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07 septembre 2011

"Pour mettre fin à la crise diplomatique avec la Turquie, Israël doit s'excuser" : un éditorialiste du Haaretz défend une position non orthodoxe

La traduction originale

Introduction :
C'est une approche "à contre-courant" et que vous n'avez guère de chance de lire dans la blogosphère juive francophone  ; elle est écrite sous la plume d'un orientaliste bien informé de la presse israélienne, et dont je trouve souvent l'approche intéressante. Je verse donc cette pièce au difficile dossier des relations Israël - Turquie, avec cependant un "bémol" : Zvi Bar'el résume ce qu'exigeait Erdogan à deux points - des excuses pour l'affaire du Mavi Marmara, et des indemnités pour les victimes (cette exigence étant acceptée par le gouvernement israélien, mais il n'en dit mot) : mais en fait il y a une autre exigence, celle là concernant directement la sécurité d'Israël et dont il ne parle pas, celle de la levée du blocus maritime de Gaza ...blocus jugée légal par la commission d'enquête de l'ONU !
J.C

Depuis de nombreux mois, Joseph Ciechanover et Ozdem Sanberk (les représentants israéliens et turcs sur la commission Palmer d'enquête de l'ONU) a essayé de présenter un rapport véridique et juste, de façon à préserver la relation Israël-Turquie. Ils ont échoué, mais pas à cause d'un manque de compétence ou de patience.
Si le Ministre des Affaires Etrangères Avigdor Lieberman et le Ministre des Affaires Stratégiques Moshe Yaalon n'avait pas insisté pour que Israël ne présente pas d'excuses à la Turquie, le rapport des Nations Unies aurait été un manuel de 105 pages sur la stratégie du blocus de Gaza et les tactiques utilisées pour contrecarrer les violations tentées contre lui. Un autre document parmi des milliers que l'ONU a produit au cours de son existence, dont la plupart sont enterrés dans des armoires métalliques. Il est possible qu'une commission d'enquête internationale n'aurait pas encore été établie et que les deux parties aurait été en mesure de poursuivre leur relation.
Sanberk, un homme agréable et ayant une riche expérience diplomatique (notamment pendant l'ère pré-Erdogan), est l'un des intellectuels les plus connus du public en Turquie, et un soutien majeur des relations avec Israël. Lors d'une réunion à Ankara il y a quelques mois,  Sanberk a dit "des erreurs se produisent, et il est permis de demander pardon quand elles se produisent. C'est ainsi que des amis se comportent lorsque leur relation est importante pour eux."
Mais entre Israël et la Turquie, l'honneur est devenu plus important que leur relation.La Turquie, malgré son empressement à rappeler son ambassadeur d'Israël et relâcher ses liens, a souligné que ces mesures sont dirigées contre "le gouvernement actuel» et non pas contre Israël ou l'opinion publique israélienne. Avec ou sans le rapport, dont certaines parties, notamment la légitimité de blocus naval de Gaza par Israël, sont inacceptables pour la Turquie, le gouvernement turc n'a pas claqué la porte pour le rétablissement des liens avec Israël. Les conditions pour rétablir ces liens restent les mêmes qu'elles étaient lorsque neuf citoyens turcs ont été tués sur le "Mavi Marmara": des excuses et une indemnisation.
Le mois dernier, Ibrahim Kalin, un conseiller principal au Premier ministre turc Recept Tayyip Erdogan, a indiqué que la Turquie était prête à normaliser ses liens avec Israël et à retourner à ce qu'ils étaient avant l'affaire de la flottille si Israël remplissait ces deux conditions. Il était persuadé que la brouille entre les deux pays avait été mauvaise pour les deux pays. En fait, il est difficile de trouver un  haut fonctionnaire proche d'Erdogan ou du Ministre des Affaires Etrangères Ahmet Davutoglu, qui ne regrette pas les difficultés qui ont surgi dans les relations entre les deux pays. Mais aucun d'entre eux pensent que la Turquie devrait renoncer à ses conditions.
Naturellement, M. Erdogan a considéré que sa relation avec le public turc était plus importante que sa relation avec Israël. Son engagement public de recevoir des excuses d'Israël et d'obtenir une indemnisation pour les  citoyens turcs tués est devenu une partie inséparable de sa crédibilité politique qui lui donne un ascendant sur le public. La politique étrangère de la Turquie - comme dans un pays démocratique - n'est pas dissociée de la politique intérieure. Tout comme M. Erdogan n'a pas hésité à tourner le dos au Président syrien Bashar Assad, malgré l'importance de la Syrie à l'axe qu'Erdogan a essayé de construire au Moyen-Orient, et tout comme Erdogan a fait comprendre à l'Iran qu'il n'accepte pas les diktats de la Syrie, M. Erdogan n'a pas hésité à nuire à ses liens avec Israël après qu'il ait refusé ses conditions.
Erdogan ne dédaigne pas les relations stratégiques, en particulier depuis qu'il s'est fixé comme objectif déclaré de faire de la Turquie une puissance politique  régionale. Mais sa politique est fondée non seulement sur des intérêts politiques et un raisonnement stratégique, mais aussi sur une vision du monde et une idéologie dans laquelle «la morale politique" joue un rôle central.
La politique turque est pleine de contradictions apparentes. D'une part, M. Erdogan attaque Israël pour le blocus et les attaques sur Gaza, alors que la Turquie opère de la même manière contre les militants kurdes du PKK en territoire irakien. «La différence est que les Palestiniens attaquent Israël en raison de l'occupation tandis que la Turquie est attaquée, même si elle n'est pas un occupant», a déclaré un conseiller du gouvernement turc. «La résistance à l'occupation est une chose naturelle, alors que les attaques kurdes en territoire turc sont le terrorisme pur."
Bien sûr, on peut être en désaccord avec cette explication et le concept derrière elle, mais comme Israël, Erdogan est sûr qu'il est de mener des politiques justes et morales, dont une partie est de demander des excuses à Israël.
La combinaison de l'idéologie et de considérations stratégiques ouvre ainsi la voie à la fois pour l'apaisement des tensions ainsi que pour une détérioration. Des excuses rétabliront la relation alors qu'un refus de s'excuser entrainera encore plus de mesures punitives. A partir de maintenant, il n'y aura pas de calendrier prédéterminé, mais tout retard à s'excuser et toutes les mesures punitives supplémentaires permettront d'approfondir non seulement la rupture formelle dans les relations, mais aussi la fin de la proximité presque familiale qui existait entre les deux peuples. L' honneur, comme l'a expliqué Yaalon, est un atout stratégique. Il a raison, tant que cet honneur n'explose pas à son visage et vient briser des intérêts stratégiques vitaux.

