Rechercher dans ce blog

23 octobre 2011

Kadhafi, tyran craint jusqu'à son dernier souffle, par Pierre Prier



Le Guide de la révolution, au pouvoir depuis 1969, a toujours cherché à se distinguer de ses pairs.

Mouammar Kadhafi avait juré de mourir en Libye. Il a tenu parole, retranché dans sa ville natale. Jusqu'à l'ultime moment, il faisait encore peur. Le premier ministre du nouveau gouvernement exposait il y a deux jours encore ses craintes de voir le Guide déchu organiser la reconquête en recrutant des mercenaires à coups de milliards. La légende de Kadhafi, l'homme seul contre tous, provoquait encore la crainte, alors qu'il ne régnait plus que sur quelques centaines de mètres carrés de sol libyen. Le vieux Guide aux cheveux teints et aux déguisements d'opérette est finalement resté fidèle au ­jeune capitaine émacié qui, jadis, présentait un profil de médaille.
Ce Bédouin né de parents nomades renversa le 1er septembre 1969 le roi Idriss, monarque arrivé peu auparavant au pouvoir avec la bénédiction de l'Occident. La Libye était alors un pays improbable, puzzle de provinces ottomanes assemblées par la colonisation italienne. Elle était aussi immensément riche, grâce à son pétrole si clair et si abondant. Le capitaine, autopromu colonel, s'en servit pour réaliser ses rêves et ses caprices.

Voiture antiaccidents 

Au début, il décide d'être le nouveau Nasser. Comme le raïs égyptien, il a conquis le pouvoir à la tête d'un groupe d'«officiers libres». Comme lui, il veut unifier le monde arabe. Et qu'importe si les dirigeants voisins méprisent les Libyens, à leurs yeux gardiens de chèvres profitant d'une manne inespérée. Mouammar Kadhafi adopte les fondamentaux du nationalisme arabe, nationalisation des entreprises et expulsion des bases américaines. Sa seule tentative de créer un ensemble arabe, une union entre la Libye et la Tunisie, échoue en 1974. Bourguiba, d'abord tenté, recule devant la perspective d'un mariage invivable. Tant pis, Kadhafi se replie vers une autre ambition. Celle d'écrire une page entièrement nouvelle de l'histoire de l'humanité, de réaliser la démocratie intégrale. En 1977, il décrète la «République des masses», censée se gouverner seule à travers des comités populaires. Comme toutes les utopies réalisées, le rêve vire rapidement au cauchemar. Dans ce paradis sur terre, la seule appartenance à un parti politique est passible de la peine de mort. Les comités populaires sont vite chapeautés par des comités révolutionnaires, milices idéologiques et militaires de style léniniste. Les récalcitrants finissent à la prison d'Abou Salim ou pendus en public, comme les étudiants de Benghazi dans les années 1990.
La Libye et ses quelque 5 millions d'habitants est trop exiguë pour Kadhafi. Les Arabes ne veulent pas de lui comme chef ? Les mouvements révolutionnaires du monde entier repartent de Tripoli avec des valises chargées de pétrodollars. Le Guide envoie des cargos entiers d'armes et d'explosifs à l'IRA irlandaise. Les Brigades rouges italiennes et l'ETA basque trouvent aussi bon accueil à Tripoli.
Ce pouvoir de nuisance illimité paraît monter à la tête du colonel. Il multiplie les provocations délirantes. Assure que Shakespeare était arabe, car son vrai nom était «Cheikh Zuber.» Présente à la presse, lors du trentième anniversaire de la révolution, la première voiture antiaccidents, qu'il a dessinée lui-même. Assure récemment que l'Europe va devenir musulmane. Est-il sincère ? Un observateur, l'héritier du trône de Libye Mohammed al-Senoussi, confie: «Ne vous y fiez pas. Il adore jouer les idiots pour mieux tromper les Occidentaux.» 

Bédouin dur en affaires 

Mais le bouffon est sanguinaire. En 1986, Ronald Reagan fait bombarder sa caserne de Tripoli en représailles d'un attentat dans une discothèque de Berlin qui a tué des militaires américains. En 1988, Kadhafi se venge. Il fait exploser un Boeing de la Pan Am au-dessus de la ville écossaise de Lockerbie, faisant 270 morts. L'année suivante, il récidive avec un DC-10 de la compagnie française UTA (170 morts), probablement en représailles de la déculottée infligée par les troupes françaises à son armée au Tchad, qu'il avait envahi.
L'Afrique est le nouveau terrain de jeu de Kadhafi. Il a tiré un trait sur le monde arabe, qui l'a rejeté. Désormais, il se rend aux réunions de la Ligue arabe revêtu de boubous africains, en général pour insulter ses pairs. En 1988, on le voit, la seule main droite gantée de blanc. Il explique qu'il veut ainsi éviter de serrer des «mains tachées de sang». Au sommet suivant, il traite le roi Fahd, son voisin, de «produit britannique». Fumant un gros cigare, Kadhafi se tourne ostensiblement vers son voisin chaque fois qu'il exhale la fumée. En 2011, l'Arabie accusera le colonel d'avoir monté un complot pour assassiner le roi Abdallah. Déçu par les Arabes, Mouammar Kadhafi se veut maintenant le roi de l'Afrique. En 1999, il transforme la poussiéreuse Organisation de l'Union africaine (OUA) en Union africaine, avec des statuts calqués sur ceux de l'Union européenne. Mais il voit plus loin, rêve des «États-Unis d'Afrique», comme il le déclare au Figaro. Un nouveau pays avec une monnaie, une armée et un président, dont on devine facilement le nom. Il n'arrivera jamais à ses fins, les chefs d'État africains se méfiant de ses ambitions. Le Guide tente de les fléchir par tous les moyens: valises de billets offertes à chaque passage à Tripoli, par exemple. Les présidents africains s'amusent à comptabiliser le nombre de séjours effectués par leurs pairs à l'hôtel Méhari de Tripoli, sachant qu'ils en repartent toujours lestés de plusieurs millions de dollars. L'autre méthode du Guide, c'est de subventionner l'opposition de ceux qui lui résistent, voire des mouvements armés. Il dévient le bailleur de fonds des atroces chefs de guerre du Liberia et de la Sierra Leone, dont le Libérien Charles Taylor, aujourd'hui jugé par un tribunal international.
Mouammar Kadhafi avait-il changé ? En 2003, effrayé par le sort de Saddam Hussein, il entame immédiatement des négociations secrètes avec Londres et Washington, qui aboutiront en décembre de la même année à un revirement complet: abandon de son programme nucléaire, engagement à empêcher l'immigration africaine vers l'Europe, ouverture de la Libye aux compagnies pétrolières et au business occidental.

Mais le Guide n'en devient pas pour autant un partenaire comme un autre. Toujours provocateur, il exige - et obtient souvent - de planter sa tente au pied des palais présidentiels lors de ses visites officielles. Nargue ses nouveaux amis occidentaux en torturant de malheureuses infirmières bulgares, arrêtées sous le prétexte d'avoir volontairement inoculé le virus du sida à des enfants hospitalisés. La libération des infirmières et d'un médecin palestinien sera finalement négociée au prix fort. Tout comme la compensation des familles de victimes des attentats de Lockerbie et du DC-10. Le Guide paiera, mais ne reconnaîtra jamais sa responsabilité. Il avait pourtant livré un haut responsable des renseignements à la justice écossaise. Quand ce dernier, Abdelbassset al-Megrahi, est libéré en août 2009 pour raisons médicales, Kadhafi le reçoit en héros.
En Bédouin dur en affaires, il marchande son soutien, se plaignant sans cesse de ne pas avoir reçu suffisamment de compensations pour son retour sur la scène internationale. Il obtient de Berlusconi la construction aux frais de l'Italie d'une autoroute le long des 1200 km de côtes libyennes. Exige de la France et des États-Unis la vente de missiles pour soi-disant protéger l'Europe de l'immigration clandestine. Au cours des derniers mois, il n'a jamais compris que les Occidentaux se soient retournés contre lui. Ne laissaient-ils pas ses collègues dictateurs maltraiter leurs peuples ? Mouammar Kadhafi avait raté le printemps arabe. Il a alors cessé de marchander.

