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d’Alep le 19 décembre 2016, après avoir détruit leur ville et leurs
maisons dans une stratégie de crimes contre l’humanité, Assad et Poutine
organisent la déportation des habitants d’Alep-Est vers la province
d’Idlib comme pour Homs, la Ghouta, Deraa… et cela sous le regard
indifférent de la communauté internationaleIntroduction
J’ai connu Firas Kontar grâce
à Twitter, où nous échangeons souvent. Franco-syrien, ayant fui son pays et la
répression des Assad, c’est un militant de l’opposition.
A notre demande, il a bien
voulu écrire pour notre site « Résistance Aux Extrémismes » cet
article consacré aux « migrants » - en fait réfugiés – chassés de
leur pays par les exactions effroyables du régime. Comme il l’écrit, « l’extrême droite
européenne dans son ensemble a surfé sur le malheur de millions de
syriens : elle présentait la fuite des civils face aux bombes d’Assad et
de ses alliés qui les ciblaient délibérément comme étant un acte d’invasion
massif de l’Europe par des hordes de terroristes, de délinquants, de violeurs ».
Cette
extrême-droite, représentée principalement dans notre pays par Marine Le Pen et
Eric Zemmour, est l’alliée du dictateur syrien : cela, on ne le rappellera
jamais assez. J’ajouterai enfin que dans notre pays qui a reçu au final si peu de
ces réfugiés, on a tendance aussi à oublier que ce sont des être humains,
surtout en cet hiver glacial et alors que nous venons de voir disparaitre dans
la Manche, par une nuit glaciale, 27 hommes, femmes et enfants.
J.C
En 2017 alors que la campagne
électorale était polluée par la question migratoire, notamment suite à la crise
des réfugiés de 2015, j’écrivais un article intitulé « Marine peut
remercier Poutine pour ses bombardements en Syrie ». L’extrême droite
européenne dans son ensemble a surfé sur le malheur de millions de syriens :
elle présentait la fuite des civils face aux bombes d’Assad et de ses alliés
qui les ciblaient délibérément comme étant un acte d’invasion massif de
l’Europe par des hordes de terroristes, de délinquants, de violeurs... Le
Rassemblement National et ses acolytes européens, soutiens de Poutine et Assad,
oublient la responsabilité de ces derniers face à la pire tragédie humaine de
ce siècle : la Syrie. Malheureusement en 2015 une grande partie des
responsables politiques français reprenaient les éléments de langage du RN, et
préféraient parler du chantage d’Erdogan sur les réfugiés plutôt que des
responsabilités de Poutine et Assad dans la vague migratoire. Il est certain
qu’Erdogan a fait du chantage à l’Union européenne avec les réfugiés, mais il
ne faut pas oublier que la Turquie accueille depuis 10 ans la plus grande
partie des réfugiés syriens soit environ 3,5 millions de personnes. Ces
réfugiés en Turquie ont fui les crimes d’Assad et de ses alliés, qui pour
gagner la guerre contre les syriens ont adopté une stratégie de bombardements
massifs des civils et des infrastructures vitales comme les hôpitaux ou écoles.
L’objectif de cette stratégie était de provoquer un changement démographique en
Syrie en faveur du régime syrien, Assad faisant partie de la minorité alaouite
voit en la majorité arabe sunnite qui constitue 70% de la population une menace
pour son pouvoir et son clan. Cet exil massif des syriens a toujours été un des
objectifs du régime Assad, d’ailleurs la victoire militaire d’Assad aidé par
Poutine, parrain des fascistes européens, ne s’est pas traduite par un retour
des réfugiés. Human Rights Watch ainsi qu’Amnesty ont publié ces dernières
semaines deux rapports distincts sur les exactions et crimes commis contre les
réfugiés rentrés en Syrie : viols, tortures, exécutions … Toute honte bue Eric, Zemmour
comme Marine le Pen et comme beaucoup de dirigeants de l’extrême droite
européenne s’en prennent à ces malheureux fuyant la guerre, et soutiennent
leurs bourreaux. Ces derniers jours, en pleine crise entre l’Union européenne et
le Bélarusse sur la question des réfugiés, pas un mot de condamnation des responsables
de l’extrême droite française à l’encontre de Loukachenko, d’Assad et de
Poutine qui ont organisé une crise de réfugiés et des scènes de désolation aux
portes de l’Europe. Marine Le Pen se contente de parler d’une agression
migratoire sans nommer les responsables, là où Zemmour parle d’une attaque de
migrants à la frontière polonaise.