Zvi Bar'el
Haaretz 3 septembre 2011
Traduction Jean Corcos

21 août 2011

Gaza : une nouvelle guerre ? Cinq paramètres et quelques hypothèses


Décidément, je n'aurais guère eu de chance avec mon retour programmé sur le blog ... Je vous annonçais, sur fond de plage enchanteresse, une pause jusqu'au 23 août. La situation devenant de plus en plus chaotique en Syrie, j'avais décidé il y a deux semaines de publier une "quinzaine syrienne" pour vous donner les derniers développements de l'actualité pour ce pays. Or, hélas, c'est vers Israël que tous les regards se tournent maintenant - hélas, car on a l'impression que les choses sont en train de déraper et qu'une vraie guerre peut éclater après le sanglant raid terroriste près d'Eilat - les huit tués de jeudi dernier étant alors, comme la dizaine de soldats tués à la frontière du Liban en juillet 2006, les premiers d'un conflit inattendu débutant au cœur de l'été.
Un blog n'est pas un journal, je n'ai pas les loisirs et les moyens d'un journaliste professionnel - cela je le répète asse souvent : vous trouverez donc, par tous les sites d'information habituels, les dernières nouvelles sur une situation qui restera certainement troublée pendant les prochains jours ; je ne reviendrai donc sur cette situation que pour "le jour d'après", ou avant bien sûr en cas de développements dramatiques. Mais je tenais à vous faire partager, dès ce dimanche, quelques réflexions pour éclairer l'actualité. Je n'ai ni les informations du Mossad, ni la justesse d'analyse d'un géo politologue chevronné ... mais peut-être un peu de recul et de bon sens, pour au moins discerner les paramètres de la redoutable équation qui attend Israël !

1. Le paramètre syrien

Qui peut prétendre que les évènements en Syrie n'ont rien à voir avec ce qui vient d'éclater à la frontière Sud ? Bashar al-Assad se sent maintenant acculé, alors que les grandes puissances occidentales - USA, France, Royaume Uni, Allemagne - appellent clairement à son départ, et que le monde arabe a pris ses distances. Une manœuvre de diversion est toujours possible, or le Hamas, toujours hébergé à Damas, reste son "obligé". Le site "mediarabe.info", en lien permanent, note que la région risque d'être mise "à feu et à sang" par les services secrets syriens qui sont redoutables, et il fait le rapprochement avec le retour de la violence en Turquie et en Irak (lire ici). Il s'agirait donc de provoquer une guerre de diversion pour relâcher la pression et ressouder le peuple syrien autour de son leader : un piège, donc, où Israël aurait tort de tomber !

2. Le paramètre libanais

Le même site nous révèle que le Hezbollah s'est aussi réjoui de l'attentat sanglant de jeudi, ce qui n'est guère étonnant. Or la milice chiite, qui reste l'alliée du régime syrien, a en plus des inquiétudes spécifiques : l'acte d'accusation du "Tribunal pour le Liban" de l'ONU, a officiellement désigné quatre de ses responsables comme suspects de l'assassinat de Rafic Hariri ; la tension monte, à la fois à l'intérieur du pays où l'ex-Premier Ministre et fils du défunt lui demande maintenant des comptes, et à l'extérieur, où la Syrie semble entrer dans une ère de chaos ... Ses liens de coopérations avec le Hamas, autre organisation islamiste radicale vouée à la destruction de l'état juif, ne datent pas d'hier et l'excellente formation du commando qui a semé la terreur près d'Eilat porte sa marque, comme l'expliquent des commentateurs israéliens : mais le timing de l'attaque s'expliquerait bien.

3. Le paramètre égyptien

C'est le plus redoutable pour Israël, car c'est le maintien de la paix avec l’Égypte, colonne vertébrale de sa sécurité, qui est en jeu depuis quelques jours. J'ai craint, comme beaucoup, le basculement de ce grand pays dans le giron de l'islam radical après la chute de Moubarak, despote haï par son peuple, qui n'avait guère fait avancer les relations entre les deux peuples, mais qui avait au moins garanti un minimum de stabilité sur la frontière Sud. A lire certains commentaires sur les forums de la presse juive, ou à entendre certains auditeurs comme sur celui de nos confrères de Radio Shalom, je me demande si certains - qui disent tranquillement "qu'il n'y qu'à réoccuper le Sinaï" - comprennent bien ce que serait une guerre avec un pays de 70 millions d'habitants, et où économiquement ou diplomatiquement Israël risquerait de tout perdre. Les messages reçus du Caire ce week-end peuvent donner des arguments aux optimistes et aux pessimistes : les premiers noteront que les Égyptiens ont accepté de renforcer leurs patrouilles dans le Sinaï, qu'ils ont été les victimes des mêmes terroristes islamistes il y a quelques jours - l'attaque sanglante contre les quartiers généraux de la police à El Arish - et que les militaires, encore au pouvoir, ont tout intérêt eux aussi à éviter un dérapage de la situation ; les seconds relèveront l'incident de jeudi - où trois policiers égyptiens ont été les victimes de tirs croisés de l'armée avec les terroristes juste à la frontière, incident qui a suscité une manifestation haineuse vendredi matin et surtout, la menace de rappeler l'ambassadeur à Tel Aviv ; ils noteront aussi que le pouvoir égyptien craint les Frères Musulmans, dont le Hamas est une succursale ...

