélienne, lundi matin: «Le cabinet a pris cette décision pour ne pas déclencher des manifestations de masse en Égypte susceptibles de déstabiliser le régime en place au Caire et de porter atteinte aux intérêts d'Israël à l'étranger à l'approche de la demande palestinienne d'adhésion d'un État palestinien à l'ONU en septembre». En cas de guerre à Gaza, Israël risquerait de donner encore plus de crédits à l’initiative palestinienne et d’anéantir les efforts de Benyamin Nétanyahou. Le Premier ministre israélien essaie d’obtenir le meilleur soutien possible de la communauté internationale pour faire échouer le projet palestinien. «Israël ne veut pas être sur la sellette, analyse Emmanuel Navon, ce qui risquerait de faire échouer son initiative diplomatique.» 

Mains de la Syrie et de l’Iran? 

Une offensive à Gaza risquerait de détourner l’attention de la répression en cours en Syrie. Le journal arabe, Al-Sharq Al-Awsat, basé à Londres, affirme que derrière les attaques d’Eilat, se cache la main du président syrien, Bachar el-Assad. «C’est la stratégie habituelle du régime syrien, constate Emmanuel Navon, professeur de relations internationales à l'Université de Tel-Aviv. Utiliser Israël pour détourner l’attention.» En cas de nouvelle guerre contre le Hamas, tous les regards se tourneraient vers ce petit territoire qui abrite plus d’1 million et demi de personnes. Oubliés les morts en Syrie, Bachar el-Assad se retrouverait les mains libres, et pourrait se faire oublier quelques temps sur les scènes médiatique et internationale. Un scénario qui rappelle ceux de la Naksa (commémoration palestinienne du déclenchement de la guerre des Six-Jours le 5 juin 1967). Le 5 juin dernier, plusieurs centaines de manifestants syriens et palestiniens ont tenté de franchir la ligne de cessez le feu israélo-syrienne, sur le plateau du Golan. L’armée israélienne a alors tiré sur les manifestants, faisant 23 morts selon la Syrie. L’opposition syrienne a accusé le pouvoir en place à Damas d’avoir organisé l’envoi de réfugiés à la frontière avec Israël, afin de faire diversion, de la révolte en Syrie. Le Parti de la réforme syrien, basé à Washington, s’appuyant sur des sources locales, a révélé que les autorités syriennes ont payé 1000 dollars à qui voulait participer à la manifestation à la frontière, et promis 10000 dollars à la famille de quiconque était tué. 
L’Iran serait celui qui tire les ficelles de cette diversion, pour tenter de porter secours à son allié syrien. Téhéran aurait coupé toute aide financière au Hamas, ou du moins, aurait réduit le montant des fonds versés au mouvement islamiste. Le régime des Mollahs reproche au Hamas de ne pas assez soutenir Bachar el-Assad. «C’est une sorte de surenchère islamique, précise Emmanuel Navon. Le Djihad islamique soutenu par l’Iran veut se montrer plus royaliste que le roi. Il n’est pas impossible que la Syrie soit impliquée dans la reprise des tirs de roquettes, et qu’elle se serve du Djihad islamique pour embarrasser le Hamas.»

Un nouveau Moyen-Orient

Une offensive israélienne déclencherait une vague anti-israélienne dans tout le Moyen-Orient, mais aussi à travers le monde. Elle ne ferait que raviver une haine farouche vis-à-vis d’Israël et des juifs, l’antisémitisme resurgirait au grand jour. Lors de l’opération Plomb durci, des manifestations en soutien à Gaza avaient rassemblé des millions de personnes dans près de 100 villes à travers le monde. Israël serait à nouveau délégitimé de toutes parts, notamment dans un Moyen-Orient post révolution. Car les révolutions arabes ont bel et bien modifié le visage de cette région. Et tendent à isoler davantage Israël. Le nouveau gouvernement égyptien est moins conciliant envers l’État hébreu qui observe avec inquiétude les événements en Syrie. La chute de Bachar el-Assad pourrait avoir de graves conséquences sur l’équilibre de la région et sur Israël. Bien que les deux pays soient toujours en guerre, le régime alaouite a maintenu un calme relatif à la frontière israélo-syrienne, depuis la guerre de 1973. Le départ d’Assad laisserait un pouvoir vacant, susceptible d’être récupéré par des éléments plus extrémistes, au détriment d’Israël.
Une opération à Gaza annihilerait tout chance de libérer le soldat franco-israélien Guilad Shalit. Dernièrement, Khaled Mechaal, le chef en exil du bureau politique du Hamas, s’est rendu au Caire sur fond de rumeurs d’une reprise prochaine des négociations pour un échange de prisonniers palestiniens contre le caporal Shalit. Le Premier ministre israélien aurait même lâché du lest concernant l’expulsion à l’étranger de prisonniers palestiniens. Ces derniers pourraient finalement rentrer en Cisjordanie ou à Gaza. Plusieurs sources ont fait état d’un accord imminent, avant que les négociations indirectes via l’Égypte soient interrompues.
Une source proche de Benyamin Nétanyahou a confié que l’accord de cessez-le-feu conclu avec le Hamas était une «décision motivée par la peur d'être entraînée dans un cycle de violence. Ce serait une erreur d'entrer en guerre seulement parce qu'un commando terroriste a commis un acte meurtrier dans le sud.» Reste tout de même l’attitude des groupes armés palestiniens. S’ils maintiennent le calme, il n’y aura pas d’opération israélienne. Dans le cas contraire, toutes les raisons évoquées ci dessus pourraient être vite mises de côté. Au risque d’assister à un déchaînement de violence, pas seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie.

Kristell Bernaud
Slate.fr, 23 août 2011

Nota de Jean Corcos :
Je me réjouis de lire, sous la plume de cette journaliste indépendante résidant à Jérusalem, une analyse recoupant en plusieurs points ce que j'écrivais il y a une semaine. Main probable de l'Iran et de la Syrie, risque à se lancer dans une guerre imposée, nécessité absolue de préserver la paix avec l’Égypte ... autant d'arguments qui incitaient à la prudence ; et alors que je n'ai jamais caché le peu d'estime que j'avais pour le gouvernement actuel de Jérusalem, un minimum d'honnêteté m'oblige à le saluer là-dessus ; d'autant plus que les deux trêves conclues cette semaine ont été aussitôt violées par des organisations islamistes de Gaza, et que la population du Sud du pays a vécu encore des jours d'angoisse. Rendons enfin hommage au système anti-missiles "Bouclier d'acier" (voir photo) dont les deux batteries ont évité un bilan humain et matériel beaucoup plus lourd !