Pierre Prier
Le Figaro, 21 octobre 2011

Kadhafi, mort d'un antisémite

Kadhafi et Chavez
(photo Reuters)


Ainsi va l'actualité : les évènements historiques ne choisissent pas les dates où ils arrivent, ou alors il faudrait y voir une main divine ... Ce blog était en mode "pause" lorsque nous avons appris la fin brutale de Kadhafi, car comme je vous l'avais expliqué c'était une fête religieuse du calendrier hébraïque : deux jours plus précisément, clôturant la période de Souccot, avec une liesse particulière le vendredi, "Simhat Torah", "joie de la Torah" !
Ainsi donc, c'est alors que les Juifs pratiquants du monde entier chantaient et dansaient dans les synagogues - loin de la Libye ravagée par huit mois de guerre civile -, que des foules faisaient la queue dans la chambre froide d'un centre commercial de Misrata, pour voir et photographier la dépouille d'un dictateur ayant terrorisé son pays pendant 42 ans.

On lira sur le prochain article une synthèse historique très percutante écrite par Pierre Prier dans "Le Figaro", et qui résume l'essentiel : mais je voudrais insister ici sur le rapport de haine particulière qu'entretenait Mouamar el Kadhafi vis à vis des Juifs, un rapport obsessionnel qui est hélas la marque de plusieurs autres leaders du Tiers-Monde - le choix de cette photo avec Hugo Chavez n'est pas le fruit du hasard : allié d'Ahmadinejad, le "petit Hitler de Téhéran", le leader vénézuélien aura soutenu son ami jusqu'au bout !

Nasserien plus zélé que Nasser, lors de sa prise de pouvoir, il aura imité son maître spirituel d'abord en éliminant totalement la petite communauté juive qui vivait en Libye lors de son coup d'état, en 1969 : il n'en reste plus aucun, et Kadhafi a inoculé une telle haine antisémite dans son peuple que lorsque David Gerbi, Juif originaire du pays est venu récemment à Tripoli pour tenter de restaurer la synagogue, il a du fuir sous la menace des armes. De même et comme je vous en avais parlé, la rumeur sur les origines juives du dictateur aura décuplé la fureur des rebelles( lire ici).

Ensuite, il a été à deux doigts de commettre le pire attentat antisémite des dernières décennies, en faisant couler un grand paquebot à destination d'Israël : tout le monde l'a oublié, c'était en 1973 et le Yediot Aharonot le rappelle dans cet article.

La destruction rêvée, réclamée et considérée comme inéluctable de l’État juif sera restée quasiment la seule ligne dont le dictateur libyen n'aura jamais dévié, lui qui fut successivement l'ennemi puis l'allié de l'Occident ; et ce, alors que la plupart des dirigeant arabes continuent - sans doutes et dans le fond -, de penser comme lui tout en ne l'avouant pas. Une position, aussi, qui lui aura valu le soutien convaincu de tous les antisionistes radicaux, à commencer par Thierry Meyssan, qui dut fuir Tripoli au moment de l'entrée des rebelles il y a quelques semaines.

Une haine antisémite qui explique, aussi, l'horrible procès en sorcellerie fait aux malheureuses infirmières bulgares, torturées et retenues en otages pendant de nombreuses années sous le prétexte d'avoir inoculé volontairement le virus du Sida pour le compte du Mossad : mais les lecteurs fidèles savent combien cette affaire, à laquelle j'ai consacré une émission, m'avait marqué - lire sur mon blog. De ces années 2005-2007 date, je dois l'avouer, ma prise de conscience que ce faux bouffon qui aimait tant se déguiser était, d'abord, un antisémite dangereux et sanguinaire.

La mort de Kadhafi, lynché par la foule, aura été atroce, mais elle est aussi à la mesure du mal qu'il aura fait : dernier clin d'œil du destin, lui qui proclamait au début de la révolution son projet de tuer "comme des rats" son propre peuple révolté, aura été débusqué ... comme un rat, à la sortir d'une canalisation !

Jean Corcos
 

19 octobre 2011

Libre !!!

Guilad Shalit téléphonant à ses parents
après sa libération, 18 octobre 2011


Libre !!! On n'arrive pas à l'imaginer, tant le malheureux Guilad avait fini par ressembler à des disparus célèbres, prisonniers oubliés et victimes d'un destin horrible comme le navigateur Ron Arad, dont Israël n'a plus eu de nouvelles depuis 25 ans ...

Tout a déjà dit, écrit et commenté sur cet échange incroyable, un conscrit kidnappé dans son pays en échange de 1027 terroristes, dont plusieurs responsables de plus de 600 victimes civiles de la seconde Intifada : les Israéliens, tout en approuvant ce prix très lourd à une très large majorité n'en ressentent pas moins une légitime amertume ; et une inquiétude compréhensible, face au risque d'autres enlèvements de soldats et à ce qu'il faut bien reconnaitre comme une victoire du Hamas.

J'aimerais cependant, à cette occasion "historique" comme à d'autres, vous faire entendre une "autre musique" qui ne nous fait pas désespérer de tous les Musulmans. Quelques exemples :
-  d'abord ce communiqué de l'Amitié Judéo-Musulmane de France : "L'ensemble des Imams, qui à la demande de l'A.J-M.F., de Michel Serfaty et de Mohammed Azizi ont rencontré Noam Shalit, expriment leur joie suite à la libération de Gilad Shalit par le Hamas. D'une voix unanime, ils expriment leur reconnaissance au Saint Béni Soit-il, pour le miracle de ce jour ainsi que leur sympathie à Noam Shalit, son épouse et ses enfants et à toutes les personnes qui ont milité pour la libération de Gilad Shalit" ;
- ensuite le souvenir de l'émission que j'avais consacré à l'affaire Shalit, c'était le 2 novembre 2008, et parmi mes deux invités figurait mon vieil ami Karim-Hervé Benkamla qui a milité, sans fléchir et courageusement jusqu'au bout, pour la libération de l'otage franco-israélien ;
- enfin ces propos d'une éditorialiste koweïtienne, rapportés par nos confrères de la "Metula News Agency", et qui a dit dans le plus grand quotidien de l’Émirat : "Bienheureux Guilad Shalit, et chanceux… de retourner dans un pays qui respecte les êtres humains et se soucie de leur sort" : il est vrai que le contraste était saisissant entre la silhouette amaigrie de l'otage, titubant après cinq ans d'isolement pratiquement total, et l'allure des dizaines de monstres libérés, bien nourris et paradant face à la foule en délire de Gaza !

J.C

18 octobre 2011

Le jeu subtil de Recyp Erdogan


 “Israël a choisi de s’isoler en perdant un allié comme la Turquie », a déclaré hier Recyp Erdogan. « Ce n’est pas le peuple d’Israël, mais le gouvernement d’Israël qui a choisi de s’isoler. Nos déclarations à propos d’Israël ne visent pas le peuple d’Israël ni les citoyens juifs de Turquie. C’est le gouvernement israélien que nous visons. »
Une déclaration assez surprenante quand on sait qu’au fil des jours, il multiplie ses exigences envers l’état hébreu.
        
Ce fut d’abord une demande d’excuses et de compensations matérielles pour les familles des militants turcs qui ont perdu la vie lors de l’abordage du “Marmara”, puis l’arrêt du blocus de la bande de Gaza, puis la menace d’envoyer devant un tribunal international les militaires israéliens qui ont  participé  à cette opération et dont Ankara affirme détenir la liste.
       