4. Le paramètre militaire

Il est simple à comprendre : les ennemis mortels directs d'Israël - Hezbollah et Hamas - ne sont pas des incultes et ils savent aller lire l'information. Israël dit et redit que son "bouclier anti-missiles" sera pleinement opérationnel vers 2015, pourquoi donc attendre cette date ? C'est maintenant que l'on peut le "saigner à blanc" par des bombardements continus, et même si deux batteries "Iron Dome" sont en action près de la frontière de Gaza ( à Ashkelon, et plus en profondeur à Beersheba), cela ne suffira  pas si les "Grads" et "Kassams" tombent par centaines : la preuve, il y a déjà eu des coups au but. Le conflit peut donc durer longtemps, à moins d'une intervention massive comme lors de la guerre précédente de l'hiver 2009 ... qui n'a pas suffi à chasser le Hamas du pouvoir ! Ce paramètre milite donc pour une vraie guerre, si ce n'est tout de suite, en tout cas dans les mois qui viennent.

5. Le paramètre palestinien

Ce serait bien le seul qui, paradoxalement, irait dans le sens d'un apaisement sur le terrain ! En effet, l'Autorité Palestinienne préparait une grande offensive médiatique et diplomatique, avec son dépôt de candidature à l'ONU pour le 20 septembre. Une guerre à Gaza, surtout à la suite d'une agression caractérisée "sur les lignes de 1967" (comme cela a été le cas près d'Eilat, les terroristes ayant opéré à partir d'un pays en paix avec Israël), rendrait hors de saison les pressions internationales ; surtout que, et comme la fort bien remarqué Avi Dichter, l'ancien ministre de la sécurité publique, en se taisant face à l'agression terroriste du 18 août Mahmoud Abbas a montré "qu'il ne méritait pas de diriger un état" (lire ici sur le site Ynet.news) ... Conclusion : même si ses moyens de pression sont quasi inexistants vis à vis du Hamas, l'A.P ne fera rien pour envenimer les choses dans les prochaines semaines.