Les gouvernements européens
tétanisés par la question des réfugiés et de l’immigration n’ont pas su
apporter une réponse à la crise de 2015. Seules l’Allemagne et la Suède ont
sauvé l’honneur de l’Europe en accueillant massivement des réfugiés. Cette
crise sans réponse politique a malheureusement contribué à engendrer ce monstre
français qu’est Eric Zemmour, à travers un discours nauséabond qui reprend les
thèses du grand remplacement de l’essayiste d’extrême droite Renaud Camus.
Les paroles de Zemmour sont
constamment analysées, reprises et diffusées à travers les médias qui
participent à leur diffusion, alors que ce discours n’est que l’expression
d’une haine tenace et raciste qui reprend le pire de l’idéologie de l’extrême
droite. Zemmour surfe sur la peur utilisant la crise des réfugiés de 2015 et la
vague d’attentats islamistes qui touchent le Vieux continent pour diffuser des
récits nauséabonds, comme le 29 septembre 2020 où il déclare sur la chaîne qui
l’embauche "ils n'ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont
assassins, ils sont violeurs, c'est tout ce qu'ils sont, il faut les renvoyer
et il ne faut même pas qu'ils viennent". Il se revendique gaulliste tout
en défendant Pétain qui aurait « sauvé des juifs ». L’idéologie de Zemmour
et son obsession pour les religions, les origines voire les races devraient être
un cas d’étude psychiatrique et non un sujet de débat politique. Mais l’effet
conjugué de la crise migratoire et des attentats du terrorisme islamiste apportent
du grain à moudre à Zemmour et surtout à ses récits fantasmés sur le grand
remplacement ; et il est aidé par Bolloré, qui a mis à sa disposition son
groupe médiatique.
D’après Zemmour, l’Europe et
ses 447 millions d’habitants sont menacés par une invasion migratoire alors que
l’ensemble des pays de l’Union accueille environ un million de réfugiés depuis
2015, bien moins que la Turquie où 3,5 millions de syriens ont trouvé refuge,
alors que des petits pays comme le Liban ou la Jordanie accueillent chacun
environ un millions de réfugiés pour une population de 6 millions d’habitants
au Liban et de 10 millions en Jordanie. Devons-nous constamment contre
argumenter face à l’idéologie de la haine qui fait du noir, de l’arabe, de
l’afghan, du chinois un voleur, un violeur, un terroriste… Devons-nous nous résoudre
à expliquer aux responsables politiques d’un pays comme la France, qui vend
pour plusieurs milliards d’euros d’armes par an, qu’ils ne devraient pas faire
écho aux diatribes de Zemmour en s’en prenant à l’aide médicale d’état qui
permet aux étrangers de se soigner et dont le budget est de 500 millions
d’euros ? Ou devons-nous simplement exprimer notre devoir d’humanité à
l’encontre de ceux qui souffrent et ceux qui fuient les guerres ? Alors
parlons d’eux. Mon oncle Salman Kontar a fui la Syrie à l’été 2015, il avait
une cinquantaine d’année. Il a travaillé dur toute sa vie en Libye, en Jordanie,
au Liban pour construire une modeste maison et fonder un foyer. En 2013 sa
maison dans les faubourgs de Damas s’est retrouvée sur la ligne de front, il a
été contraint de quitter son quartier et de délaisser son petit commerce qui
était son gagne-pain pour s’installer avec sa famille dans l’appartement de mes
parents, dans une des proches banlieues de la capitale. Il songeait déjà à
quitter le pays non pas pour lui, il savait qu’il devrait tout recommencer à
zéro dans un pays dont il ne connaissait pas la langue, mais pour ses enfants.