Aujourd’hui, Erdogan veut empêcher les Chypriotes Grecs et les Israéliens de procéder à des forages à la recherche de gaz naturel  dans une zone maritime qui leur est formellement dévolue par le droit international. 
 A la vérité il ne cherche nullement l’apaisement et ne rate pas une occasion au contraire pour envenimer la situation. Et cela n’est pas  pour nous surprendre.
       
L’affaire de la flottille de Gaza n’a jamais été un hasard. Elle a été en fait un piège dans lequel Israël a foncé tête baissée. 
Il est devenu de plus en plus évident que, dans son désir d’accéder au  leadership du monde arabe, le premier ministre turc a découvert l’arme suprême grâce à laquelle il pouvait fédérer un certains nombre de pays, naguère soumis à l’empire Ottoman et cette arme, c’est ?... devinez !..
Eh bien la haine d’Israël tout naturellement. C’est facile et ça peut rapporter gros
En fait la Turquie se fiche d’Israël comme d’une guigne, mais elle a besoin de le mettre au pilori pour convaincre les pays arabes de se réfugier sous son aile tutélaire. Il y aurait gros à parier par ailleurs, qu’Ankara ne se préoccupe pas plus du sort des Palestiniens qu’elle ne l’a fait durant les soixante dix dernières années, mais ils sont aujourd’hui à la mode et c‘est un bon cheval à enfourcher pour devenir le leader incontesté de la région.
Plus fin et plus habile que son ami et allié Ahmadinejad, Erdogan, y met les formes, continue à se dire démocrate  et laïc et prend bien soin avec des déclarations lénifiantes comme celles d’hier, de ne pas rompre ses liens avec l’OTAN et les États-Unis, tout en amenant son pays vers un régime islamiste. 
Pour l’ heure, le Turc et l’Iranien semblent cheminer la main dans la main, mais visant tous les deux le même trône, ils s’affronteront inévitablement dans un avenir plus ou moins proche.
        
Dans cette partie difficile, Israël n’est cependant pas démuni de moyens.
- Il s’est  déjà rapproché de la Grèce et de la Bulgarie qui lui permettent d’utiliser leur espace aérien  pour l’entrainement de ses pilotes.
- Ensuite, s’il n’en assurait plus la maintenance, le matériel militaire, principalement les  drones qu’il a vendus à Ankara deviendrait parfaitement inoffensif.
- Le lobby pro-israélien pourrait pousser le Congrès américain à exiger d’Ankara la reconnaissance du génocide arménien.
- Jérusalem pourrait s’engager aux côtés des Kurdes contre lesquels la Turquie mène une guerre sans merci.
- Enfin l’arrêt total du tourisme israélien ne saurait être une bonne nouvelle pour son économie. 
Ce qui amène à penser que malgré ses rodomontades et ses imprécations, Recyp Erdogan ne désire ni une rupture totale ni une guerre avec Israël, sans être prêt  pour autant à modifier son comportement actuel 

André Nahum
Judaïques FM le 5 octobre 2011

17 octobre 2011

Nessma TV (suite) : l'onde de choc


Je vous parlais mardi dernier des manifestations qui avaient suivi la diffusion du film "Persépolis" sur la chaîne de télévision privée tunisienne, "Nessma TV" (voir en libellé). L'onde de choc ne faisait que commencer, car clairement et à quelques jours maintenant des premières élections libres, les salafistes ont décidé de montrer leur force dans la rue - en attendant pire encore ?

Revenons à ce qui a, officiellement, provoqué le courroux islamiste : n'avouant pas que ce qui les fâchait était la critique du régime iranien, ils ont pris prétexte d'un passage du film où Dieu est représenté sous la forme d'un vieillard ... or la représentation d'Allah est sacrilège dans l'islam, ce qui a poussé des fanatiques presque au meurtre, en envoyant des cocktails Molotov sur le domicile de Nabil Karoui, PDG de Nessma TV - lire ici.
On pourra voir sur ce lien le passage du dessin animé qui a mis le feu aux poudres !

Les manifestants ont cette fois tenté de marcher vers la résidence du Premier Ministre : voir la brève vidéo diffusée par l'AFP ... mais, ce que les médias à nouveau n'ont pas reporté - on devrait dire "refusent systématiquement de reporter" - ce sont les slogans antisémites, dont on trouvera une preuve sonore ci-dessous : sur la vidéo que j'ai reprise, on pourra suivre la manifestation anti-Nessma TV à Sousse ; on entend clairement la foule hurler le chant antisémite : « Khaybar Khaybar ya Yahūd, jaysh Muḥammad saya’ūd (خيبر خيبر يايهود جيش محمد سيعود). Traduction : »Khaybar, Khaybar ô Juifs, l’armée de Mahomet reviendra. »
La Bataille de Khaybar ou Khaïbar (arabe : خيبر ) a opposé, lors de la septième année de l’Hégire (628-629), Mahomet et ses fidèles aux Juifs vivant dans l’oasis de Khaybar. Les Juifs vaincus furent réduits au servage. Ils se rendirent et durent payer une rançon à Mahomet et donner toutes leurs terres à des musulmans.

J.C

16 octobre 2011

Les réfugiés palestiniens, otages de la diplomatie : Charles Meyer sera mon invité le 23 octobre


Manifestantes palestiniennes pour le "droit au retour"
Photo tirée du site antisioniste "The International Solidarity Movement"

Nous retrouverons dimanche prochain Charles Meyer pour continuer de parler de son livre "Les réfugiés palestiniens, otages de la diplomatie", publié aux éditions Hermann. Ce dossier des réfugiés est au cœur de tout règlement du conflit israélo-arabe, même si, comme je l'ai déjà dit, il est incroyablement laissé de côté par les médias et les responsables politiques. Or il faut, que cela nous plaise ou pas, voir les choses en face et ne pas se bercer d'illusions. Les Palestiniens ont obtenu de la communauté internationale depuis une vingtaine d'année pratiquement tout ce qu'ils ont demandé, que ce soit la reconnaissance de l'O.L.P comme partenaire des négociations malgré son passé terroriste, les accords d'Oslo qui ont obligé Israël à négocier l'avenir des territoires occupés en 1967, et le principe d'un état indépendant reconnu par toute la communauté internationale y compris les derniers gouvernements israéliens. Ils peuvent se dire donc qu'ils vont tout obtenir, et il suffisait d'entendre Mahmoud Abbas lors de son déjà célèbre discours à l'ONU du 23 septembre dernier, il suffisait aussi d'avoir l'oreille assez fine pour entendre tout ce que nous disent sans arrêt leurs responsables et leurs médias : le refus de reconnaitre Israël comme état nation du peuple juif signifie, en filigrane, le "retour" en Israël de 4,8 millions des leurs, pratiquement tous des descendants de ceux qui ont fui en 1948 donc des faux réfugiés ; ils ont construit leur identité nationale autour de ce projet, et il y n'y a aucune possibilité pour qu'ils y renoncent, sauf improbable pression internationale ou arabe. Alors il faut comprendre pourquoi on en est arrivé là, quelle est la responsabilité de l'ONU et de son agence, l'UNRWA. Il faut aussi connaitre à fond ce qu'ont été les résolutions internationales, démonter ce que la propagande antisioniste radicale va asséner avec la complicité de trop de médias. Il faut enfin voir quelles solutions on peut opposer à ce suicide programmé de l'état juif.