J.C

11 novembre 2010

La flottille pour Gaza - L'autre souffrance, par Daniel Sibony

Daniel Sibony


Lors de cet événement très médiatique, on a surtout vu les condamnations, les protestations, les menaces... Mais on n'a pas évoqué, et pour cause, une souffrance silencieuse que tout un petit peuple a incarnée: ceux qui soutiennent Israël, et qui sont fort nombreux, ont vécu une blessure, une vraie souffrance, qu'il n'est pas sans intérêt d'analyser.
Bien sûr, c'était le prix payé pour une action très mal pensée, l'attaque israélienne sur la flottille[1]. C'est toujours dur lorsqu'une entité qu'on soutient est piégée alors qu'elle pouvait le prévoir. Mais cette souffrance paie aussi, chez ceux qui l'éprouvent, une confusion entre l'échelle des médias et celle des valeurs. Beaucoup sont tellement sensibles aux médias, dont ils ont parfois le culte, qu'ils prennent la condamnation médiatique pour un message universel. Or il n'est pas sûr du tout que l’opinion mondiale exècre Israël, comme voudrait le faire croire tout un courant médiatique.
Plus précisément: les médias français, voire européens, n’ont pas peur du judaïsme mais ils ont peur de l’islamisme; et ils lui jettent en pâture tous les vomissements qu’il réclame contre Israël, toutes les condamnations: cela ne coûte rien à ces médias (ou à ces responsables), et ils comptent ainsi amadouer une force importante qu'ils redoutent par ailleurs; dont ils sont même assez phobiques. Mais ces rejets ne reflètent pas l’état réel de l’opinion, déjà en France et en Europe; a fortiori sur la planète.
Bien des non-Juifs, qui ne sont pas pris dans ce haro, ont marqué leur étonnement devant cette action, leur compassion même, mais ils sont loin d'être furieux et "dressés" comme on le dit; et ils ne le sont pas en permanence, comme l'est la mouvance islamiste, laquelle draine toutes sortes de courants qui s’y prêtent, qui peuvent y trouver leur compte, mais cela ne produit pas une exécration générale. Or beaucoup de Juifs l'ont ressentie ; c'est donc qu'elle leur vient en bonne partie de l’intérieur: ils se sentent tout nus devant l'événement, devant l'accusation qu'ils croient universelle. En fait, c'est eux qui l'universalisent, comme s'ils n'avaient retenu de l’histoire juive qu'un index agressif venant des autres. Bref, ils n'ont pas très confiance dans ce qui fonde le peuple juif, à savoir une transmission millénaire, qui a fait renaître Israël en plein XXème siècle. Pour certains, elle se réduit à peu de chose et ils n’ont comme repère que le « on dit » des médias, la bataille des images, à qui aura la meilleure. Et aujourd'hui, la meilleure image est celle de la victime impuissante, portée par la compassion des autres; cette image est puissante pour un temps bref; mais elle est aussi fictive, car la victime elle-même ne peut pas y tenir.
Que peut-on dire à ces personnes, sinon d'être plus proches de leur transmission, de l'enrichir, et peut-être d'opposer à l’échelle des médias, l’échelle de Jacob ou d’Israël (l'autre nom de l'ancêtre). Peut-être aussi de se recentrer sur la valeur de leur existence, la valeur de ce qu’ils en font ; de profiter aussi des erreurs commises, notamment de comprendre que le manque de pensée qui a marqué ce fiasco, se retrouve aussi ailleurs, dans une façon de penser et d'exister qui ne se répare qu'en revenant à l'essentiel.
Les Prophètes bibliques n'ont pas dit autre chose: "Vous oubliez d’écouter la parole de l’être!" C’est leur refrain. Et cette parole n'est pas seulement celle des codes ou de la loi, c'est l'étude de l'être et du mode d'être, de l'essentiel qui est à vivre et à transmettre.
J'ai écrit des choses semblables à l'occasion de l'Intifada[2]; car chacun peut le voir: c'est le même événement qui revient; la même tactique de l'adversaire qui est prêt à se faire tuer pour faire de vous un tueur, le tueur contre qui tout le monde se dresserait. Or là-dessus, l'opinion, sinon les médias, fait preuve d'une vraie modération et ne perd pas la tête, loin de là.
Cette phobie devant une haine que l'on croit universelle (croyance qui est fausse) renvoie sans doute à une peur archaïque: la peur d'être visés par une haine massive; les Juifs savent où cela mène; bien qu'aujourd'hui le contexte soit tout autre.
Elle renvoie aussi à une peur originelle et fondatrice: celle de la faute. La tradition veut qu'on prenne le deuil pour cela. Mais comment sortir de ce deuil, en l'occurrence imaginaire, de cette mortification que certains s'infligent et qui témoigne qu'ils sont solidaires d'Israël sur un mode instinctif? Une seule issue, penser plus loin ce lien solidaire; se mettre en mesure de répondre aux questions éventuelles ; plutôt que d'en venir, comme certains, à vouloir « vendre père et mère » pour ne pas affronter l'événement; du fait qu'il semble mettre en cause l'existence d'Israël.
Or un pays dont l'existence est chaque fois mise en question, est un pays très fort. L'apport du peuple juif semble être une mise en question incessante de l'existence, de la sienne tout d'abord. Cela dit, il n'y a pas une puissance sur terre qui peut mettre une croix sur l'existence d'Israël; cela, c'est un fantasme islamiste, qui tentera toujours de passer à l'acte en ameutant la planète. Mais la planète n'est pas ameutée, elle n'est pas dans le sillage islamiste contre Israël.
Revenir à l'essentiel, c'est penser chaque action de ce Conflit en fonction de ce contexte millénaire, de la rivalité entre deux transmissions dont l'une, la plus récente dépend de l'autre, de la juive, et ne le lui pardonne pas. C'est aussi, plus concrètement, ne pas s'imaginer qu'on doit raser les murs parce qu'une action de l'Etat juif a été mal pensée. C'est vrai qu'elle a mis en oeuvre une violence qui ne se réfère qu'à elle-même (sans intégrer la nature très précise de l'adversaire, et le contexte plus large qui lui aurait inspiré d'autres issues techniques moins scandaleuses).
Que des gens mesurent le peuple juif et Israël à l'aune de ces actes limités, pourquoi pas? Mais cela relève d'un fantasme où ils veulent un Etat juif parfait, c'est-à-dire inexistant. Or il existe comme très imparfait, et cela réveille de la haine chez ceux qui sont déjà haineux. Si des Juifs sont très mortifiés par cette haine, c'est sans doute qu'ils réduisent leur être-juif au message qui vient des autres, quels qu'ils soient. Ou que leur fantasme à eux c'est d'être aimés par tout le monde, sans exception. Ce qui est exagéré.
S'ils en sont là, à chacune de ces erreurs (qui promettent de se répéter), c'est qu'ils sont pris dans une grande angoisse. Or l'angoisse est une perte des repères, qui peut aller jusqu'à n'avoir comme repères que ceux-là mêmes qu'impose l'ennemi. On en est alors réduit à avaler des repères empoisonnés. Pour vaincre l'angoisse, il faut retrouver ses propres repères, dans sa vie, sa transmission, son rapport au monde et aux autres. En se rappelant que le monde actuel n'est pas piloté par une bande de fanatiques, ni réduit au tourbillon qu'ils engendrent de temps à autre. Les médias, eux, en ont peur, ou feignent d'avoir peur; le monde musulman modéré aussi, paraît-il, en a peur, même s'il ne semble pas pressé de la vaincre. S'envelopper de cette peur et de cette angoisse, c'est trop dépendre de l'ennemi le plus fanatique, qui à son tour déteste le peuple juif parce qu'il dépend trop de lui dès l'origine. Cette angoisse signale donc un véritable tournage en rond. Or la transmission fondatrice d'Israël préfère le jet et le projet qui traverse la suite des générations.

Daniel Sibony
Psychanalyste
texte publié le 12 juin 2010 sur son blog

Nota de Jean Corcos
Encore un article sur cet évènement "traumatisant", après celui de Richard Prasquier, Président du CRIF, qui dénonçait aussi l'attitude des médias sur cette affaire ... Il m'a semblé pertinent de reprendre cet excellent texte de Daniel Sibony, dans ma nouvelle série "A contre courant" : excellent, car il dénonce la peur qui s'est emparée de la majorité de ma communauté, confondant volontiers les médias ("qui ont peur ou feignent d'avoir peur" de l'ennemi islamiste) et l'opinion publique qui "fait preuve d'une vraie modération et ne perd pas la tête, loin de là" ... au delà, il nous critique - sans animosité -  ceux d'entre nous qui " réduisent leur être-juif au message qui vient des autres" !