Il n’y a pas d’avenir envisageable pour eux dans la Syrie d’Assad. Ce qui le
retenait à ce moment c’était son père, mon grand-père fatigué et malade, il est
resté à ses côtés jusqu’à ses derniers jours en 2015. C’est au printemps de
cette même année qu’il a pris la route pour l’Allemagne. Il faisait partie de ces
milliers de syriens qui ont traversé la mer Egée depuis la Turquie. L’embarcation
qui le transportait avec une cinquantaine de personnes, tous syriens, a chaviré
à une centaine de mètres du rivage mais par miracle tous s’en sont sortis
indemnes. S’en sont suivi de longs jours de marche avant d’arriver en Allemagne
au début de l’été 2015. Le bonheur de mon oncle s’entendait quand il parlait de
cette nouvelle vie qui s’offrait à lui en Allemagne, il a découvert la nature verdoyante
de la Bavière, il était admiratif des infrastructures du pays, des services
proposés aux citoyens et aux migrants : la santé, l’éducation, la
formation … Il a surtout découvert la liberté d’expression, la possibilité de
débattre sans peur d’être arrêté, et de pouvoir manifester librement sans
crainte. Il disait que c’est en Allemagne qu’ il s’est senti, pour la première fois,
considéré comme un être humain. Il était impatient de finir les démarches administratives
pour le regroupement familial afin de faire partir de l’enfer syrien sa femme
et ses deux enfants alors âgés de 12 et 13 ans. Le 24 décembre 2015, alors
qu’il préparait un réveillon de Noel avec d’autres réfugiés syriens pour
remercier de leur accueil les habitants d’un petit bourg à la frontière
autrichienne, il décède d’une crise cardiaque.
La dureté du voyage, l’éloignement de sa famille surtout de ses enfants,
et l’effondrement de son pays ont été probablement trop lourds à supporter, son
cœur a lâché.
Chaque réfugié a sa propre
histoire, et chaque migration subie est une blessure. Nous devons considérer
tous ces réfugiés et migrants comme des êtres humains, comme nos égaux. Nous ne
pouvons plus accepter qu’ils soient déshumanisés comme l’a fait l’élu RN Julien
Odoul qui appelait à laisser les migrants mourir de froid à la frontière polonaise.
Ce qui fait la grandeur de l’Europe c’est son humanisme. Ceux qui prétendent
que notre civilisation, sous-entendu européenne ou occidentale, est supérieure aux autres, et appellent à se
comporter comme les pires des tyrannies en laissant mourir nos semblables à nos
frontières ne sont supérieurs en rien, ils sont les héritiers de la haine fasciste.
Je crois à la supériorité morale des états libres et démocratiques qui placent
l’humain devant toutes autres considérations qu’elles soient économiques,
religieuses ou ethniques. Sauver ces migrants et ces réfugiés c’est avant tout
nous sauver nous de l’autoritarisme et du totalitarisme qui s’invitent là où
les droits humains sont bafoués…
L’histoire de mon défunt oncle
a trouvé un dénouement imprévu dans une petite commune du Gard. Un collectif de
citoyens qui a appris son histoire par une amie a réussi à obtenir le statut de
réfugiés pour la femme de mon oncle et ses enfants. Grâce aux membres de ce
collectif, l’aîné passe son baccalauréat cette année et son frère est en
première alors que leur mère travaille à plein temps en CDI dans une petite
entreprise de la région. Rien ne distingue aujourd’hui ces deux adolescents de
leurs camarades français, ils parlent français sans accent, l’un est membre de
l’équipe de football du village et l’autre envisage une carrière dans la légion
étrangère. Les valeurs morales des membres de ce collectif, leur humanité, leur
générosité sont supérieurs à toute l’idéologie crasse de Zemmour et de
l’extrême droite. Ce sont ces gens qui font l’Europe des Lumières, ma famille
et moi, nous nous souviendrons longtemps qu’un bout de terre du Gard a servi de
refuge à des enfants syriens qui ont fui la guerre.
Firas Kontar
Cet article a été publié le 25 novembre sur le site "Résistance Aux Extrémismes"