Parmi les questions que je poserai à Charles Meyer :

- Est-ce que vous pensez que pour les Palestiniens, comme l’avait dit Yasser Arafat en 2001 après son rejet des propositions Clinton, « Hak el-Awda moukades », « le droit au retour est sacré », autrement dit qu'il ne peut y avoir le moindre compromis ? Ou alors, comme le disent certains commentateurs, pensez-vous qu'il ne s’agit que de placer la barre des négociations très haut, de manière à tout obtenir sur le reste, Jérusalem en particulier ?
- Vous parlez dans votre livre des camps de réfugiés de Cisjordanie : on découvre qu’ils ne sont pas bien traités, car l’Autorité Palestinienne a refusé de les intégrer dans ses programmes de développement, laissant toute la responsabilité des camps à l’UNRWA, agence de l’ONU pour les réfugiés de Palestine : pourriez-vous donner des exemples concrets à nos auditeurs de cette gestion discriminatoire ?
- Vous racontez comment l’UNRWA a été créé en décembre 1949, et comment les états arabes ont refusé que ce soit l’office des Nations Unis pour les réfugiés, le HCR, qui traite ces personnes déplacées comme les dizaines de millions d’autres qu’a connus le Monde depuis 60 ans : en quoi les objectifs, le cadre juridique et surtout la définition du mot « réfugié » sont-ils différents dans le cas des Palestiniens ?
- L’Autorité Palestinienne, relayée par tous les réseaux de propagande antisionistes radicaux, prétend s’appuyer sur la légalité internationale en disant que « le droit au retour » est réclamé par la Charte des Nations Unies, et par une décision spécifique, la résolution 194 de l’Assemblée Générale de l’ONU : y a-t-il, pour d’autres conflits, des précédents à cette exigence de « retour » ? Que dit précisément la résolution 194 ? Quel est son statut juridique ? Et que disent, à propos des réfugiés, les résolutions du Conseil de Sécurité et les différents traités de Paix signés avec les états arabes ?
- Sans donc ce "droit au retour" qui signifierait la mort d'Israël, quelles pistes pour en finir avec le drame des réfugiés palestiniens ?

Rarement une de mes émissions aura été consacré à un sujet aussi grave et incontournable : j'espère donc que vous serez très nombreux à l'écoute !

J.C

12 octobre 2011

Fêtes d'automne (suite)

Photo tirée du site www.consistoire.org


Petit rappel à mes amis lecteurs fidèles, petite info pour les visiteurs d'occasion et qui ne connaitraient pas le calendrier juif ...

Mercredi soir débutent les fêtes de Souccot, elles durent neuf jours en commençant - et en finissant - par deux jours dits de "Yom Tov", où le travail est interdit. Notre radio, comme toutes celles de la fréquence juive n'émet pas ce jour là, pas plus que les Shabbats. Et ce blog se mettra alors en mode "pause", comme Judaïques FM : rendez-vous donc le dimanche 16 octobre, puis re-pause du jeudi au dimanche 23 octobre !

J.C

11 octobre 2011

Tunis : salafistes, antisémites ... même combat !


Hier je publiais un article de Souhail Ftouh, reçu il y a déjà quelques semaine et qui évoquait le programme du principal parti islamiste de Tunisie, Ennahda. Mais, même si cette succursale locale des Frères Musulmans a une audience inquiétante à quelques jours des élections du 23 octobre, elle est dépassée sur le terrain par plus radicaux qu'elle : et ceux-là affichent, de manière ouverte, un antisémitisme aussi répugnant que stupide.

La presse internationale s'est émue, dimanche dernier, des manifestations violentes de salafistes, ayant envahi la faculté des lettres de Sousse, pour protester contre l'interdiction d'étudiantes portant le niqab ; puis, ayant voulu incendier les locaux de la chaîne de télévision privée "Nessma TV", coupable d'avoir projeté le film "Persépolis" de la franco-iranienne Marjane Satrapi, dessin animé critiquant le régime des Ayatollahs. Sur ces évènements, lire cet article publié sur le site de RFI.

Mais - est-ce parce que le sujet gêne le "politiquement correct" ? Est-ce parce que, finalement, les appels à la haine contre les Juifs - pardon, les "Sionistes" - sont devenus tout à fait naturels lorsque ce sont des Musulmans qui les font ? Personne ne relève jamais le lien direct entre islam radical et antisémitisme ... et pourtant, il est tellement évident ! Ainsi, voici l'illustration de la page du groupe FaceBook rassemblant les ennemis de "Nessma Télé" : l'étoile bleue à six branches d'Israël : bon sang mais c'est bien sûr ! Mais que pourraient imaginer d'autre ces minus apprentis incendiaires ?

Sur ce lien, pour les inscrits sur F.B, la page où j'ai trouvé cette illustration. A noter aussi - et cela fait plaisir - que des Tunisiens se sont inscrits pour défendre cette chaîne de télévision, et le disent !

J.C

10 octobre 2011

Tunisie : Ennahda veut une démocratie à la sauce islamique

Devant plus d'un millier de personnes réunies au palais des Congrès, la direction du mouvement islamiste tunisien Ennahda a présenté cette semaine  son programme. Le mouvement veut construire "un régime démocratique basé sur les valeurs de l'islam", a déclaré mercredi son président Rached Ghannouchi lors d'un congrès de présentation de son programme à Tunis.
Le mouvement s'est prononcé pour un système politique basé sur l'Islam en estimant que le peuple est attaché à son identité musulmane. "La Tunisie d'aujourd'hui et de demain doit s'appuyer sur son identité arabo-musulmane", a déclaré M. Ghannouchi. Rached Ghannouchi, chef de file du mouvement islamiste Ennahda («Renaissance» en arabe) n’a fait aucune référence à l’identité berbère  que portent une partie des tunisiens.
Dans le volet consacré à la famille, il prévoit "de remédier au problème des mariages tardifs et endiguer les causes du divorce", sans plus de précisions. On devrait par ailleurs mentionner que Rached est polygame, sa deuxième femme est la sœur du  chef fondamentaliste soudanais Hassan At-turabb. Le parti  de Rached Ghannouchi, qui récolte des fonds provenant des pays du Golfe,  entend renforcer les liens avec les pays arabes et notamment le Qatar.
"Notre programme vise à mettre en place un modèle de développement national ayant comme points de repère les valeurs islamiques", ajoute Ennahda.
D’ores et déjà, le mouvement islamiste tunisien Ennahda, grand favori de l'élection du 23 octobre, vise  à imposer un diktat islamiste. Ce parti islamique,  contribue à augmenter et mettre de plus en plus sur la place publique, une intolérance latente chez bon nombre de tunisiens, qui aura forcement pour conséquence une diminution du champ des libertés. C'est déjà ce qu'on commence à observer en Tunisie.
Si les islamistes gagnent la majorité des sièges à la prochaine constituante, on peut dire adieu à  tous les rêves de la  démocratie  qu’a amenés la révolution tunisienne : car la démocratie (pouvoir du peuple sans influence externe) est par essence laïque. L’islam politique par contre est le  pire des  régimes. Il mène à la pire des dictatures. L’islam est  le premier ennemi de la démocratie, principalement l'acceptation de l’idée de l'alternance des pouvoirs non violente. Par ailleurs, en parlant de la Turquie comme modèle à suivre et prenant l'AKP turc comme une référence, les militants islamistes  tunisiens d’ Ennahda  oublient volontairement que la laïcité en Turquie date déjà de plus d'un siècle. Au  pays de Kamel Atatürk, l'armée est en outre le gardien de la constitution. Nous autres pauvres tunisiens sommes loin, très loin de cet état de fait. Construisons d'abord un État moderne garantissant la séparation des pouvoirs, garantissant les libertés individuelles, la liberté de la presse, les droits de l'homme, ... Ce n'est pas un parti islamiste qui va le faire !
 D’autre part l’appel de Rached Ghannouchi pour "une Tunisie qui s'appuie sur son identité arabo-musulmane", constitue une supercherie inutile .L’islam est  déjà une religion d’État en Tunisie (il existe même une «moquée présidentielle»), et ses fidèles constituent la quasi-totalité de la population. Il existe aussi des juifs, environ 3000 (selon les autorités tunisiennes). Certains parlent le yiddish mais ils parlent tous l'arabe tunisien, souvent le français, parfois l'hébreu.