06 novembre 2010

Un silence éloquent, par Richard Prasquier

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L'affaire dite "de la flottille de Gaza" est déjà vieille de plusieurs mois, mais elle a laissé des traces profondes ... La communauté juive de France reste encore meurtrie par l'acharnement médiatique qui a suivi et les innombrables manifestations qui ont rempli les avenues de notre pays, alors même qu'aucun autre conflit ne recueille le dixième d'échos. Une semaine après le carnage de la cathédrale syriaque de Bagdad - dont les victimes, contrairement aux islamistes turcs du Mavi Marmara, étaient en majorité des femmes et des enfants n'ayant agressé personne -, une semaine aussi après la découverte des nouveaux colis piégés d'Al-Qaïda, force est de constater à nouveau l'indignation à géométrie variable de nos médias et de nos "humanitaires borgnes", si bien dénoncés par le Président du CRIF dans un texte un peu ancien, mais hélas toujours d'actualité !
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La manifestation sous l’égide du CRIF du 22 juin 2010 sur la place du Trocadéro fut un succès par l’affluence du public, la qualité de l’organisation et des interventions des orateurs. Mais en termes de retentissement médiatique, ce fut un échec. A quelques exceptions près, les organes de diffusion nationaux n’en firent pas mention. Ce fut un choix délibéré. L’explication nous importe. Elle est fournie par le médiateur de TF1 qui écrit qu’une manifestation pour les quatre ans de captivité de Gilad Shalit n’était pas relatée, « pour la triste raison » qu’il n’y avait pas d’évolution. Mais que de plus, le lien établi entre cette captivité et le soutien à Israël témoignait chez les manifestants « d’une certaine confusion dans leur identité nationale » …Diable !

Ces commentaires inexcusables oblitèrent le lien entre Gilad Shalit et la politique israélienne à Gaza. L’affaire de la flottille lui a donné un relief particulier. Ce lien porte un nom : le Hamas. Le refus par le Hamas de donner à Gilad les droits d’un prisonnier (qui n’est pas, rappelons-le, un prisonnier de guerre, mais la victime d’un kidnapping sanglant effectué en territoire israélien) a motivé la fermeture par Israël de l’entrée maritime de Gaza. En outre, c’est le refus méprisant des responsables de la flottille de véhiculer au Hamas les demandes de respect des droits de l’homme élémentaires envers Gilad Shalit qui a montré que ces humanitaires-là étaient au mieux des humanitaires borgnes dont la compassion était unilatérale.

Quoi qu’on pense de la façon dont les israéliens ont mené leur opération sur le Mavi Marmara, qui peut nier qu’ils ont rencontré sur le pont supérieur de ce bateau, non pas des pacifistes désarmés, mais des fanatiques prêts à tuer et/ou à être tués dans l’esprit du djihad ? Ces informations étant devenues disponibles, elles auraient logiquement dû effacer la représentation des premières heures, celle d’un massacre de pacifistes par l’armée israélienne. Il n’en a rien été. Tout s’est passé comme si les premières perceptions s’étaient cristallisées, et que leur correction était venue trop tard. La première image se fige, aussi fausse qu’elle se révèle ultérieurement. On pense évidemment à l’affaire Al Dura.

On souhaiterait que la presse procède à une analyse différée de tels événements pour les apprécier dans leur vérité et non pas uniquement dans une immédiateté trompeuse. Pourquoi est-ce si difficile ?

Ce n’est pas de l’antisémitisme. C’est, facilité par la sidération de la raison, l’effet de la tyrannie de l’immédiat, qui imprègne l’esprit d’autant mieux que l’événement peut s’insérer dans une grille de lecture préétablie, qu’il vient conforter. Ces grilles sont volontiers binaires, disant le bien et le mal sous le mode « oppresseurs/opprimés ». Celles qui reflètent « l’air du temps » transfèrent sur Israël le poids de la culpabilisation de l’Occident pour son passé colonialiste et son présent consumériste. Elles proposent l’innocence et la simplicité au prix de la stigmatisation d’un seul pays, celui du peuple qui a communément joué le rôle du bouc émissaire dans l’histoire.

Cette grille interprétative s’étend dans la société, et risque de toucher des milieux exempts d’hostilité à l’égard des Juifs et se prétendant amis d’Israël. A nous tous d’expliquer, d’expliquer sans relâche, le véritable visage du Hamas, du Hezbollah, du régime iranien ou de l’islamisme radical. La véhémence et les invectives ne servent à rien. Il faut faire le choix du débat, le choix de la vérité et être convaincu que la défense d’Israël ne se sépare pas de la défense du monde où nous vivons et qui ne veut pas voir qu’il est lui-même en danger.

Richard Prasquier
Président du CRIF
(Actualité juive, 14 juillet 2010)

22 juin 2010

Un journaliste koweïtien : Israël a le droit de se défendre



Dans un article paru le 3 juin 2010 dans le quotidien Al-Watan, le journaliste koweïtien Abdallah Al-Hadlaq défend la décision israélienne d´arrêter la Flottille de Gaza, estimant que les conséquences de l´opération israélienne étaient "proportionnelles à la violence" des militants à bord, et que les organisateurs de l´expédition de la Flottille sont connus pour leurs liens avec des organisations terroristes mondiales et régionales. Extraits : [1]
"Les armes avaient manifestement été préparées à l´avance... et les soldats n´ont eu d´autre choix que de réagir"
"La marine israélienne a envoyé plusieurs avertissements aux bateaux [de la Flottille] qui tentaient de briser le blocus imposé au mouvement terroriste du Hamas à Gaza, les invitant à entrer dans le port d´Ashdod et à décharger leur cargaison de denrées d´"assistance", pour qu´elle soit passée en revue par la sécurité avant d´être livrée par voie terrestre à la bande de Gaza. La Flottille n´ayant pas tenu compte de ces avertissements et réclamations, la marine israélienne s´est vue contrainte de prendre le contrôle des bateaux. [Ce faisant], les troupes des Forces de défense israéliennes se sont heurtées à une violente opposition qui avait été planifiée à l´avance : les participants de la Flottille les ont agressés avec des armes à feu, des tuyaux métalliques, des couteaux et des gourdins, et se sont emparé du fusil de l´un des soldats. Les armes avaient manifestement été préparées à l´avance... et les soldats n´ont eu d´autre choix que de réagir, y compris avec des balles réelles.
L´opération de la marine israélienne a été menée conformément aux ordres et instructions des plus hauts échelons politiques, dans le but d´arrêter [la progression des] bateaux pour les empêcher de briser le blocus maritime et d´atteindre Gaza. Le message d´avertissement envoyé par la [marine israélienne au Mavi Marmara] disait : "Au capitaine du [Mavi] Marmara : Vous approchez d´une zone d´hostilités qui se trouve sous blocus maritime. La zone côtière de Gaza et le port de Gaza sont fermés au trafic maritime. Nous vous invitons à entrer dans le port d´Ashdod, d´où l´acheminement de l´aide sera assuré par voie terrestre officielle [vers Gaza], après quoi vous pourrez retourner à votre port d´attache." [2] Il convient de noter que, selon les Accords d´Oslo de 1993, Israël conserve le contrôle d´une bande maritime de 40 kilomètres au large de la côte de Gaza."
"Les organisateurs sont partisans de mouvements et d´organisations affiliés au djihad [mondial], au Hamas, au Hezbollah et à Al-Qaïda, et ont un casier judiciaire noir en termes de trafic d´armes et d´opérations terroristes"
"La Flottille, qui a reçu l´appui du mouvement terroriste Hamas et a essayé de violer le blocus contre ce mouvement à Gaza, était une provocation préméditée contre Israël. Les graves conséquences [de cette prise de contrôle] étaient directement proportionnelles à la violence [des militants de la Flottille] qui tentaient [de briser le blocus]. Les organisateurs [de l´expédition de la Flottille] sont partisans de mouvements et d´organisations affiliés au djihad [mondial], au Hamas, au Hezbollah et à Al-Qaïda, et ont un casier judiciaire noir en termes de trafic d´armes et d´opérations terroristes. Et, en effet, les forces israéliennes ont découvert à bord des armes et des munitions qui avaient été préparés à l´avance.
Le blocus maritime contre le mouvement du Hamas à Gaza est légal si l´on en juge aux actions de ce mouvement dans la bande de Gaza. Si Israël avait permis à la Flottille - illégale - de rejoindre le mouvement Hamas, celle-ci aurait ouvert une voie de contrebande d´armes et de terroristes dans la bande de Gaza. Aucun pays souverain ne permettrait que ses citoyens ou sa souveraineté soient mis en danger. En outre, la tentative de créer de force un chemin d´accès à Gaza par voie maritime ne sert pas [vraiment] la population de Gaza, vu que les passages terrestres suffisent à pourvoir à ses besoins. Les organisations d´aide internationale fournissent à la bande de Gaza toutes les denrées alimentaires nécessaires, des vêtements et des médicaments. Plus de 15.000 tonnes de denrées de base pénètrent chaque semaine dans la bande de Gaza. Les matériaux de construction y entrent sous la surveillance des organisations internationales, afin d´empêcher le mouvement terroriste Hamas de les réquisitionner et de les utiliser à la construction de fortifications militaires. Les passages terrestres sont le moyen le plus efficace de livrer des fournitures à Gaza, et les organisateurs de la Flottille le savent parfaitement. Ils savent également que depuis décembre 2008, leurs bateaux ne sont pas autorisés à approcher [de la côte de Gaza].
Les protestations et les manifestations qui ont éclaté dans diverses capitales n´ont aucune signification ni valeur, pas plus que les sommets d´urgence [organisée par] la Ligue arabe, l´UE et l´ONU. La vague de protestations n´y changera rien, mais une enquête complète et immédiate sur les événements révélera tous les détails sur ce qui est réellement arrivé... et [ensuite], tout le monde connaître la vérité sur le mouvement du Hamas...
Source : MEMRI, le 11 juin 2010
Notes:
[1] Al-Watan (Koweït), 3 juin 2010. Il convient de noter que, lors d´un rassemblement du 4 juin, 2010, le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah a déclaré que certains journaux du Golfe avaient publié des articles favorables au raid des Forces de défense israéliennes sur la flottille, précisant que leurs auteurs représentaient une minorité dont s´occuperaient les gens d´honneur. Al-Safir (Liban), 5 juin 2010.
[2] Voici le message envoyé par la marine israélienne : "Vous approchez d´une zone d´hostilités qui se trouve sous blocus maritime. La zone côtière de Gaza et le port de Gaza sont fermées au trafic maritime. Le gouvernement israélien soutient la livraison de denrées humanitaires à la population civile dans la bande de Gaza et vous invite à entrer dans le port d´Ashdod. La livraison des denrées vers Gaza sera effectuée conformément à la réglementation des autorités, par la voie terrestre officielle, et sous votre surveillance. Vous pourrez ensuite retourner à vos ports d´attache." La réponse a été : "Négatif, négatif. Notre destination est Gaza."


11 juin 2010

Pourquoi je défends Israël, par Bernard-Henri Lévy

Bernard-Henri Lévy
(photo AFP, 2003)