La supercherie du mouvement islamiste tunisien Ennahda va plus loin, en tentant de faire croire aux Tunisiens qu’ils sont des « Arabes » et que leur histoire ne commence qu’avec l’événement de l’Islam ignorant tout une histoire millénaire des habitants de l’Afrique du Nord.
La Tunisie fut  tristement envahie par les Arabes musulmans au VIIe siècle qui ont détruit  la culture chrétienne byzantine. Les habitants latinisés et christianisés des anciennes villes adoptèrent la religion et la nouvelle langue dominante : l'arabe. Celui-ci s'est imposé rapidement avec la force et le sang. Les conquérants arabes se heurtèrent aux Berbères qui résistèrent. Mais la majorité des Berbères finirent par abandonner leur langue et leurs coutumes. Seuls ceux qui se réfugièrent dans les montagnes ou dans le désert ne s'arabisèrent jamais. Le pays des Berbères devint musulman. Les Arabes contrôlaient sans partage le pouvoir politique et la religion. Les Berbères (appelés «Amazighs») représenteraient 5 % de la population totale évaluée à 11 millions d’habitants en Tunisie, ce qui signifierait plus de 500 000 personnes. (1) l'État tunisien  n’admet  pas l’existence de berbérophones (2). Ainsi, l’histoire officielle et l’État tunisien n’accordent aucune importance aux grandes figures historiques amazighs de l’époque phénicienne, romaine ni maures. L’État tunisien interdit l’enseignement du berbère dans les écoles et les universités. Même après la Révolution les Amazighs ne  peuvent pas disposer de formations politiques reconnues légalement, qui se basent sur la défense de leurs  droits des citoyens  amazighs.

Ftouh Souhail
Tunis, 16 septembre 2011

 (1) Le CMA, le Congrès mondial amazigh, estime pour sa part les populations berbères à un minimum d'un million de personnes, soit 10 % des Tunisiens.
(2) Les Berbères sont principalement regroupés dans le sud de la Tunisie, notamment à Djerba, Matmata (Zraoua et Taouedjout), Tataouine (Chenini et Douirat), Médenine, Kebili et Tozeur, mais il existe aussi plusieurs groupes formant des villages de quelques centaines de personnes à plusieurs milliers de personnes sur la côte méditerranéenne et à l'ouest, le long de la frontière avec l'Algérie ainsi que dans la région de Gafsa, soit Tamagourt et Senned.

09 octobre 2011

Bienvenue à l'ONU !

Source : site "EldersOfZyon.com"

Le sourire du mois
- octobre 2011

Une page d'humour bien dans l'actualité "onusienne" ... ceci dit, si le pires dictatures de la Planète ont tous les droits pour voter en Assemblée Générale, toutes ne sont membres du Conseil de Sécurité actuel : mais ce n'est qu'une question de places parmi les dix membres non permanents !

J.C

07 octobre 2011

Les jeunes à Bruxelles et l'antisémitisme

50% des élèves musulmans à Bruxelles sont antisémites ? Oui, mais… Si la question qui a suivi la publication des résultats de l’étude universitaire « Jong in Brussel » mérite d’être posée, elle se doit pour être analysée avec sérieux d’être accompagnée de quelques explications. Le sociologue Mark Elchardus nous en a livré les détails.

Le 12 mai 2011, la plupart des médias francophones relayaient l’information suivante : « La moitié des élèves musulmans à Bruxelles est antisémite » ! Stupéfaction pour certains, peu d’étonnement pour d’autres, indignation du cote musulman… on le serait à moins. A moins que l’on essaie de comprendre comment ces chiffres ont été obtenus, quelle est leur signification, quel échantillon a été interroge et dans quelles conditions ? De nombreuses questions, nécessaires avant de crier à la manipulation. Ou à une bien triste réalité.

Collaboration universitaire

Subsidiée par le gouvernement flamand, la Plateforme de recherche sur la jeunesse en Flandre est le résultat d’une collaboration entre les départements de criminologie de la KUL (Université de Louvain), de pédagogie sociale de l’Université de Gand et le centre de recherche en sociologie de la VUB (Vrije Universiteit Brussel). Elle a pour objectif de suivre l’évolution de la jeunesse flamande, en tenant l’inventaire des étudesdéjà faites, en les commentant et en les diffusant sur internet, mais aussi en réalisant de nouvelles enquêtes.
Si deux études ont déjà été menées en Région flamande, l’étude « Jong in Brussel » est une première. Son but : livrer l’image la plus fidèle de la jeunesse flamande à Bruxelles. Pour s’adresser directement aux jeunes flamands, minoritaires dans la capitale, les auteurs ont décidé de reprendre les jeunes inscrits dans l’enseignement flamand (sept. 2010) et de passer par les écoles pour soumettre leur questionnaire : quelque 2.800 jeunes issus de 32 écoles secondaires flamandes, sur les 42 recensées à Bruxelles, ont ainsi participé à l’enquête.
« Nous avons aussi voulutenir compte de plusieurs spécificités liées à la grande ville qui peuvent influer le comportement des jeunes », précise le professeur Mark Elchardus (VUB), co-auteur de l’étude. « Sur base de nos questionnaires précédents, nous avons donc ajoutéou développédes chapitres, tels que la diversité culturelle, l’usage de drogue et d’alcool, l’attitude des jeunes envers les autres cultures, les contacts entre jeunes, la violence, la délinquance et l’antisémitisme ».

Antisémitisme religieux

Comment établir l’antisémitisme de quelqu’un, et pourquoi avoir choisi cet indicateur pour évaluer la jeunesse flamande ? La réponse de Mark Elchardus comme les résultats obtenus ne manquent pas d’intérêt : « Nous avons soumis aux interrogés quatre thèses correspondant aux clichés antisémites les plus répandus », explique-t-il,« avec des réponses de 1 à 5 (de pas d’accord du tout”à“tout à fait  d’accord». On ne pourra contester que marquer son accord à « la plupart des Juifs pensent être meilleurs que les autres », « la plupart des Juifs incitent à la guerre et reportent la faute sur les autres », « la plupart des Juifs veulent tout dominer », ou « quand on fait des affaires avec les Juifs, il faut veiller à ne pas se faire rouler »… donne une bonne idée du degré d’antisémitisme de la personne sondée. « Le choix de l’antisémitisme comme indicateur permet de rendre compte du sentiment des allochtones envers les autochtones, ce qui n’avait encore jamais été étudié, beaucoup d’études portant uniquement sur le racisme des Belges », souligne le sociologue.
Reste à savoir comment interpréter les chiffres : de 8% des jeunes acceptant l’idée que les Juifs incitent à la guerre, à 13% qu’il faut se méfier des Juifs en affaires… « Quand on sait que 9% des jeunes flamands se déclarent racistes, une moyenne de 10% n’est pas un chiffre très alarmant », assure Mark Elchardus, qui nuance : « Si on tient compte en revanche de la religion des jeunes interrogés, on constate que 47% des musulmans (croyants plus ou moins stricts) approuvent quand on leur dit que les Juifs pensent être meilleurs que les autres et 57% pensent réellement qu’ils veulent tout dominer. C’est cette différence entre les non-musulmans et les musulmans qui est intéressante. Même si j’ai été très surpris personnellement, au vu de la sécularisation du catholicisme en Europe, de constater que chez les catholiques pratiquants, on obtient tout de même un chiffre de 38% *, qui ne peut être justifié par des facteurs sociaux ».
De façon générale, les études indiquent que les préjugés ethniques, dont l’antisémitisme, sont plus répandus chez les garçons, et chez les jeunes qui se sentent menacés ou en insécurité. « Mais la différence entre musulmans et non-musulmans reste inexpliquée », analyse Mark Elchardus.« Une partie pourrait être due à un antisémitisme théologique, puisque les chrétiens pratiquants sont aussi plus antisémites que les non-pratiquants. Le rôle du conflit israélo-palestinien n’est probablement pas non plus à négliger, et on voit que les écoles qui ont la plus forte concentration de musulmans ont aussi le taux d’antisémitisme le plus élevé… ».
Oui, mais… la proportion de jeunes musulmans interrogés est-elle représentative ? « Les écoles flamandes bruxelloises comptent 46,4% d’élèves musulmans », note Mark Elchardus. Il conclut : « Notre objectif n’est bien sûr pas de raviver les tensions, mais de rappeler que les écoles flamandes ont pour mission de combattre les préjugés et de stimuler la tolérance. Elles doivent pour y arriver tenir compte de la composition de leur population. On n’agit pas à Bruxelles comme on le ferait à Roulers. Une chose essentielle pour combattre l’antisémitisme serait de redéfinir le sionisme et de faire la distinction entre la position qu’on peut avoir par rapport à la politique d’un pays et celle qu’on peut avoir par rapport à un groupe ethnico-religieux ».*            

*A titre comparatif, on obtient entre 30 et 32% chez les libres penseurs, non-croyants et croyants non pratiquants.
 