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Je n’ai évidemment pas changé de position. Je continue de juger «stupide», comme je l’ai dit le jour même, à Tel Aviv, dans un débat musclé avec une ministre de Netanyahu, la façon dont a été mené, au large de Gaza, l’assaut contre le Mavi Marmara et sa flottille.
Et me serait-il resté le moindre doute que l’arraisonnement du 7e navire, ce samedi matin, sans violence aucune, aurait achevé de me convaincre qu’il y avait d’autres façons d’opérer pour éviter que ne se referme ainsi, dans le sang, le piège tactique et médiatique tendu à Israël par les provocateurs de Free Gaza.
Cela dit et redit, on ne peut pas accepter non plus, et pour autant, le flot d’hypocrisie, de mauvaise foi et, à la fin des fins, de désinformation qui semblait n’attendre que ce prétexte pour, comme chaque fois que l’Etat juif commet une erreur et trébuche, s’engouffrer dans la brèche et déferler dans les médias du monde entier.
Désinformation, la formule, ressassée jusqu’à la nausée, du blocus imposé «par Israël» alors que la plus élémentaire honnêteté voudrait déjà que l’on précise : par Israël et par l’Egypte ; conjointement, des deux côtés, par les deux pays identiquement frontaliers de Gaza ; et ce, avec la bénédiction à peine déguisée de tous les régimes arabes modérés - trop heureux de voir autrui endiguer, pour le compte et la satisfaction de tous, l’influence de ce bras armé, de cette base avancée, un jour, peut-être, de ce porte-avions de l’Iran dans la région.
Désinformation, l’idée même d’un blocus «total et impitoyable» (Laurent Joffrin, éditorial de Libération du 5 juin) prenant «en otage» (Dominique de Villepin, le Monde du même jour) «l’humanité en danger» de Gaza : le blocus, il ne faut pas se lasser de le rappeler, ne concerne que les armes et les matériaux pour en fabriquer ; il n’empêche pas que passent, tous les jours, depuis Israël, entre 100 et 120 camions chargés de vivres, de médicaments, de matériel humanitaire en tout genre ; l’humanité n’est pas «en danger» à Gaza ; c’est mentir que de dire que l’on «meurt de faim» dans les rues de Gaza-City ; que le blocus militaire soit, ou non, la bonne option pour affaiblir et, un jour, abattre le gouvernement fascislamiste d’Ismaïl Haniyeh, on peut en discuter - mais indiscutable est le fait que les Israéliens qui officient, jour et nuit, aux points de contrôle entre les deux territoires sont les premiers à faire l’élémentaire mais essentielle distinction entre le régime (qu’il faut tenter d’isoler) et la population (qu’ils se gardent de confondre avec ce régime ni, encore moins, de pénaliser puisque l’aide n’a, encore une fois, jamais cessé de passer).
Désinformation : le silence, en France comme ailleurs, sur l’incroyable attitude du Hamas qui, maintenant que la cargaison de la flottille a rempli son office symbolique, maintenant qu’elle a permis de prendre l’Etat juif en défaut et de relancer comme jamais la mécanique de sa diabolisation (dans Libération encore, ce titre terrible et qui, si les mots veulent encore dire quelque chose, ne peut qu’aller dans le sens de la délégitimation de l’Etat hébreu : «Israël, Etat pirate»), maintenant, en d’autres termes, que ce sont les Israéliens qui, inspection faite, entendent acheminer l’aide vers ses destinataires supposés - le silence qui se fait donc, alors, sur l’attitude d’un Hamas bloquant la dite aide au check point de Kerem Shalom et l’y laissant doucement pourrir : au diable les marchandises passées entre les mains des douaniers juifs ! à la poubelle les «jouets» qui ont fait pleurer les bonnes âmes européennes mais qui ont été rendus impurs par les trop longues heures passées dans le port israélien de Ashdod ! les enfants gazaouis n’ayant jamais rien été d’autre, pour le gang d’islamistes qui a pris le pouvoir par la force il y a trois ans, que des boucliers humains, de la chair à canon ou des vignettes médiatiques, leurs jeux ou leurs désirs sont la dernière chose dont on ait, là-bas, le souci - mais qui le dit ? qui s’en indigne ? qui se risque à expliquer que s’il y a, à Gaza, un preneur d’otage, un profiteur sans scrupule et froid de la souffrance des gens et, en particulier, des enfants, bref, un pirate, ce n’est pas Israël mais le Hamas ? Désinformation encore - risible mais, compte tenu du contexte stratégique, catastrophique désinformation : le discours, à Konya, dans le centre de la Turquie, d’un Premier ministre qui fait jeter en prison quiconque ose publiquement évoquer le génocide des Arméniens mais qui a le culot, là, face à des milliers de manifestants chauffés à blanc et vociférant des slogans antisémites, de dénoncer le «terrorisme d’Etat» israélien.
Désinformation, encore : le lamento des idiots utiles tombés, avant Israël, dans le piège de ces étranges «humanitaires» qui sont, au IHH turc par exemple, des adeptes du jihad, des fanatiques de l’apocalypse anti-israélienne et antijuive, des hommes et des femmes dont certains, quelques jours avant l’assaut, disaient vouloir «mourir en martyrs» (Guardian du 3 juin, Al Aqsa TV du 30 mai) : comment un écrivain de la trempe du Suédois Henning Mankell a-t-il pu se laisser ainsi abuser ? Comment, quand il nous dit songer à interdire la traduction de ses livres en hébreu, peut-il, lui, pour le coup, oublier la sacro-sainte distinction entre un gouvernement fautif ou stupide et la foule de ceux qui ne se reconnaissent aucunement en lui et qu’il associe pourtant dans le même projet de boycott insensé ? Comment le réseau de salles Utopia peut-il, en France, exactement de la même façon, décider de déprogrammer la sortie d’un film (A cinq heures de Paris) au seul motif que son auteur (Leonid Prudovsky) est citoyen israélien ? Désinformateurs, enfin, les bataillons de tartuffes regrettant qu’Israël se dérobe aux exigences d’une enquête internationale quand la vérité est, à nouveau, tellement plus simple et plus logique : ce qu’Israël refuse c’est l’enquête demandée par un conseil des droits de l’homme des Nations unies où règnent ces grands démocrates que sont les Cubains, les Pakistanais et autres Iraniens ; ce dont Israël ne veut pas c’est d’une démarche du type de celle qui aboutit au fameux rapport Goldstone commandé, après la guerre de Gaza, par la même sympathique commission et où l’on vit cinq juges, dont quatre n’avaient jamais fait mystère de leur antisionisme militant, boucler en quelques jours 575 pages d’interviews de combattants et de civils palestiniens menées (hérésie absolue, sans précédent, dans ce type de travail !) sous l’œil des commissaires politiques du Hamas ; ce à quoi Israël a prévenu (et comment le lui reprocher ?) qu’il n’apporterait pas sa caution à la mascarade de justice internationale que serait une enquête bâclée, aux conclusions connues d’avance et ne visant qu’à traîner, comme d’habitude, de façon parfaitement unilatérale, la seule et unique démocratie de la région au banc des accusés.
Un dernier mot. Pour un homme comme moi, pour quelqu’un qui s’honore d’avoir, avec d’autres, aidé à inventer le principe de ce type d’actions symboliques (Bateau pour le Vietnam ; Marche pour la survie au Cambodge de 1979 ; boycotts antitotalitaires ; ou encore, plus récemment, violation délibérée de la frontière soudanaise pour briser le blocus à l’abri duquel se perpétraient les massacres de masse du Darfour), pour un militant, en d’autres termes, de l’ingérence humanitaire et du tapage qui va avec, il y a dans cette épopée misérable comme une caricature, ou une grimace lugubre, du destin. Mais raison de plus pour ne pas céder. Raison de plus pour refuser cette confusion des genres, cette inversion des signes et des valeurs. Raison de plus pour résister à ce détournement de sens qui met au service des barbares l’esprit même d’une politique qui fut conçue pour les contrer. Misère de la dialectique antitotalitaire et de ses retournements mimétiques. Confusion d’une époque où l’on combat les démocraties comme s’il s’agissait de dictatures ou d’Etats fascistes. C’est d’Israël qu’il est question dans ce tourbillon de haine et de folie - mais c’est aussi, que l’on y prenne garde, quelques-uns des acquis les plus précieux, à gauche notamment, du mouvement des idées depuis trente ans qui se voient mis en péril. A bon entendeur, salut.
Bernard-Henri Lévy,
Libération, 7 juin 2010
Bernard-Henri Lévy est actionnaire de «Libération»

09 juin 2010

André Nahum sur Judaïques FM : la chasse aux "sionistes" est ouverte et tous les coups sont permis pour abattre le gibier !

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Bonjour,

Oyez, Oyez, bonnes gens !

La chasse aux “sionistes”est ouverte et tous les coups sont permis pour abattre le gibier !

C’est facile, pas cher et ça peut rapporter gros. Réjouissez vous , staliniens attardés, gauchistes en tous genres, vichystes nostalgiques, la parole antisémite est libérée et vous pouvez librement exprimer votre haine des Juifs à la condition toutefois de remplacer le mot “juif” par le mot “Israël” ou “sionistes”.

Vous auriez tort de vous en priver.

Peu vous chaut que votre héros dont vous brandissez les couleurs, soit le Hamas, organisation islamiste, terroriste et fasciste, stipendiée par l’Iran, dont le seul objectif est la destruction d’Israël et la guerre contre un occident naïf, lâche et déjà soumis.

Vous savez pourtant que la mission pseudo-humanitaire organisée par l’association islamiste turque IHH n’avait pour but que de provoquer un clash et servir de prétexte , pour justifier un retournement d’alliance d’une Turquie frustrée de n’avoir pas été admise dans l’Union européenne, qui passe maintenant dans le camp de l’Iran et de la Syrie .

Vous rendez vous compte que ce nouvel axe Ankara-Téhéran-Damas, aspire à la direction du monde musulman et change complètement la donne dans la région ?

Grâce à la scandaleuse partialité des média, grâce à la veulerie et la complaisance de ces “idiots utiles" aveuglés par leur haine de l’état juif, les islamistes ont gagné. Le Hamas a obtenu la reconnaissance officielle des Nations au détriment du Fatah et de Mahmoud Abbas, lequel s’est empressé de condamner lui aussi Israël, (il n’avait pas le choix), et d’aller présenter ses condoléances au gouvernement turc en sachant bien que la consécration mondiale du Hamas le rejette définitivement dans l’ombre.

Les lobbies intégristes ont bien fait leur travail : incitations à la haine, rappels d’ambassadeurs, boycott économique et culturel , demandes d’expulser Israël de l’ONU, diabolisation, menaces, injures, entreprises de dé légitimation etc.etc.. La palme de l’ignominie revient à la nonagénaire Hélène Thomas, doyenne des correspondants de presse à la Maison Blanche, qui demande aux juifs d’Israël de retourner en Pologne et en Russie. Pourquoi pas à Auschwitz, comme l’a souhaité le capitaine du “Marmara” à l’officier israélien qui lui demandait de changer son cap ?

Remarquons toutefois que malgré un matraquage médiatique sans précédent, les manifestations organisées en divers points du territoire national n’ont rassemblé en fin de compte que quelques milliers de personnes sur les 60 millions d’habitants que compte l’hexagone. Ce qui est tout de même rassurant et prouve que le peuple est plus sain et moins stupide que sa classe dirigeante et ses meéia et commence peut-être à comprendre que ce n’est pas du pain que réclame le Hamas, mais des missiles et des bazookas.

Notons au passage que l’Egypte aussi avait fermé sa frontière avec Gaza, mais personne n’en parle parce que c’est une affaire inter-arabe, donc taboue .

Se souvenant du rapport Goldstone, Netanyahu refuse une commission onusienne d’enquête car de son point de vue les choses sont parfaitement claires. Les vidéos prises par les hélicoptères montrent bien qu’un “comité d’accueil”.fait d’une cinquantaine de militants armés de couteaux, de haches et même d’armes de poings attendait de pied ferme les militaires israéliens sur le pont du “Marmara” et le journal turc “Hurryet”, publie des photos de soldats à terre, poignardés et lynchés, qui ne laissent aucun doute quand à la responsabilité de ces drôles d’humanitaires dans le drame qui causa la mort de neuf des leurs.


Mais il n’est de plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Israël se sent bien seul et constate une fois de plus que dans la tourmente, il ne peut compter que sur lui-même.

Il a besoin de nous. De nous tous.

Ne lui ménageons pas notre soutien . .


André Nahum
Judaïques FM le 9 juin 2010