Géraldine Kamps
Centre Communautaire Laïc Juif, Bruxelles, 7 juin 2011

06 octobre 2011

Les tribulations d'un Turc dans le monde arabe

 Recep Tayyip Erdogan

Cet homme est l'un des dirigeants les plus influents au Proche-Orient. Mise discrète, éternel costume sombre, moustache soignée, le cheveu plat, la raie tirée au cordeau, rien de flamboyant chez Recep Tayyip Erdogan, le nouveau héros du monde arabe.

Au Caire, à Tunis puis à Tripoli, la semaine passée, le premier ministre turc a été fêté comme le protecteur du "printemps arabe" - acclamé par la rue comme par les élites. Islamiste caché multipliant les attaques au vitriol contre Israël, pour les uns ; fidèle de l'OTAN, toujours décidé à inscrire son pays dans l'aventure de l'intégration européenne, pour les autres : Erdogan reste un mystère, maestro de l'ambiguïté, immense talent politique.

A chaque étape de son périple, il a tenu le même discours : le chef du parti islamo-conservateur AKP chante la démocratie, les libertés, les droits de l'homme. Il salue la grande révolte arabe, dénonce les tyrans encore en place : "Le peuple syrien ne croit plus dans Bachar Al-Assad, moi non plus", lance-t-il - enterrant politiquement l'homme de Damas, qui réprime dans le sang une rébellion aujourd'hui vieille de six mois.
Mais alors que Recep Tayyip Erdogan entonne en terre arabe un hymne à la démocratie, il malmène chez lui la liberté de la presse et l'indépendance de la justice. Deux journalistes, embastillés à Silivri, dans la banlieue d'Istanbul, viennent d'apprendre qu'ils seront jugés en novembre pour atteinte à la sûreté de l'Etat.
Ahmet Sik et Nedim Sener risquent quinze ans de prison. Ils sont emprisonnés depuis plus de six mois avec un confrère, Dogan Yurdakul, vieux et courageux défenseur des droits de l'homme. Ils sont soupçonnés d'appartenir au réseau clandestin Ergenekon, une organisation nationaliste proche de certains milieux militaires, qui comploterait pour renverser le gouvernement AKP.
La thèse respire la manipulation, le procès politique pur et simple. Avec d'autres, Sik et Sener ont mené des enquêtes qui embarrassent le gouvernement : corruption, affaires, pénétration de la police par des militants islamistes. Ils gênent. Comme des dizaines d'autres journalistes eux aussi emprisonnés, à l'heure où le pouvoir mène une campagne d'intimidation contre tous ceux qui osent le critiquer.
Dérive autoritaire d'un Erdogan saisi par l'ivresse du succès ? A 57 ans, l'ancien maire d'Istanbul accomplit son troisième mandat d'affilée à la tête d'un gouvernement qui préside à la plus forte expansion économique que le pays ait jamais connue.

La vérité est complexe. En matière de démocratisation, le bilan de l'AKP est solide. Devenu islamo-conservateur, cet ancien parti islamiste a fait progresser les libertés en Turquie. C'est l'une des clés de la séduction que le "modèle turc" exerce dans le monde arabe : sous la houlette d'un parti islamo-conservateur, un grand pays musulman pratique la démocratie - enfin, presque. Les sceptiques mettent en avant les atteintes aux libertés. Ils relèvent le cours nouveau d'un discours erdoganien à la tonalité "anti-occidentale". En dépit des apparences, l'homme serait resté fidèle à ses origines militantes ? Islamiste un jour, islamiste toujours ?
Pas très convaincant. Car, de l'Egypte à la Libye, M. Erdogan a surpris tout le monde. Il s'est fait le chantre de la laïcité de l'Etat. A la grande chaîne de télévision populaire égyptienne Dream, il conseille : "N'ayez pas peur de la laïcité de l'Etat, l'Etat turc est un Etat laïc et un Etat de libertés et c'est ce que je souhaite à l'Egypte". Les "Frères", qui croyaient accueillir un cousin, se sont sentis trahis. Ils veulent des institutions publiques fondées sur la charia, le droit coranique ; ils se sont retrouvés face à un musulman partisan de la séparation de la mosquée et de l'Etat.

Une partie du succès de M. Erdogan tient dans ce cocktail : le chef de l'AKP ne renie pas Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938), père de la Turquie contemporaine, pour qui la laïcité de l'Etat était l'une des portes de la modernité ; le premier ministre se réapproprie cet héritage, celui des élites, mais il colle aussi au pays profond, où l'islam conservateur est la culture dominante, notamment dans une nouvelle génération d'entrepreneurs à l'esprit conquérant.
Réaliste ou opportuniste ? "Il entend faire de la Turquie l'Etat prépondérant" au Proche-Orient, explique Sinan Fulgen, ancien diplomate turc, aujourd'hui expert auprès de la Fondation Carnegie. Erdogan a hésité avant de soutenir la révolte libyenne, dénonçant l'éventualité d'une intervention de l'OTAN dans un pays où la présence de 26 000 Turcs témoignait de la densité des échanges bilatéraux. Puis il a suivi la France et la Grande-Bretagne, tout en les critiquant ! Pas très élégant.
La diplomatie Erdogan, poursuit M. Fulgen, c'est une volonté de leadership sur le Proche-Orient qui s'appuie sur une économie dynamique. Du Caire à Tripoli, le premier ministre a voyagé avec deux cents hommes d'affaires. Pour la première moitié de 2011, l'économie turque a crû de plus de 10 %.
Est-ce pour plaire au monde arabe ? Depuis trois ans déjà, Erdogan a durci son discours. Il s'est fait le porte-parole de la cause palestinienne, jusqu'à saluer les combattants du très islamiste et très dictatorial Hamas ; il vient de suspendre les liens diplomatico-politiques (pas économiques) avec Israël, vieil allié régional de la Turquie.

Mais au même moment, et sur un point-clé, il accorde une immense satisfaction à Israël. La Turquie accueille le radar du dispositif antimissile que l'OTAN déploie face à l'Iran pour contrecarrer le programme nucléaire militaire de la République islamique. Tant pis pour les bonnes relations développées avec l'Iran ces dernières années, Ankara donne la préférence à l'OTAN. Jugement du ministre israélien de la défense, Ehoud Barak, courant septembre : "La Turquie n'est pas en train de devenir un ennemi d'Israël."
Multiples et complexes sont les voies du sultan. 

Alain Frachon
Le Monde, 23 septembre 2011

04 octobre 2011

Palestine à l'ONU : premier bilan


 Mahmoud Abbas à l'ONU, photo A.P

Je vous avais promis une premier point sur le sujet au début du mois d'octobre, le voici.

Avouons d'abord une petite hésitation, car dans le faits il ne s'est encore rien vraiment passé après la candidature officielle déposée par l'Autorité Palestinienne le 23 septembre - journée "noire" pour les espoirs de paix, avec le discours très dur son Président et son refus d'entamer immédiatement des négociations, comme le lui a proposé le Premier Ministre israélien dans l'allocution qui a suivi.

Ne revenons pas sur ce qu'ont dit à la tribune de l'ONU Mahmoud Abbas et Benjamin Netanyahou : les blogs et sites de ma communauté en ont abondamment parlé, et il existe des vidéos sur le WEB que l'on peut voir et revoir ... J'aimerais juste citer, une première fois pour les louer, mes excellents confrères de la "Metula News Agency" (www.menapress.org), dans un article en date du 28 septembre. Constatant que ni les Etats-Unis, ni la majorité des pays occidentaux n'ont soutenu sa demande, Stéphane Juffa dit que l'allocution d'Abbas a fait mauvais effet, et il l'explique ainsi :
"La faute également au discours prononcé par Abbas à l’Assemblée Générale : arafatien… Naqba, dernière occupation en cours sur la surface du globe, retour de tous les réfugiés palestiniens, etc. Surtout, Abou Mazen a cru bon de ne s’adresser ni aux Israéliens ni à l’ensemble de la communauté des États, mais uniquement à la population qu’il dirige et aux Arabes. Cela a déplu. Quand il prononce le mot paix, on ne sait pas de quoi il parle, et on pense plutôt à une situation de non-guerre, dans laquelle Israël n’existerait plus."

Que l'on ne prenne donc pas la citation qui suit pour une basse critique de ces mêmes confrères : ce site israélien se caractérise en effet par une pluralité d'opinions, dont je dis et redis ici qu'elle aide à se forger une vision objective des évènements ...
Mais voici ce que l'on pouvait trouver, à la même adresse, le 8 septembre sous la signature de Raphaël Delpard :
"Si, comme cela semble vraisemblable, le vote à l’Onu déclarant la création de l’État palestinien passe la rampe, nous savons dans quelle situation va se trouver Israël. Des meutes d’abrutis bavant du Juif se jetteront sur les frontières et tenteront de pénétrer sur le territoire souverain de l’État hébreu. Tous les observateurs éclairés savent de quelle manière la presse occidentale présentera les assauts. Avec des larmes et des trémolos dans la gorge : « Israël n’a jamais voulu faire la paix et laisser revenir chez eux ceux que les Juifs ont chassés de leurs maisons et de leur terre. Israël est totalement responsable de la situation. ». (...). 
Aucune autorité n’arrêtera leur bras meurtrier. Un nouvel holocauste sera en marche, dont la forme et le fonctionnement nous sont encore inconnus. La Nuit de Cristal, au mois de novembre 1938 en Allemagne nazie, comparée à ce qui risque de se produire, aura été une promenade de santé."

Une nouvelle Shoah, diantre ! A-t-on vu le début d'un début de réalisation de cette sinistre prophétie ? (1) Sur les terrain, les manifestations palestiniennes sont restées bon enfant, et surtout remarquablement encadrées par les forces de l'ordre de l'A.P, la coordination sécuritaire avec Israël continuant de bien fonctionner. C'est, dira-t-on, parce qu'il n'y a pas eu ce vote de l'ONU acceptant l'entrée de "l'état de Palestine" : mais l'on voit bien que cette résolution ne passera pas en raison du véto américain au Conseil de Sécurité ; et on aurait pu imaginer des foules en furie, ne serait-ce que pour mettre la pression ...
Reste - et au delà du décalage entre ce texte et la réalité - un point sur lequel les deux auteurs s'accordent et où je les rejoins : le vrai enjeu, le vrai objectif stratégique de l'Autorité Palestinienne ce n'est pas un état indépendant - certes réclamé comme première étape - mais le retour des millions de descendants de réfugiés palestiniens de 1948 : ceci nous ramène aux deux émissions autour du livre de Charles Meyer, la première de mes interviews étant diffusée ce dimanche 9 octobre !

J.C

(1) Ceci n'exclue pas, hélas, en France - comme à Vigneux, samedi dernier à la sortie d'une synagogue - comme ailleurs des agressions antisémites graves, et auxquelles nos sociétés semblent d'être scandaleusement habituées ...

03 octobre 2011

Syrie : les révolutionnaires de la Toile

L'Internet est l'arme la plus redoutable des adversaires du régime baasiste. 


En trois mois d'exil, c'est la troisième fois qu'il change d'appartement. Non par choix, mais par instinct de survie. À 40 ans, Omar Idlibi est un homme à abattre sur la liste noire des moukhabarat (services de renseignement) de Bachar el-Assad. Rien, à première vue, ne laisse pourtant penser que l'homme au visage fin et à la voix posée puisse présenter un danger pour le régime baasiste. En réalité, ce dissident syrien, aujourd'hui réfugié à Beyrouth, manie l'arme la plus redoutable contre le pouvoir de Damas : celle de l'Internet. « C'est notre planche de salut. Elle me permet de faire le lien entre les Syriens de l'intérieur et le monde extérieur, malgré le black-out des autorités », remarque Omar. Les yeux rivés - de jour comme de nuit - sur l'écran de son ordinateur portable, il est le porte-parole et cofondateur des LCC («Comités de coordination locaux de la révolution syrienne»), une organisation qui anime la contestation depuis plus de six mois et qui s'appuie, entre autres, sur le Web pour informer les médias étrangers - interdits de séjour en Syrie - des exactions du régime.
Quand la première manifestation éclate à Damas, le 15 mars - via un appel lancé sur Facebook - seules quelques dizaines de personnes osent descendre dans la rue. Omar en fait partie. Mais le cortège est vite interrompu par les forces de l'ordre. Arrêté, puis libéré, il ressort de prison encore plus déterminé qu'avant. « Au début, les revendications étaient limitées à des demandes telles que la fin de la corruption, des tribunaux d'exception et de la loi d'urgence. Sous l'effet de la répression, nous avons commencé à réclamer la chute du régime », raconte-t-il. Un collectif d'activistes, d'avocats et de reporters est alors créé - les fameux LCC. Très vite, des membres de la société civile rejoignent cette nouvelle organisation, avec un seul cri de ralliement : «la révolution pacifique jusqu'à la liberté et pour la justice ». D'une centaine de membres, le réseau s'élargit à quelques milliers de personnes à travers tout le pays. Objectif, selon Omar : «Maintenir la flamme du mouvement et documenter les crimes commis par le régime. » Ainsi, un des exercices consiste à trouver un mot d'ordre à chaque grand rassemblement du vendredi, jour de contestation hebdomadaire. Par souci d'équité, une page Facebook - baptisée «Syrian revolution 2011» - offre aux internautes la possibilité de déposer leurs suggestions et de voter pour le meilleur slogan. Parmi les thèmes retenus au cours de ces derniers mois, on pourra retenir «le vendredi de la dignité», «le vendredi Azadi » («liberté» en kurde) ou encore « le vendredi des enfants ». «Un véritable exercice de démocratie ! », souffle fièrement Omar.

Au cœur des manifestations 

Inspirés par les révoltes iranienne, tunisiennes ou encore égyptienne, de jeunes «citoyens journalistes », équipés de leurs simples téléphones portables, s'affairent également à tout filmer : manifestations, arrestations, corps de protestataires torturés. Avec, ajoute Omar, un souci permanent à l'esprit : « recouper les informations, identifier le lieu, la source, pour prévenir les accusations de “bidonnage” et éviter les pièges tendus par le régime ou par de simples plaisantins ». En Syrie, personne n'a oublié l'incident malencontreux du blog «Gay Girl in Damascus», dont l'auteur - que les Internautes crurent, un temps, emprisonné pour ses audacieux écrits - n'était autre qu'un Américain vivant en Écosse… Une fois tournées et authentifiées, les vidéos inondent aussitôt le Web, grâce à la ruse de petits génies de l'informatique, experts en contournement des filtres imposés par le pouvoir, pour être ensuite reprises par toutes les grandes chaînes internationales.
«Du matériel satellitaire - de type Thuraya ou BGan -, acheminé clandestinement par les frontières libanaise ou jordanienne, permet également de garder le contact avec le monde extérieur malgré le blocage fréquent des communications téléphoniques et de l'Internet », précise fièrement Omar, qui a d'ailleurs pu s'évader de Syrie par le même biais. Soudain, l'activiste marque une pause en pointant du doigt son téléviseur, branché sur al-Jezira. À droite de l'écran, où défilent des images de manifestants syriens en colère, une petite vignette indique en langue arabe : «en direct de Homs». «Avec les nouveaux équipements dont on dispose, nos reporters qui se trouvent en plein cœur des manifestations peuvent désormais diffuser leurs images en direct », dit-il. Risqué ? « Oui et non !», ricane nerveusement Fadi, un cyberactiviste de Homs, contacté par Skype. «Les forces de sécurité sont tellement corrompues qu'il suffit de soudoyer un garde à la frontière pour faire entrer notre matériel. Et le comble, c'est que certains militaires se font de l'argent de poche en vendant aux activistes les vidéos qu'ils filment eux-mêmes.» En fait, concède Fadi, son inquiétude est ailleurs. « Aujourd'hui, la violence de la répression est en train de pousser certains dissidents à laisser tomber l'arme médiatique pour passer à une véritable rébellion armée. Or ce serait la porte ouverte à une guerre civile  », dit-il.


Delphine Minoui
Le Figaro, 29 septembre 2011

02 octobre 2011

Les réfugiés palestiniens dans le monde arabe, une radiographie : Charles Meyer sera mon invité le 9 octobre


Nous allons aborder ensemble dimanche prochain un des sujets les plus inextricables du conflit israélo-arabe, puisque nous allons parler des réfugiés palestiniens, avec un invité vraiment érudit sur ce dossier, Charles Meyer. Il est l'auteur, avec Philippe Juza d'un ouvrage sorti il y a quelques mois aux éditions Hermann, ce livre a pour titre "Réfugiés palestiniens, otages de la diplomatie". Plusieurs remarques, en introduction. Tout d'abord, mes auditeurs fidèles savent que, lorsqu'un livre apporte vraiment des informations fondamentales sur un sujet je lui consacre deux émissions et ce sera le cas pour celui-ci, car jamais il n'avait été publié, à ma connaissance, d'ouvrage de référence en français sur ce sujet. Donc nous ferons ensemble le 9 octobre un "état des lieux" sur les réfugiés palestiniens, pour savoir combien ils étaient à l'origine et pourquoi ils sont partis du territoire israélien ; combien ils sont exactement en 2011 et où ils vivent ; mais surtout comment ils ont été traités - il faudrait en fait dire "mal traités" -, par leurs "frères" arabes du Moyen-Orient. Puis, dans une seconde émission , nous parlerons à la fois de leur statut qui est unique au monde, du formidable gâchis qu'a été leur assistance par l'ONU depuis plus de 60 ans, mais aussi du bras de fer qui se prépare autour du fameux "droit au retour" revendiqué par le mouvement national palestinien depuis des décennies. Une remarque personnelle : ce sujet a été étrangement mis "sous le tapis" par la diplomatie israélienne, comme s'il s'agissait d'un dossier des négociations comme les autres, comme si on ne voyait pas qu'il portait - par sa symbolique, et par son enjeu qui est quasiment existentiel - beaucoup plus de dangers que l'abandon de la plus grande partie des territoires occupés, ou un compromis sur Jérusalem : en refusant d'accepter Israël comme état juif, Mahmoud Abbas a, depuis la tribune de l'ONU, réclamé que des millions de descendants de réfugiés palestiniens viennent envahir et détruire le pays, et bien il faut en parler, il faut discuter aussi, il faut connaitre le contexte en matière de droit international sur cette question parce que très vite, une fois l'état palestinien créé, ce sera l'axe d'attaque de tous les antisionistes radicaux en France comme dans le monde.

Parmi les questions que je poserai à Charles Meyer :

- Vous avez obtenu que Boutros Boutros Ghali, ancien Secrétaire Général de l'ONU préface le livre en vous accordant un entretien or, même s'il a été un des artisans des accords de Camp David, on ne peut pas dire qu'il porte Israël dans son cœur : pourriez-vous résumer ce qu'il vous a dit ?
- Les Palestiniens sont aujourd'hui environ 10 millions dont un peu moins de la moitié sont essentiellement des descendants de réfugiés de 1948 ; sur les causes de leur exode, vous refusez une version idéologique et simpliste des choses - on connait la thèse israélienne, qui est que ce sont les états arabes qui leur ont dit de partir au moment de l'invasion d'Israël, et la thèse arabe, qui est qu'ils ont été tous chassés. Vous dites que l'on a eu en gros trois cas de figure pour cet exode, pourriez-vous nous l'expliquer ?
- Par quel miracle, 650.000 déplacés ont-ils eu une descendance donnant 4,8 millions de personnes en 2011 ?
- En raison d'interdictions d'emplois en tous genres, il y a 95 % de chômage dans les camps palestiniens du Liban ce qui est une honte. Or tous les partis politiques, de droite comme de gauche, chrétiens comme musulmans, défendent cette discrimination et refusent tout accord de paix avec Israël sans "retour" des réfugiés : pourquoi ? Et comment évolue cette diaspora palestinienne, après avoir été vaincue militairement lors de toutes les guerres depuis les années 70 ?
- D'abord questions chiffres, les Palestiniens sont-ils la majorité de la population en Jordanie aujourd'hui ? Tous les Palestiniens de Jordanie sont-ils des réfugiés de 1948, ou alors d'où viennent les autres ? Vous dites que la bourgeoisie d'affaire qui fait vivre la Jordanie est palestinienne : souhaitent-ils un état palestinien pour y vivre, ou alors rêvent-ils tous encore d'un "retour" en Israël ? Et que s'est-il passé après les accords d'Oslo pour ceux qui vivaient en Cisjordanie et étaient citoyens jordaniens ?

Il s'agit vraiment d'un sujet fondamental, et j'espère vraiment que vous serez très nombreux au rendez-vous !

J.C

27 septembre 2011

Shana Tova 5772 !


Et voilà : déjà une autre année - du calendrier hébraïque - d'écoulée, et une nouvelle qui commence. L'occasion ici, comme je l'ai déjà fait sur nos ondes, de présenter tous mes vœux à ceux de ma communauté qui célèbreront cette fête : une année douce, comme le miel de cette illustration.

Selon la tradition, on souhaite "que nos vertus et nos mérites augmentent comme les fruits de la grenade" ... également représentée ici ! Je serais bien présomptueux en étant sûr qu'il en sera ainsi à mon modeste sujet : mérites, peut-être, tant il m'est difficile,tant que je suis encore salarié, de trouver du temps pour mes diverses activités bénévoles, radio, blog et autres ; vertus, c'est un bien grand mot ! Disons simplement que je m'attache à vous aider à réfléchir en ces temps bien tourmentés, en vous donnant à lire et à entendre des avis différents car - comme le dit le Talmud - "de la discussion jaillit la vérité".

Soyez donc tous, vous et vos proches, inscrits sur le "Livre de la vie". Que 5772 épargne à nos société les affres d'une profonde crise financière qui nous menace tous. Et surtout, surtout - en ces "jours redoutables" du mois de Tichri qui ont souvent été si durs dans l'Histoire d'Israël - que l'avenir proche épargne au Moyen-Orient les tourments d'un nouveau conflit !

Rendez-vous donc sur le blog dimanche prochain.

J.C